Son dernier roman, Oh, Canada, paru cet automne, s’avère en quelque sorte un signe annonciateur de sa mort puisqu’il traite d’un homme, au soir de sa vie, qui la raconte à un cinéaste curieux. À travers le récit de ce personnage, Russell Banks met en lumière les quelque 60 000 États-Uniens qui ont fui la guerre du Vietnam et qui ont reçu le statut de réfugiés au Canada sans jamais revenir dans leur pays d’origine. Le personnage se déleste de ses souvenirs, dévoilant au passage des secrets bien enfouis et aborde la mort qui vient avec lucidité. Bien qu’il se défende d’avoir écrit ses propres mémoires, Russell Banks a tout de même pu pousser sa réflexion sur sa fin imminente, lui qui se savait malade d’un cancer.
L’écrivain était connu notamment pour American darling, Pourfendeur de nuages et Continents à la dérive. Ses romans De beaux lendemains et Affliction ont été portés à l’écran. Il a remporté en 1985 le prix John-Dos Passos et il a été finaliste à deux reprises pour le prix Pulitzer. Il était membre de l’Académie américaine des arts et des lettres et a présidé le Parlement international des écrivains qui s’occupait de défendre les écrivains victimes de persécution, créé par Salman Rushdie. Russell Banks a enseigné l’écriture à l’Université de Princeton, côtoyant les autrices Joyce Carol Oates et Toni Morrison.
Curieux des autres, attentifs à leur bien-être, Russell Banks était à l’écoute des personnes issues de la classe ouvrière. Il prêtait sa plume aux plus démunis et était conscient de leurs difficultés à transcender leurs conditions. C’est un des géants de la littérature américaine qui vient de s’éteindre. Nos plus sincères condoléances à ses proches ainsi qu’à ses nombreux lecteurs.
Photo : © Larry D. Moore (2011)


















