Ce qui fascine de la journaliste, animatrice et autrice Lili Boisvert, c’est son aisance à voyager entre différents genres littéraires. Après un essai féministe incontournable et une série captivante de romans de fantasy, elle propose un roman intime, actuel et extrêmement précis. Émilie est une femme forte et féministe. Par le biais d’une application de rencontres, elle fait la connaissance d’un homme brillant et attentionné. Derrière les allures de match parfait se dessine un portrait sans concessions d’une relation toxique et de ses effets dévastateurs. Aussi, on y évoque l’usure mentale que doivent supporter les femmes qui prennent la parole dans l’espace public. Cela relève presque d’un cliché de dire qu’une œuvre est utile, essentielle, mais quand elle met des mots justes sur une situation difficile à cerner dans la réalité, elle mérite amplement cette étiquette.
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Les libraires craquent
Tombeau de Claude Gauvreau
Tombeau de Claude Gauvreau, de Thierry Dimanche, fut d’abord tiré à cinquante exemplaires aux Nouvelles Éditions de Feu-Antonin. Il se trouve maintenant dans la jolie collection « La petite blanche », de Leméac. Ce livre célèbre l’odyssée littéraire et la mort, aussi brutale que l’existence, de l’écrivain automatiste Claude Gauvreau. Grâce à la plume de Dimanche, le texte irradie de l’intensité du poète : « Déchiré entre le zéro et le grandiose, je flotte dans un accélérateur de chutes et d’élévations brutales, plongé dans les tripes montréalaises comme un satellite à la remorque de constellations lasses. » Thierry Dimanche signe un hommage à la grandeur créatrice d’un artiste habité de ses convictions. Sa force et son imaginaire pérennes nous sont nécessaires.
Le fil du vivant
Dans un Québec inondé, proche du cataclysme, Iona lutte entre ses instincts de mère louve fusionnelle et sa soif d’évasion. Elle se remémore son intense jeunesse dopée alors que Nils, son époux, se réfugie dans un pragmatisme forcené pour les mettre à l’abri avec quelques proches dans le manoir familial, en plein bois. Les visions s’affrontent et les liens s’effritent quand la rivière monte, bouleversant les corps, les certitudes et les éléments. Il est alors ténu, ce « fil du vivant » sur lequel marchent Iona et son entourage, équilibristes d’un quotidien sans filet. Avec une redoutable lucidité, le nouveau roman d’Elsa Pépin fait se toucher nos extrêmes, se lit dans l’urgence, se vit comme une déflagration. Du genre qui résonne longtemps.
Traité de paix pour les femmes aliens
Avec Traité de paix pour les femmes aliens, Geneviève Morin ne manque pas d’être une final girl aux pensées subversives. Dans ce premier roman, l’autrice dissèque une relation de couple écrasante en y mettant en parallèle le vécu de Ripley, la protagoniste de la franchise Alien. Elle nous plonge avec sensibilité dans la réalité ordinaire des femmes : rôles genrés, codépendance, toxicité interne et externe. Page après page, les images de la science-fiction se mêlent aux anecdotes de l’autrice, au vécu des filles. Un livre qui allume une petite flamme à l’intérieur de la poitrine, de celles qui pourraient faire brûler un vaisseau en entier : preuve que les femmes qui allient féminisme et cinéma ont le pouvoir de tout faire exploser.
Au pays du désespoir tranquille
Ce roman parle de Marie, une femme de carrière, recherchiste, avec un enfant et toutes les responsabilités qui s’ensuivent. C’est l’histoire d’une femme qui semble pourtant avoir tout pour réussir, mais qui finit par craquer et tout remettre en question à la suite d’un burnout. À travers ses questionnements, elle cherche un sens à sa vie, qui peut sembler tout à fait banale aux yeux de la société. L’auteure écrit cette détresse d’une belle plume efficace qui nous offre aussi une vision nouvelle de notre rapport aux réseaux sociaux. Ce roman est une réflexion sur nos rapports à la liberté, à la maternité, à la technologie et sur la charge qui s’accumule sur le dos des femmes d’aujourd’hui, malgré le progrès.
La dame de la rue des Messieurs
Tomas, musicien d’ambiance dans un café viennois, accepte de donner des leçons de piano à Michèle, une Québécoise séjournant en Autriche. Lorsque son élève, qui se révèle être fort douée, se retrouve en convalescence, l’homme décide de la loger chez lui. Au fil de leurs conversations, ces deux veufs vont avoir envie de reconstruire un passé qui a été brisé à la fin des années 1960, époque de l’Expo à Montréal et de la révolution à Prague, ville d’origine de Tomas. Ensemble, ils vont affronter leurs fantômes pour mieux anticiper l’avenir. Un roman empli de musique où les lieux et les époques s’entremêlent pour former une histoire charmante et envoûtante.
Mouron des champs
Quatre ans après Expo habitat, voici enfin le grand retour à la poésie de celle à qui nous devons aussi l’excellent essai L’habitude des ruines, paru l’automne dernier. Tenancière d’une parole à la fois contrite et libérée qui nomme, dénonce et pourfend les plus immémoriales des aliénations domestiques, Voyer ratisse très large tout en creusant profondément les impitoyables sillons d’un malaise générationnel aux proportions ontologiques. Une poésie férocement réaliste qui donne l’impression de fixer l’interdit soleil noir des éclipses.
