Parce que des auteurs et des autrices ont choisi d’exprimer par l’écriture leur vision de la vie, une fable, une fiction ou une opinion différente et contraire à ce qui est communément admis, elles et ils ont mis leur tête à prix, ont été jetés en prison ou forcés à l’exil. Voici un aperçu de ces courageuses voix qui persistent malgré tout.

Au moment d’écrire ces lignes, Salman Rushdie se remet de ses blessures, lui qui a été sauvagement poignardé vendredi dernier alors qu’il s’apprêtait à donner une conférence. Bien qu’on ne puisse présumer des motivations de son agresseur, tout laisse croire que ses mots, écrits il y a plus de trente ans, dérangent encore. Les versets sataniques, ce livre qui lui a valu une fatwa, est considéré comme blasphématoire envers l’islam. À lui seul, le livre est une véritable saga. Son traducteur japonais, Hitoshi Igarashi, est assassiné en 1991; le traducteur italien, lui, survit. Son éditeur norvégien échappe de peu à une tentative de meurtre tandis que son traducteur turc survit à un incendie, provoqué par des islamistes radicaux, qui fait de nombreuses victimes.

Exilé depuis à Berlin, l’auteur chinois Liao Yiwu a été emprisonné en 1990 à cause de son long poème Massacre, consacré aux événements de la place Tiananmen. Après quatre années d’humiliations et de tortures, il est enfin libéré. Tout de suite, il se met à la rédaction de son témoignage, qu’il a dû réécrire trois fois. À chacune de ses tentatives, la police débarquait chez lui en détruisant tout sur son passage. Lorsqu’on le menace d’emprisonnement pour au moins dix ans s’il publie son livre, il s’enfuit. Liao Yiwu a finalement publié Dans l’empire des ténèbres en 2014 en français.

En Turquie, la journaliste, autrice et militante pour les droits de la personne Asli Erdogan a été incarcérée quatre mois et libérée en attendant son procès pour lequel elle risque la prison à perpétuité. On l’accuse de soutenir la minorité kurde, et donc d’appartenir à un groupe terroriste en plus de porter atteinte à l’intégrité de l’État. Lorsqu’on lui accorde le droit de quitter le pays afin de recevoir un prix, elle ne revient pas et s’exile en Allemagne. En 2020, un tribunal d’Istanbul l’acquitte, mais en 2021 cet acquittement est annulé. Le silence même n’est plus à toi est un recueil de quelques-unes des chroniques qui lui ont valu la prison. En Turquie toujours, Ahmet Altan préfère la prison à l’exil. Libéré au printemps 2021 après plus de quatre ans de prison, il sait que sa liberté est en sursis. On l’a accusé entre autres d’avoir participé au putsch raté de juillet 2016. Journaliste et rédacteur en chef du quotidien Taraf, Ahmet Altan a écrit trois livres durant son incarcération dont Je ne reverrai plus le monde, qui témoigne de son séjour et de ses réflexions, avec toujours en toile de fond un profond humanisme.

Connaissez-vous l’initiative Livres comme l’air? Chapeautée par Amnistie internationale, cette initiative a pour but de dénoncer « la répression et la censure en sensibilisant le grand public et les autorités gouvernementales aux persécutions dont sont victimes des écrivaines et des écrivains à travers le monde ». Des auteurs québécois – et de partout à travers le monde – sont ainsi jumelés à des auteurs ou des journalistes, emprisonnés pour leurs mots, afin de leur montrer leur soutien et pour défendre la liberté d’expression.

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