Être à bout de souffle est malheureusement un état ressenti par bien des gens. Dans notre société où tout va à vive allure, nous courons sans même prendre la peine de voir le paysage. Émilie Viens a bien connu ces semaines folles où chaque minute est comptée et, malgré les efforts pour en faire constamment davantage, ce sentiment de ne jamais y arriver. Jusqu’au moment où le sol s’est dérobé sous ses pieds et qu’elle a dû tout arrêter. Sa pause obligée aura duré quatre mois et demi pendant lesquels elle a tout juste l’énergie… de ne rien faire. Un jour, elle se voit en train de désherber sa cour, elle qui n’avait plus la force de lever le petit doigt. Un geste très symbolique qui lui apprend qu’elle est peut-être passée de l’autre côté, lui rappelant par le fait même « qu’il y a toujours un après ».
L’épuisement professionnel est insidieux et il nargue les plus coriaces d’entre nous. Quand il frappe, celui ou celle qui accuse le coup porte souvent un jugement sévère sur son état, persuadé de faire preuve de faiblesse. « J’avais honte, j’avais l’impression d’être lâche, exprime l’autrice sur son propre passage à vide. Et à un moment donné, dans ma reconstruction, j’ai finalement commencé à comprendre que toute ma vulnérabilité est en fait une force. Ça demande tellement de courage d’être vulnérable. » Doucement, entrevoyant peu à peu des zones de lumière réapparaître, s’étant rapprochée plus près de son authenticité — cette part de nous-même qui donne un sens à nos agissements —, Émilie Viens décide d’écrire un blogue. Elle le fait par envie — ce qui devrait invariablement guider nos motivations —, sans trop savoir où cela la mènera. Rapidement, des personnes viennent fureter sur les pages de La Planificatrice, donnant des ailes à la principale intéressée qui aujourd’hui, cinq ans plus tard, produit le balado 168 heures — nombre d’heures que l’on possède tous hebdomadairement —, comptabilisant plus de 350 000 écoutes et qui contient diverses pistes sur la réalisation professionnelle et personnelle.
L’heure des choix
Maintenant, s’ajoute le livre Avancer sans s’épuiser, où cette fois-ci elle prodigue des conseils en se servant de son histoire. En fait, elle publie ce qu’elle aurait aimé lire lors de son burnout ou même avant d’en arriver là, un ouvrage faisant office de miroir à sa propre situation. « Je ne veux pas aider les gens à planifier pour planifier, précise Émilie Viens. Je veux les aider pour qu’ils puissent planifier leurs rêves et ultimement, atteindre leur vision et les choses qu’ils veulent vraiment réaliser. » C’est en ce sens que sa démarche se distingue, La Planificatrice préconise une approche intégrale qui prend en compte l’entièreté des facettes, consciente que toutes les sphères d’une réalité sont interreliées. Elle se veut à la fois un soutien pratique par les suggestions concrètes proposées, mais également une alliée amicale par une écoute et une ouverture qui mettent en confiance la lectrice et le lecteur.
Ce qui n’empêche pas l’autrice de faire preuve d’honnêteté en affirmant par exemple que « [c]hoisir d’avoir le temps, ou de ne pas en avoir est un choix », une phrase qui peut paraître provocante alors que les demandes affluent de tous bords tous côtés. « Pour moi, la liberté, qui est une valeur super importante, ça passe par le choix. Le choix de travailler avec qui j’ai envie de travailler, le choix de me lever à l’heure que je veux, le choix même de choisir ce que j’ai envie de manger, ça a l’air banal, mais on est tellement sur un pilote automatique qu’on a l’impression qu’on n’a plus le choix de rien. C’est comme se construire soi-même une petite prison. Pourtant, on a la clé de cette prison. »
Le fait est qu’il nous appartient d’accepter ou non une situation, un nouveau contrat, de céder à la pression, d’assister à un énième événement puisque « ce n’est pas parce que vous êtes libre que vous êtes disponible ». Déterminer ses priorités, c’est parfois se choisir. Prendre quelques minutes, quelques heures pour relever le niveau de la jauge amènera énergie et clarté pour le reste. « Pour apprendre à s’écouter, il faut faire taire le bruit, pas juste le bruit ambiant comme le bruit mental », considère Émilie Viens. Elle n’insinue pas que cela s’avère simple, elle a elle-même dû moduler sa recherche constante de perfectionnisme, son sens absolu des responsabilités et sa propension à en prendre plus sur ses épaules pour prouver son efficacité. Et des écueils, elle en a encore. Il faut rester vigilants et se réajuster au besoin.
Se mettre à l’horaire
L’introspection est une vertu que prône La Planificatrice, seul moyen d’effectuer un changement en profondeur. « C’est là que la patience devient tellement importante. On est dans une société de résultats, de performances, donc on ne voit pas d’avancement nécessairement aussi rapidement qu’on l’espérait. Le temps doit faire son œuvre. » On en revient ainsi au temps, qu’il faut parfois avoir pour soi, que l’on aimerait avoir pour soi, mais que l’on repousse inconsciemment parce qu’on en a peur. Peu habitué à être en face à face avec soi-même, le vertige survient devant l’étendue de la vacuité et la perception de ne plus connaître ses envies. Émilie Viens croyait savoir qui elle était pour s’apercevoir, une fois au fond du gouffre, que ce n’était pas tout à fait vrai. Se perdre en chemin ou même ne jamais s’être trouvé, accoutumé dès l’enfance à satisfaire les attentes plutôt qu’à suivre ses véritables aspirations, fait partie de la feuille de route de multiples individus.
Il est de même étonnant de remarquer à quel point la fatigue et le stress sont normalisés. L’équilibre est scandé et désiré par tous, mais il n’est pas si bien vu de le montrer autour de soi, on a la sensation d’aller à contre-courant de son époque. Être dépassé, englouti dans un vortex, s’institue chose commune, état ordinaire. Tandis que sont mis en place, par la technologie notamment, des moyens pour alléger la surcharge, on ajoute aux tâches au lieu de tirer avantage des ressources à notre disposition. C’est pour cette raison que le pas de recul est salutaire. Prendre une pause afin de définir ses propres besoins et de changer d’angle, malgré la peur de l’inconnu et la perte de repères, se révèle essentiel. Le livre d’Émilie Viens, tel un guide avisé, s’offre pour ne pas avoir à cheminer seul et s’incarne comme une première balise dans la nouvelle vie que l’on souhaite se créer.
Photo : © Geneviève LeSieur













