Hurlantes éditrices
Hurlantes éditrices ont été fondées en 2020 par Pénélope Jolicœur et Véronique Pascal, avec comme premier ouvrage L’almanach des Hurlantes. L’âme de la maison se veut impertinente et décloisonnée, féministe et indomptable. Si la pandémie a sans aucun doute affecté leurs débuts, les Hurlantes éditrices sont solides sur leurs pattes et remettent en lumière des ouvrages parus chez les regrettées Éditions de l’Écrou, avec Fourrer le feu et Aux plexus, de Marjolaine Beauchamp, dont la plume, rythmée et brute, dérange et bouscule. Ces rééditions s’inscrivent parfaitement dans le catalogue des Hurlantes, offrant en quelque sorte un hommage autant à l’autrice qu’à son ancien éditeur. Hurlantes éditrices étaient jusqu’à l’automne 2022 autodistribuées : les voilà dans l’écurie de Dimedia, prêtes à rejoindre encore plus de lecteurs friands d’audace! Leurs deux plus récentes publications sont le recueil Madame full of shit de la poète Catherine Paquet et le thriller d’horreur Polyphagie de Véronique Drouin, qui aborde les troubles alimentaires sous un angle bien novateur…
La maison en feu
« Nous souhaitons être dans le monde à l’image d’une vraie maison, accueillante et chaleureuse, où brûle dans la cheminée un feu constant, entretenu par les chants, les rires (les pleurs, parfois) de ceux qui s’y attardent, par amour de la littérature. » N’est-ce pas invitant? Les éditions de La maison en feu sont arrivées en librairie en mai 2021 avec Les femmes que j’aime ne font pas de bicyclette du poète Anthony Lacroix, un excellent recueil de courts textes en prose qui explore l’enfance et l’adolescence comme période d’une grande richesse. En août de la même année paraissait Orange pekoe, dont le journaliste Dominic Tardif avait écrit ceci entre nos pages : « Orange pekoe est un livre d’une beauté simple, comme dans bonheur simple, et d’une sagesse qui ne ressemble jamais à de l’esbroufe, mais plutôt à un cadeau. J’y trouve ce qu’il faut pour déconstruire en moi l’idée que de larguer les amarres est une faiblesse. » Les ouvrages Nous serons tous guéris d’Hugo Bourcier, La mère intérieure de Sophie Marcotte et La vie fabuleuse des gens fabuleux de David Cloutier ont ensuite suivi — parmi d’autres. Le petit dernier est Le silence des braises d’Alec Serra-Wagneur, qui propose d’explorer huit trajectoires qui ont en commun de bifurquer au creux des bois, d’explorer des territoires sauvages et de mener à une renaissance.
Dent-de-lion
Le pissenlit est une plante entêtée et tenace. Pas étonnant que cette maison ait choisi un synonyme pour se nommer : Dent-de-lion. Érigé en OBNL et se destinant pour la jeunesse, cet éditeur offre des ouvrages dans lesquels les valeurs féministes, anti-oppressives et d’ouverture sont mises de l’avant. Les personnages y sont non stéréotypés et les quêtes narratives, non genrées (ce n’est donc pas ici que vous trouverez l’histoire d’un petit garçon souhaitant devenir pompier comme son papa, ou une jeune fille jouant à la poupée rêvant de devenir un jour mère au foyer!). Parmi leur catalogue regroupant actuellement dix ouvrages, deux se démarquent particulièrement : De quoi sont faits les bébés?, de Cory Silverberg et Fiona Smyth, qui explique les multiples façons de créer une famille et les nombreux modèles familiaux; et Derrière les yeux de Billy, toute première publication de la jeune maison en 2018, et qui fut lauréate du prix Espiègle. Écrite par Vincent Bolduc et illustrée par Chloloula, l’histoire est celle d’une enfant qui s’entraîne à tout perdre, pour être plus forte le jour où une grande perte surviendra dans sa vie. Mais… on ne peut se désensibiliser à la perte d’un être cher. « Un album qui fait naître une émotion de bien-être parce qu’il accepte la différence et l’intègre avec subtilité dans son histoire », avait estimé le jury, soulignant ainsi à forts traits les valeurs mêmes de la maison qui l’édite.