Marche à voix basse
Le premier recueil de poésie de Nelly Desmarais est empreint de lieux. Il nous parle du dehors et du dedans, et d’endroits qui peuvent nous conforter ou nous hanter au gré des événements. Entre les murs d’un couvent et dans les ruelles d’Hochelaga, les environs font effet, ils nous ramènent toujours à nous-mêmes. Les traumatismes habitent le corps et l’esprit, ternissant le quotidien à notre insu. Les poèmes de Nelly se présentent tantôt comme un exutoire, une langue symptomatique, tantôt comme une remémoration, un hommage. Ils saisissent le passé, et certains souvenirs qui l’affectent dans un présent qui peut sembler éternel. Marche à voix basse est un livre éclectique, à travers les citations, les époques et les thèmes, il nous parle de l’âme et de ses différentes tonalités.
Numéro deux
Martin Hill n’a pas eu de chance. À 10 ans, on l’a convaincu qu’il avait tout ce qu’il fallait pour interpréter Harry Potter au cinéma. Il a passé toutes les auditions avec succès… jusqu’à ce que la course se limite à deux candidats : lui et un certain Daniel Radcliffe. On le sait, il a finalement été écarté et c’est l’histoire de ce « numéro deux » qu’imagine David Foenkinos dans son plus récent roman. De l’enfance à l’âge adulte, Martin porte le poids de cet échec. Chaque fois qu’il se rapproche d’un certain mieux-être, un élément lui rappelle la vie qu’il aurait pu connaître. Est-ce donc possible de s’en sortir après pareille épreuve? Tout en offrant un récit tendre et lucide, Foenkinos lance une intéressante réflexion sur le sens de l’échec.
Ton absence n’est que ténèbres
Quelle belle occasion de retrouver (ou de découvrir) la prose magnifique du grand romancier islandais Jón Kalman Stefánsson! Au départ, il y a cet homme qui ignore comment il a pu aboutir dans la petite église d’un village isolé, près d’un fjord… et qui ne sait même plus qui il est. Cette amnésie, il se refuse à la dévoiler à la femme qui vient vers lui et qui, de toute évidence, le connaît depuis longtemps. Pour retrouver ses souvenirs, il doit la faire parler encore et encore. Ainsi démarre cette saga familiale fascinante qui raconte, sur près de 120 ans, dans un récit tout en allers-retours, l’amour, la nostalgie, la vie, la mort, tous ces éléments qui s’incrustent dans les gènes et se transmettent d’une génération à l’autre. Une réussite totale!
Les abeilles grises
Ukraine, 2017. L’armée ukrainienne et les forces séparatistes prorusses du Donbass se tirent dessus depuis trois ans. Entre elles, un no man’s land où se trouve un village abandonné. Y survivent deux hommes, dont Sergueïtch, un apiculteur dont la seule richesse est ses ruches. Le printemps venu, il les charge sur sa remorque, en quête d’un lieu où ses abeilles pourront butiner dans le calme. Il aboutit en Crimée, désormais contrôlée par la Russie, et cherche un collègue apiculteur qu’il a jadis côtoyé… mais cet homme a disparu et les questions de Sergueïtch ne plaisent pas aux nouveaux maîtres de la région… En montrant les malheurs de gens tout simples, Kourkov propose un roman fort, qui éclaire sur la situation actuelle dans son pays. À lire!
Requiem
Jónas ne connaît peut-être pas toutes les raisons qui le poussent à se recueillir au chalet de son beau-père Andrés. Certes, il veut s’éloigner de son travail de publicitaire afin de composer de la musique. Sous la tutelle de Bach et de Dvorák, il se laisse inspirer par l’air frais de la campagne et le chant des oiseaux dans l’espoir d’écrire une symphonie dont les ébauches noircissent les lignes de son carnet depuis un peu trop longtemps. Graduellement, le calme et la solitude font ressurgir des situations passées qui l’amènent à faire le point sur son présent. À travers ses préoccupations mélancoliques, Jónas nous montre qu’il existe un parallèle entre l’inspiration artistique et les fluctuations sentimentales. Et si la disparition de son carnet Moleskine avait un lien avec le déclin de son couple?
Le Grand Monde
Passions soudaines, journaliste ambitieux, argent sale, crimes gratuits : quelle boîte à surprises que cette suite — lointaine, mais ô tout aussi remuante! — à Au revoir là-haut! Avec ses étonnantes mésaventures des quatre enfants Pelletier fuyant leurs parents (mais les péchés, même distants, des proches finissent toujours par vous rattraper) pour se projeter dans le grand monde, le maître conteur, tisserand d’intrigues échevelées, nous révèle les absurdités de la guerre d’Indochine (ou comment faire bon usage du gros cul de Bouddha) tout en modelant la belle-sœur la plus détestable de l’Histoire. Tout simplement jubilatoire.
Auschwitz, ville tranquille
Si c’est un homme de Primo Levi est un récit au sujet des camps d’extermination qui m’a profondément troublé. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre de ce recueil de nouvelles et de poèmes. S’il y a quelques fictions étonnantes au travers, il y a quand même quelques retours en arrière sur son passage à Auschwitz. De ces récits qui m’ont laissé une forte impression, c’est la nouvelle « Force majeure » qui m’a le plus ébranlé par son court, mais puissant, sujet. Primo Levi a longtemps défendu son statut d’écrivain en plus de celui de chimiste. La force de « La belle endormie dans le frigo » ainsi que « Papillon angélique » en font foi. Malgré la dureté des sujets, Auschwitz, ville tranquille se lit d’une traite avec, au menu, une gamme assez large d’émotions.
