Sortez vos bottes d’exploration et votre brosse de paléontologue et partez à la rencontre des dinosaures! Grâce à la littérature scientifique, vous pouvez visiter l’époque du Trias confortablement installé sur votre sofa et revivre en un clin d’œil une ère vieille de 200 millions d’années. Entre le concret des squelettes découverts et le travail d’imagination nécessaire pour visualiser la forme d’un dinosaure, il y a l’aventure brute et la quête de connaissance. La paléontologie vulgarisée est une véritable offrande pour les curieux que nous sommes, et ce, peu importe le genre littéraire investi. Ouvrir un livre sur un tel sujet accroît considérablement notre fascination envers la planète Terre. Voici quatre ouvrages, pour tous les âges, qui abordent à leur manière ces mondes perdus, dont les oiseaux demeurent les dignes représentants actuels.
Quelles créatures vivaient au Québec avant la présence humaine? Le professeur Patrick Couture et l’illustrateur en vulgarisation scientifique Martin PM nous les présentent en six tomes dans La préhistoire du Québec (Fides, 2021). Tirée de l’essai éponyme de Couture conçu initialement pour un public adulte, cette dernière version raconte avec concision la grande épopée des origines. Pendant le Jurassique, le Québec accueillait une immense forêt chaude et humide et abritait plusieurs spécimens : un dinosaure herbivore appelé l’anchisaure, mais également des reptiles volants de toutes tailles nommés ptérosaures. L’auteur nous rappelle que, du poisson au reptile, les êtres vertébrés se sont développés pour finalement être capables de se déplacer sur leurs pattes arrière et ultimement aboutir aux dinosaures. En évoluant constamment, les bêtes sont devenues énormes, comme le stégosaure, qui mesurait jusqu’à neuf mètres de longueur, ou l’allosaure, qui pouvait atteindre treize mètres de longueur. On y apprend également que c’est dans les roches du Québec que les chercheurs ont découvert les traces de vie les plus anciennes du monde. Pas besoin d’aller bien loin pour espérer trouver sous sa pelle des os spéciaux!
La maestria poétique a son mot à dire en ce qui concerne les Dinosauria! Avec son recueil Tricératopcanon (Ta Mère, 2023), Baron Marc-André Lévesque imagine Montréal, comme « toute la surface du globe », prise d’assaut par les créatures venues du passé. Les pachycéphalosaures défoncent les plafonds avec leur tête en couronne de cornes; les ptérodactyles scrutent les Terriens du haut des bâtiments et rendent envieuses les petites mouettes; les vélociraptors dégustent les animaux domestiques en collation et les diplodocus jouent au rouleau compresseur dans les champs avoisinants. En complémentant ses textes de notes de bas de page, le poète livre une seconde lecture offrant quelques fantaisies sur les différents dinosaures… avant que ces immenses visiteurs disparaissent subitement du paysage. Était-ce un rêve ou plutôt une « douceur-fantôme »? Peu importe, tant que cela demeure un bon souvenir! L’auteur a du talent pour s’approprier diverses thématiques, il a un ton comique unique et bourré d’intelligence qui se révèle à chaque publication.
Au tour de la bande dessinée de traiter de ce grand thème. Marion Montaigne a un don certain pour simplifier et expliquer les sujets savants. Avec Nos mondes perdus (Dargaud, 2024), elle raconte la naissance de la paléontologie en mettant l’accent sur les ratés de l’histoire et les bévues scientifiques. Dépoussiérer un squelette millénaire est certes impressionnant, mais tenter ensuite de figurer la morphologie de la bête en question relève du casse-tête anatomique. C’est un travail d’imagination monstre qui, grâce aux illustrateurs, a pu aboutir aux physiologies que nous connaissons aujourd’hui. Montaigne réussit à moderniser son sujet en y intégrant des références à la culture populaire et montre par exemple les raccourcis cinématographiques de Jurassic Park. Elle met également de l’avant des chercheuses comme Mary Anning, dont les trouvailles lui ont été injustement volées pour être exposées ailleurs et sous un autre nom. Difficile de ne pas postillonner de rire sur chacune des pages de cette bande dessinée autant impressionnante qu’un Diplodocus et aussi mordante qu’une dent de T-rex.
Le bédéiste Mazan a tenté à son tour l’aventure paléontologique dans un roman graphique exaltant. Les dinosaures du paradis (Futuropolis, 2024) est une œuvre autobiographique richement détaillée, où le néophyte suit un groupe de paléontologues aguerris d’Angeac-Charente jusqu’aux confins du Laos. Mazan embarque le lecteur dans une excitante expédition et explique chacune des étapes d’une fouille géologique. Il énumère les outils de travail, s’incruste sous la tente et décortique des fossiles de toutes formes. Couche par couche, on découvre avec son équipe le squelette d’une nouvelle espèce de dinosaure baptisée Ichthyovenator laosensis. L’entraide et la passion chez ces chercheurs demeurent le mot d’ordre, et la patience est la meilleure vertu pour prospecter efficacement. De plus, c’est un voyage ethnologique puisque Mazan part à la rencontre des Katangs, les habitants de la jungle laotienne. Cette mission inachevée laisse présager un second volume à cette aventure et fait du bédéiste un vrai paléoartiste!
Ce panorama francophone montre à quel point notre fascination pour ces disparus reste intacte. La trace des dinosaures est indélébile, non seulement dans la roche, mais aussi dans la culture.
Illustration tirée du livre Les dinosaures du paradis (Futuropolis) : © Mazan




















