Quand viendra l’aube est un tricot d’ombre et de lumière, rythmé par les marées et les orages. Dominique Fortier tisse devant nos yeux des souvenirs qui traversent les saisons et la frontière qui sépare une maison de vacances aux États-Unis de sa demeure à Montréal. Construit autour de la perte de son père, ce court texte, d’une puissance et d’une poésie sans égal, mêle vide et contemplation, questionnement et certitude. J’ai été bercée par ce texte d’une grande douceur, ponctué de petites choses du quotidien qui donnent un sens à la vie et qui survivent à la mort.
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Les libraires craquent
Mon fils ne revint que sept jours
David Clerson nous propose une œuvre viscérale où les descriptions de la nature servent à révéler les liens en décomposition qui unissent une mère et son fils. Leur relation s’enracine dans la tourbière où iels marchent en silence, incapables d’exprimer leurs angoisses profondes. Les sphaignes qui envahissent le lac, à l’origine d’une biodiversité aussi riche qu’inquiétante, permettent à l’auteur de développer un deuxième niveau de lecture où fermente une interprétation sous-jacente, énigmatique, inscrite en filigrane dans le texte. La mère qui revisite ses souvenirs, le fils qui ne pense qu’à fuir, et l’écriture qui pétrie leurs retrouvailles donnent à ce roman une aura particulière, comme la brume au-dessus d’un lac annonçant la fin de l’été.
Jones
Eli et Abi Jones sont frère et sœur et leur parcours de vie tumultueux met leur bonheur (et leur santé mentale) à rude épreuve. L’un navigue de tics en obsessions, tandis que l’autre a la faculté d’occuper l’esprit d’un animal… ou de son frère. Traversant le Canada et les États-Unis, de Perrette en 7-Eleven, ces Hansel et Gretel des temps modernes tentent d’échapper à l’inéluctable et nocive présence parentale. Le roman Jones brosse le portrait d’une fratrie unie, dans l’ironie et la douleur, la désinvolture et la décadence. Neil Smith nous offre une œuvre en clair-obscur prodigieusement touchante sur la résilience et la famille, que l’on aime, l’on fuit ou l’on se construit. Une lecture inoubliable!
Rivières-aux-Cartouches
Tout y est pour titiller notre curiosité : discussions de garage animées pour initiés, commérages de salon, virées de ski-doo, contes à faire frémir, petits bonheurs et douloureux deuils. Formé de courtes histoires savoureuses, le recueil de nouvelles Rivières-aux-Cartouches tisse une véritable courtepointe, laissant apparaître au gré des mots un village de légendes. Dans une langue incandescente et rugueuse comme le bois, Sébastien Bérubé parvient à créer un microcosme riche, parsemé de moments tour à tour cocasses et touchants. C’est à regret que l’on quitte cet univers peuplé de personnages attachants et tissés serrés. Espérons que la prose de Bérubé nous mènera à nouveau aux confins de Rivières-aux-Cartouches!
Obsolète
Le père de Marie vient de mourir. Alors que ce dernier a été un collectionneur d’antiquités jusqu’à son dernier jour, Marie doit faire l’inventaire de ses babioles et doit s’assurer de les vendre à un bon prix pour pouvoir récolter l’héritage, cet argent pouvant l’aider à sortir de sa relation de couple. Elle, qui a quitté son père et ce passé en Beauce il y a douze ans, n’est pas chaude à l’idée de repasser du temps dans la maison de son enfance. C’est jusqu’à ce qu’elle trouve sa vieille machine à coudre et un pistolet antique… Une belle discussion sur la surconsommation, sur l’obsolescence, sur le patrimoine et sur la crise environnementale.
Dans la lumière de notre ignorance
Dans la lumière de notre ignorance, c’est avant tout une histoire d’amour. Le récit d’une de ces rencontres qui changent une vie et qui bouleversent tout dans leur simplicité et leur évidence. Dans cette relation fulgurante digne des plus belles comédies romantiques s’immisce rapidement la maladie, insidieuse faucheuse de l’avenir, mais également du présent qui altère la personnalité de Simon. Dans ce récit, Marianne Marquis-Gravel nous invite dans sa réalité, dans son deuil et dans sa tentative de guérison. Ses mots sont justes et touchants et on sent tout l’amour qu’elle a partagé et partagera toujours avec Simon. Ses mots sont un hommage à leur aventure et à l’homme qu’il était, une histoire criante de vérité à lire absolument.
La renaissance de L’Interlope
Février 2029, Fatoumata Foulanault fume devant l’immeuble familial qui, depuis cinq générations, abrite les amours illicites au gré des changements sociétaux, avec un succès discrètement insolent. Mais c’est désormais la ruine, la faute de cette société devenue si désespérément inclusive : il va falloir vendre près de deux siècles d’histoires d’alcôves patrimoniales. À moins que… Ce livre savoureux est autant une fiction qu’une étude sociologique minutieuse menée au cœur de l’ancien Red Light montréalais. C’est également, et peut-être surtout, une formidable satire. Avec un second degré qui culmine dans de truculentes notes de bas de page, François Bellemare donne ici une bonne tape sur les fesses de toutes nos hypocrisies, celles d’hier comme celles d’aujourd’hui… et presque de demain.
Le silence des braises
Ce premier ouvrage d’Alec Serra-Wagneur est un recueil de nouvelles qui présente des histoires variées, où chacune nous transporte dans un nouvel univers, bien qu’elles se déploient toutes sur un même chemin : une trail au milieu des bois. Nous traversons ainsi chaque histoire aux côtés de l’un des huit personnages qui avancent, se perdent, parfois se retrouvent, mais toujours explorent, qu’ils soient sur une île américaine, dans la forêt mauricienne aux beaux jours ou dans les bois blancs et gelés. On y apprend qu’en dépit des préparations à chaque voyage, la réalité nous force souvent à nous adapter, à changer, comme l’effet des flammes en forêt, terribles, mais permettant de renaître.
Ce qui est tu
Un recueil coup-de-poing où l’on se laisse happer par la beauté des images. Il faudra prendre une légère pause à la fin de chaque page, un moment pour expirer, parce qu’on aura oublié de le faire. On reprend son souffle et, avec impatience, on tourne vers le prochain poème, guidé.e par ce rythme particulièrement envoûtant qui émerge de la voix narrative. Caroline Dawson nous a déjà éblouis avec son premier livre Là où je me terre. Avec la main tendue vers son fils et vers le monde, elle nous revient cette fois avec une poésie qui aborde encore ses thèmes de prédilection, soit l’immigration, l’identité et les liens familiaux. Ce qui est tu deviendra à coup sûr un autre incontournable dans le paysage littéraire québécois.
