Qimmik est bouleversant et choquant. Suivre la vie nomade d’un couple de jeunes Inuit avec leurs chiens bien-aimés pour ensuite assister au sort incompréhensible et cruel de ces bêtes par les Blancs nous laisse sans voix. Les Inuit respectaient leurs chiens et vice versa. En parallèle, une avocate prometteuse doit défendre un Inuk soupçonné d’avoir assassiné deux policiers de la SQ à la retraite. Comme le présumé meurtrier reste silencieux, les questions demeurent. Pourquoi aurait-il tué ces anciens policiers? Quel lien avec l’ignominie du geste posé envers les meilleurs amis de ses frères et sœurs de sang? Un récit qui informe autant qu’il touche et trouble.
Numéro 141
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
Hexa
Thalie se sent à l’étroit dans la Cité emmurée. La moindre liberté doit être méritée et le climat est de plus en plus oppressant. Quand son père lui obtient un stage à l’extérieur sous le prétexte de reboiser les forêts du Nord avec sa mère, elle n’hésite pas longtemps. Dans la forêt, Hexa lutte pour sa survie et pour celle de l’enfant qu’elle porte illégalement. Nous découvrons ainsi au fil des pages des hommes et des femmes qui apprennent à vivre avec la Nature plutôt qu’à ses dépens. Gabrielle Filteau-Chiba aborde des thèmes très actuels et met en évidence comment nos sociétés exploitent par la même logique le corps des femmes et l’environnement. Elle nous montre surtout que ces forces naturelles ne sont pas prêtes à se laisser faire.
Camouflé dans la chair
Camouflé dans la chair est le troisième roman de Mathieu Leroux. Construit en deux parties, il relate la descente aux enfers du personnage et la réappropriation de son corps qui s’ensuit; comme dans son livre, Mathieu Leroux a perdu l’usage de son corps à la suite d’une pneumonie asymptomatique. Pendant plusieurs semaines, il est resté paralysé, dans un lit d’hôpital, ne pouvant communiquer que par le clignement de ses yeux. On découvre donc son quotidien, ses progrès et les liens qu’il crée avec ceux qui sont à son chevet. Des liens intimes et identiques que l’on retrouve dans la deuxième partie du récit, lors de sa découverte d’un sauna à Amsterdam, quelques années après sa paralysie. Ce roman, c’est la magnifique histoire d’un avant et d’un après, celle de la redécouverte d’un corps qu’on a pensé perdu.
Je parlerai des amélanchiers de Saint-Maxime-du-Mont-Louis
Un groupe d’amis loue une maison dans un village gaspésien. Ils vivent au rythme des semences, des plantations et des récoltes. Au gré des saisons et des floraisons apparaissent quelques nuages… Une propriétaire narcissique, des souris dans les murs, des amours blessés, des boutures avortées. Au fil de la lecture, le temps semble ralentir. La prose sensible et précise de l’auteur nous ramène au lien indéfectible qui nous unit à la nature, aux gestes et émotions qui composent chaque jour. On parcourt ce magnifique livre comme un journal, de fragment en fragment, une tasse de camomille à la main.
Un lac le matin
Louis Hamelin nous transporte ici dans l’univers d’Henry David Thoreau, un auteur pour qui on lui sent tout de suite beaucoup d’affection. Pour ajouter une touche personnelle à cette histoire déjà bien connue, Hamelin imagine dans ce roman une amitié naissante entre Thoreau et un jeune coureur des bois canadien-français du nom d’Alex. L’écriture est également très proche de celle du célèbre auteur américain : la nature est omniprésente et le style est souvent contemplatif. Les amateurs de Walden se sentiront immédiatement chez eux!
