Quelques jours plus tard, un certain Jocelyn Maclure, professeur agrégé à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, communique avec Langelier pour lui manifester son intérêt par rapport à cette idée de nouveau magazine, et c’est ainsi que bientôt une maison d’édition est fondée par les deux hommes. Celle-ci sera nommée Atelier 10, en référence à la décennie qui s’amorce de même qu’à cette volonté qu’ont les fondateurs de promouvoir un certain artisanat; contre la spécialisation grandissante dans le domaine du savoir et l’inévitable fragmentation du public, ceux-ci se proposent donc de mettre de l’avant des textes généralistes, accessibles et courts qui se pencheront sur les enjeux sociétaux contemporains sans être trop pointus.
En parallèle de la maison, l’idée d’un nouveau magazine où se déploierait une autre forme d’actualité finit par donner naissance à la revue Nouveau Projet, dont le premier numéro paraît en mars 2012, quelques mois avant le premier livre de la collection « Documents », soit La juste part de Patrick Turmel et David Robichaud. Pendant deux ans, Atelier 10 fait ainsi paraître annuellement deux numéros de Nouveau Projet et deux titres de la collection « Documents ».
En 2014 s’ajoute la collection « Pièces », dont l’émergence est le fruit de l’amour sincère que porte Langelier au théâtre contemporain. Constatant le peu d’espace éditorial réservé à ce genre, il fait le pari risqué de réussir à publier du théâtre tout en ne coulant ni la maison d’édition ni la revue. En 2017, le succès phénoménal de la pièce J’aime Hydro, de Christine Beaulieu, viendra confirmer le bien-fondé de cette volonté de mettre le théâtre à l’honneur.
L’année 2018 voit la publication de Faire campagne, premier titre de la collection « Journalisme9 », une collaboration avec les éditions de La Pastèque consacrée au reportage, à l’enquête et au journalisme dessinés. La collection « Transmission », quant à elle destinée à faire le portrait d’hommes et de femmes qui ont contribué à construire le Québec d’aujourd’hui, voire celui de demain, continue d’élargir le champ d’action d’Atelier 10.
Plus récemment, la volonté de l’éditeur de voir des textes
drôles devenir de véritables objets livresques a donné lieu à l’arrivée de la collection « Humour », qui se promet de promouvoir la richesse du propos, l’acuité d’observation et la lucidité de certains de nos humoristes, le tout en adéquation avec l’esprit de la maison et toujours dans l’optique de favoriser la diffusion d’idées et de réflexions pertinentes en passant par des chemins qui ne soient ni trop sérieux ni trop simplistes.
Par-delà la revue et les livres, Atelier 10 cumule également de nombreux autres projets, en cours ou à venir. Le temps debout est l’un d’entre eux : au cœur de celui-ci réside la conviction de la nécessité pour l’humain d’accéder à une certaine forme de transcendance. En osant s’aventurer sur le terrain de la spiritualité, sans que ce mot renvoie à l’usage de cristaux ou aux aveuglements dogmatiques trop souvent associés à ce domaine, la maison souhaite aménager un nouvel espace de réflexion pour une vie plus consciente et satisfaisante, notamment par le biais d’un guide à l’intention des parents, mais aussi par d’éventuelles formations, des événements et des rencontres. Dans les cartons de l’éditeur se trouve ainsi l’idée d’offrir une éducation esthétique, par exemple. La maison s’est aussi commise dans l’univers des balados grâce à Nouveau Projet Audio avec la production d’un grand nombre d’épisodes issus des titres des collections « Documents » et « Pièces » de même que des numéros de la revue.
Toujours en marge de l’édition à proprement parler, la maison met également à la disposition du public des services rédactionnels par le truchement du projet Histoires du monde, où l’expertise de l’équipe est mise à profit pour aider ceux qui le désirent à raconter leur histoire ou celle d’un de leurs proches. Le Studio A10 en est le pendant destiné aux professionnels et aux entreprises.
La boutique Atelier 10, située sur la rue Beaubien à Montréal, a accueilli divers événements au fil du temps, notamment deux éditions du Nouveau Cabaret et plusieurs conférences, rencontres et causeries en lien avec les auteurs de la maison ou leurs collaborateurs. Cet aspect d’Atelier 10 est particulièrement prisé par Langelier, qui voit dans cet espace hybride la concrétisation de la volonté à la base de l’entreprise, à savoir une forme décontractée de partage des idées.
Enfin, si la maison est sise à Montréal, cela ne l’empêche pas de s’inscrire en faux contre le montréalocentrisme qui afflige trop souvent la vie culturelle québécoise. En entrevue au téléphone, l’éditeur insiste sur le grand intérêt que la maison entretient envers les régions, pour ce qui s’y passe et ce qui s’y vit, considérant que de formidables initiatives émergent régulièrement d’un peu partout au Québec.
En ce qui a trait à la suite des choses, Langelier évoque l’atteinte d’une certaine maturité pour Atelier 10, qui devrait selon lui passer les prochaines années à consolider ses multiples projets plutôt que de continuer à en développer de nouveaux. Il souhaite également faire prospérer le magazine, un véhicule qu’il aime particulièrement conduire, d’autant plus que Nouveau Projet a déjà remporté de nombreux prix au fil des ans.
En définitive, Nicolas Langelier semble bien en selle. Les projets ne manquent pas, les idées non plus et l’enthousiasme encore moins!
Photo : © Nathalie St-Pierre



