Sombre est la nuit
La narratrice rencontre cet homme, synonyme d’éloquence, de beauté et séduction, pendant ses premiers cours à l’université de Vincennes. Ensemble, ils fréquentent des intellectuels, des politiciens et des gens de lettres. Récit d’une femme qui raconte comment elle est tombée amoureuse de son mari, pendant leurs études en médecine (psychiatrie), leur vie commune, leur union libre… jusqu’à ce qu’elle apprenne à ne plus l’aimer. C’est aussi l’histoire d’une femme qui se cherche dans le milieu de la psychanalyse, habituellement presque uniquement masculin. Elle-même va essayer de psychanalyser sa relation pour tenter de comprendre quelle était la nature de leur relation et ce qu’elle cherchait dans celle-ci. Un récit intelligent, poétique et très bien conté, qui fait sourire, grimacer, mais surtout réfléchir. Des paragraphes courts, mais puissants! Le cinquième roman de l’autrice qui est aussi habile avec les mots qu’avec le récit.
Le monde se repliera sur toi
Alors qu’on passe d’une histoire à l’autre, d’un personnage à un autre (parmi la trentaine qui parcourt ce roman), on peut apercevoir tous ces petits chaînons qui se relient les uns aux autres, peu importe où on se trouve sur la planète présentement, et ainsi voir l’impact de nos gestes au quotidien sur l’ensemble du monde. On passe par une mère qui sort d’un divorce, puis par sa fille, étudiante dépressive, qui rencontre une amie à l’arrêt de bus, pour finalement se retrouver au Moyen-Orient et plus tard dans un bar en Europe. C’est finalement un portrait de notre société qui est brossé par l’auteur de La canicule des pauvres. Roman magnifiquement écrit sur l’effet papillon; difficile de le lâcher avec ses chapitres courts et concis. Le cinquième roman de Jean-Simon DesRochers va assouvir ses lecteurs par son texte intelligent et sa plume captivante.
Harlem Shuffle
Harlem, 1959. On le trouve tout de suite sympathique, ce Ray Carney avec sa belle petite famille et son commerce de meubles. Il n’a rien d’un voyou comme son père, il est juste un peu filou, puisque son arrière-boutique reçoit souvent des « connaissances » désireuses d’écouler de la marchandise volée… Il sauve les apparences sans problème, mais il y a son cousin Freddie, expert depuis l’enfance en magouilles de toute sorte, dans lesquelles il excelle à impliquer Ray. Un vol dans un des hôtels les plus renommés du coin, par exemple… Colson Whitehead réussit un portrait captivant du monde interlope de Harlem, avec sa pègre locale, ses flics corrompus et racistes, les violentes émeutes des années 1960… On a hâte au deuxième tome de cette trilogie!
Je ne suis pas là
C’est l’histoire de ce couple fusionnel, Léo et Simon, ensemble depuis une dizaine d’années, qui se sont rencontrés et se sont guéris mutuellement du deuil de leur mère. C’est l’histoire, surtout, de cette lente glissade aux enfers quand Simon perd pied, et devient peu à peu dysfonctionnel. Léo, elle, cherche à combler les vides, le protège du monde et se désespère de retrouver son homme. C’est l’histoire de ce que la maladie mentale bouleverse dans la vie d’un couple, d’une famille, saisie avec la dextérité littéraire d’une autrice en pleine possession de ses moyens. Son récit est haletant, découpé entre le pire à imaginer et ce qui a amené ses personnages au seuil de ce précipice dont elle a judicieusement construit le chemin. Un roman troublant, d’une froide lucidité et au rythme capricieux, porté par une plume magistrale.
Le royaume désuni
Il est au sommet de sa forme, dans ce nouveau roman, Jonathan Coe, ce conteur tellement « british » — pardonnez-moi ce cliché — et capable de traiter tout sujet sérieux, que ce soit une guerre du chocolat, la famille royale, le racisme, ou les drames d’un confinement, avec une extraordinaire ironie. « L’Angleterre ne change pas », détrompez-vous, nous fait-il subtilement comprendre dans ce récit où nous parcourons, avec une charmante et colorée famille bourgeoise de Birmingham dont certains membres nous sont familiers, les Lamb, et sa fringante matriarche Mary, sept moments clés de l’histoire moderne du royaume, de la liesse populaire du jour de la Victoire, en 1945, au 75e anniversaire de celle-ci, en pleine COVID, en 2020, en passant par un couronnement, un mariage, et une coupe du monde. En quête d’une douce mélodie littéraire, d’un pur bonheur de lecture : empressez-vous de parcourir ce Royaume désuni!
Ceci n’est pas un fait divers
Des livres sur ce sujet, il y en aura tant que ce type de drames sera relégué au titre de fait divers dans les médias. Le féminicide, qui ne cesse d’assombrir l’actualité depuis plusieurs années, est au cœur du plus récent roman de Philippe Besson. Un jour, une jeune fille de 13 ans appelle son grand frère pour lui dire que leur père vient tout juste de tuer leur mère. Malgré eux, cela marquera le premier jour du reste de leur vie. Ils tenteront de comprendre, de survivre à cet acte qui n’a d’autres explications que la volonté d’un homme d’exercer sa domination et son pouvoir sur une femme. Avec sensibilité, pudeur et sobriété, Besson décortique la mécanique de la violence, mais surtout, de la reconstruction de soi après une telle tragédie. L’auteur n’a pas choisi la facilité pour raconter une telle histoire, mais il a réussi à faire poindre un peu de lumière là où on n’en attend pas.
Anna Thalberg
La lecture du premier roman d’Eduardo Sangarcía se fait en un souffle. Sa prose, ses vers, son écriture inclassable, mais si lisible et sensible nous racontent la mise à mort d’une femme, Anna Thalberg, durant le procès des sorcières de Wurtzbourg. Quoiqu’historique, le drame prenant place dans l’Allemagne du XIVe siècle échappe à l’ennui pouvant naître d’un récit factuel. Les points de vue de Klaus, mari d’Anna, et de Friedrich, curé du village, créent une intimité étrange défiant les siècles qui séparent leurs mœurs des nôtres. Sangarcía (re)construit un monde sombre mené par la religion, dans lequel l’espoir se fait timide et caché, mais visible si l’on écoute avec attention le cœur d’un certain protagoniste. Une œuvre teintée de noirceur et de tristesse, complètement terrifiante, originale et exceptionnelle. Une plume émergente qu’on suivra de près.
