Camille essaie de panser ses blessures en prenant soin de ses patients à l’hôpital où elle fait son stage de doctorante en psychologie. Il y a aussi Léo, son jeune voisin de 9 ans, qui débarque souvent chez elle quand ça ne se passe pas bien chez lui, à qui elle s’attache. Malgré ses fêlures, Camille va peu à peu réussir à s’ancrer à la vie grâce à des amitiés indéfectibles. Avec Les grands chavirements, Lyne Vanier — qui a aussi publié un livre jeunesse ce printemps, Ma vie en haute vitesse — a façonné un roman empreint d’humanité, de lumière et de beauté, qui invite à s’émerveiller et à célébrer la vie.

Votre roman met en scène des personnages attachants, qui ont des blessures, qui sont complexes, humains. Comme l’art japonais du kintsugi [un art qui consiste à restaurer des céramiques et des porcelaines brisées sans cacher les cassures, en les mettant plutôt de l’avant, en les sublimant avec de l’or] dont vous parlez dans le roman, croyez-vous que les imperfections racontent des histoires? Et que la beauté émerge des « défauts » et des failles de vos personnages?
Absolument! Mon livre aurait pu s’intituler La beauté de l’imparfait. Il y a quelques années, je suis tombée sur un reportage décrivant ce fameux kintsugi et j’ai été littéralement séduite! Quelle merveilleuse métaphore! Réparer une porcelaine cassée avec de l’or et des laques précieuses. En faire un objet unique et merveilleux alors qu’il aurait pu finir à la poubelle. Et je me suis dit que c’était pareil avec les humains. Que nos craquelures, nos fêlures, nos cassures ne nous destinaient pas à la déchetterie. Mais qu’il fallait les lire comme des marques de vie. Et s’en servir pour réellement comprendre les autres.

Votre pratique comme psychiatre et vos expériences professionnelles ont-elles nourri votre écriture?
Énormément. Au début, toutefois, j’écrivais surtout pour m’évader de la pratique psychiatrique. De ses inévitables contraintes. Du sentiment d’impuissance devant les maladies souvent impitoyables. De ma sempiternelle inquiétude pour mes patients. Je croyais trouver la liberté devant la page blanche : enfin un espace où mon imagination serait la seule patronne! Ah oui? Eh non! Première leçon : mes personnages ne me laissent pas tout décider; parfois leur histoire évolue sous mes yeux d’une façon que je n’avais pas prévue au départ… Deuxième leçon : chassez la psychiatrie et elle revient au galop : trouble du spectre de l’autisme, stress post-traumatique, TDAH, psychose se sont tous invités dans mes romans. J’ai appris à les accueillir avec le sourire.

Malgré certaines réalités difficiles dépeintes dans le livre, le roman est empreint d’espoir et de résilience. Souhaitiez-vous insuffler de la lumière à travers la noirceur dans votre histoire?
Oh que oui! Une de mes citations préférées est celle de Leonard Cohen sur la lumière qui a besoin des failles pour se diffuser : « Forget your perfect offering, there is a crack, a crack in everything, that’s how the light gets in ». Je l’aime tellement que je l’ai transcrite sur un grand tableau blanc dans mon bureau, à l’hôpital. Elle se cache modestement parmi des diagrammes illustrant les symptômes de la dépression et les réactions au stress. Parfois, elle pique la curiosité d’un de mes patients. Ça me fait toujours plaisir! Alors, on échange un peu sur le sujet. Ça aide de penser qu’on n’a pas à être parfait pour être lumineux, et même qu’en réalité, ce sont nos imperfections qui nous rendent attachants. Ça donne de l’espoir.

Photo : © Sébastien de Blois

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