Huit amies autour de la soixantaine reforment un club de lecture qu’elles avaient abandonné des années auparavant. À travers leurs lectures de livres de croissance personnelle et de psychologie positive, ces femmes naviguent au gré des aléas de la vie. Puis, elles convoitent de vivre dans le même immeuble, afin de vieillir ensemble et de s’épauler. C’est cet univers d’amitié et d’entraide qu’a imaginé l’écrivaine Dominique Drouin dans sa trilogie du Club des dames d’argent.

Avec cette trilogie qui met en scène une histoire d’amitié, aviez-vous envie d’écrire une série qui fait du bien?
Mon inspiration était de donner une parole à cette nouvelle génération de femmes qui voient arriver la soixantaine, qui sont en santé physique et psychologique, qui ont pas mal d’années devant elles et qui vont inventer leur façon de vieillir. Elles sont le fruit de la révolution féministe. Elles ont eu une vie riche, géré leurs finances, leur travail, ont connu la liberté de se marier ou pas, de divorcer ou pas, d’avoir des enfants ou pas, ont connu la liberté de religion, la liberté sexuelle, ont voyagé, elles se sont intéressées à une multitude de choses, elles lisent, discutent, ont des amis, des collègues, des ex, des chums, des blondes, des maris, des familles nucléaires ou élargies… Ces femmes-là, je les côtoie, elles sont intéressantes, vives, débrouillardes, inventives, indépendantes, drôles. Certaines m’ont dit que quand elles arrivent autour de 60 ans, elles ont l’impression qu’elles disparaissent, qu’on ne les voit plus dans les médias, dans les romans. Et moi, j’ai envie de leur donner une voix, de les faire vivre, de les montrer… Parce que le cliché des mamans à la maison qui ne savent pas se servir des « internets » et qui attendent leurs enfants le dimanche avec de la soupe, ça ne sera pas elles… Elles auront une vieillesse autre. Et ça me tente de donner aux gens le goût de mieux les connaître parce que je les aime et qu’elles m’inspirent.

La trilogie repose sur huit personnages féminins, dont l’âge tourne autour de 60 ans. C’est une écriture chorale, car chacune des femmes a une quête qui évolue au cours du récit en touches impressionnistes pour donner un tableau complet à la fin. […] Le lien entre les huit personnages, c’est donc un club de lecture, qui porte sur la psychologie positive et qui réunit huit femmes aux bagages et aux destins variés. Pourquoi la psychologie positive? Parce que mon but, justement, était de faire du bien à mes lectrices…

Ces huit femmes souhaitent vieillir ensemble dans le même immeuble. Était-ce important pour vous de montrer une façon différente de vieillir?
Quand débute l’histoire, en novembre 2017, le club est formé de nouveau, on assiste à une des premières réunions. Les femmes se sont entendues pour organiser une rencontre tous les deux mois, chez l’une ou chez l’autre, et celle qui reçoit est celle qui a le choix du livre. L’histoire prend une tournure nouvelle lorsque Micheline, l’entrepreneure du groupe, suggère un livre portant sur la responsabilisation financière des femmes. Cette lecture en secoue plus d’une quant à la retraite et au vieillissement. C’est alors que Micheline propose aux membres du club d’unir leurs forces et d’acheter à elles huit un immeuble de huit logements où elles pourront s’entraider, se tenir compagnie, vieillir ensemble et se soutenir. […]

Ce qui est très important pour moi dans cette histoire, c’est de montrer que des femmes sont capables de se responsabiliser face à leur vieillesse. Comme les femmes meurent plus tard que les hommes, elles seront nombreuses, dans les années à venir, à définir leur façon de traverser la dernière étape. Je pense que cette génération féminine, qui a connu l’autonomie et l’indépendance, ne se laissera pas enfermer dans un moule ni dans la passivité. Et c’est tant mieux à mon sens.

De la même manière que les lectures du club s’imbriquent dans la vie de vos personnages, croyez-vous que les livres peuvent influencer nos vies?
Dans chacun des quinze chapitres, une petite portion est consacrée aux échanges des dames du Club des dames d’argent autour d’un livre qu’elles ont lu. Parfois l’échange est direct et concerne ce qui leur a plu ou déplu, parfois aussi, la discussion s’oriente plutôt vers le lien entre ce qu’elles ont lu et leur vie personnelle, ce qui leur permet de réfléchir, d’échanger, d’avancer. Parfois finalement, le livre lu est un moteur de l’action, car c’est une lecture qui inspire un changement, qui devient un pivot dramatique dans l’existence des héroïnes.

Le Club des dames d’argent est un roman dans lequel on fait allusion à des lectures; il ne comporte pas d’exposés exhaustifs, mais plutôt une résonnance entre ce que les personnages lisent et leur vie personnelle, leurs drames, leurs contrariétés, leurs ambitions. Dans un style visuel ponctué de dialogues pour dynamiser les échanges et l’action, je voulais exploiter cette idée que les livres ne sont pas statiques, qu’ils sont aussi une façon d’entrer en relation avec les gens, de mieux les connaître. Je voulais montrer aussi que les livres nous habitent, qu’ils peuvent parfois changer notre façon de voir et nous pousser à agir.

Photo : © Julia Marois

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