Fuir et revenir
Prajwal Parajuly (trad. Benoîte Dauvergne), 10/18, 378 p., 15,95$
Comédie de mœurs envoûtante et dépaysante, Fuir et revenir nous entraîne au cœur de l’Himalaya indien, plus précisément à Gangtok, entre le Bhoutan, le Népal et le Tibet. À l’occasion des 84 ans de Chitralekha, ses petits-enfants, vivant tous ailleurs sur la planète, reviennent à Gangtok pour célébrer cet anniversaire traditionnellement important. Mais ils sont tous terrifiés : leur vie actuelle ne correspond en rien aux attentes de la société indienne, à la hiérarchie des castes qui devait être respectée, au désir de leur grand-mère… Cacheront-ils leur identité réelle? L’assumeront-ils? Et cette servante qui semble bien proche de la grand-mère, pourquoi met-elle son grain de sel? Une réunion de famille colorée, qui sonde les libertés individuelles au regard des traditions, qui parle à la fois de sociopolitique et d’intime, à la fois de famille et de religion.
L’infinie comédie
David Foster Wallace (trad. Francis Kerline et Charles Recoursé), Points, 1486 p., 24,95$
Véritable roman culte américain, publié en 1996, traduit pour la première fois en français en 2016 et finalement paru cette année en poche, L’infinie comédie est, pour plusieurs, une œuvre fondatrice. Dans un futur proche où le Mexique, les États-Unis et le Canada sont unis et où la société des loisirs et de l’ultraconsumérisme triomphe, Foster Wallace joue avec brio les thématiques de la famille et de la dépendance pour interroger, parfois de façon loufoque, mais toujours ô combien intelligente, notre rapport au divertissement. L’infinie comédie, qui donne son nom au roman, est une vidéo qui, une fois regardée, devient une addiction mortelle. On pourra sourciller ou en rigoler : Foster Wallace a imaginé de dangereux séparatistes québécois qui traquent une famille américaine pour, justement, mettre la main sur cette vidéo!
Le bateau de fortune
Olivier de Solminihac et Stéphane Poulin, Sarbacane, 32 p., 12,50$
Découvrir des albums jeunesse d’une si grande beauté à si petit prix, c’est réellement une aubaine. Ici, le duo qui a fait à moult reprises ses preuves revient avec le trio animalier qu’on retrouve dans Les mûres et La rivière : un ours, un renard et une chèvre. Les trois amis partent à la plage mais, surprise, ils ont oublié leurs pelles et leurs maillots. Loin de s’ennuyer, ils trouveront de quoi s’occuper et profiter de ce que la nature et leur imagination ont à leur offrir. Les peintures à l’huile qu’offre Stéphane Poulin pour illustrer cette douce histoire sont empreintes de la chaleur des après-midi d’été et parviennent à nous faire ressentir le vent qui se glisse dans le pelage des personnages. Douce brise littéraire!
Celle qui brûle
Paula Hawkins (trad. Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner), Pocket, 412 p., 15,95$
Paula Hawkins, l’auteure derrière les romans La fille du train et Au fond de l’eau, poursuit dans la même veine en proposant un nouveau thriller haletant. Dans un canal londonien, un jeune homme est assassiné sur la péniche qu’il habitait depuis peu. Trois femmes meurtries dans l’entourage de la victime, qui ne se connaissent pas, ont chacune vécu une injustice qui les consume, et qui pourrait les avoir poussées à la vengeance. Il y a sa voisine qui a découvert son corps; sa tante, en froid avec la famille; et une jeune femme instable et paumée qui avait passé la nuit avec lui avant sa mort et qui s’avère la suspecte idéale étant donné ses impulsions et ses accès de colère. Les soupçons pourraient d’ailleurs se tourner vers cette dernière… Mais sous la plume de Hawkins, il ne faut pas se fier aux apparences.
L’anomalie
Hervé Le Tellier, Folio, 416 p., 17,25$
Couronné par le Goncourt 2020, ce roman signé par un membre actif de l’Oulipo joue avec les secrets d’autrui, principalement ceux d’un père de famille tueur à gages, d’une vedette nigériane prise dans les filets du mensonge pour cacher son homosexualité, d’une fillette inséparable de sa grenouille, et de bien d’autres… Dans ce roman à la mécanique bien huilée, Le Tellier met en scène de multiples personnages, s’amusant à associer à chacun d’eux un genre littéraire et à le traiter avec les codes en découlant. Mais c’est aussi le roman de l’affrontement entre « double » : car il est surtout question d’un avion, qui s’est posé deux fois avec les mêmes passagers à bord, mais à 106 jours d’intervalle… « Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »
Dans la splendeur de la nuit
Dany Laferrière, Points, 144 p., 21,95$
Dans cet inédit, son cinquième roman dessiné et écrit à la main, Dany Laferrière sonde les couleurs et les beautés de la nuit en Haïti au gré de déambulations et de rêveries nocturnes. « Dany Laferrière invente le “réalisme merveilleux poétique”, nous livre les saveurs de l’enfance, toutes les nuances de la nuit, avec la figure majestueuse et mystérieuse du célèbre poète chinois Li Po », selon Alain Mabanckou, qui dirige la collection « Points Poésie ». Dans cette œuvre où « la nuit [est] plus vaste que la mer », lit-on, et où il fait bon errer, les pérégrinations du poète nous entraînent dans les origines de ses inspirations poétiques et de son univers créatif.
Liens de sang
Bernard Chapais, Boréal, 368 p., 17,95$
« Le livre est érudit, redessine les frontières entre de nombreuses disciplines et ouvre des perspectives nouvelles, notamment sur les origines des sociétés humaines et même sur ce qui nous fait spécifiquement humains » : c’est Normand Baillargeon, qui, entre nos pages, disait ceci de cet essai lors de sa parution en grand format. Ainsi encourageait-il le lecteur à mettre les efforts nécessaires pour plonger dans cet ouvrage interdisciplinaire signé par un primatologue et anthropologue de formation qui ne se contente pas d’étudier les primates, mais d’appliquer ce qu’il y découvre à l’espèce humaine. D’abord publié en anglais, cet ouvrage (ici bonifié en français) a été récompensé par la médaille W. W. Howells de l’American Anthropological Association. C’est qu’il y est démontré qu’en étudiant les comportements des primates, on peut comprendre bien des choses sur l’humain, dont les origines biologiques de la parenté, le système de reproduction et la socialité.
Tromper Martine
Stéphane Dompierre, Québec Amérique, 232 p., 14,95$
Tromper Martine clôt la trilogie amorcée avec Un petit pas pour l’homme et Mal élevé (ce dernier titre paraît également en format de poche). Alors qu’il est maintenant en couple, comblé et père, Nicolas a tout pour être heureux. Pourtant, au tournant de la quarantaine, il se sent dériver… Délaissant son travail, sa femme et ses enfants le temps d’une pause, Nicolas s’autorise une période de liberté pour deux mois, sur les conseils de son médecin. Il fait des rencontres, voyage, erre et aide des amis qui comme lui ne vont pas si bien, mais tentent de ne rien laisser paraître. Avec son humour grinçant et son regard acéré, Stéphane Dompierre sonde les relations amoureuses et la société contemporaine, ses contradictions et ses travers. En librairie le 1er novembre




















