1. Hanter Villeray, Gabrielle Caron (Stanké)
« À bien y penser, je vais dire “fantôme”. J’ai toujours trouvé que c’était un beau mot. Un mot doux. Agréable à prononcer. On peut étirer chaque syllabe. Avec le O accent circonflexe, c’est joli. Fantôme. Oui, décidément, je m’identifie à un fantôme. “Revenant”, ça sonne trop épeurant. Ça sonne vengeur. “Je reviens me venger!” Je ne suis pas vengeresse. Ça n’a jamais été mon style. Je ne me venge pas. J’aime mieux tout encaisser, ne rien oublier, et ressortir quelque chose dans une chicane trois ans plus tard. Je suis Gémeaux, après tout. “Esprit”, ça sonne malicieux, sournois. Un esprit, ça fait du trouble, ça embête les vivants, c’est violent même. Comme dans Poltergeist, un des films qui m’a le plus traumatisée. Je n’ai pas le goût d’être méchante. Un fantôme, c’est plus sympathique. Ça fait Halloween, party, bande dessinée. C’est Devon Sawa dans Casper. C’est ça, ma vibe. »
2. Collège des mystères (t. 1) : Les orphelins de casier, Edith Girard (Québec Amérique)
« Les deux mains du fantôme bougèrent à nouveau dans un crépitement osseux. Cette fois, elles se collèrent l’une contre l’autre, en signe de prière. Elle le suppliait. — Mais qu’est-ce que tu m’veux?! Le fantôme s’agita en geignant, et il se propulsa vers l’avant. Il colla une main sur la bouche de Willem pour le faire taire. Surpris, il figea de peur. La main du fantôme sur sa bouche dégageait de la chaleur. Comme il ne parlait plus, le fantôme retira sa main. — D’accord, je te suis! Aussitôt, le fantôme attrapa ses seaux d’eau noire et s’envola. — Hé! Attends-moi au moins! Il jogga pour rattraper la jeune fille. Il était ébahi. Un fantôme communiquait réellement avec lui! Il eut une pensée pour M. Chevalier. “Une chance que les fantômes ne sont pas censés être revenus”, se dit-il avec ironie. »
3. Hors-vivant, Louis Roussel (XYZ)
« Rien ni personne ne m’a mis en garde! Le heurt fut plus que brutal. Me réveiller mort! Sans avis ni notice explicative! Mort! Débrouille-toi tout seul! Je ne m’attendais pas à voir apparaître Dieu, je ne suis pas naïf, mais j’aurais quand même souhaité qu’on m’accompagne un peu. La moindre des choses aurait été qu’on m’attitre un guide spirituel ou un maître de stage afin de couvrir les rudiments essentiels des fantômes. Je ne suis pas quelqu’un d’exigeant. En temps normal, je parviens aisément à me débrouiller seul. Rares sont les situations face auxquelles je me suis senti démuni. Cela dit, les services administratifs des cieux ont manqué aux normes de civisme les plus élémentaires en ne me fournissant rien ni personne pour que j’apprenne le b.a.-ba de l’au-delà. »
4. Les apprentis fantômes, Anne Thériault (Bayard Canada)
« Est-ce que c’est un chat fantôme? — Non, il n’y a pas d’animaux fantômes, mais ils sont très sensibles à notre présence, en particulier les chats, expliqua Sacha. Je ne sais pas trop pourquoi, d’ailleurs. Pedro poussa un long soupir. — J’avoue que je suis un peu déçu de ne pas avoir eu à remettre à sa place un fantôme récalcitrant, dit-il. C’est bien joli, un chat, mais ce n’est pas vraiment palpitant… — Ne t’inquiète pas, Pedro, le rassura Tasie. Je te promets que tu ne t’ennuieras pas avec nous. Nous allons visiter plein d’endroits et te faire vivre des aventures rocambolesques, quitte à les provoquer nous-mêmes lorsque ça devient trop ennuyant… »
5. Quincaillerie Miville, Alexandre Côté-Fournier et Geneviève Bigué (La courte échelle)
« Vous voulez appeler? proposa Alexis. Le sourire de Pierre-Luc s’effaça pour laisser place à une mine inquiète. Clara afficha un air à la fois stupéfait et fasciné. — Es-tu sérieux? s’étonna Pierre-Luc. — Oui. Il lui tendit un morceau de papier sur lequel dix chiffres étaient griffonnés. — Je suis sûr que ce n’est pas le vrai numéro, dit son cousin. — Alors, appelle! le défia Alexis. Pierre-Luc contempla un instant le numéro, puis sortit d’un geste incertain son cellulaire de sa poche. — Attendez! intervint Clara. On parle d’appeler le fantôme d’un tueur qui, selon Alexis, traque ceux qui lui téléphonent pour les éliminer. Moi, ça me va. Mais je voulais que vous en soyez conscients avant qu’on continue… — Euh, je…, fit Pierre-Luc. Alexis savourait le moment. Son cousin sentait la peur à plein nez. — Les fantômes n’existent pas, murmura ce dernier sans conviction. »
6. Monte-à-peine, Jean-François Caron (Leméac)
