La gitane aux yeux bleus
Mamen Sánchez (trad. Judith Vernant), Folio, 372 p., 16,95$
Voilà l’objet littéraire parfait pour un réel plaisir de lecture : il vous entraînera de Madrid à Grenade, dans un monde coloré fait de churros, de femmes qui se tiennent les coudes à la vie à la mort, de musique flamenco jusqu’au petit matin et d’intrigues littéraires. Ce polar espagnol qui emprunte les airs d’un roman d’amour est tissé de mille brins, dont le nœud central est attaché au bureau de rédaction d’une revue littéraire, où un certain Atticus — un Anglais qui ne jure que par l’Earl Grey — doit se rendre pour annoncer aux cinq employées que la clé doit être mise sous la porte. Mais voilà, ces dernières sont prêtes à tout pour conserver leur emploi. C’est alors qu’entreront en scène les yeux bleus du titre, qu’un policier sera mêlé à l’aventure et que le tout vous procurera petite chaleur et douce terreur. Pas étonnant que cet ouvrage se soit vendu à plus de 150 000 exemplaires!
Tout le bonheur du monde
Claire Lombardo (trad. Laetitia Devaux), 10/18, 720 p., 17,95$
Comparée à This Is Us, cette œuvre vibrante signée Claire Lombardo, aussi prenante qu’une série, est d’ailleurs en cours d’adaptation télévisée pour HBO. Selon la libraire Louise Bordeleau, c’est un « roman drôle, percutant, rafraîchissant, rempli de tendresse et de rebondissements ». Tout le bonheur du monde met en scène quatre sœurs qui ont pour modèles des parents qui s’aiment toujours après quarante ans de vie commune, ce qui place la barre haute pour leurs enfants qui craignent de ne pas réussir à vivre une telle histoire. Entrelaçant le passé et le présent, de l’enfance à l’âge adulte, des années 1970 à aujourd’hui, cette fresque familiale esquisse un tableau tout en nuances des liens qui unissent une fratrie, pour le meilleur et pour le pire.
Trois réveils
Catherine Perrin, BQ, 160 p., 10,95$
Avec ce roman sensible, empreint d’humanité et de douceur, l’animatrice et musicienne Catherine Perrin brode une histoire de passion artistique qui témoigne du pouvoir et de la puissance de l’art, tout en abordant la performance, la marginalité, la fragilité des êtres et la santé mentale. Antoine, un musicien bipolaire qui joue du hautbois dans le métro après avoir abandonné ses aspirations de carrière professionnelle, rêve qu’il peut sauver le monde grâce à son instrument. Même si ce souhait s’avère difficilement tangible, c’est pourtant ce que la musique accomplit pour lui : elle l’apaise, le sauve, donne un sens à son existence, l’aide à préserver un équilibre alors qu’il a souvent l’impression d’avoir une vie « en zigzag ».
Trois vœux
Liane Moriarty (trad. Sabine Porte), Le Livre de Poche, 476 p., 14,95$
Maintenant traduit en français, ce premier roman de l’écrivaine australienne derrière Petits secrets, grands mensonges sonde des thèmes semblables à ses autres œuvres : les apparences trompeuses, les dynamiques familiales et les secrets. Cette fois, elle ausculte les relations qu’entretiennent des triplées. Tout semble aller pour le mieux dans cette famille unie alors que les sœurs célèbrent leur trente-quatrième anniversaire, jusqu’à ce que l’une d’entre elles lance une fourchette dans le ventre de sa sœur enceinte. Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que la colère éclate et que leur complicité s’envole ainsi? En remontant de quelques mois dans le temps, Liane Moriarty raconte les aléas de la vie du point de vue de plusieurs personnages avec sa plume acérée et son regard grinçant qui scrute autant le côté absurde que celui tragique de l’existence.
Betty
Tiffany McDaniel (trad. François Happe), Gallmeister, 704 p., 21,95$
Lauréat du Prix des libraires du Québec, du Prix du roman Fnac et du prix America, ce roman sombre et lumineux à la fois en a charmé plusieurs, dont la libraire Chantal Fontaine : « Tiffany McDaniel, de sa plume magnifique et de sa prose fluide, nous plonge au cœur de l’univers d’une enfant pour qui le quotidien n’est pas simple, mais qui trouve, tout comme son père, de la beauté à travers la grisaille. » Née d’une mère blanche et d’un père cherokee, Betty, la sixième de huit enfants, vit en marge avec sa famille en Ohio. Des secrets familiaux et le racisme ambiant vont assombrir son destin. Initiée au pouvoir de l’imagination grâce aux histoires de son père, elle plongera dans l’écriture; les mots l’aideront à affronter la vie, à s’émanciper, à se rapiécer.
Liv Maria
Julia Kerninon, Folio, 234 p., 15,95$
Julia Kerninon a un talent fou pour glisser dans la subtilité des émotions, dans l’élaboration complexe de ce qui relève de l’intimité et des jeux d’apparence. Ici, on assiste à l’évolution de Liv, fille insulaire passionnée de Faulkner, London et Beckett que les parents, après une enfance heureuse et un drame à ses 17 ans, envoient à Berlin, chez une tante. Là-bas, à la fois libre et esseulée, elle tombera amoureuse. Mais celui qu’elle aime est marié, a des enfants, est son professeur. S’ensuit dans un jeu d’habiles ellipses la vie de cette Liv Maria charismatique, épouse, amante, professionnelle de sang-froid, qui cherchera à concilier l’aventurière qu’elle a été et la mère et la femme rangée qu’elle est devenue.
Une terre promise
Barack Obama (trad. Pierre Demarty, Charles Recoursé et Nicolas Richard), Le Livre de Poche, 1344 p., 22,95$
L’ouvrage fait plus de 1300 pages et ce n’est que le premier volume des mémoires de Barack Obama. C’est que l’ex-président des États-Unis livre un témoignage complet de son arrivée au pouvoir et des défis de son mandat, mais aussi un récit introspectif sur ce devoir d’incarner publiquement l’espoir et le changement, sur l’empathie dont il fait preuve, sur ses imperfections. Celui qui croit profondément à la démocratie a d’ailleurs une plume littéraire qu’il est agréable à lire. Ce volume couvre la période de son enfance jusqu’à l’opération « Neptune’s Spear » visant à éliminer Ben Laden. On repasse aussi notamment sur la crise financière de 2008, la réforme du système de santé et de Wall Street, l’Afghanistan et les confrontations avec Vladimir Poutine.
Théo à jamais
Louise Dupré, Héliotrope, 240 p., 16,95$
« Comment fait-on pour rester debout quand le malheur tente de nous abattre? », se demande la narratrice de ce roman écrit avec finesse et sensibilité par Louise Dupré, qui dépeint les fracas d’une tragédie, l’impuissance d’une mère et la résilience. Alors qu’un terrible drame est survenu à Miami, là où se trouvaient son mari pour une conférence et leur fils, qui était allé le rejoindre, Béatrice espère les retrouver vivants, essaie de ne pas craindre le pire. Mais une fois là-bas, le choc est immense, inimaginable. Affligée, oscillant entre la culpabilité, l’incompréhension et les questions sans réponses, elle revisite leur histoire familiale pour tenter de comprendre l’indicible et, peu à peu, s’extirper de son marasme.




