Utopia Avenue
Installez-vous confortablement, car vous ne voudrez plus quitter ce roman qui nous entraîne à Londres, dans l’effervescence de la scène rock des années 1960. Quatre jeunes musiciens d’horizons variés sont réunis par un agent (honnête, pour une fois), dans l’espoir de créer un groupe. Commence alors une période d’exploration et d’apprivoisement mutuel qui les mènera à inventer un son original. Viendront ensuite les spectacles, les albums, le succès, et tout ce qui vient avec. À travers ce nouveau roman, Mitchell réussit non seulement à raconter une magnifique histoire d’amitié, mais aussi à décrire la musique d’Utopia Avenue avec une remarquable inventivité. Les chansons composées par les personnages « sonnent » si bien que l’on rêve de se procurer les albums de ce groupe, hélas, fictif. Un immense bonheur de lecture!
Où es-tu, monde admirable
Sally Rooney continue à faire avec Où es-tu, monde admirable ce qu’elle a déjà fait avec Normal People et Conversations entre amis : mettre en scène des personnages contemporains aux préoccupations modernes. Cela dit, il me semble que le dernier opus de l’autrice irlandaise s’applique davantage à l’étude de ses protagonistes, de leurs relations, ainsi que de leurs idées. Aidée par la correspondance exhaustive entre Alice, jeune romancière aisée, et sa meilleure amie Eileen, employée sous-payée d’un magazine littéraire, Rooney brosse un portrait étrangement juste de ce que c’est que d’être adulte à une époque où le flux d’informations est constant. Un livre de son temps, aux personnages aimables et aussi méprisables, tellement ils sont… nous.
Fille en colère sur un banc de pierre
Sur une île, quatre sœurs, une mère effacée, toutes à la merci de l’humeur d’un père tyrannique. Lorsque la plus jeune disparaît, la préférée, c’est tout le fragile microcosme qui s’écroule. Accusée et ostracisée par sa famille, Aïda s’enfuit. Des années plus tard, à la mort du père, elle revient sur l’île et découvre la vérité sur la disparition de sa sœur. Véronique Ovaldé réussit à faire ressentir ce huis clos qu’est la famille, l’isolement qu’elle contraint lorsque la confiance dérape, tout en portant un regard lucide sur la colère et la rancœur qu’éprouve une fille, puis une femme, dont on a volé les repères. Teinté par l’humour des apartés que fait l’autrice à ses lecteurs, le roman est intimement captivant, empli d’humanité.
Il n’y a pas de Ajar
À croire que Horvilleur a un accès privilégié aux états d’âme qui traversent l’époque! En s’appropriant la voix du fils d’Émile Ajar, le célèbre alter ego de Romain Gary, elle livre un vivifiant plaidoyer pour la réinvention de soi. Plutôt que la souche, elle revendique les ramages tendus en quête d’une main à serrer, l’alchimie qui métisse plutôt que celle qui se préoccupe seulement de l’hétérogénéité du précipité. Cette pratique intensive de l’empathie combinée à l’humour qui a fait le sel de l’œuvre de Gary/Ajar, elle nous l’offre en remède à l’unicité mortifère et congénitale. Tout cela, elle le fait avec le secours de ses adjudants habituels, soit une étude raisonnée de la Torah, tout en s’appuyant sur la littérature et l’étymologie.
L’oreille de Kiev
Kiev, 1919. Les bolcheviks se sont emparés de la ville il y a quelques mois, mais leur pouvoir est encore chancelant et l’ordre, souvent inexistant. Quant à la sécurité… Dans ce tumulte révolutionnaire, lors d’une attaque au sabre, Samson Koletchko perd l’oreille droite et son père est tué. Le jeune homme réussit à récupérer ladite oreille qui finira par jouer un rôle important… Entre-temps, on lui propose de rejoindre la milice soviétique où son absence de formation et sa naïveté l’amènent à enquêter de manière plutôt inusitée aux yeux de son supérieur. Avec en toile de fond une ville en ébullition où les habitants déboussolés et apeurés tentent de survivre, ce nouveau roman d’Andreï Kourkov ouvre même la porte à un certain réalisme magique…
Qui sait
J’ai peine à me souvenir du dernier livre qui m’a autant chamboulé. Le roman de Pauline Delabroy-Allard m’a gardé le cœur gonflé, jusqu’à me tirer quelques larmes durant les cinq dernières pages. La narratrice cherche à élucider le mystère derrière ses nombreux prénoms : d’où viennent-ils; pourquoi trois prénoms en plus de Pauline; comment continuer à pousser lorsqu’on ignore nos racines? Une trame qui nous amène de Paris à Sousse en Tunisie, du cours de danse à la maison de campagne en passant par le cimetière Montmartre. Si son premier livre, Ça raconte Sarah, avait placé mes attentes assez élevées, ce deuxième roman ne fait que confirmer la grandeur de cette écriture intelligente, à la forme originale et à la sensibilité poignante.
The Beatles Are Back!
1971. Harrison fait un tabac avec All Things Must Pass, McCartney se redore le blason avec Ram, Lennon triomphe avec Imagine et Jim Morrison est retrouvé mort dans une baignoire à Paris. Jusque-là, tout est vrai. Survient alors la séparation des Rolling Stones, puis, contre toute attente, la remise en selle du plus grand groupe de tous les temps pour un spectacle devant se tenir devant le Colisée de Rome, rien de moins! L’intérêt de ce roman réside justement dans la plausibilité de toute l’affaire, l’auteur ayant manifestement pris un malin plaisir à jouer la carte de l’uchronie tout en ne ménageant pas les clins d’œil à la réalité. Premier volet d’une série appelée à en connaître plusieurs, ce mirage que dessine pour nous Arnaud Hudelot se lit comme un rêve éveillé.
Une histoire vraie
Les heureux lecteurs du Diable dans la ville blanche ou de Dans le jardin de la bête le savent : Erik Larson est membre de ce club sélect de conteurs doués en mesure de rendre captivant même une police d’assurance. Il nous propose, encore une fois, une autre histoire, incroyable mais vraie, une des premières qu’il a écrite, en 1999, celle d’un cataclysme, l’ouragan le plus meurtrier de l’histoire américaine, frappant la ville texane de Galveston, l’un des ports les plus actifs du temps, en septembre 1900, nous livrant le portrait d’un homme : Isaac Cline, un météorologue fort compétent, incapable, toutefois, de prédire le désastre imminent, et d’une époque — celle d’une foi totale à la science moderne, capable de tout maîtriser, même les lois de la nature. Puisant abondamment dans les témoignages des survivants, Larson tire de cette tempête dévastatrice refusant de suivre les règles un grand récit épique et émouvant, un Titanic romanesque.
