Depuis quand êtes-vous libraire?
Je suis en librairie depuis 2020. Mais je me plais à dire que c’est un retour au bercail puisque c’est chez Livres en tête que j’ai occupé mon premier emploi étudiant alors que j’avais 14 ans! Même si mon parcours professionnel n’a pas été en ligne droite vers la librairie, le métier de libraire est décidément la somme de toutes mes expériences. Je suis maintenant libraire-propriétaire depuis bientôt quatre ans.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre travail?
Il y a une satisfaction profonde à dégoter le livre idéal pour quelqu’un lors de sa visite en librairie! Parfois les indices sont maigres pour nous mener vers l’heureux élu. À la manière d’un enquêteur, on pose des questions, sollicite des impressions et finalement, on trouve et ça se ressent qu’on a touché le bon match! Ce que j’aime aussi, c’est quand on pioche dans notre fonds. La nouveauté a toujours un effet enivrant tant pour la clientèle que pour le libraire, mais faire découvrir une œuvre parue il y a trois, cinq, dix ans est très satisfaisant!
Racontez-nous un beau souvenir de votre vie de libraire.
J’ai un très grand plaisir à recevoir des élèves en librairie. Je renoue avec l’ancienne guide-interprète que j’étais en faisant découvrir mon univers de travail et par la même occasion le milieu du livre. Alors que nous recevions une classe cet automne, l’enseignante leur laisse du temps libre pour choisir un livre. Tout naturellement, j’aborde une jeune fille en lui demandant ses intérêts. On échange brièvement et je lui présente un livre qui lui plaît suffisamment pour qu’elle en parle ensuite à son enseignante. L’activité s’achève tranquillement, les élèves discutant entre eux, quand l’enseignante me rejoint pour me dire qu’elle est estomaquée par l’attitude de sa jeune élève. Elle s’était ouverte à une discussion avec moi alors que toutes les semaines en classe, elle avait été silencieuse et à l’écart des autres. C’est avec une pure joie que j’ai accueilli avec l’enseignante cette transformation soudaine. Si ce n’est pas une preuve du pouvoir des livres, je ne sais pas ce que c’est!
Selon vous, en quoi la librairie est-elle un lieu essentiel à une société, à un quartier? Et dans le cas de Livres en tête en particulier?
À mon avis, les librairies peuvent aussi être un troisième lieu : celui de la rencontre et du partage. Pour certains, nous sommes un point d’attache hebdomadaire, voire un refuge. Les librairies sont des lieux privilégiés pour la rencontre entre les auteurs et leurs lecteurs. Chez nous, nous cherchons à multiplier les rencontres entre les livres et la communauté : ateliers, rencontres d’auteurs et d’autrices, expositions, visites scolaires, etc. Autant de leviers vers une démocratisation de la culture en favorisant son accessibilité et avec une offre diversifiée. Nous collaborons régulièrement avec différents organismes et initiatives citoyennes et n’hésitons pas à sortir en promenade dans notre région! Le simple fait de la connexion humaine n’est pas à négliger dans l’équation. Vive les librairies indépendantes!
Quel livre est associé à votre premier souvenir de lecture?
C’est un peu cliché pour une libraire, mais j’ai toujours aimé lire. Toute petite, j’adorais m’imprégner d’un livre même sans en décoder le sens des mots pour me créer ma propre histoire. Mais je chéris particulièrement les souvenirs de lecture de soirée avec mes parents : tous dans le même lit à se créer une soupe aux cailloux!
Quelle importance la lecture a-t-elle dans votre vie?
Je suis une nostalgique dans l’âme! La lecture a ce pouvoir incroyable de nous transporter dans le temps et l’espace en une fraction de seconde. Il n’y a pas une journée où je n’ouvre pas un livre. Je crois sincèrement au pouvoir des mots et au fait que la lecture rend le monde meilleur. Quand je vois mes enfants s’endormir avec une pile de livres ou quand je vois leur enthousiasme à découvrir une nouvelle histoire, je me dis que j’ai réussi à transmettre cette passion.
Abandonnez-vous un livre quand il ne vous plaît pas?
Pendant longtemps, je me forçais à achever la lecture d’un livre… et depuis seulement quelques années, j’adopte l’un des droits du lecteur de Pennac et je m’accorde le droit de ne pas finir un livre. Il n’est pas impossible par contre que je tente ma chance avec celui-ci à un autre moment, mais disons que la lecture est un moment de plaisir que je préfère désormais savourer pleinement!
Quel est votre dernier livre lu?
Je termine présentement la lecture du livre L’amulette de Michael McDowell. C’est le seul auteur flirtant avec l’horreur que je lis vraiment! L’auteur réussit à nous plonger dans une ambiance mystérieuse et à la limite de l’angoisse dès les premières pages. Pour les lecteurs et lectrices n’aimant pas particulièrement avoir peur et étant tout de même à la recherche de mystère, l’auteur a un excellent talent de conteur.
Quel est le livre que vous recommandez le plus souvent?
Sans nul doute depuis qu’il est entré dans ma vie : Vango de Timothée de Fombelle! (On pourrait même l’inclure dans la réponse à la question catégorique Quel est votre livre préféré?) Dans ce livre jeunesse, nous suivons le jeune Vango dans une quête autour du monde afin de retracer son passé : voyage en Zeppelin, à Paris et à New York en passant par la Russie. Un roman d’aventures qui plaira assurément aux jeunes lecteurs souhaitant des rebondissements et aux plus grands pour la finesse du récit.
Quels livres se trouvent en ce moment sur votre pile à lire?
C’est très éclectique! Je lis principalement de la littérature québécoise, mais je n’hésite pas à plonger ailleurs. Voici quelques titres figurant dans ma pile à lire qui défie la loi de Murphy. Je lis par petites bouchées Une brève histoire de l’espoir de Mathieu Belisle. Nous avons reçu tout récemment le livre Le monde est à toi de Martine Delvaux, illustré par Catherine Gauthier. Je n’avais pas encore lu la version originale, mais maintenant maman, j’ai hâte de le découvrir. Avec le bouillonnement de l’actualité, je me dirige aussi vers l’essai et j’ai entendu de très bons commentaires sur Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça. À chacun son stress de Sonia Lupien parce qu’il faut bien apprendre à dompter la bête! Et j’entrecoupe tout ça de littérature jeunesse!
Avez-vous une autre passion, en dehors du milieu du livre?
J’aime le vieux, haha! J’ai un attachement profond au patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel. Ma petite famille et moi habitons une maison ancienne à laquelle nous donnons un second souffle. Il n’est pas rare de nous voir nous promener dans la région ou ailleurs, en chantant du trad, pour aller chercher un évier antique ou une commode. Mon prochain défi : la restauration d’un luminaire pour le salon!




















