Le 27 novembre dernier, alors que le Salon du livre de Montréal venait tout juste de se déployer, le poète, slameur et éditeur Jean-Sébastien Larouche a posé un geste fatal. En 2009, il avait fondé avec le poète Carl Bessette les Éditions de l’Écrou, pour lesquelles ils avaient décidé de ne pas bénéficier de subventions gouvernementales, choisissant surtout de laisser la poésie exister autrement. Connu pour son flair et son envie de faire entendre des voix différentes, Jean-Sébastien Larouche a contribué à l’émergence de nouveaux talents. C’est grâce aux Éditions de l’Écrou qu’on a pu découvrir les mots de Marjolaine Beauchamp, de Shawn Cotton, de Daphné B., de Maude Veilleux ou de Baron Marc-André Lévesque. Larouche et Bessette ont été contraints de fermer boutique en 2021, à bout de souffle. En effet, les deux hommes cumulaient chacun un emploi de quarante heures en plus des tâches éditoriales. Jean-Sébastien Larouche était chef malteur à la Canada Malting.
Jean-Sébastien Larouche a remporté en 2007 le Grand Slam national de poésie et a représenté le Québec l’année suivante à la Coupe du monde de slam-poésie de France. Il écrivait surtout pour la scène, et ses slams, scandés avec rage et passion, avaient un rythme unique, très incarné. Il a également publié plusieurs livres, dont les trois premiers ont été publiés chez les défuntes éditions Lanctôt, Le pawn shop de l’enfer (1997), Rose et rasoir (1998) et Dacnomanie (2000), pour lequel il a été finaliste pour le prix Émile-Nelligan. Des longueurs dans le Styx, son dernier recueil, a été publié en 2018 à l’Écrou.
Dans un geste tout aussi désespéré, Mélilot de Repentigny a mis fin à ses jours le 9 décembre dernier. Iel avait remporté plus tôt en novembre le prix Jovette-Bernier, en marge du Salon du livre de Rimouski, pour son premier roman Nommer le vivant, paru chez Leméac.
Rose Lévesque, de la Librairie l’Alphabet, en a dit ceci : « Mélilot nous présente son tout premier livre et c’est un coup de cœur instantané! Iel aborde la santé mentale sous un angle de douleur, de douceur, de mélancolie des beaux jours, mais aussi d’un espoir de jours meilleurs. Myrique, le personnage principal du roman, nous parle de ses passages obligés à l’hôpital, de son attachement à la flore et de la beauté de celle-ci, des gens qu’iel rencontre tout au long de ses visites. Nommer le vivant décrit les étapes difficiles du parcours vers la guérison, mais aussi ses aspects plus doux. Il évoque les bienfaits d’aller chercher de l’aide et l’importance de prendre le temps d’apprécier les petites choses de la vie et la nature qui nous entoure. »
Enfin, la poète, dramaturge et nouvelliste Louise Cotnoir est décédée le 2 décembre dernier, à l’âge de 75 ans. Féministe engagée, elle produit avec Louise Dupré la pièce Si Cendrillon pouvait mourir, issue d’un collectif de quinze femmes, pour laquelle elle remportera le prix Alfred-Desrochers en 1994. Ce même prix qu’elle a reçu neuf ans plus tôt pour Les rendez-vous par correspondance et qu’elle recevra neuf ans plus tard pour son livre Carnet américain. Plus récemment, elle a publié aux Éditions du Noroît en 2016 Vanessa Bell : Sœur de Virginia Woolf, en 2017 le roman Le frère d’Antigone, chez Druide et en 2018, elle a participé au collectif La théorie, un dimanche, publié chez Remue-ménage.
Récemment, le Fonds d’archives de Louise Cotnoir et de son époux, le poète, romancier et essayiste Hugues Corriveau, a été confié au Service des bibliothèques et archives de l’Université de Sherbrooke. Le tout comporte une multitude d’œuvres et de correspondances, notamment avec Anne-Marie Alonzo et Louky Bersianik, témoignant du dynamisme littéraire du couple.
Nos sincères condoléances aux familles et aux proches de ces trois personnes qui, chacune à leur façon, ont contribué à la richesse de la littérature d’ici.



