Kanatuut
J’ai beaucoup aimé le mélange de modernité et de culture autochtone ancestrale de ce recueil. Ancrées dans le présent et ouvertes sur le monde (Nouvelle-Zélande, Hawaii, etc.), les nouvelles de Kanatuut mettent en relief divers aspects du monde autochtone (l’attachement au territoire et aux animaux, l’importance du rêve, etc.). Aussi, elles transmettent très bien le déchirement des Autochtones face à leur situation actuelle. À elle seule, la nouvelle « Refaire le chemin à l’envers » illustre à la perfection les pertes subies par les Autochtones et leur désir de retrouver leur identité. J’ai relu plusieurs fois le cri du cœur du carcajou Kuekuatsheu tellement il m’a ému. À lire absolument si la question vous intéresse!
Appartenir
Fort de cinq recueils de poésie, Hector Ruiz nous revient avec Appartenir, l’image même de la maîtrise du mot juste. Parfois par poème, et d’autres fois par lettre, le poète se dévoile avec timidité, mais aussi une grande franchise qui rend le tout très sensible. « Dans une taverne, avec les habitués, nous discutons de la nécessiter de faire bouger les âmes. » En plus, il y a du soccer, que demander de plus?
La dernière cassette : Un portrait d’André Brassard
Voici une pièce qui fera date dans l’histoire de la dramaturgie québécoise. Olivier Choinière a littéralement ressuscité son mentor André Brassard pour nous offrir un éblouissant chant du cygne d’autant plus émouvant qu’il doit s’élever d’un quotidien sordide, diminué et dépouillé de la sublimation à laquelle le célèbre metteur en scène s’était entièrement dévoué jusqu’à s’en brûler les ailes. Devenu une parodie de lui-même de laquelle il se joue à la façon du clown triste, Brassard qui-tutoie-la-mort tâche de se souvenir de Brassard à-qui-la-vie-sourit. L’idée vient de la pièce de Beckett, La dernière bande, mais Choinière l’exploite génialement en faisant réécouter les enregistrements du jeune Brassard à celui de la fin.
Les détournements
Rien qu’à voir sa couverture, on sait qu’avec ce livre, on s’embarque dans quelque chose qui va nous brasser… et on n’y manque pas. En plongeant dans les détournements de Marie Demers, inévitablement, on plonge un peu en soi-même. Par le talent qu’elle a à manipuler les mots et par l’authenticité de ce qu’elle nous livre, l’auteure nous transporte, nous fait réfléchir sur ce qui nous entoure. Quelques éléments derrière le processus de l’ouvrage ont été débattus dans les dernières semaines… mais, à mon avis, ce qu’on ne peut remettre en question est la qualité de l’écriture qui nous est offerte. Loin d’être linéaires, l’histoire et les souvenirs s’entremêlent avec une fluidité captivante. Les images qui se dégagent des mots sont fortes, tout comme les émotions qu’elles suscitent.
Monumentaux, illuminés
Monumentaux, illuminés est une œuvre qui s’ancre parfaitement dans l’imaginaire culturel, historique et littéraire québécois. Son auteur, Laurent Lussier, raconte les parcours superposés de cinq jeunes visionnaires québécois.es du XXe siècle, qui rêvent tous et toutes de mener le projet architectural révolutionnaire qui entraînera enfin le Québec et son territoire unique vers sa destinée. C’est parmi les projets aussi loufoques qu’ingénieux de la descendance des Gérin-Lajoie, des Cinq-Mars, des Crête, des Godin et des Bibeau que Lussier nous présente une véritable leçon historique, un imaginaire des possibles de notre univers québécois, tout en s’appuyant sur des références historiques et littéraires culturellement signifiantes.
Selfies : Autoportraits d’enfants du siècle
Que diriez-vous d’une visite dans un musée où chaque œuvre puise son éclat dans un questionnement qui refuse d’être timoré dans son miroitement? C’est dans ce contexte que Kiev Renaud se transforme en commissaire d’exposition, réunissant ces trente reflets fragmentaires souhaitant plus que jamais redéfinir l’autoportrait littéraire. Le résultat est un collectif qui donne le goût de prendre l’avion à répétition et de se lancer dans les airs chaque fois dans le seul but d’utiliser ces textes uniques comme des parachutes, de se laisser flotter par leurs différentes sensibilités. Angoisses, souvenirs, complexes et expérimentations; les réflexions à l’œuvre derrière ces selfies, on y pense tous les jours, et pas juste en se brossant les dents!