Éditions du Quartz
Basées à Rouyn-Noranda, les Éditions du Quartz proposent un catalogue qui embrasse la boréalité francophone et fait une place de choix aux écrits qui s’enracinent dans les territoires éloignés et les communautés plus isolées. Elles le disent ainsi : elles souhaitent mettre en « évidence l’originalité de la littérature des communautés dont la culture et l’identité ne demandent qu’à émerger et à accéder à l’universel », à appuyer « les voix les plus porteuses, les plus originales, les plus susceptibles d’étonner ». C’est ainsi qu’on a vu publié à leur enseigne Abitibi Montréal, un recueil de six plumes diverses qui explorent chacune le choix de vivre en région « excentrée », abordant les chocs climatiques et culturels, le désir du retour ou non, la quête identitaire. On souligne aussi l’excellent Arsenic mon amour, un dialogue entre deux Rouynorandiens sur le rapport trouble qu’ils entretiennent avec la fonderie, compagnie érigée en maître dans la ville. On attire également votre regard sur On sera pas éternels alors soyons lents et Je voudrais tomber là, de la poète Madeleine Lefebvre. Et il y a le récent roman Et ce bruit, toujours de Mathew K. Williamson, où deux amoureux vivent, statiques, dans le froid d’un territoire sans nom, comme dans l’attente que quelque chose vienne les bousculer.
Les éditions Conifère
Les éditions Conifère, qui voient le jour sous des auspices prometteurs, ont fait paraître leurs deux premiers titres en janvier dernier. Dans Ce qu’il est advenu de ma mort, Vicky Bernard tente de rapiécer tout ce qui se détache du corps, de la vie, dans une langue solide et crue. Avec Des entrailles naturelles, Andrée-Anne Bergeron explore en trois temps sa capacité de ressentir. La poésie ne sera cependant pas le seul genre littéraire que Conifère publiera. La maison d’édition, distribuée par Dimedia, proposera aussi des essais, des beaux livres, des ouvrages de vulgarisation scientifique et des documentaires. L’équipe éditoriale, composée de Lauriane Lepage, d’André Morin et de Mathieu Doyon, souhaite présenter des ouvrages de fiction dont les textes sont porteurs de sens, aux images fortes et insolites. Les ouvrages scientifiques seront aussi rigoureux que pertinents. Peu importe le genre, les éditions Conifère accorderont autant d’importance à l’œuvre qu’à ses auteurs et autrices. Avec Valérie Desjardins à la conception graphique et Mathieu Potvin aux illustrations, Conifère saura attirer le regard grâce à ses couvertures léchées et à son graphisme dynamique.
Château d’encre
Fondé en 2017, Château d’encre se définit comme un « atelier d’édition inventif et urbain », qui n’a pas peur d’enrichir les débats et qui souhaite éveiller les passions. Essais, romans, récits et ouvrages de vulgarisation scientifique y sont publiés sous la tutelle de Lison Lescarbeau, une femme qui, avant de diriger sa propre maison et de racheter les éditions Au Carré, a œuvré comme relationniste, directrice de production puis directrice de l’édition pour d’autres maisons. Parmi ses récentes publications, soulignons La mécanique des désirs, où l’ancienne escorte Mélodie Nelson (Escorte, Juicy) pose candidement un regard sur son passé, sur son ancienne vie, alors qu’elle est devenue maman et que des réflexions s’imposent; Le superpouvoir de la marche, de Shane O’Mara (et traduit par Paul-Marcel Adam et Lison Lescarbeau, justement), qui rappelle combien cette activité simple qu’est la marche peut être d’un grand soutien à la santé, psychologique comme physique; et Le roi des autres, de Thierry Falise, qui se situe à mi-chemin entre le roman et le récit de voyage se déroulant dans l’archipel Andeman en 1865 et dans la jungle aux côtés d’un des « peuples les plus énigmatiques de notre planète », les Jarawas.
Illustration (gauche) : © Mimi Traillette
Illustration (droite) : © Mejda Meddeb




















