Qui n'a jamais entendu parler de Céline Dion? Chanteuse prodige, icône internationale et lauréate d'un nombre incalculable de récompenses et de distinctions, Céline Dion a fait couler bien de l'encre après plus de 40 ans de carrière. Curieux de nature, notre robot lecteur s'est plongé dans la littérature d'ici pour voir si ce nom s'y cachait. Sans grande surprise, la chanteuse de Charlemagne est tout aussi populaire entre les pages des livres québécois que sur les planches du Caesars Palace à Las Vegas.

1. L’enfant mascara, Simon Boulerice (Leméac)

« La musique résonne dans l’habitacle et je suis embrasé par le tempo. Je chante la bouche pleine, pendant que du jus d’orange coule dans mon gosier. Mon talent le plus éclatant est de chanter les chansons qui passent à la radio en simultané avec les chanteuses. Je serais sensationnel en lip-sync si je pensais à couper le son de ma voix. Mais non : ma voix est entière, généreuse. La version endiablée de I Drove All Night de Céline Dion ou la suave Irreplaceable de Beyoncé m’excitent le poil des jambes, me font frissonner les cordes vocales de bonheur. Quand Céline passe à la radio, ma mère ajoute sa voix, car elle l’aime comme moi. Quand c’est Beyoncé, je suis le seul à connaître les paroles. Faites que ma voix tienne le coup pendant tout le trajet. Faites que les chansons défilent au rythme de ma joie. »

 

2. Astérix chez les Québécois, Tristan Demers  (Hurtubise)

« Dans son essai Céline Dion et l’identité québécoise, l’auteur Frédéric Demers explique à quel point la chanteuse concilie nos paradoxes : “Elle est la synthèse d’un vieil idéal poursuivi depuis longtemps par les gens d’ici : être traditionnels et progressistes à la fois. En ce sens, le produit culturel de Céline Dion, très américain dans sa forme, et la personnalité de celle-ci, très québécoise dans son contenu, témoignent à leur façon de la coexistence possible du global et du local, de l’Ici et de l’Ailleurs, au sein d’une même société.” Certains pourraient en dire autant des vaillants personnages gaulois. Obélix serait donc friand de sangliers rôtis et de… Coke Diète? »

 

3. La chienne de PavlovCato Fortin (XYZ)

« Ma mère est seule au chevet de ma grand-mère et tient sa main, bleue, comme me l’avait prédit l’infirmière hier. Je m’allonge près de Thérèse, je lui caresse les cheveux. Je pose ma tête sur son épaule. C’est la première fois qu’elle ne me consolera pas. Céline Dion joue de nouveau. Ma mère ne parle pas anglais, mais il suffit que Céline chante I’m Your Angel pour qu’elle s’effondre. Je pose mes fesses sur le bras du fauteuil dans lequel elle est installée, je lui donne un mouchoir et passe mon bras autour de son cou. Je l’aime, ma mère. Je sais, maman. Nous restons silencieuses un instant. Quand Céline se tait, ma mère à moi se lève d’un bond, comme si elle ne pouvait s’accorder que le temps d’une chanson pour pleurer. »

 

4. En mal des mots, Annie Brocoli (Libre Expression)

« À l’autre bout du fil, un homme s’est présenté et m’a expliqué que Céline Dion souhaitait que je vienne chanter chez elle pour l’anniversaire de ses jumeaux. On ne dit pas non à Céline! On dit oui et on s’arrange avec nos troubles après… C’est ce que j’ai fait. Céline avait déjà choisi les décors qu’elle aurait aimé voir dans son salon. Elle avait préparé une liste de ses chansons préférées. Un tapis en forme de marguerite allait être fabriqué pour asseoir les tout-petits. Son équipe allait même louer une Coccinelle et lui mettre des cils pour enchanter les enfants. On m’aurait dit que j’allais un jour chanter devant Céline Dion, je n’en aurais pas cru un mot! »

 

5. Offrandes musicales,  Michel Tremblay (Leméac/Actes Sud)

« Le public se calmait un peu lorsque Céline Dion interprétait une ballade, celle du film Titanic, par exemple. Et même la plupart des fans se rassoyaient. Mais un bourdonnement sourd continuait, elle n’obtenait jamais de vrai silence, comme si ses fans ne pouvaient pas juste l’écouter, se retenir d’exprimer leur admiration, ou alors étaient-ils vraiment incapables d’observer un silence, si court soit-il, même dans des moments de tentative d’intimité? Mon admiration pour Céline Dion a ce soir-là monté d’un cran. Venait-elle de passer des années à chanter cinq soirs par semaine devant un public qui l’enterrait et qui, par le fait même, ne l’écoutait pas vraiment? Et est-ce que ce même public savait qu’il manquait de respect à une très grande artiste? Ou était-ce normal pour ce genre de spectacle? »

