Les livres ne m’ont jamais lâchée. Souvent, ils m’ont apporté l’espoir, remise sur les rails, révélé mes angles morts et même donné l’aplomb de continuer certains jours où je n’arrivais plus à y croire. Il n’est pas trop fort de dire qu’ils ont forgé celle que je suis aujourd’hui, m’enseignant tant de choses, de l’importance de poser un regard amène sur autrui à la conviction qu’il n’y a pas d’autre manière de vivre qu’en aimant. Ils sont pour moi des sphères sacrées où une parole m’est donnée en partage, m’offrant la possibilité de m’ouvrir à la voix des autres et d’éprouver mon humanité. Une journée sans lecture me prive d’envergure et me dépouille de la chance d’entendre ce qui fera peut-être écho en moi. Le monde qui est le nôtre n’est pas toujours facile, il rivalise d’injustice et de déceptions alors même que nous aurions tellement besoin de paix et d’espoir. On ne voit rien venir, on ne contrôle rien, mais chaque fois que je m’apprête à ouvrir un livre, j’ai l’assurance qu’il se passera quelque chose, que les mots feront bouger en moi des certitudes que je croyais immuables, me permettant de me transformer, de desserrer mes apriorismes, d’élargir ma perspective et de me mouvoir dans des eaux plus claires. « Une bibliothèque est une chambre d’amis », écrit le grand écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun. Rien n’est plus vrai, en ce sens qu’un livre est un endroit protégé où l’on est accueilli avec la plus grande sollicitude à toute heure du jour et de la nuit. C’est une main tendue, un lieu de rendez-vous, un tête-à-tête singulier où la conversation, complice et libre d’aller où elle veut, se déploie en toute confiance. Je n’hésite jamais à lui confier mon bonheur.
Le premier numéro
Le présent numéro est le premier que je dirige à titre de rédactrice en chef. Verbaliser la fierté que j’ai de remplir ce rôle est impossible, tout adjectif relèverait nécessairement de l’euphémisme. Puisque l’heure est aux présentations, je commencerai par dire qu’après avoir fait des études universitaires en littérature, j’ai œuvré plusieurs années en librairie indépendante, été lectrice de manuscrits aux Éditions du Boréal et porte le chapeau de critique et membre du comité de rédaction de la revue Lettres québécoises. Depuis 13 ans, je suis à l’emploi du réseau Les libraires – auquel j’ai un fort sentiment d’appartenance – principalement à titre de rédactrice et créatrice de contenu. Les entrevues que j’ai pu réaliser avec les autrices et les auteurs m’ont octroyé l’accès à un espace de vérité peu commun. D’avoir l’opportunité aujourd’hui d’occuper le poste de rédactrice en chef me permet non seulement de mettre à profit mon expérience et mes connaissances, mais également d’exprimer et de ressentir encore plus, si cela est possible, mon amour profond pour le livre et ma croyance en la force collaborative de tous ceux et celles qui participent à son rayonnement, à commencer par les libraires, des gens habités de littérature, tellement qu’ils ont pris pour vocation de la faire découvrir au plus grand nombre. Je suis persuadée que chaque livre possède quelque part son lecteur ou sa lectrice, et quand je parle de livre, je le pense dans son sens large. Il se passe aussi quelque chose dès lors qu’on ouvre un livre de cuisine : l’anticipation de la faim qu’on viendra combler, l’odeur et la saveur du repas choisi, les gens avec qui nous le partagerons peut-être, l’évocation de souvenirs où nous étions attablés avec les nôtres. Le livre est indéniablement le siège de tous les
possibles. Et j’espère que le numéro que vous tenez entre vos mains permettra à chacune et à chacun d’entre vous de trouver matière à lire, et surtout à aimer lire.
Photo : © Stéphane Bourgeois