Connemara
Hélène et Christophe viennent du même patelin, mais pas du tout du même monde. Elle a une carrière professionnelle, deux filles, un mari, des projets. Lui habite avec son père et son fils, il vend de la nourriture pour chiens et il rêve de rejouer au hockey. Les personnages se retrouvent des années plus tard. Ils sont amoureux. Elle remet tout en question. Par des allers-retours entre l’adolescence et l’âge adulte, le lecteur est témoin de la brillante construction de l’histoire. La langue de ce roman est riche et splendide. Elle est remplie d’argot français et de références culturelles de l’Hexagone. Nicolas Mathieu, « Goncourt 2018 », grand romancier de la France contemporaine, nous donne à lire un grand roman social de vaste envergure.
Les filles d’Égalie
Écrit en 1974 et enfin traduit, brillamment d’ailleurs, ce roman original, mordant et fabuleux a dû en déranger plusieurs à l’époque de sa sortie. L’autrice y présente une société matriarcale si bien ancrée que le vocabulaire est à l’opposé : ici, le féminin l’emporte! Les hommes s’occupent des enfants et n’ont que peu de perspectives d’emploi. Ils sont soumis à leur femme. Mais le jeune Pétronius rêve de devenir marine-pêcheuse et revendique une certaine émancipation. Gerd Brandenberg nous fait réaliser à quel point notre langage module la pensée et combien les diktats masculins ont façonné notre société. Plonger dans ce livre remet en perspective tous nos acquis et bouscule les conceptions. C’est rafraîchissant, finement élaboré, provocateur.
L’amour aux temps d’après
Si vous êtes à la recherche d’une introduction à l’écriture inclusive, ce recueil de nouvelles est parfait! Ce collectif regroupe une variété d’histoires inspirantes mettant en scène des personnages de la communauté LGBTQ2S+ écrites par des auteurs et autrices des Premières Nations. On y représente évidemment la diversité des cultures autochtones, notamment grâce à des mots issus de différents dialectes. Bien que toutes ces histoires abordent le thème avec singularité, elles ont en commun un message d’espoir. La spiritualité, l’amour et le sentiment d’appartenance sont au cœur de ces récits. Grâce à la science-fiction, on aborde la réalité tout en s’évadant dans d’autres univers. J’ai été captivée, émue et instruite. Une magnifique découverte.
Armer la rage : Pour une littérature de combat
Le bref essai de Marie-Pier Lafontaine s’ouvre sur un épisode d’agression, lorsqu’elle est victime d’attouchements dans le métro de Montréal. Un geste banal pour celui qui le commet, mais qui ravive les traumas de son enfance. Elle entame alors une réflexion intime et politique sur le trauma, la culture du viol et la banalisation de la violence. Pour surmonter l’anxiété et se donner les moyens de répliquer aux agresseurs, elle s’inscrit à un cours d’autodéfense pour femmes. Ce texte devient une invitation à se défendre contre l’invalidation des expériences traumatiques et des violences subies par les femmes et les minorités. L’autrice de Chienne (Héliotrope, 2019) répond aussi à ses détracteurs qui considèrent l’écriture par fragments comme facile. L’écriture morcelée de l’autrice n’a rien d’un geste paresseux : c’est un acte d’audace, de force, de résistance.
Le jeu du rêve et de l’action : Étude du roman d’aventures littéraire de l’entre-deux-guerres français
Les nombreux lecteurs du génialissime Ténèbre ne seront pas surpris d’apprendre que son auteur est aussi celui d’une thèse de doctorat portant sur le roman d’aventures littéraire de l’entre-deux-guerres français. Entre érotisme, orientalisme, mysticisme et symbolisme, le contenu de ladite thèse, magistralement remanié afin d’en rendre la consommation plus digeste, trouve bien sûr écho au sein même du roman ayant valu au plus saguenéen des Français le Prix des libraires en 2021, celui-ci étant en quelque sorte la démonstration de celle-là. Une lecture éclairante et franchement pénétrante qui aura aussi le mérite de vous donner envie de lire tout un tas d’autres livres!
Les derniers jours de Marie-Antoinette
Marie-Antoinette a fait l’objet de très nombreux ouvrages. Celui-ci se distingue par la précision du sujet, soit les derniers jours de sa vie, ceux de son procès. L’auteur s’attarde sur les procédures totalement subjectives, sur les jurés et leur biographie (qu’on a pu trouver dans les archives). Ces derniers ont été des acteurs importants du jugement de la reine, mais ils sont demeurés dans l’ombre. Nous retrouvons aussi les accusateurs qui ont volontairement fourni un dossier manquant de preuves aux avocats commis d’office et qui, de leur côté, n’ont eu que quelques heures pour se préparer. Le point de vue de l’auteur sur cette partie de la vie de Marie-Antoinette est saisissant, il nous amène de l’autre côté du miroir. Avertissement : ce livre s’adresse aux connaisseurs de cette époque.
Anarchie : L’implacable ascension de l’East India Company
Dans ce neuvième livre consacré à l’Inde, l’historien Dalrymple nous raconte l’ascension de la première multinationale à avoir surpassé les pouvoirs étatiques d’un État moderne : l’East India Company. Dire l’ascension, c’est nécessairement évoquer en miroir la chute de l’un des empires les plus riches et les plus raffinés qui ne furent jamais : l’Empire moghol. Dalrymple expose de façon limpide les dynamiques culturelles, géopolitiques, militaires et historiques qui sont à l’œuvre dans ce conflit qui redessina à jamais les contours des pouvoirs mondiaux. Truffé d’anecdotes truculentes, d’analyses brillantes et reposant sur un nombre effarant de lectures et d’archives patiemment scrutées, ce grand livre est un nouveau jalon dans l’œuvre de Dalrymple.
