Les traditions étant immuables, les lauréats des prix Goncourt et Renaudot ont été annoncés après le tout aussi traditionnel repas des membres des jurys au mythique restaurant chez Drouant.

Ainsi, Kamel Daoud remporte le prix Goncourt pour Houris, publié chez Gallimard. Le prix Renaudot a quant à lui été remis à Gaël Faye, pour Jacaranda, publié chez Grasset. Le Renaudot essai a été décerné à Sébastien Lapaque pour Échec et mat au paradis, publié chez Actes Sud.

Un prix qui possède une saveur particulière pour Kamel Daoud, puisque son roman n’est pas bien vu des autorités algériennes, évoquant un passé lourd complètement occulté là-bas. Journaliste et anciennement rédacteur en chef en Algérie, Kamel Daoud s’est souvent insurgé contre le pouvoir en place. La fiction lui permet aujourd’hui d’exprimer une réalité sans compromis. L’auteur vit d’ailleurs dorénavant en France, afin d’être libre de ses mots et d’assurer sa sécurité. Houris porte la voix d’une femme mutilée, enceinte, et qui souhaiterait avorter ne voyant aucun avenir pour sa fille, à qui elle s’adresse.

Gaël Faye, auteur-compositeur-interprète et rappeur franco-rwandais, s’est d’abord fait connaître en littérature avec Petit pays, qui avait également remporté un vif succès et reçu le Goncourt des lycéens. Avec Jacaranda, il plonge dans les conséquences du génocide, dans cet héritage lourd qui pèse sur plus d’une génération. Par le truchement de son jeune Milan, qui décide d’aller au Rwanda puiser dans ses racines, lui qui n’y a jamais vécu, on traverse toute l’histoire de ce pays marqué par le drame. Né au Burundi d’une survivante du génocide, Gaël Faye a lui-même fui son pays pour la France.

Des lauréats, donc, qui offrent une voix à celles qu’on entend moins. Ce sont des livres qui dénoncent et racontent le monde, un monde certes en difficulté, aux prises avec des réalités terribles, qu’il est impératif de nommer afin d’en prendre acte.

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