Une lueur dans la nuit
Ce premier livre de Stacy Willingham est un roman policier qui nous entraîne dans la vie de Chloe Davis, qui, à l’âge de 12 ans, découvre que son père est un tueur en série. Vingt ans plus tard, la jeune femme est toujours hantée par cette troublante révélation, mais tente tout de même de vivre une vie normale et paisible avec son fiancé. Son passé va, malgré tout, la rattraper, lorsqu’elle découvrira que les meurtres ont recommencé. Racontée en deux temps, l’histoire se dénoue tranquillement jusqu’au moment fatidique où les révélations s’enchaînent. Saisissant et mémorable, Une lueur dans la nuit vous tiendra en haleine jusqu’à la fin.
L’espion qui aimait les livres
Julian vient de quitter un emploi lucratif à Londres pour acquérir une librairie dans une station balnéaire anglaise. Conscient de ses lacunes, il accueille avec intérêt l’aide d’un étrange client, Edward, un immigré polonais d’un certain âge, jadis ami de son père et époux d’une Anglaise de bonne famille. Pour constituer une section « grands auteurs », le vieil homme passe lui-même les commandes à partir de l’ordinateur de la librairie… En parallèle, la direction du Renseignement britannique ouvre une enquête sur une taupe qui aurait infiltré le service… Dans cette œuvre ultime, écrite plusieurs années avant sa mort, le maître britannique du roman d’espionnage tisse une toile riche en sous-entendus et tire sa révérence avec majesté!
Mordew
Pour avoir une idée de cet univers, de son atmosphère et de son ton, convoquez vos souvenirs d’orphelins des bas-fonds dickensiens, ajoutez un soupçon de démonologie à la Notre part de nuit de Mariana Enriquez et complétez avec un sens marqué des constructions complexes, des jeux de pistes et des dialogues avec la philosophie (à la Alan Moore). Voici un univers très sombre où la magie ne s’exerce qu’au prix des larmes enfantines, où Dieu se trouve littéralement à l’état de cadavre, où la puissance ne se leste d’aucune morale et où les bons finissent presque toujours mal. N’empêche, tout cela a bien beau incarner tout le contraire d’une carte postale envoyée depuis un royaume enchanté, il est impossible pour autant de lâcher ce fascinant bouquin.
Ymir
On signe sans la moindre crainte le contrat de suspension de l’incrédulité que nous tend Rich Larson, amorçant la matérialisation de cet impitoyable monde glacé où la Compagnie tient lieu de gouvernement, de fournisseur général, de tribunal et de police. Au cœur de cette histoire : une querelle de fratrie inspirée de la légende anglaise de Beowulf. Manière de Germinal sur une comète, le décor social de lutte des classes oppose les riches extractivistes de mondes lointains aux mineurs génémodifiés pour vivre en cette balafre à pierre fendre. Piégé par son employeur, Yorick revient bien malgré lui sur les lieux de drames passés que son inconscient n’a toujours pas digérés. Un roman hallucinatoire, étonnant et formidablement inventif!
La bestia
En cet été 1834, Madrid est à la fois frappée par une épidémie de choléra et par de violentes luttes politiques. En plus, voici qu’apparaissent des cadavres de fillettes démembrées. Cependant, la presse en parle peu, les victimes étant des enfants des quartiers pauvres, souvent tués longtemps après leur enlèvement. Mais la rumeur enfle : le tueur serait une bête énorme, affreuse… Un jeune journaliste n’y croit pas, convaincu par une orpheline dont la sœur vient de disparaître. C’est un thriller historique haletant, aux multiples rebondissements, que livrent les trois auteurs se cachant sous le pseudonyme de Carmen Mola. Lauréat en 2021 du prix Planeta, l’une des principales récompenses littéraires d’Espagne. Une distinction fort méritée!
Toute mon histoire : Carnets de vie et de musique
Dans Toute mon histoire, Dave Grohl revient sur sa carrière de musicien à travers des tonnes d’anecdotes et d’histoires parfois rocambolesques qui lui sont arrivées année après année. Que l’on connaisse ou pas « le gars le plus gentil du rock », ce livre est fort divertissant, amusant, parfois émouvant, et vous y croiserez une tonne de vedettes de la musique, de Paul McCartney à Lemmy Kilmister, sans oublier Kurt Cobain, pour ne nommer qu’eux. Le seul défaut de ce livre, c’est qu’il est trop court!
Terres frontalières, la frontera : La nouvelle mestiza
L’œuvre phare de la féministe Gloria Anzaldúa arrive enfin en français, dans une traduction sensible et méticuleuse. Paru en 1987, ce livre se révèle fondateur de la pensée queer décoloniale étatsunienne. Anzaldúa est considérée comme la première personne à avoir théorisé le terme « queer », et ce, dans sa dimension intime, culturelle et politique. Dans un mélange d’essais et de poésie, de langues et de styles, elle interroge la représentation que l’on se fait de nos propres « frontières ». Parfois historiques, d’autres fois revendicateurs, les textes qui composent cet ovni littéraire servent à remettre en question notre rapport au genre, à la langue, à la colonisation, au racisme et à la violence. Cela dit, on ne peut être qu’impressionnés par sa puissance littéraire et qu’une maison d’édition ait eu la générosité, voire l’audace, d’éditer en français un texte aussi essentiel.
Quand tu écouteras cette chanson
Quoi de mieux que la collection « Ma nuit au musée » pour déambuler par procuration dans les plus grandes institutions du monde? Lola Lafon investit ici la Maison d’Anne Frank et son Annexe devient la pierre angulaire sur laquelle les souvenirs familiaux de l’autrice viennent s’écorcher. Venant elle-même d’une famille juive dont les grands-parents ont été déportés au cœur de l’horreur, elle fait un laborieux travail de ressouvenir et d’acceptation. Après s’être penchée sur le destin tragique de jeunes femmes telles que Nadia Comaneci et Patricia Hearst, elle nous présente une autre Anne Frank qui, loin des clichés pathétiques dont elle a été l’objet par nombre d’éditeurs et de producteurs de cinéma, se rapproche plus sérieusement de l’écrivaine ambitieuse qu’elle rêvait d’être.