Dieu, la science, les preuves : L’aube d’une révolution
Alors que la science a souvent été mise en opposition avec l’existence de Dieu, cette étude exhaustive, scientifique et écrite dans un langage accessible tente d’en démontrer le contraire. Elle permet au lecteur d’être confronté à des faits concrets, avérés et prouvés, afin qu’il puisse se faire une idée de l’existence de Dieu. Les grandes théories, particulièrement celle du Big Bang, sont expliquées. Les témoignages de savants et de lauréats du prix Nobel enrichissent l’ouvrage. L’histoire du peuple juif, de la Bible, de Jésus et du miracle de Fatima (des milliers à y assister) ou de plus récentes découvertes scientifiques nous mènent à un questionnement inévitable : ce monde existe-t-il depuis toujours et existera-t-il pour toujours ou un Dieu a-t-il précédé sa création et va le conduire à un terme? Peut-être qu’à la lecture de cet ouvrage, quelques sceptiques seront confondus.
Mythology : Une contre-histoire des Beatles
Enfin un livre sur les Beatles qui semble vouloir s’inscrire à contre-courant du subtil, mais bien réel révisionnisme historique amorcé par les ayants droit du groupe il y a déjà plusieurs années. Écrit par un authentique freak, cet essai très documenté qui livre moult détails sur leur musique, leurs petites lâchetés et leurs faits d’armes les moins publicisés s’attarde à démêler le vrai du faux quant aux petites et aux grandes anecdotes entourant les quatre garçons dans le vent.
Laideronnie
On n’entre pas en Laideronnie, on y est poussé de force, puis enfermé à double tour. Elle influence les moindres faits et gestes du quotidien : la posture se voûte, la voix faiblit, les coins sombres sont recherchés, tout pour passer inaperçu. En s’appuyant sur des souvenirs et des expériences personnelles, Kareen Martel livre un témoignage absolument bouleversant sur la charge agressive associée à la différence corporelle et sur les impacts de la laidophobie dans notre société. Une lueur d’espoir réside tout de même dans la sororité, la bienveillance et l’empathie, l’acceptation de la singularité. Un vibrant appel à la « décolonisation de l’imaginaire », pour transformer le purgatoire de la Laideronnie en territoire riche et inclusif.
Une déchirure dans le ciel
Un soir, Tom et ses deux cousines, Julie et Robin, sont sauvagement agressés par une bande de jeunes. Seul Tom survivra. Malmené par les policiers et accusé à tort, il sera finalement libéré, mais profondément marqué par les terribles événements. L’autrice est la sœur de Tom. Sans se mettre de l’avant, Jeanine Cummins décortique, minute par minute, le drame et la déchirure du quotidien. Elle met en scène les bourreaux comme les victimes, les menant jusqu’au moment fatidique. Elle raconte l’enquête, les procès et les accusations, le tout se déroulant sur plusieurs années. En résulte un récit haletant et dérangeant sur l’impact de ces crimes sur l’ensemble de la famille qui, malgré tout, reste debout pour honorer la mémoire de ces deux jeunes filles.
L’infini dans un roseau : L’invention des livres dans l’Antiquité
Traitant avec érudition et verve de la naissance des livres et de leur longue histoire de l’Antiquité à nos jours, cette synthèse fait le pont entre haute culture et références populaires. On y apprend aussi bien la signification du nom de Platon (« larges épaules ») que le nombre de livres détruits lors du sac de la bibliothèque de Sarajevo ou de la fâcheuse tendance à faire disparaître des annales ce qui fait saillir les pommettes. Vallejo nous raconte tant la fabrication des rouleaux de papyrus que la passion de Ptolémée pour ces chimères de papier qu’il envoyait chercher aux quatre coins du monde. Un livre pour tous les amoureux et amoureuses des in quarto, réaffirmant la pérennité des assises établies par cette épopée de plus de 2 000 ans.
Paul McCartney : Paroles et souvenirs de 1956 à aujourd’hui (coffret)
Curieusement, je me suis toujours intéressé aux Beatles, mais au groupe plutôt qu’à ses membres individuellement. Mais je dois me rendre à l’évidence : après avoir découvert Paul, je suis fan! C’est avec un réel plaisir que je me suis plongé dans cet immense coffret illustré, empli des paroles des chansons de Paul McCartney ainsi que des souvenirs qui y sont rattachés. Comme les chansons apparaissent dans l’ordre alphabétique, on a droit à une biographie non linéaire qui se construit de façon très intéressante. Des secrets de studio, ses relations avec les autres membres, l’après-Beatles, Wings et autres projets : on y rencontre un artiste simple et amoureux des autres humains. Un génie qui ne cesse de produire mélodies et paroles pour notre plus grand plaisir!
