L’idée écologique et la philosophie : À la recherche d’un monde commun
Laurence Hansen-Løve, Écosociété, 144 p., 20$
La philosophie s’applique à tous les sujets, et à l’heure où l’écologie prend une place prépondérante dans les enjeux de nos sociétés, il est bon d’éclairer la question à l’aune des différents penseurs qui l’ont approchée. Si certains étaient même plutôt d’avis que l’humain, dans une opposition entre culture et nature, se devait d’exercer un certain contrôle sur celle-ci, d’autres voyaient déjà en elle un bien et une richesse à respecter. C’est ainsi que l’autrice prend appui sur les auteurs de l’Antiquité dont la défense contre l’hubris (excès) et ses effets délétères rejoint nos préoccupations actuelles. Elle relève d’autres auteurs au fil du temps qui vont dans cette direction — Spinoza, Rousseau, Thoreau — en les mettant côte à côte avec nos contemporains, ouvrant un passage possible de discussion opportune.
Une étoile filante entre deux néants… et autres destinations philosophiques
Jacques Senécal, Fides, 204 p., 24,95$
En trente-neuf questions — et une affirmation — auxquelles Jacques Senécal tente de répondre par de courts chapitres, ce livre transporte la pensée en tous sens, là où elle doit justement aller, c’est-à-dire vers une grande liberté d’esprit, celle qui souhaite se détourner des œillères idéologiques. L’auteur convoque au banquet plusieurs philosophes et développe ses propres hypothèses, s’essayant à débroussailler le vrai du faux d’une société en proie à ses contradictions et à une existence inévitablement confrontée à son grand mystère. Ainsi, il s’interroge : assiste-t-on à une banalisation du mensonge?; le hasard existe-t-il?; pourquoi sommes-nous? Autant de requêtes qui nous amènent à développer nos propres chemins de réflexion.
Ce que la philosophie doit aux femmes
Collectif sous la direction de Laurence Devillairs et Laurence Hansen-Løve, Robert Laffont, 494 p., 39,95$
Difficile de restituer les figures féminines marquantes de la philosophie. Peu ou pas du tout reconnues, elles ont fréquemment été condamnées à l’oubli et leur présence n’est pas aisément retraçable. Treize femmes philosophes contemporaines s’y emploient cependant dans cet ouvrage qui s’étend de l’Antiquité à aujourd’hui. En dépit de leur position sociale souvent désavantagée, les femmes ont significativement contribué au domaine des idées et Ce que la philosophie doit aux femmes présente en quoi leurs raisonnements sont porteurs. Pourtant, ce n’est qu’en 2003 que l’une d’entre elles (Hannah Arendt) fut admise dans le programme de philo des classes de terminale en France. Tout en mettant au jour les noms effacés de l’Histoire, ce livre veut comprendre pourquoi ils en ont été si longtemps absents.
Le rêve de Marc Aurèle : L’empereur philosophe qui nous aide à vivre
Frédéric Lenoir, Flammarion Québec, 260 p., 27,95$
Après Le miracle Spinoza : Une philosophie pour éclairer notre vie, vendu à plusieurs milliers d’exemplaires et prouvant du même souffle l’intérêt porté à la discipline et son utilité consensuelle, l’auteur et sociologue français Frédéric Lenoir nous entraîne cette fois-ci dans les pensées de Marc Aurèle (121-180). Adepte du stoïcisme, l’empereur romain en appelle à l’équanimité, autrement dit à la constance et à la solidité intrinsèque par rapport aux situations que nous avons à vivre. Plutôt que de s’évertuer à changer ce qui ne peut l’être, il nous enjoint de rester calmes dans la tempête grâce à l’édification en soi d’une force immuable. En librairie le 14 novembre
Et si l’Art pouvait changer le monde?
Simon Brault, Septembre éditeur, 200 p., 32,50$
Si certains se demandent à quoi peut bien servir l’Art, ce n’est pas une question que Simon Brault se pose. Pour lui, l’utilité des artistes est une chose évidente, et tout au long de sa carrière, il s’est employé à le démontrer. Il continue à le faire, ici par l’entremise d’un essai voulant attester du rôle prépondérant de l’Art dans nos sociétés, celui d’entretenir le feu pour garder espoir et d’utiliser nos forces à imaginer des solutions possibles. L’auteur, initiateur des Journées de la culture et directeur du Conseil des arts du Canada de 2014 à 2023, milite en faveur de la médiation et de la démocratisation, affirmant par là que l’Art n’est pas un luxe, mais une nécessité pour tous.
