La plupart des amateurs de lecture s’entendent pour dire que lorsque la température est d’humeur orageuse, c’est le moment idéal pour ouvrir un nouveau livre et s’y plonger. L’atmosphère relaxante créée par les gouttes qui battent presque tendrement notre toit permet de s’évader dans les contrées les plus lointaines, et ce, dans le confort d’un fauteuil moelleux. Ce sentiment — une chaleur mêlée d’une certaine affliction pluvieuse — est intégré de façon charmante dans certains romans qui entrent dans une catégorie que je nomme « cosy Oxford fantasy », c’est-à-dire des romans où l’environnement quelque peu maussade de l’Angleterre me rappelle ces journées parfaites pour s’aventurer dans une nouvelle histoire où la magie nous surprend à chaque page. Trois autrices en particulier m’ont permis de goûter cette pluie du bout des lèvres : La chasseuse et l’alchimiste d’Allison Saft (Castelmore), L’encyclopédie féérique d’Emily Wilde de Heather Fawcett (Sabran) et Porcelaine sous les ruines d’Ada Vivalda (Olympe).

Dans La chasseuse et l’alchimiste, Allison Saft nous entraîne dans une chasse haletante où, pour sauver ce qui lui est cher, Evelyn doit tuer le Hala, créature mythique qui n’est rien de moins qu’un dieu. Mais pour ce faire, elle a besoin des capacités d’alchimiste de Wes, jeune homme rejeté de tous les maîtres d’alchimie malgré son talent. Son dernier espoir est de devenir l’apprenti de la mère excentrique d’Evelyn, qui quitte régulièrement sa fille des mois durant pour poursuivre des recherches énigmatiques. Réunis par le destin plutôt que par choix, ils doivent trouver le moyen d’allier leurs forces, et surtout leurs faiblesses, pour parvenir à leurs fins respectives. Le personnage d’Evelyn inspire au lecteur la beauté sauvage de la lande anglaise, fouettée par les intempéries, alors que Wes représente plutôt le flegme britannique. Ensemble, ils évoluent dans un tableau gris de tempête, et pourtant, leurs aventures n’ont rien de morose. La talentueuse autrice nous transporte dans la campagne européenne avec ce récit, qui se dévore en quelques heures seulement.

Heather Fawcett, quant à elle, met en scène une protagoniste renfrognée, Emily, qui préfère de loin le travail de terrain, ensevelie sous la terre et la mousse pour observer les fées, à la compagnie humaine. Dans le village nordique d’Hrafnsvik, elle s’attelle à la tâche pour en apprendre plus sur les Recluses, les fées les moins connues des experts. Mais ce faisant, elle tombe dans plusieurs pièges tendus par ces dernières, tous plus dignes les uns que les autres des vieilles légendes anglaises qui ne cessent de nous mettre en garde contre leur espèce. Entourée par la neige, le froid, une bonne dose de sarcasme et son rival, le professeur Wendell Bambleby, Emily est l’image parfaite d’une lectrice frustrée de se faire déranger à chaque détour! L’encyclopédie féérique d’Emily Wilde est une aventure à l’humour tout à fait anglais, où l’imperturbabilité presque mutine d’Emily, associée à l’exubérance de Wendell, nous fait découvrir le portrait d’une héroïne atypique, mais décidément charmante.

Finalement, Ada Vivalda nous offre, avec Porcelaine sous les ruines, une romance des plus douces, parfumée par des arômes de thé bu dans les plus délicates porcelaines. Alba, la jeune protagoniste, cherche à protéger l’archipel d’Hibernia, une oasis menacée de tous qui l’a accueillie des siècles après qu’elle eut été bannie par les génies. Lorsque Lethan Alcor, émissaire d’un archipel voisin, n’hésite pas à user de son charme pour tenter de percer le secret qui l’entoure, la gardienne de l’archipel doit redoubler de ruse pour préserver les secrets qui ont permis à ce havre battu par la pluie de prospérer malgré la misère environnante. Le doux battement d’une bruine chagrine, le voile de la brume, la douceur d’un amour incertain, tout cela nous berce pour nous faire vivre une histoire d’amour délicieusement mélancolique. Cette œuvre se lit avec curiosité, passion et avidité.

Le « cosy Oxford fantasy » se résume donc plus ou moins à cette image stéréotypée de l’Angleterre, où les orages, l’humidité, le froid et le cynisme nous attendent. Pourtant, ces trois autrices ont su m’inspirer un tout autre paysage, où le gris des nuages et le froid de la pluie ne m’ont pas du tout découragée, mais m’ont plutôt enveloppée de ces doux bras tranquilles qui forcent au calme les esprits les plus tumultueux. Accompagnée par les mots d’Allison Saft, d’Heather Fawcett et d’Ada Vivalda, j’ai été totalement séduite par le célèbre charme anglais, prête à savourer ces jours d’automne, un livre de « cosy Oxford fantasy » à la main. Qui sait, la prochaine journée grise vous permettra peut-être de vous échapper également vers l’Angleterre, ce pays au caractère aussi mystérieux que fascinant?

Publicité