La reconstruction : voilà le thème de votre roman. Et votre héroïne se reconstruit avec un bel aplomb. La scène où son égoïste conjoint la met à la porte est savoureuse, notamment parce que Dolorès ne s’apitoie pas sur elle-même. Parlez-nous de l’écriture de cette scène.
La scène de la rupture, comme la plupart des scènes d’ailleurs, a été écrite plusieurs fois. Dans ce cas précis, une fois du point de vue de Dolorès, une deuxième fois du point de vue de Franck et une troisième fois du point de vue de leurs fils, même s’ils sont absents de cette scène. Ainsi, même si au point de vue de la narration il n’y a pas de relais, dans l’écriture, il y a plusieurs couches. Il y a Franck qui agit sans trop prendre ses responsabilités parce qu’il ne sait tout simplement pas quoi faire et il y a Dolorès qui s’enflamme et décide que c’est le point de non-retour… et il y a leurs garçons qui, s’ils avaient vu la scène, auraient trouvé les agissements de leurs parents plutôt… stupides.
Votre premier roman, La courte année de Rivière-Longue, se déroulait à Rivière-Longue, un village aux frontières bien peu poreuses. Dans Une chance qu’on s’aime, on plonge à nouveau dans un lieu peuplé de villageois forts en personnalité. Qu’est-ce qui anime l’écrivaine en vous dans le choix de positionner vos romans en milieu rural plutôt qu’urbain?
La ruralité m’offre le cadre que je connais le mieux et aussi, pour moi, le village, c’est le symbole de la communauté, alors que la ville serait plutôt celui de la solitude. C’est bien personnel comme perception. J’ai écrit un roman (non publié) qui se passe en ville et justement, c’est sur la solitude et l’individualité. Mais je préfère nettement écrire sur la collectivité et l’altérité. Il y a aussi que je trouve qu’on représente souvent la campagne soit en l’idéalisant, soit en la diabolisant. J’essaie de la faire sortir de ces clichés. Fondamentalement, j’aime beaucoup la campagne avec ses gens et sa nature si proche qui nous rappelle qu’on est bien petits. Elle est très belle dans son authenticité.
Est-ce que ce fut pour vous un défi de rendre attachante Dolorès, ce personnage imparfait (et ô combien crédible!) qui se fait malmener par la vie?
Dolorès, c’est comme ma fille. Elle est arrivée comme ça un jour et elle a grandi avec moi. Elle s’est écrite elle-même. Je pense que si elle est attachante, c’est justement parce qu’elle est vraie et dans cette franchise, elle nous révèle des parts de sa vulnérabilité et ne nous cache pas ses faiblesses. On commence à s’attacher à une personne quand on la sent vraie et qu’on voit paraître cette petite faille d’imperfection. Il faut dire aussi que Dolorès est drôle dans ses travers et pas mal créative dans ses manières de se mettre dans le trouble. Elle fait tout avec l’énergie du désespoir! Je me sens bien humble face à elle, car comme je dis, elle s’est écrite elle-même et m’a souvent surprise.
Photo : © Sylviane Robini
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