Le vinyle de l’insomniaque
La musique a toujours fait partie de ma vie : mes parents avaient plusieurs vinyles dans lesquels je me suis plongé plus jeune, j’ai bâti ma propre collection et aujourd’hui, j’en ai facilement quelques centaines. Bien sûr, pour plusieurs, il y a une histoire qui leur est rattachée, un souvenir, une anecdote. C’est justement cela que Richard Z. Sirois, qui anime l’émission de fin de soirée à Matane Le vinyle de l’insomniaque, nous offre dans ce livre. On y découvre ou redécouvre des incontournables de la musique, mais aussi un homme passionné, sensible et touchant. C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis laissé transporter dans ces pages riches, drôles et rock’n’roll! Richard : « T’en mets pas un peu trop, là? » Moi : « Oh, non! »
Une terre de deuil
Des nuées de mouches voraces, des rapides d’écume houleuse, des bêtes sauvages affamées… Miss Hubbard et ses compagnons de traversée ont subi une multitude de désagréments pendant leur expédition au Labrador, au début des années 1900. Ce livre, empreint du souffle des récits d’aventures classiques, est en fait le journal bien réel d’une impétueuse femme, Mina Benson Hubbard, aventurière malgré elle qui reprend le parcours de son mari, mort sous une ombre de racontars, là où il avait échoué quelques années auparavant. Voilà enfin la traduction française de l’œuvre phare d’une figure marquante de l’histoire du Canada, à qui Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque ont consacré une place de choix dans Elles ont fait l’Amérique.
Mémo sur la nouvelle classe écologique
Les auteurs Bruno Latour et Nikolaj Schultz font un constat simple : les pro-environnement sont désormais assez nombreux et nombreuses pour avoir un poids politique déterminant, encore faut-il que nos élus reçoivent un mandat clair. L’axe gauche/droite qui prévaut sur la scène mondiale depuis 150 ans perpétue la lutte des classes économiques. Or la protection de l’environnement concerne des gens issus de tous les milieux. Pour s’imposer, cette classe citoyenne devra briser le carcan actuel et forcer les politiciens à se positionner sur un nouvel axe : pour ou contre l’écologie en priorité. Comme pour les mouvements ouvriers et les droits civiques, il faut en faire un enjeu de société. La nouvelle classe écologique doit prendre conscience d’elle-même.
Monsieur Madame : Les joies de la grossesse
Les habitantes de Miocheville attendent leur premier enfant, mais elles sont toutes plus désemparées les unes que les autres. Madame Pourquoi s’interroge par rapport à sa grossesse, madame Vedette réagit difficilement aux changements hormonaux, madame Têtue ne cesse de s’empiffrer, etc. Pour une série à l’origine destinée aux enfants, le changement de ton s’exécute avec brio et ne repose en aucun cas sur une déformation vulgaire des personnages ou de leur univers. Malgré l’exagération caricaturale de l’œuvre, une certaine forme de sincérité chaleureuse qui habite le texte rappelle avec humour les défis de la maternité, mais surtout les moments de joie qui y sont associés.
Piranèse
Piranèse existe dans le Palais; le Palais nourrit Piranèse de ses bienfaits. Et le Palais est beau, empli de statues saisissantes, de portes monumentales, d’escaliers grandioses. Il se poursuit à l’infini de salle en salle, chacune unique. Piranèse est un esprit observateur et systématique, il documente ses explorations du Palais, et ses marées. Piranèse n’est pas seul : il y a l’Autre, occupé par ses recherches, puis il y a les morts. Laissez donc la plume élégante, presque dansante, de Susanna Clarke vous emporter. Le Palais tient du Labyrinthe de Minos et de la Bibliothèque de Babel de Borgès, et cet univers étrange, à travers le regard de Piranèse, est un délice à découvrir. Tel un musée infini, le Palais n’attend que votre visite.
La médium
J. P. Smith avait frappé fort avec son précédent polar, Noyade, le premier de ses romans traduit en français. Il récidive avec un thriller psychologique captivant qui frôle le paranormal. La carrière d’actrice de Kit Capriol bat de l’aile, tout comme sa vie. Les contrats sont rares, son mari est mort dans l’attentat du World Trade Center, sa fille est plongée dans un coma profond depuis trois ans. Pour payer ses factures, Kit s’est improvisée médium. Elle repère ses cibles dans la rubrique nécrologique du New York Times, les avise qu’elle a parlé récemment avec leur parent défunt et prétend qu’elle peut les aider à faire de même… L’escroquerie fonctionne rondement jusqu’à ce que des enquêteurs de la section antifraude tentent de la coincer…
Sa Majesté mène l’enquête (t. 2) : Bain de minuit à Buckingham
Imaginez le choc d’Elizabeth II quand, lors de l’inauguration d’une exposition, elle remarque l’un de ses tableaux préférés, disparu mystérieusement de sa collection privée quelques décennies auparavant… Ce n’est pas tout de le récupérer, il faut savoir ce qui lui est arrivé pendant ce temps! Comme la reine ne peut s’impliquer directement, elle « guidera » l’enquête qu’elle confie en toute discrétion à Rozie, sa secrétaire particulière adjointe, qui a déjà fait ses preuves. Mais voilà qu’une vague de lettres anonymes sème l’émoi chez certaines employées du palais, sans parler de la mort plus que suspecte d’une femme de chambre que tous détestaient… Un deuxième tome fort réussi de cette série de cosy mysteries de S. J. Bennett. Plaisir garanti!
Féminicides
Les premières pages de ce livre offrent une histoire horrifiante qui, malheureusement, pourrait être réelle. C’est sur fond de violence que le roman débute. Nick Jarvis est de retour avec son acolyte Julie Montpetit. Des femmes mannequins sont assassinées selon un rituel précis, mais incompréhensible. Le tueur veut passer un message, mais lequel? Ce qui semble évident devient rapidement un imbroglio bien difficile à démêler… L’enquête fait une incursion dans le milieu de la mode, mais semble aussi impliquer d’anciens enquêteurs… La narration est efficace et les chapitres courts et sans longueur m’ont autant fait apprécier le livre que le scénario. Comme avec son premier roman, Sutures, l’auteur exploite un sujet d’actualité pour la finale. Bonne enquête!
