Non, sa mort ne fera pas oublier Denise Boucher, elle qui a alimenté tout au long de sa vie le désir d’émancipation et de liberté des femmes.

Cette inextinguible soif qu’avait Denise Boucher pour déboulonner les stéréotypes lui était fondamentale; toute jeune, elle avait noté les différences entre hommes et femmes et surtout, le peu de perspectives qu’avaient celles-ci de faire autre chose que d’être mère et ménagère.

D’abord enseignante, puis journaliste, Denise Boucher signe avec Madeleine Gagnon un premier recueil, Retailles, paru en 1977 chez L’Hexagone. Sa première pièce de théâtre, Cyprine, est publiée en 1978 aux Éditions de l’Aurore. C’est la seconde, on le sait, qui la fait naître au monde. Les fées ont soif, publiée la même année aux éditions Intermède, et jouée au Théâtre du Nouveau Monde, provoque l’ire des bien-pensants de l’époque. En 1978, l’église tente encore de rester présente dans le quotidien des gens et les femmes ne doivent pas avoir trop d’ambition… Denise Boucher dérange, bouscule les idées reçues et pire, elle insiste, heureuse du scandale. Cette prise de position confirme le mouvement féminisme au Québec, déjà en marche évidemment, et invite à ne plus s’empêtrer des considérations d’autrui. Environ quarante ans plus tard, la pièce est rejouée à La Bordée à Québec, puis quelques années plus tard, une autre production voit le jour au Rideau vert à Montréal, et force est d’admettre que la puissance des mots est encore d’actualité.

Denise Boucher s’est impliquée au sein de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) pendant quelques années. Elle s’est aussi distinguée, en 1995, en se joignant au mouvement l’Opération porte-voix, qui invitait les femmes à participer à la vie politique, particulièrement souverainiste, d’abord en votant, ensuite en favorisant le dialogue pour qu’elles puissent émettre leurs idées et opinions.

Sa biographie, publiée malicieusement sous le titre Une voyelle (féminin de voyou), est publiée en 2007 chez Leméac. Boîte d’images, son dernier recueil de poésie, est publié en 2016 chez l’Hexagone. On l’aura connue aussi pour Les divines (Les Herbes rouges), Traversée en trois temps (Trait d’union), Lettres d’Italie (L’Hexagone) et Au beau milieu, la fin (Leméac).

Denise Boucher a également écrit des textes de chansons, dont on fredonne encore les mots. Ainsi, c’est sur les airs rock pop de Gerry Boulet qu’elle fait fleurir ses mots, avec des chansons telles que Angela, Un beau grand bateau et Qui te soignera, tout comme la pièce Jézabel, que Dan Bigras a complétée après la mort de Gerry Boulet. On lui doit aussi certains textes chantés notamment par Pauline Julien, Louise Forestier, Dan Bigras et Chloé Sainte-Marie.

L’écrivaine nous a quittés le 18 mars dernier, en demandant l’aide médicale à mourir, bercée par la voix de Dan Bigras. Toujours fière, toujours aux aguets. Merci, Denise Boucher, d’avoir brassé la cage! Tenez-vous-le pour dit, là-haut.

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