V13 : Chronique judiciaire
Chronique judiciaire que l’auteur a tenue dans L’Obs pendant les neuf mois qu’a duré le procès des attentats de Paris de 2015 qui ont eu lieu au stade de France, sur les terrasses de plusieurs bistrots et au Bataclan. L’auteur s’intéresse d’abord aux victimes et à leurs témoignages. La deuxième partie se penche sur les accusés et le rôle que chacun a joué dans les attentats. Finalement, le travail des avocats et des juges est décortiqué. Comme d’habitude, Emmanuel Carrère réussit à insuffler sa personnalité et son intelligence à son récit pour tenter de comprendre l’insoutenable horreur des événements. Ce livre important est donc un acte de mémoire et un baume sur la souffrance des victimes, de leurs proches et de tous les Français.
La révolution du regard silencieux : Vouloir la beauté du monde
Pour aborder les problématiques actuelles, l’auteur Marc Boucher emprunte un angle inusité : l’œil, cet organe externe qui fournit à notre cerveau la plupart de nos grilles d’analyse, ce que nous tenons pour vrai. À une époque où nos yeux sont sans cesse sollicités et soumis à des images trafiquées, l’auteur plaide pour un renouvellement du regard, une idée simple qui demande néanmoins une bonne disposition d’esprit. Redécouvrir le monde, percevoir sa beauté fractale, structurelle, est à l’origine de bien des découvertes, tout comme la contemplation nous insuffle un sentiment de plénitude, il faut laisser notre œil nous guider vers un monde meilleur. « Nous avons le pouvoir de nous transformer et de transformer les choses par le regard que nous y portons. »
La ville analogique
Depuis la pandémie, la transition numérique s’est accélérée. On vaque à nos occupations quotidiennes sans se soucier des algorithmes qui captent notre attention et modélisent nos opinions. Guillaume Ethier dresse un bilan de cette transformation rapide et tente d’imaginer la ville de demain, à la fois comme un prolongement du monde virtuel, mais aussi et surtout comme une échappatoire éventuelle, un safe space capable de nourrir nos sens, où les zones vertes et les rassemblements nous ramèneraient à la réalité afin de préserver ce qu’il y a de plus précieux en nous. Difficile de ne pas penser à 1984 d’Orwell. « La ville a longtemps été définie par opposition à la campagne. Peut-être est-ce au numérique qu’il convient désormais de l’opposer. »
Des remarquables oubliés (t. 3) : Ils étaient l’Amérique
Très influencé par sa lecture de Mémoire de feu d’Eduardo Galeano, le couple céleste reprend la forme de l’histoire en vignettes, plus près de la poésie, du fragment littéraire que du cours magistral. En prenant pour piliers Donnacona, Membertou, Anadabijou, Tessouat, Langlade et Kondiaronk, une nouvelle histoire prospective s’impose, se construisant en négatif, interprétant les rares documents écrits qui font l’histoire officielle en les plaçant devant leurs contradictions, les intérêts et les préjugés de leurs auteurs. À partir de ce qui a été tu avec convenance, Bouchard et Lévesque imaginent l’importance immense qu’ont vraisemblablement eue ces géants des Amériques, renversant le récit du bon sauvage que l’on gobe depuis plus de 400 ans.
Jouets au Québec 1939-1969 (t. 3) : Le dernier tour de manège
Indissociable du baby-boom, l’âge d’or de l’industrie du jouet a vu sa variété et ses couleurs exploser, tout comme dans ce livre qui nous présente plusieurs de ces jouets ayant marqué l’imagination et qui sont, pour la plupart, de pures merveilles ludiques. Jean Bouchard, un collectionneur passionné, nous présente une nouvelle partie de son imposante collection dans ce troisième opus d’une série de livres sur le sujet et dont l’accent est mis, cette fois-ci, sur les jouets fabriqués au Canada. Une véritable révérence à une période qui a nourri l’imaginaire des enfants et fait le bonheur des collectionneurs de nos jours. Un plaisir pour les yeux autant que pour la mémoire, serti d’un texte qui traduit bien la passion de l’auteur. Unique et magnifique.
Aux origines du Seigneur des anneaux : De Tolkien à Jackson
Une autre perle de Third Éditions : une chouette étude sur la création de l’univers du Seigneur des anneaux par Tolkien et son fils en première partie et les différentes étapes qui ont permis la transposition en film par Peter Jackson au début des années 2000, en mentionnant par la bande les différentes adaptations telles que le film d’animation, les jeux vidéo et de tables, pour ne nommer que ceux-ci. Vivien Lejeune nous présente un ouvrage passionnant où l’on découvre un Tolkien modeste, souvent dépassé par le succès de sa création, mais qui peaufinera cet univers pour en faire une œuvre complexe, codifiée et méticuleusement cartographiée. Une œuvre jugée inadaptable jusqu’à l’arrivée de Jackson et de sa trilogie qui nous prouvera le contraire.
Atlas de la Terre du Milieu
Un livre tout à fait conçu pour moi, grand fan de cartographie et aussi de l’univers de la Terre du Milieu. L’un des points forts de Tolkien dans la conception de son univers a été de concevoir moult cartes et précisions géographiques au travers des différents âges de ce monde légendaire. Pour Karen Wynn Fonstad, il suffisait de recouper les diverses indications et la chronologie des événements pour créer le plus précisément possible ce formidable atlas. Du Silmarillion au Seigneur des anneaux en passant par les Contes et légendes et Le Hobbit, tout y est! J’ai un plaisir fou chaque fois que je m’y plonge et ça m’a poussé à consulter à nouveau le formidable Silmarillion. Cet atlas a désormais une place de choix dans ma bibliothèque.
Jours de fugue : Une expérience menaçante
Être un lapin n’est pas de tout repos! Surtout lorsque vous avez grandi dans un laboratoire, à la merci d’un scientifique machiavélique qui teste sur vous toutes sortes de produits loufoques. Herlof en sait quelque chose! Depuis le fond de sa cage, il rêve de forêts, de ciel bleu et de liberté. Malgré les embûches, il fera des pieds et des pattes pour mettre en œuvre son plan d’évasion. De nombreux défis l’attendent sur sa route, mais aussi des rencontres surprenantes et bienveillantes. À travers cette histoire remplie d’humour, d’aventures et de personnages attachants, l’autrice nous invite à nous interroger sur le sort des bêtes dans notre société. Dès 9 ans.
La comète
Retrouver le coup de pinceau de Joe Todd-Stanton est en soi une joie. Les couleurs chatoyantes, le fascinant jeu d’ombre et de lumière qu’il glisse à travers ses illustrations confèrent à l’ensemble de l’album un aspect grandiose et une touche de merveilleux. J’aime ces livres où les images racontent déjà une histoire, grâce à la vie qui foisonne au fil des pages. Ici, la petite Mina et son père doivent quitter leur maison sur le bord de la mer, où le ciel s’étend à perte de vue. Habituée à l’horizon et à la quiétude des lieux, Mila peine à apprécier la ville. Et pourtant, grâce à son imagination et une petite dose de rêve, elle saura bien sûr se créer un univers. Un album qui célèbre tout autant la magie de l’enfance que la résilience. Dès 4 ans.
