Celle qui a fui sa Croatie natale à la suite de ses publications qui dénonçaient le régime en place est décédée le 17 mars dernier à l’âge de 73 ans, à Amsterdam, où elle avait élu domicile il y a plusieurs années.

Si Dubravka Ugresic s’est d’abord commise à la littérature jeunesse, elle s’est surtout fait connaître par son recueil de nouvelles Dans la gueule de la vie, une parodie virulente et sarcastique du roman sentimental et du patriarcat ambiant. Un film en a d’ailleurs été tiré en 1984, sous le titre In the Jaws of Life. Fait aussi anecdotique qu’éclairant sur l’effet du livre et du film sur son époque, on donnera le nom de Steffie Speck, l’héroïne, à un prix littéraire féministe. Dubravka Ugresic a écrit quatre romans, notamment Le musée des redditions sans condition et Le ministère de la douleur, tous publiés chez Christian Bourgois éditeur. Ce sont toutefois ses essais qui lui ont valu l’exil. Publiés dans divers médias européens, ses textes seront édités sous le titre La culture du mensonge, qui se veut une réponse critique à la guerre en ex-Yougoslavie. Ses positions antiguerre et antinationaliste lui occasionnent une véritable chasse aux sorcières médiatisée, qui la contraint à quitter son pays en 1993.

Diplômée en littérature comparée et en littérature russe de l’Université de Zagreb, elle enseignera ces mêmes matières dans cette même institution jusqu’à son départ. Depuis son exil, elle enseignait la littérature à l’Université d’Amsterdam et était chroniqueuse dans plusieurs médias européens, tout en poursuivant son œuvre littéraire. En 2016, on lui a décerné le prix Neustadt, le prix le plus prestigieux après le Nobel de littérature, pour l’ensemble de son œuvre.

Photo : © Zeljko Koprolcec

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