50 millions de lecteurs
En 1995 paraissait le roman Le monde de Sophie (Seuil), la version française de Sofies verden (1991) du Norvégien Jostein Gaarder. Propulsé sur tous les palmarès littéraires, il a été traduit dans plus d’une cinquantaine de langues et a en outre connu une adaptation cinématographique. S’adressant tant au grand public qu’à un lectorat adolescent, il constitue un véritable phénomène, si bien que l’on n’hésite plus à le qualifier de classique contemporain, prouvant par le fait même la nette curiosité des gens, aussi étonnant que cela puisse paraître, pour la philosophie, souvent considérée comme une matière aride. Gaarder réussit le pari d’initier Sophie, en même temps que les lecteurs et les lectrices du livre, aux concepts de penseurs qui ont marqué le monde des idées. La jeune fille de 14 ans, l’âge des multiples questionnements, reçoit une première missive, ne comprenant qu’une seule phrase pour le moins troublante : « Qui es-tu? » Bientôt, un second message lui demandant cette fois « D’où vient le monde? » lui parvient. De cette façon, l’expéditeur, un certain Alberto Knox, invitera Sophie à s’intéresser aux propos de Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Locke, Kant, Hegel, Darwin, etc., ouvrant son esprit et sa conscience à un univers de possibilités infinies. L’auteur Vincent Zabus et le dessinateur Nicoby ont récemment publié aux éditions Albin Michel une variante graphique du Monde de Sophie, faisant revivre cette œuvre sous une autre forme.
Philosophie magazine : un mensuel intelligent
Pour jeter un regard aiguisé sur notre monde, Philosophie magazine représente un outil riche en contenus avec des articles et des dossiers originaux aux approches diverses. Publié tous les mois, il se tient au plus près de l’actualité, démontrant le bien-fondé de la philosophie comme appareil critique indispensable face aux défis de nos sociétés. À cet égard, le numéro d’octobre essaie de savoir où se situent les intentions de Kamala Harris, candidate démocratique briguant la présidence des États-Unis, s’entretient avec l’anthropologue Charles Stépanoff, spécialiste du chamanisme sibérien, et présente plusieurs nouveautés littéraires à se mettre sous la dent. Également, un dossier titré « Comment trouver le bon rythme? » exploite les thèmes relatifs au temps, celui qui n’en finit plus de nous échapper et qui requiert tant d’aménagements personnels, professionnels et familiaux. Justement, à l’aide de la lorgnette des philosophes, les journalistes de la revue française formulent des idées venant mettre en lumière les écueils de notre époque et nous disent comment nous pouvons faire pour vivre sans être sous l’emprise de la cadence frénétique en demeurant ouverts à ce qui nous entoure. D’autres dossiers, tout aussi opportuns et toujours formulés sous forme de questions — peut-on devenir meilleur? que peut-on opposer à la violence? sommes-nous déterminés par nos origines sociales? —, sont à lire dans les numéros antérieurs.
FestiPhilo : célébrer la liberté de penser
En juin dernier avait lieu au centre-ville de Trois-Rivières la troisième édition d’un festival entièrement consacré à la philosophie. L’idée n’est pas nouvelle, il s’en trouve déjà en Europe, mais ce type d’événement, sauf preuve du contraire, tient lieu de première au Québec. Organisé par la Société de philosophie des régions au cœur du Québec (SPRCQ), il s’adresse au grand public et souhaite démocratiser la philosophie en suggérant une programmation éclectique. En 2024 s’est tenue une table ronde sur l’information à l’ère des médias sociaux et de l’IA; plusieurs conférences sur entre autres les sujets de l’incivilité, de la religion, des mathématiques, de notre rapport à la nature; un lancement de livre avec l’artiste hip-hop Webster et un ciné-philo avec la projection d’un film de Micheline Lanctôt suivie d’une discussion avec la réalisatrice. Un café-philo et une séance de Philopardy s’ajoutaient joyeusement à l’horaire déjà bien chargé des festivaliers. De plus, toutes les activités proposées étaient entièrement gratuites, s’assurant ainsi que l’événement demeure accessible au plus grand nombre. Vivement une quatrième édition!
Se faire un devoir de philosopher
Depuis quelques années, le journal Le Devoir demande hebdomadairement à des férus de philosophie d’écrire sur un point d’actualité afin d’en analyser les rouages et de nous illuminer de leurs lanternes. Nous pouvons donc lire un florilège de textes de la plume d’enseignants, d’essayistes, de chercheurs, d’historiens, d’écrivains, d’étudiants s’attardant à réfléchir sur notre monde sous la loupe de différents penseurs. Leurs intérêts portent tant sur la politique, l’environnement, le numérique que sur l’amour, la religion, le capitalisme, la fin de vie, la langue ou l’éducation. Librement, ils mettent en relief les contradictions de notre société, ses amalgames et ses chimères pour souvent nous conduire sur des terrains neufs où nous pouvons poursuivre l’exercice de réflexion.



