Les enfants brocolis
Partez à l’aventure autour du globe avec les enfants brocolis comme s’il n’y avait aucune frontière. Rencontrez des jeunes attachants et intrépides qui n’ont qu’un souhait en commun : retrouver leur mère. Ils parcourront des milliers de kilomètres à bord d’une montgolfière et braveront toutes sortes de dangers avec un adulte bienveillant qui ne se manifeste qu’en cas d’extrême besoin. Dans un style simple et naïf, l’autrice nous fait vivre toute une gamme d’émotions et de rencontres impressionnantes. Une fable pour tous qui nous parle de famille, d’amour, de ténacité. Dès 9 ans.
Opération mange-gardiens : Non au gaspillage alimentaire!
Le gaspillage alimentaire est l’un des enjeux de société sur lequel chacun peut faire une différence. Le documentaire Opération mange-gardiens vise à sensibiliser les enfants sur ce phénomène aussi désolant que troublant. Même si ceux-ci ne participent pas directement aux courses ou à la confection des repas, il n’est jamais trop tôt pour les initier à la bonne gestion de nos ressources. À l’aide de statistiques et d’images fortes, les auteurs expliquent toute la chaîne du gaspillage, du champ au camion, de l’épicerie à la maison, tout en soulignant les initiatives positives et les solutions à la portée des enfants. Un documentaire percutant, sans compromis, qui vise juste et invite les jeunes à une saine réflexion sur leur comportement alimentaire. Dès 10 ans.
C’est quoi le Québec?
Connaissons-nous l’histoire du Québec? En fait, on pense bien la connaître! C’est quoi le Québec? est un documentaire complet dans lequel petits et grands sont invités à découvrir l’Histoire sous forme de questions précises à travers les treize thématiques proposées. On trouve de tout : de sa géographie à ses différents emblèmes, en passant par ses habitants. Je craque pour l’inclusion des peuples autochtones : « Et les Québécois qui ne sont pas Autochtones, quand sont-ils arrivés ici? » L’auteur Patrick Couture et l’illustrateur Paul Martin ont réussi à créer un documentaire vraiment intéressant à lire et à relire. Savez-vous qui est le scientifique québécois le plus connu? Selon vous, quel est le fruit le plus cultivé au Québec? Dès 6 ans.
L’île au trésor
Les versions de L’île au trésor ne se comptent plus. Cette édition est toutefois remarquable, car elle offre à la fois une version papier et une interprétation audio quasi parfaites. J’ai adoré l’album cartonné, son texte abrégé efficace et ses superbes illustrations. Même chose pour le lexique et le bref dossier de la fin. Avec ses comédiens passionnés et ses nombreux effets sonores, la version audio est aussi bien réussie. La trame sonore de l’Orchestre national de France est sans contredit son point culminant : ce n’est pas tous les jours qu’un livre audio est accompagné d’une musique originale digne d’un film! Un ouvrage idéal pour découvrir ce classique, même si le livre audio est uniquement disponible sur CD. Dès 6 ans.
Vampire un jour, vampire toujours
Cet album a vraiment charmé l’amateur de vampires en moi! Il relate la rencontre entre une jeune Parisienne (Zoé) et un vieux vampire grec isolé en pleine ville (Monsieur Petroulakis). Graduellement, Zoé aide Monsieur Petroulakis à reprendre goût à la vie et à se souvenir de son passé, avec une finale surprenante et originale. Les illustrations détaillées et parfois sombres m’ont beaucoup plu. Un chat blanc caché un peu partout? Cool! Un vampire debout sur l’Arc de Triomphe une nuit de pleine lune? Wow, quoi de plus gothique! J’imagine très bien un grand-père partager la lecture de ce livre avec sa petite-fille, mais tout le monde peut apprécier cette histoire d’amitié empreinte de douceur et de sollicitude. Dès 3 ans.
La plus haute branche
Si nous pouvions aimer les arbres aussi fort que cette fillette, le monde irait probablement mieux. Son arbre est majestueux, robuste et cache dans son tronc le récit d’une longue vie marquée d’amour, mais il est aussi malade. On y découvre tout un monde d’insectes et d’animaux sous ses branches fatiguées. Lorsque celui-ci est abattu, la jeune fille va découvrir que la nature lui réserve une surprise. Elle reconnaît une brindille qui sort à peine de la terre et décide de la protéger afin qu’elle redevienne un arbre fort et imposant comme il l’avait été. Après avoir lu et admiré cet album, vous ne verrez plus les arbres de la même façon. Dès 5 ans.
Les fées
Les fées, paru chez Albin Michel Jeunesse en début d’année, n’est pas sans rappeler Faeries de Brian Froud, un ouvrage de référence bien connu de tous les amateurs de folklore du petit peuple. Les illustrations de Bluebirdy semblent vouloir rendre hommage à ce classique, entre autres avec ses nombreux dessins crayonnés souvent lugubres. La recherche de Sébastien Perez présente toutefois une version plus internationale du même sujet. On passe ici des kappa du Japon à l’histoire originale de la fée Carabosse, de l’Aziza du Bénin aux Péris, ces mystérieuses femmes ailées iraniennes. On est ailleurs et on aime ça! Dès 6 ans.
La caresse de l’ours polaire
Alicia adore son intervenante et désire lui offrir une carte pour souligner la fête de l’amitié. Un ami se moque alors de sa carte, ce qui provoque chez Alicia une surcharge d’émotions et une véritable tempête en elle. La technicienne en éducation spécialisée (TES) vient l’aider à reprendre le contrôle et à exprimer sainement son senti. Si réaliste, si concret, si vrai. On ne stigmatise absolument pas la cocotte, on valide ses émotions, on l’oriente vers une réaction appropriée plutôt que de la gronder. Par la bande, cet album démystifie le travail des TES, ceux qui en ont besoin et le local si mystérieux où les enfants disparaissent lorsqu’ils explosent. Le lecteur réalisera qu’il n’y a que beauté, écoute et bienveillance dans cet antre du bien-être. Et surtout, aucun jugement. Tout doux, tout beau, bienveillant et réaliste. Dès 3 ans.