Reine rouge
Tout comme des milliers d’autres lecteurs à travers le monde, vous serez vous aussi, à coup sûr, subjugué par les dons très, très spéciaux de la « Reine rouge ». Mal à l’aise dans un monde gouverné « par les médiocres, les crétins, les égoïstes », Antonia Scott, super cinglée, ou super intelligente, ni policière ni criminologue, recrutée par une sorte d’Interpol, a pourtant sauvé, usant de son fabuleux esprit de calcul, des dizaines de vies lors de périlleuses missions. Cette fois-ci, assistée de l’inspecteur Jon Gutiérrez, tout aussi hors norme, le seul avec qui elle se sent humaine, ils tentent de mettre fin aux méfaits d’un tueur dont les motivations sont pour le moins obscures, s’en prenant aux héritiers des plus grandes fortunes d’Espagne. Préparez-vous à vivre des heures d’angoisse inégalées.
Quality Land
Féru.e de SF dystopique ou pas, ruez-vous sur cette satire à l’humour aussi barré que Le guide du voyageur galactique. À Quality Land, univers orwellien digne d’un épisode de Black Mirror, les algorithmes optimisent votre travail, vos relations et vos désirs tandis que l’intelligence artificielle surdéveloppée des robots en pousse certains à de véritables crises existentielles. Peter, ferrailleur recueillant divers appareils souffrant de stress post-traumatique, embarquera dans une folle aventure afin de protester contre l’envoi erroné d’un article pour le moins incongru par une plateforme de vente. Au-delà de la délicieuse absurdité du récit, on appréciera toute la réflexion sur les dérives de notre économie 2.0 ainsi que de l’estompement (in)volontaire de la vie privée sur les réseaux. Jouissif!
Les os de la méduse
Admirateurs du magnifique lieutenant Bonneau, vous ne serez pas déçus : il ne s’améliore pas du tout! Les malchances ne le laissent pas tomber et son esprit d’enquêteur ne s’affine pas. Lamouche et lui sont entraînés dans une enquête qui les mène dans le monde des arts et du secret du magistral tableau Le radeau de la méduse. L’intrigue complexe pourrait venir à bout de la capacité de déduction de notre célèbre enquêteur, mais… il a la couenne dure! Comme à son habitude, Lamouche fait le travail et laisse la gloire à Bonneau, mais son manège commence à inquiéter ses supérieurs… Et comme toujours, Bonneau ne se rend compte de rien! Cette seconde aventure est aussi savoureuse que le premier tome, Le silence des pélicans. Vous serez… médusés!
Entre le lapin et le renard : Un conte dépourvu de fées
Dans le livre Entre le lapin et le renard, c’est la violence conjugale que l’on raconte. Ce conte aux allures de fable nous relate l’histoire de cette oiselle victime de ce renard futé, caché sous les traits d’un doux lapin. On y retrouve les étapes troublantes du cycle de la violence insidieuse. On décortique magnifiquement bien les tactiques manipulatrices du renard afin d’apprendre à déceler les signes d’une relation abusive, toxique. Les illustrations époustouflantes, fortes et touchantes viennent appuyer les propos d’une manière exceptionnelle. Le texte aux accents bienveillants apporte une sensibilité nécessaire aux victimes. Cette histoire pourrait être utilisée aussi bien dans un contexte de prévention que d’intervention. À la fin du livre, l’autrice nous propose même des pistes de réflexion et divers outils fort pertinents pour reconnaître la complexité d’une relation toxique. Dès 13 ans.
Zipolaris (t. 1) : La nuit des Morloups
Après un mercredi normal, Nat rentre chez lui et tombe nez à nez avec trois êtres étranges : des Zipoïdes, réfugiés d’un autre monde. Au moment où Nat commence à apprécier ses nouveaux amis, ils se font enlever par leur ennemi mortel, les Morloups. Ce premier tome est un superbe mélange d’aventure, de suspense et de cocasserie. Nat nous fait vivre toutes les émotions du spectre. Les Zipoïdes sont attachants à souhait et les dialogues sont savoureux! Les Morloups sont juste assez effrayants, d’autant plus que nous ne savons pas tout sur eux. Après un roman policier pour adultes, Blanchard a bien adapté sa plume pour un lectorat jeunesse. Zipolaris est un roman qui se dévore et qui nous tient en haleine. Dès 10 ans.
Les aventuriers des mondes perdus : Le secret de Nazca
Quel bonheur que de partir en voyage au Pérou avec le nouveau roman d’Élizabeth Turgeon! Nos deux héros expérimentent la culture locale au moyen d’activités diversifiées et originales. Ils se lancent aussi dans une enquête sur un lieu historique qui suscite des tonnes de questions. Point bonus pour les pages en annexe qui rapportent les photos et les aventures des deux intrépides à leurs collègues de classe. L’autrice allie habilement description et action afin de présenter ce pays étranger et de nous garder en haleine tout au long du récit. C’est une lecture divertissante et instructive! Bref, une recette gagnante pour des aventures autour du monde sur des lieux mystérieux. Dès 9 ans.
