Du haut de mes 12 ans, la série de livres Ailes d’Aprilynne Pike (ADA), parue en 2009, était le summum des œuvres fantastiques puisqu’ils me laissaient envisager que je pouvais être quelqu’un d’autre dans un univers merveilleux. De nos jours, cette littérature nous offre davantage grâce à ses transformations au fil du temps, en plus de gagner en popularité grâce à BookTok et à Bookstagram.

En comparant cette série avec ce qui a été publié dans les dernières années, je réalise à quel point ces créations ont grandi à nos côtés. Désormais, elles possèdent une plus grande part de diversité et d’inclusion dans leurs thèmes et en ce qui concerne les héroïnes.

Le désir de fuir… ou de rester
Laurel, protagoniste de la série Ailes, est une jeune fille qui s’apprête à vivre quelque chose d’extraordinaire, de surnaturel et d’effrayant lorsque des pétales poussent dans son dos pour lui créer des ailes. Cette découverte perturbante n’est que la première parmi tant d’autres, et son introduction au milieu des fées se fait grâce à Tamani, qui provient de cet environnement enchanté. Rapidement, on réalise que Laurel est elle-même une fée et que sa place n’est pas dans le peuple des humains, qu’on lui réserve un sort bien plus grand.

À l’époque, c’était ce que ces sagas nous offraient : la chance de rêver à ce jour où nous découvririons notre vraie nature en tant qu’êtres fantastiques et où nous pourrions explorer des contrées occultes.

Plus récemment, Holly Black, avec sa trilogie Le prince cruel (Rageot), nous suggère le message inverse. Jude et sa sœur jumelle vivent dans notre société, celle de leur mère, jusqu’à leurs 7 ans, l’âge auquel leur père, originaire de Terrafea, les emmène vivre avec lui. Malgré le temps passé dans la sphère des Faes, Jude devra redoubler d’efforts si elle persiste à vouloir faire sa place à Terrafea, et ce, en vivant du harcèlement et en risquant d’être envoûtée par les Faes.

On remarque le contraste entre les motivations de Laurel et de Jude. En suivant Laurel, on aspire à changer pour s’évader; Jude nous propose plutôt de se battre pour ses convictions et de faire soi-même sa place, que l’on soit la bienvenue ou non!

Acceptation et confiance
Le renouveau dans ces épopées fabuleuses facilite l’identification aux personnages. Au lieu d’avoir des pouvoirs comme Laurel, on trouve de plus en plus d’humains sans capacité magique. Cela nous donne la possibilité de nous sentir représentés et entendus dans ces scénarios qui promeuvent l’acceptation de soi. D’ailleurs, la dédicace «À toutes les filles qui se sont trouvées à travers les livres» de Margaret Rogerson dans Sorcery of Thorns (Castelmore) en est un parfait exemple. L’autrice se fait ainsi l’écho de cette nouvelle ère fantastique, qui nous prouve que pour réussir, nous n’avons pas besoin de magie ou de dépendre des autres.

Dans ce roman, on rencontre Elisabeth, une apprentie libraire de 16 ans. Son métier est périlleux puisqu’elle doit être en contact avec des grimoires mystérieux pour s’assurer qu’ils ne peuvent pas causer de mal. Malheureusement, elle doit se lancer dans un combat contre des forces maléfiques après être accusée de l’irréparable.

Le cheminement de Laurel de la série Ailes et celui d’Elisabeth sont donc bien distincts. Laurel a la chance de changer avant de découvrir ses ailes, en plus de se fier à l’aide constante de Tanami, alors qu’Elisabeth est une adolescente ordinaire, qui s’assume, qui essaie de sauver le monde en se tournant vers les connaissances que les livres lui apportent.

Représentation et féminisme
Valorisant l’acceptation de soi, ces synopsis mettent de côté le stéréotype de la demoiselle en détresse, ce qui est très représentatif de Laurel, qui avait besoin d’aide afin d’avancer. Désormais, on s’inspire de personnages aux motivations hors normes, qui désirent obtenir un titre ou tout simplement emprunter une voie qui leur est interdite. Le récit de Jude en est le parfait exemple puisque l’adolescente acharnée souhaite faire sa place à Terrafea, malgré les dangers, tout en rêvant de devenir chevalière.

La trilogie Ash Princess, écrite par Laura Sebastian (Albin Michel et Le Livre de Poche), présente un phénomène similaire. Le roman est axé sur la princesse Theodosia, qui a assisté à la colonisation de son royaume par le Kaiser. Une dizaine d’années ont passé depuis ces tragiques événements, et pourtant, les Kalovaxiens, ayant mené à la destruction de sa vie, lui rappellent la chance qu’elle a d’être toujours vivante. Il s’agit, bien sûr, d’un faux privilège, puisqu’on l’utilise comme un symbole de soumission et de répression. La princesse des cendres fera donc tout ce qu’elle peut afin de restaurer son royaume. Certains personnages, comme son amie Crescentia, nous surprendront à leur tour en montrant à quel point il peut être dangereux de sous-estimer ceux qui nous entourent.

Finalement, la série Ailes demeure surtout à la surface des personnages et de leurs capacités, contrairement à Theodosia et à Crescentia, qui usent de ruse afin d’obtenir ce qu’elles désirent plus que tout.

Ce qu’on en retient
En regardant les écrits qui nous ont marqués, force est de constater qu’il y a eu une progression du genre fantastique pour la jeunesse. Il est toujours populaire parce qu’il a su cheminer à nos côtés et nous proposer ce que nous aurions aimé lire à l’époque. Nous y retrouvons désormais des modèles avec une grande profondeur, des aventures avec des sujets complexes et beaucoup de féminisme! Au lieu d’être des accessoires aux protagonistes masculins, des figures comme Jude, Elisabeth et Theodosia font preuve d’une véritable agentivité et nous autorisent à croire en nous.

Dans une dizaine d’années, nous pourrons regarder l’évolution de la littérature fantastique afin de voir, à nouveau, le progrès réalisé dans ces histoires qui nous permettent de nous laisser envoûter!

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