Un jardin gros comme l’univers
Une magnifique ode aux petits bonheurs, aux joies qu’il faut savoir saisir, à la nécessité des fins pour des (re)commencements heureux, à la validation de la tristesse qui a aussi son importance, aux grands-parents aimants qui veulent protéger leurs petits-enfants, aux fleurs et à leur infinie diversité, et à l’amour. Une belle leçon — toute en subtilité et sans moralisation — de contemplation plutôt que de possession. Les souvenirs sont souvent plus précieux que l’objet lui-même, et c’est dans la mortalité que la vie prend sa valeur et son sens. Des images absolument sublimes, toutes en couleurs et en naïveté, qui habillent le récit à la perfection. Une histoire en robe fleurie de bonheur enrobée de philosophie et de bienveillance. Dès 3 ans.
Prodigieuses! Histoires de filles pas comme les autres
Un livre inspirant pour les jeunes qui souhaitent devenir grandioses! Les illustrations sont à couper le souffle comme les femmes qui s’y trouvent : Laetitia Casta, Natalie Clifford Barney, Sophie Germain, Marie Ndiaye, Mary Shelley, Alexandra Sorenson, Renée Vivien, et bien plus encore! Ce livre est parfait à offrir comme cadeau pour : ceux qui aiment apprendre, ceux qui aiment les gens extraordinaires et ceux qui souhaitent également faire partie de ces gens extraordinaires! Je le conseille souvent aux parents qui souhaitent que leurs enfants aient plus de confiance en soi, parce qu’il les pousse à aller plus loin dans leurs passions, et ce, peu importe leurs passions! Dès 12 ans.
Les fantômes du passé
Annie Richard, détective privée, donne envie d’en découvrir davantage sur les lieux les plus hantés du Québec. L’autrice pique la curiosité dans ce « documystère » qui contient huit dossiers remplis d’archives qui proviennent des quatre coins du Québec. Les éditions Dominique et compagnie ont misé juste avec la nouvelle division En quête. Le documentaire, Les fantômes du passé, destiné aux lecteurs de 10 ans et plus, est parfait pour réfléchir sur la différence entre une légende urbaine ou un fait vécu. La dépoussiéreuse de crimes donne ses trucs et astuces pour creuser les endroits étranges. Après la lecture de ce livre, il m’arrive fréquemment de ralentir devant le 8221, rue Notre-Est à Montréal pour être témoin d’un phénomène particulier! Dès 10 ans.
Terror-Island
Celui qui nous avait offert la somptueuse adaptation en BD animalière des Enfants du capitaine Grant nous revient avec une nouvelle œuvre maritime, chargée du souffle des grands récits d’aventures à la Verne, Swift et Defoe, mais à la sauce Indiana Jones ou Tomb Raider, avec un grain victorien. Nouvelle venue à la collection « Disney » revisitée chez Glénat, Terror-Island nous présente Mickey, Donald et Dingo en trio d’enquêteurs privés, chargés de retrouver un explorateur disparu dans les entrailles d’une île perdue où l’innommable côtoierait l’inestimable. Nesme est un maître dans l’art des ambiances, manie les couleurs avec brio. Décors épiques, palettes chaudes, atmosphères riches, inventivité narrative et brin d’humour sont au rendez-vous.
La fin du commencement
C’est parce qu’il avait le sentiment à 29 ans de ne pas avoir commencé à vivre, de se sentir étranger parmi les siens, que le personnage s’expatrie au Canada, un peu pour fuir la guerre, mais surtout pour faire la paix avec lui-même, apprendre à se regarder dans le miroir, l’ultime frontière. Fadi Malek nous offre un récit d’immigration tout en nuances, un dialogue entre l’enfance et l’âge adulte où le non-dit occupe l’espace et définit notre rapport au monde. Les dessins d’Anne Villeneuve mettent en lumière les conventions sociales et les émotions sous-jacentes. Entre le Liban et le Québec, une toile se tisse, un aveu prend forme, sur un paquet d’allumettes, quelques mots griffonnés, le début de quelque chose, comme une profonde inspiration. Bienvenue chez toi, Fadi!
Ton visage au clair de lune (t. 1)
À cause de son apparence plutôt masculine, Yoi est reconnue comme le prince de l’école. Personne ne prend la peine de vraiment s’intéresser à elle, sauf Ichimura, le deuxième prince de la place. Il attire les regards et le voir avec Yoi attise la curiosité des étudiants. Mais Yoi est-elle prête à s’ouvrir à son camarade qui lui montre clairement qu’elle lui plaît? C’est un gros bonbon de romance. Les personnages sont attachants et la mangaka arrive à nous faire ressentir cette tension palpable qui règne constamment entre eux. Une relecture s’impose! C’est assurément un coup de cœur! Dès 12 ans.
La longue marche des dindes
Préparez-vous à partir à l’aventure avec Simon! Ce jeune garçon de 15 ans s’est fait annoncer par son institutrice qu’il était temps de voler de ses propres ailes et c’est ce qu’il fera. En route vers Denver, avec son troupeau de… 1 000 dindes! Les rencontres qu’il fera tout au long de son parcours sont diverses. Parfois elles seront enrichissantes, d’autres fois franchement embêtantes. Une chose est certaine : Simon possède ce qu’il faut, avec sa lucidité mélangée à la naïveté de l’enfance, sa grande détermination et sa gentillesse pour parvenir à relever bien des défis et à s’entourer de gens formidables. Une belle BD remplie de réflexions, d’humour et d’illustrations magnifiques, pouvant plaire à un public de tout âge. Dès 9 ans.
HPI : Une vie haute en couleur
J’ai été impressionné de constater à quel point cette BD parvient à bien nous informer à propos du haut potentiel intellectuel (HPI, aussi appelé douance intellectuelle) tout en étant divertissante. Le parcours et les péripéties de Zoé permettent de découvrir le cheminement et les caractéristiques des personnes HPI sans avoir à se casser la tête avec une tonne de théorie. Les illustrations sont très jolies et elles-mêmes hautes en couleur. J’ai particulièrement aimé les paysages en pleine page — et bien entendu le chien Zola, qui met de la vie dans l’histoire. Les quelques conseils à la fin du livre sont également très pertinents. Un ouvrage parfait pour en apprendre plus sur un sujet trop peu connu au Québec.
Quentin par Tarantino
Amazing Ameziane a épluché tous les documents concernant le réalisateur pour recréer un Quentin Tarantino plus vrai que nature qui nous parle de sa filmographie, de sa manière d’écrire, des scénarios adaptés par d’autres, nous gave d’anecdotes de tournages, aborde l’affaire Weinstein, l’accident de Uma Thurman et la mort de sa monteuse. La BD est truffée de répliques cinglantes que les dessins rendent jubilatoires. On rêve de voir la minisérie basée sur son personnage d’enquêteur nazi devenu libraire et qui se retrouve à Jérusalem pour son procès ou Killer Crows version noire des Inglourious Basterds. Sa collaboration avec Morricone cache un secret qui fera sourire les cinéphiles. Bref, cette BD est un ravissement pour les fans du réalisateur.