Les 9 bébés de madame Laplante
Jacinthe Laplante est jardinière. Elle aimerait bien cultiver les bébés comme on cultive les fleurs. D’ailleurs, lorsqu’elle était petite, elle avait neuf poupées et chacune portait un nom de fleur. Avec son premier amoureux, elle voit éclore Laurier, un petit nourrisson trop mignon, mais les choses se compliquent ensuite! Il lui faut trouver un autre amoureux et même passer par un labo avant de voir germer Lilas, puis Rose. Avant d’en arriver à Hortensia, il y a eu quelques bébés qui ont oublié de s’enraciner. Cet album, tout en aquarelles, rempli d’amour et d’espoir, donne envie de persévérer pour réaliser ses rêves. Dès 6 ans, mais aussi pour les mamans qui attendent leur premier, troisième ou neuvième enfant!
Sudie
Mieux vaut être prévenu : ce roman dérange beaucoup. Il soulève des thèmes difficiles. Il faut aussi le placer dans son époque : ça se passe dans une petite ville en Géorgie, vers 1940. L’histoire est racontée par la copine de Sudie qui elle, s’est liée secrètement d’amitié avec un garçon à la peau noire, envers et contre tout ce qu’on lui a appris sur « eux ». L’absurdité du racisme est grandement influencée par l’omniprésence de la religion. Aussi, l’estime de soi des fillettes est brouillée par les sévices sexuels d’un individu. Malgré tout ça, Sudie et l’homme noir sont de beaux personnages plus grands que nature. Voilà un roman inoubliable qui vous fera sans doute verser une larme. Dès 14 ans.
La fille qui parlait ours
Découverte quand elle était bébé près d’une grotte habitée par une ourse, Yanka ne s’est jamais sentie tout à fait chez elle dans le village où elle a grandi, malgré tout l’amour de celle qui l’a recueillie. Un jour où elle fait une mauvaise chute, ses jambes deviennent celles d’un ours. Il n’en faut pas plus pour qu’elle parte en forêt en quête de réponses à ses questions. Sophie Anderson tisse une histoire palpitante qui s’inspire des contes traditionnels, avec des animaux plus grands que nature et aussi sages que magiques. Grâce à sa plume accrocheuse et les contes qu’elle glisse dans le récit, c’est un vrai plaisir que de vivre l’aventure de cette Yanka attachante, mi-humaine, mi-ourse, et de découvrir le mystère de ses origines. Dès 10 ans.
Toi, moi, nous…
Un album d’actualité, puissant et touchant. « C’est le matin. Quelque part dans le monde, un petit garçon s’éveille. Ailleurs dans le monde, une petite fille se lève. La main dans celle de sa maman, la main dans celle de son papa, le petit garçon et la petite fille traversent chacun leur ville. L’une est en paix, l’autre détruite par la guerre. Leurs chemins sont différents, mais n’ont-ils pas les mêmes rêves? Ne pourront-ils, un jour, se rejoindre? », peut-on lire dans le résumé de l’éditeur de cet album richement illustré. À travers le quotidien de ces deux enfants, nous sommes confrontés avec finesse à leurs réalités qui sont aux antipodes l’une de l’autre. Un livre qui nous permet d’apprécier le fait d’être citoyens d’un pays en paix. Soyons généreux envers les réfugiés parce que leurs enfants sont des enfants! Dès 4 ans.
Et pourtant nous sommes vivants
À Amberside, une petite ville britannique, le festival de musique est l’événement de l’année où tout le monde se rassemble sur une île pour assister à des concerts. La fête bat son plein quand, tout à coup, un groupe de terroristes envahit les lieux et commence à tirer sur les gens au hasard dans la foule. Pour cinq adolescents, une course pour la survie commence alors. Ce roman choral entraîne le lecteur au cœur d’un événement des plus traumatisants. Narré à tour de rôle par une poignée de survivants, il nous fait vivre l’horreur de la soirée, restituée une minute à la fois – ou presque. Un livre qui rappelle un peu Elephant de Gus Van Sant, et qui peut autant être lu par un adolescent qu’un adulte. Un excellent roman à découvrir, qui traite d’un sujet important, sans jamais laisser les tueurs prendre la place des victimes sous les projecteurs. Dès 15 ans.
Ténébreuse (t. 1)
Pourquoi se laisser envoûter par ce récit médiéval fantastique a priori classique d’un chevalier déchu allant secourir une princesse en détresse, me direz-vous? Tout d’abord, pour le merveilleux trait de Mallié, où l’on sent l’influence d’un Loisel avec qui il a déjà collaboré, et qui séduit d’emblée dès les premières cases. Ensuite, pour le scénario signé par le regretté Hubert, qui nous avait notamment régalés avec des bijoux comme Peau d’homme, Beauté ou encore La nuit mange le jour, scénario détournant subtilement les poncifs du genre pour ajouter une obscure profondeur aux personnages et à l’intrigue. Espérons maintenant qu’il aura pu compléter celui-ci pour livrer un second tome au moins aussi alliciant que le premier.
Symptômes
Plus qu’un témoignage et une réflexion sur ce qu’est la santé (mentale, physique) et comment la conserver ou l’améliorer, la nouvelle BD de Catherine Ocelot, Symptômes, est une succession de petits tableaux tantôt oniriques, tantôt réalistes, des explorations d’une même variation qui poussent les lecteurs et lectrices à l’introspection et à l’écoute de soi et des autres. Soutenu par un dessin au stylo bille d’une grande finesse et des couleurs vives, le propos de Catherine Ocelot résonne en nous, se fraye un chemin dans notre esprit. Que ce soit à travers les anecdotes personnelles de l’autrice ou le vécu des femmes qui composent son groupe de soutien contre la solitude, Symptômes nous parle, nous touche, nous fait rire, nous interroge. Particulièrement en ces temps-ci, où la pandémie nous a toutes et tous affectés d’une façon ou d’une autre. C’est doux, subtil et graphiquement splendide.