« Quand je lui parle, le vieux fantôme rit souvent de moi. C’est pas mal son rôle, au fond. Il dédramatise mes petites mésaventures et joue l’interlocuteur lorsque je sens que j’aurais besoin de jaser avec quelqu’un d’autre que Vicky. C’est comme ça depuis toujours : je ne peux jamais me sentir seul avec un père inventé dans les parages. En fin de journée, il m’arrive souvent d’approcher du La-Z-Boy une chaise en bois au siège en babiche. Assis près du fantôme qui se berce constamment en donnant des coups de talon au plancher, je l’entretiens à propos de ce que j’ai découvert plus tôt, de ce que je ressens – on appelle ça le p’tit conseil du soir tombé. »
7. Congé, Cassie Bérard (La Mèche)
« Les fantômes sont peu réactifs. Ils ne cherchent pas à susciter l’effroi. Leurs intentions s’arrêtent à la recherche de confort ou de tranquillité. Ils enverront bien quelques signes pour annoncer leur présence s’ils se sentent considérés, mais si on les ignore, ils resteront silencieux, et vous n’entendrez jamais parler d’eux. Vous pourriez cohabiter avec un fantôme sans le savoir; le partage de l’espace avec le vivant est favorable, car l’un et l’autre ne peuvent se piler sur les pieds. Avec les démons, c’est plus compliqué. Les fantômes comme les démons vous observent avec une certaine fascination. Or seuls les démons se repaissent de votre chaleur. Ils s’arrogent des pouvoirs qui frôlent l’omniscience. Ils se meuvent aisément et savent déplacer des objets. Le plus souvent, ils s’attachent à des gens qu’ils ne laisseront pas tranquilles. Ils entreront dans votre esprit et agiteront votre sommeil. Ils vous emmêleront dans vos propres nœuds. On les décrit comme des créatures perturbées, cherchant à venger leur mort. Les idées noires qui gangrènent l’être humain fondent leur obsession. »
8. Les ombres familières, Vincent Brault (Héliotrope)
« On raconte la mort d’un ami un peu comme si de rien n’était, avec une étrange légèreté, car il est plus facile de parler de ses morts par le biais d’une histoire de fantômes que d’aborder le sujet frontalement. Je suis d’ailleurs convaincu que demander par-ci par-là qu’on me raconte ses deuils de but en blanc n’aurait rien donné. On ne parle pas de ça aux inconnus. Partager ce genre d’expérience exige qu’on se sente en confiance, en relation d’intimité avec l’autre. Or, c’est ce que permettent les histoires de fantômes : passer par des détours qui, plutôt que de nous perdre, nous ramènent à nous-mêmes. Revenants. Rêves prémonitoires. Visites chez la voyante. Expériences de possession et de dépossession. Objets qui bougent tout seuls. Caresses et coups de vent inexpliqués. Coïncidences bizarres. »
9. Ceux de là-bas, Patrick Senécal (Alire)
« Il s’avance de trois pas. Jamais son regard n’a été aussi expressif, aussi désespéré. Dieu du Ciel, c’est exactement ce que Victor voulait éviter : être confronté au fantôme de celui qu’il a tué. La nuit qui s’est glissée en lui plus tôt s’épaissit tel du goudron. — C’est vous qui m’avez tué. Je sais pas comment, mais c’est vous. — Guillaume, je suis désolé, mais je devais… Il fallait que… — Pis vous savez ce qui va m’arriver, live… Il se penche à la hauteur du psychologue et celui-ci distingue maintenant clairement son visage. Ce qu’il croyait être une recrudescence de son acné est en fait une série de plaques rouges et noires qui apparaissent et qui grandissent à vue d’œil. — … ce qui va m’arriver pour l’éternité… À ces mots, ses lèvres se fendent, tandis que la peau gonfle et s’amollit. — Vous m’en avez parlé vous-même, tantôt, poursuit la voix maintenant tremblante de souffrance. Les cheveux se détachent et tombent, puis la face crève à plusieurs endroits, tout comme le reste du corps, pour laisser échapper des humeurs rouges et jaunâtres accompagnées d’une odeur qui provoque un haut-le-cœur chez Victor. »
10. Le parc de la terreur, Sylvain Duchêne (De Mortagne)
« Quelque chose grince. Je quitte la porte pour presser mon visage contre l’œil-de-bœuf. Je distingue les ampoules allumées et les contours des meubles. Un visage livide apparaît soudain devant mes yeux. Je bondis en arrière, effrayé. Le visage me contemple un instant et s’efface. Le mot “fantôme” résonne dans ma tête. J’ai le cœur qui fait des boucles! (Même plus besoin d’aller au Parc de la Terreur, j’ai déjà eu ma dose!) Je me secoue : pas de panique, ce doit être Stécie. Ça y ressemblait, mais je n’ai pas eu le temps de bien voir. Je reviens prudemment à l’œil-de-bœuf. J’ai l’impression qu’une silhouette blanche est en train de glisser vers la fresque. Bizarre! Stécie ne se serait jamais approchée de… »
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