 

6. Petite plante deviendra monstre, Émilie Rivard et François Samson-Dunlop (Bayard Canada)

« Je ne sais pas si madame Germaine a utilisé une voiture de course, des chaussures à réaction ou une catapulte pour nous rejoindre si rapidement, mais j’ai à peine le temps de remettre les pieds au gymnase qu’elle est déjà là. Elle regarde le vendeur de pouche-pouche d’un œil mauvais. Puis elle dit à la directrice : — Je m’occupe de tout, vous pouvez retourner travailler. Ma voisine observe alors Céline comme s’il s’agissait d’un petit chaton tout mignon. —Comme tu es parfaite, toi! Tu seras très bien chez moi, tu verras. Elle se met ensuite à chanter un air de Céline Dion, son idole. Ma créature couche sa drôle de tête sur l’épaule de madame Germaine. Entre elles, c’est l’amour fou! »

 

7. Monsieur Mousteille, Julien Corriveau (L’Homme)

« Mishel Mousteille est né en Mauricie, pas trop loin de Charlemagne, la ville de naissance de Céline Dion. Ses parents, qui n’étaient pas Adhémar et Thérèse Dion, constatèrent assez tôt sa remarquable absence de talent pour le chant. Ses frères et sœurs, qui ne s’appellent pas Claudette, Linda, Daniel, Liette, Clément, Louise, Michel, Ghislaine, Paul, Jacques, Pauline, Manon ou Denise, partagent eux aussi un grand dédain pour la musique. D’ailleurs son frère, qui ne s’appelle pas Michel, n’a pas envoyé un enregistrement de sa première chanson à René Angelil, qui n’a pas hypothéqué sa maison pour financer les premiers albums de Mishel, qui, je vous le rappelle, n’avait pas le talent de Céline Dion. »

 

8. Comme la fois où, collectif (VLB éditeur)

« j’ignorais comment agir pour réconforter Gérald, qui avait la frousse du grand trépas. Puis, dans un filet de voix, il m’a fait LA demande : — Chante-moi donc On ne change pas de Céline Dion. Ça m’aiderait à partir tout doucement. — J’imagine que tu n’as pas la force de me niaiser aujourd’hui, mon Gérald… — … — Je t’avertis, je connais les paroles, mais je chante mal. J’ai chanté On ne change pas d’un trait. J’ai chanté de la gorge, du ventre, du cœur et du corps, la chair tremblante, les poils dressés sur les bras. J’ai chanté, chanté, chanté comme jamais, avec l’assurance d’une cantatrice. Ce jour-là, dans la chambre aux murs verts du grand Gerry-pipi qui ne pesait plus que 120 livres, j’étais Céline Dion. L’homme s’en est allé tout doucement. »

 

9. Le blues des sacrifiés, Richard Ste-Marie (Alire)

« Oui. Imaginez combien vaudrait une prise, un take de Céline Dion qui foire… — Ça se peut pas! » dit Lortie. Tout le monde éclata de rire sauf Lortie, offusqué de la réaction des autres. « Céline, répondit Collard avec bienveillance, si bonne qu’elle soit, ne doit pas enregistrer tous ses disques en un seul take. Et très probablement, elle enregistre la voix toute seule en studio une fois que tout le reste est en boîte sur le tape. — Les musiciens sont pas là! s’indigna Lortie. — Non. Un disque, c’est pas un concert. Un concert, c’est live, c’est vivant, c’est dans l’instant. Le public bouge autour de vous, la sono n’est pas toujours parfaite où vous êtes placé dans la salle ou dans un parc au grand air. Un disque, c’est la perfection. Tout est balancé, repris et repris. Plusieurs mois de travail, des fois, pour un disque avec douze pièces musicales. Imaginez, quand même! Céline Dion qui enregistre et qui dit : « Stop! On recommence! » Les collectionneurs de Céline ne se feraient pas prier. »

 

10. Les pieds sur terre : carnets, 2004-2007, André Major (Boréal)

« Jeudi midi, invité à l’émission télé de Marie-France Bazzo, l’ex-premier ministre Landry choisissait comme “photo de la semaine” celle de Céline Dion annonçant son retour au Québec avec la ferme intention de chanter des textes que voudraient bien lui écrire ses dames de cœur – Janette Bertrand, Lise Payette, Denise Bombardier et Marie Laberge – qui n’incarnent ni plus ni moins que l’âme et le souffle de la culture québécoise. Le choix de cette photo allait de soi, selon M. Landry, si l’on tient compte du fait que “notre Céline a amené à la poésie plus de gens que Baudelaire”, performance qui force l’admiration. En plus d’être une entreprise plus florissante que toutes les PME de la Beauce, Céline serait le plus beau fleuron de notre culture. Jamais l’esprit du Québec inc. ne s’était exprimé avec un tel lyrisme. »

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