Les caprices de la Lune (t. 3)
Ayumu et Luna se connaissent depuis longtemps. Et d’aussi loin qu’il s’en souvienne, Luna a toujours aimé Ayumu. Malgré leur année d’écart, Luna essaye d’être considéré comme un potentiel petit ami pour Ayumu, mais cette dernière ne remarque jamais les indices qu’il laisse. Elle pense, au contraire, que s’il agit avec autant d’ambiguïté, c’est soit parce qu’il se moque d’elle, soit parce qu’il est reconnaissant d’avoir un modèle à suivre. Dans les deux cas, elle n’y voit que du feu. Luna arrivera-t-il à transmettre ses sentiments à Ayumu, naïve comme elle est? Et elle, va-t-elle s’en apercevoir? On est en suspens tout le long, et ce, depuis le premier tome. Ramune Kiuchi nous tient en haleine avec de beaux dessins et des moments cocasses!
Nina du royaume aux étoiles (t. 1)
Nina, orpheline aux yeux d’un bleu éclatant, se fait kidnapper par des inconnus. Elle se rend compte que ses kidnappeurs font en fait partie de la garde royale et qu’ils opèrent à la demande du second prince. Elle est alors subitement amenée au palais et condamnée à épouser le prince héritier du royaume de Galgada en se faisant passer pour la princesse Alisha, disparue lors d’un accident et dont les yeux bleus alimentaient sa légende. Nina réussira-t-elle à berner son entourage? Pourra-t-elle échapper à son destin et vivre avec la personne qu’elle aime réellement? Tant de questions sans réponses! J’ai très hâte à la suite pour pouvoir suivre cette romance de plus près. Nos deux personnages sont mignons comme tout! La page couverture est très attrayante et j’adore ce style de vêtements qui fait oriental : ça fait rêver!
Paul : Entretiens et commentaires
L’univers de Paul a été pour moi une révélation! Et je crois que si on peut publier un énorme album sur ce personnage et sa création, c’est que nous sommes légion. Dans ce beau pavé, Michel Giguère a su construire une belle entrevue avec cet incroyable artiste qu’est Michel Rabagliati. Bien que nous ayons, par le biais de Paul, une idée de l’univers de son auteur, j’ai l’impression que, dans ce livre, on nous amène derrière les spots, les caméras, dans des coulisses plus personnelles et touchantes. Montréal, la musique, le sport, le cinéma, l’humour, savoir tricoter sa BD avec ses codes, sa narration, l’avenir du personnage : ce livre est un hommage brillant à celui qui est l’un des principaux acteurs de l’âge d’or de la BD québécoise!
Le mystère du lac
Quel bel univers que celui qu’a créé Jason Pamment! La lumière qui scintille, l’eau qui ruisselle et les couleurs vives dans ce roman graphique sont tout simplement magnifiques. Les illustrations sont si évocatrices que le scénario laisse souvent planer le silence. Iris et Sam sont deux gamins qui vivent près d’une rivière. Lorsqu’ils la découvrent un jour asséchée, ils décident de suivre son cours et trouvent une cité abandonnée. Iris, qui rêve de devenir archéologue, est emballée; Sam, lui, n’est pas rassuré. Chacun de leur côté, ils comprendront le passé de cette ville éteinte. Une chouette aventure, donc, pleine de secrets à percer, où le passé croise le présent, entremêlant les personnages. Une lecture comme une invitation à savourer l’amitié, la liberté, la vie. Dès 10 ans.
Corto Maltese : Océan noir
Quelle étonnante transposition au début du XXIe siècle pour le marin aventurier le plus célèbre de la BD! À la recherche d’un mystérieux trésor convoité par l’Océan noir, une secte nationaliste japonaise, Corto croisera dans cette quête périlleuse toute une galerie de personnages, dont son meilleur ennemi, Raspoutine, devenu trafiquant de drogue pour l’occasion. On retrouve tout le romantisme, l’exotisme et la nonchalance qu’insufflait Pratt à son héros mêlé à son corps pas si défendant que cela à des manigances internationales qui le conduiront de l’Amérique du Sud au Japon. Bastien Vivès nous ravit une fois de plus avec son trait épuré, mais ô combien évocateur. Un hommage modernisé abouti et pleinement réussi.
Les contes drolatiques
Les frères Brizzi nous entraînent du côté de chez Balzac. Sur le versant le plus rabelaisien de l’œuvre du caféinomane impénitent, il y a ces Contes drolatiques, chemin moins fréquenté, mais ô combien plus ludique que celui tracé par la Comédie humaine. Lubriques et gourmands, ces contes donnent l’impression d’avoir été le terrain de jeu du portraitiste, d’amusantes mises en bouche pour bourgeois que l’ennui n’a de cesse de guetter. Chaque (im)posture est ici mise à mal par l’humour ironique et ravageur de Balzac; noblesse à laquelle l’avarice tient lieu de morale et clergé vacillant entre bigoterie et puritanisme de façade. On se régale de ces chutes bien calibrées et de ces saillies langagières que la sensualité du trait agrémente.
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