La bibliothécaire d’Auschwitz
Impossible de lire cette bande dessinée sans être encore bouleversé par l’horreur de l’Holocauste. Toutefois, l’histoire de Dita s’avère lumineuse. Cette adolescente, déportée avec ses parents, risque sa vie pour préserver huit livres qu’elle lit aux enfants afin de les aider à oublier où ils sont. Au camp familial d’Auschwitz, quelques privilèges sont accordés pour bien paraître aux yeux de la Croix-Rouge, mais les livres sont interdits sous peine de mort. Malgré les menaces perceptibles dans chacune des illustrations, Dita survivra avec beaucoup de courage. Voici en images l’histoire véridique d’Edita Adlerová, tirée du roman d’Antonio G. Iturbe.
Chacun son tour!
Quatre amis trouvent un œuf en forêt et décident de s’en occuper à tour de rôle. Prenant leur mission très à cœur, ils légueront au petit coco, finalement devenu poussin, le meilleur d’eux-mêmes : une passion, un talent, une philosophie. Une singularité. Chacun son tour! est un délicieux album-BD sur la transmission, l’amitié et la bienveillance, qui porte la patte et la douceur onirique incomparables de Marianne Dubuc. On y aborde aussi tout en tendresse l’apprentissage de l’indépendance et le respect d’autrui, de ses décisions. Cerise sur le gâteau : c’est follement drôle (mention spéciale « fou rire » à l’œuf qui parle et porte une tuque). Testé sur un p’tit gars de 5 ans qui en a fait son favori dans la minute! Dès 3 ans.
Diana & Charlie
Qu’y a-t-il de pire que la solitude? Qu’un grand froid dans le cœur et le sentiment de ne pas être suffisant? De ne pas se sentir aimé par ses proches? De dépendre de quelqu’un pour revenir sur terre lorsqu’on coule dans la noirceur telle une roche dans l’abysse? Absolument tout. Tout est pire quand on ne vit que le pire. C’est ce que Charlie et Diana vivent, communément, chacun de sa propre façon. Comment sortir de ce mal quand on se sent bien dedans? Transidentité, consommation, alcool, mutilation. Pour public averti.
L’homme à la tête de lion
Librement inspirée de la vie de Stephan Bibrowski, cette bande dessinée nous pousse à cran en dévoilant les méandres cruels des freak shows du XXe siècle. L’homme à la tête de lion était un artiste circassien atteint d’hypertrichose et n’aura gravité toute sa vie durant qu’avec d’autres ostracisés de la société. Camaraderie, esprit de famille, mais aussi rivalités grotesques et sans pitié, son existence ne fut qu’une longue et lancinante blessure d’abandon. Quel autre destin pour ces individus atteints de difformités que d’être exhibés devant une horde de guignols inconscients? Et quel sort attend le milieu du cirque lorsque la radio et le cinéma accaparent goulûment les foules éprises de nouveautés et de loisirs? Après son admirable adaptation de 1984, Xavier Coste marque encore une fois le monde de la BD et présente une œuvre qui éclate brillamment dans le ciel du 9e art.
Comme des rats
Comme des rats est la toute première bande dessinée de Géraldine et c’est une première très percutante. Une adolescente mal dans sa peau, aux prises avec un père sévère et autoritaire, qui aspire à s’étourdir de toutes les façons possibles. Est-ce un cri du cœur, une révolte? Ce court récit ne vous laissera pas indifférent. Quoique troublé par cette jeune fille que je voudrais aider de mon mieux, j’ai été charmé par le dessin et le choix des couleurs : ce jaune qui donne une dimension lumineuse à cette fresque, mais qui s’estompe au fil du récit et ce rouge qui prend peu à peu une place assez importante. J’ai bien hâte de voir ce que Géraldine nous présentera dans les prochaines années!
Luce comprend tout trop vite
Luce comprend vite et s’ennuie énormément à l’école, car les choses ne bougent pas à son rythme. Elle devient agitée et cela trouble l’harmonie de la classe. Sa spontanéité dérange. Les convocations pour ses parents s’additionnent à vitesse grand V et tous ces reproches et ces insultes égratignent son amour de l’école qui menace de s’effondrer, alors qu’elle a pourtant l’impression que ce sont les autres le problème. L’histoire montre les points de vue de tous les personnages et affûte la capacité critique du lecteur. On y montre l’accueil autant que le rejet, l’indifférence autant que l’implication, sans toutefois tomber dans les reproches ou le jugement. Très réaliste, très touchant. Une BD à présenter en classe : chacun en retirera quelque chose de précieux, que ce soit l’ouverture, l’esprit critique, l’empathie et bien d’autres valeurs importantes. Dès 9 ans.
La couleur des choses
Ce que j’aime beaucoup des éditions Çà et là, c’est qu’elles arrivent régulièrement avec des BD atypiques qui nous font sourciller avant qu’on y plonge pour en savoir plus. Et, chaque fois, je suis surpris que la sauce tienne avec un rythme efficace et une histoire bien ficelée. Ici, les personnages apparaissent sous forme de cercles vus d’en haut, aux couleurs distinctives pour bien les identifier. Presque toute l’action est vue du dessus et le défi graphique de nous offrir un récit palpitant par la bande est relevé avec brio. C’est tout simplement époustouflant! Je me languis déjà de voir ce que Martin Panchaud nous offrira dans le futur. Chapeau pour cette formidable BD! À découvrir absolument!
La méduse
Les méduses, ce sont de si belles créatures qu’on admire pour leur liberté et leur grâce. Sauf pour Odette. Sous forme de taches qui brouillent sa vue et l’empêchent de bien voir, les méduses se sont incrustées dans les yeux de la jeune libraire et prennent de plus en plus d’ampleur. Ce que le médecin associe d’abord à une simple fatigue oculaire prend une mauvaise tournure : Odette devient complètement aveugle. Comment vivre à nouveau maintenant que les méduses ont pris possession de sa vie? Avec l’aide et le soutien de son amoureuse Naïna et de son meilleur ami, elle apprivoisera petit à petit sa nouvelle condition. Un roman graphique touchant et empreint de sensibilité sur l’acceptation et l’importance des liens qui nous unissent aux autres.
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