On va se le dire, on est tous ravis lorsque le nom d’un auteur ou d’une autrice d’ici apparaît sur la sélection d’un prix littéraire prestigieux… et ça se produit de plus en plus régulièrement. Est-ce à dire qu’il se passe quelque chose?

Ces jours-ci ont en effet été riches en belles surprises. Après la nomination de Kevin Lambert sur le Goncourt, on apprenait celle d’Éric Chacour sur le Renaudot, le Femina, ainsi que sur le prix Coiffard. N’est-ce pas merveilleux? De surcroît, ce sont des auteurs qui en sont à leurs débuts dans le métier. Si Kevin Lambert en est à son troisième roman, Éric Chacour en est à son premier, ce qui laisse présager de joyeuses possibilités. Serait-ce arrivé il y a seulement dix ans? Sans doute pas. Qu’est-ce qui explique cet engouement soudain? Pourquoi maintenant?

La réponse la plus évidente est que ce sont des livres magnifiques, qui présentent une histoire avec un angle original et/ou différent, écrits avec une délicatesse unique et qui témoignent d’un réel talent. Dans Ce que je sais de toi, Éric Chacour offre le portrait plein de sensibilité d’un homme déchiré entre les convenances propres à sa culture et son envie de vivre une existence qu’il a à peine imaginée. Tout récemment lauréat du prix Première Plume, aussi en lice pour le prix Samantha de la Librairie L’étagère en plus du Renaudot et du Femina, Éric Chacour disait, dans une entrevue qu’il nous a accordée au printemps dernier, à propos de ce sentiment propre à la personne qui a immigré : « Vient l’âge où l’on comprend que la richesse se cache souvent dans ce qui nous distingue des autres, explique-t-il. Parce qu’elles doivent nous aider à grandir, les identités sont au service des individus. C’est l’inverse qui devient un danger. » Quant à Kevin Lambert, dont le roman Que notre joie demeure est non seulement dans la sélection du Goncourt, mais aussi sur celle du prix Décembre et celle du prix Blù Jean-Marc Roberts, il propose un regard lucide et confrontant sur l’embourgeoisement et sur l’éviction lente et sans appel de ceux qui n’ont pas de voix, ni d’argent, pour se faire entendre. Thomas Dupont-Buist, de la Librairie Gallimard, en a dit ceci : « … Grand roman social, Que notre joie demeure dépeint avec une grande acuité le microcosme des ultra-privilégiés, celui des milliards engrangés et des demeures tertiaires. Loin de la caricature et avec une minutie toute proustienne, Lambert expose les règles qui ne se confirment que par l’exception qui nous arrange, les amendements à la morale quand elle doit s’étendre sur nos proches. » Des textes forts, donc, aux voix originales, qui reflètent sans aucun doute les préoccupations actuelles de bien des gens. D’où l’universalité de ces livres qui ont su se tailler une place ailleurs.

Bien sûr, d’autres avant eux ont pavé la voie. On pense à Antonine Maillet (Goncourt), à Marie-Claire Blais (Médicis, entre autres), à Michel Tremblay (prix Prince-Pierre-de-Monaco et Grand Prix de la francophonie de l’Académie française) et à Dominique Fortier (Renaudot), notamment. D’autres prix littéraires, tels que le prix France-Québec et le prix Quais du Polar, ont permis également de mettre en lumière des plumes québécoises telles que celles de Marie Hélène Poitras, de Christian Guay-Poliquin, de Michel Jean, de Tristan Malavoy, d’Andrée A. Michaud et de Roxanne Bouchard.

On ne saurait passer sous silence le travail de fond que fait Québec Édition, un comité de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) qui se consacre au rayonnement international de l’édition québécoise et franco-canadienne. Ainsi, avec le soutien de Québec Édition, des éditeurs participent aux foires et aux salons du livre de partout dans le monde, et se créent des réseaux propices aux échanges. Les éditeurs contribuent aussi à la diffusion à l’international, ayant souvent en poste une personne qui se consacre à cet aspect du boulot, ce qui permet, entre autres, de mettre des livres québécois dans les mains d’autres éditeurs, mais aussi dans celles d’autres libraires.

Quoi qu’il en soit, ces sélections à l’étranger témoignent de la vigueur de la littérature d’ici et aussi, de notre ouverture sur le monde, puisque nos textes reflètent des réalités partagées ailleurs. On souhaite vraiment que nos auteurs remportent la palme… mais si ce n’est pas le cas, ne soyons pas trop déçus : se retrouver sur ces sélections est en soi exceptionnel. Ne boudons pas notre plaisir!

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