Les instants suspendus
Comme nul autre, Delerm saisit l’essence des choses. Généralement, la lenteur, la beauté, la lumière, la chaleur, les textures, le temps. Ici, les soupers à l’étranger, le décor magistral à la sortie d’un tunnel en train, les vieux souliers emplis de nostalgie, les minutes avant l’amour… Autant de collections de moments précieux et complices, figés dans le temps, prêts à être savourés. Car Delerm ne se contente pas d’encapsuler l’émerveillement, de le semer et de le préserver. Plutôt, il fait voir, donne et invite à la découverte. Le bonheur est un grand cru qui se partage, et l’ivresse des rendez-vous nous réchauffe les joues. C’est ça, ces instants suspendus. Chaque fois, l’impression de retrouver Delerm comme un copain de longue date.
Eden
Aller à la rencontre de cette auteure, c’est découvrir des personnages attachants, simples et imparfaits, mais remplis d’une bienveillance qui nous réconforte grandement. Nous refermons chacun de ses livres apaisés, un peu à regret de quitter un ami ou une amie. Dans Eden, Alba, linguiste et correctrice de renommée, voyage beaucoup et s’interroge sur son empreinte carbone. Sur un coup de tête, elle achète un terrain aride en campagne dans le but d’y planter des milliers d’arbres. Côtoyant petit à petit les gens du village, elle réinvente sa vie qui prendra une tournure pleine d’humanité. Tout en douceur, comme dans un de ses romans précédents, Rosa candida.
Petit monde
Quelle histoire dérangeante et intrigante… La jeune Loly grandit dans une secte en Autriche avec sa mère. L’enfant voit cette dernière de moins en moins, car elle a été rétrogradée. Une hiérarchie arbitraire classe les membres suivant Kong, le gourou — « artiste » — égocentrique. Tous font des courbettes pour satisfaire le maître et monter en grade, alors que les enfants sont traités de manière odieuse et cruelle, sous l’aveuglement volontaire des « parents ». Georgia Doll dépeint une certaine réalité incompréhensible pour la majorité d’entre nous avec une plume crue et un regard sans filtre sur la perception des enfants du seul monde qu’ils aient connu.
Le roman de Jeanne et Nathan
Grand livre sur la mégalomanie et les dépendances de notre époque, Le roman de Jeanne et Nathan éviscère sans gants blancs l’existence de deux jeunes adultes en perdition. L’une, actrice pornographique qui désire interpréter les grands mythes grecs dans son plus simple appareil; l’autre, cinéaste raté et recyclé en professeur d’université. Leur désespoir finira par se rencontrer et fusionner jusqu’au syndrome de descente! Dans ce premier roman puissant et fichtrement intelligent, Clément Camar-Mercier ne ménage pas son lecteur et décrit sans fard les travers et obsessions grotesques de l’humain du XXIe siècle. La sexualité à outrance, l’addiction à la drogue et à sa propre image, tout ça est brillamment entremêlé et nous pète au visage. Pour les fans de Despentes, mais aussi de théâtre élisabéthain, car Camar-Mercier traduit Shakespeare et s’en inspire depuis maintenant dix ans!
Le portrait de mariage
1561. Voilà un an que Lucrèce, fille de Cosme de Médicis, a été forcée d’épouser à l’âge de 15 ans Alfonso, duc de Ferrare. Son époux vient de l’amener dans une forteresse isolée où la jeune duchesse est persuadée qu’il veut la tuer, lui dont elle a découvert les facettes peu reluisantes depuis leur union, vouée uniquement, elle le comprend, à lui assurer une descendance. Aux événements en cours s’intègrent des retours en arrière dévoilant la vie de Lucrèce au palazzo de son père à Florence. On y découvre une enfant sensible et douée pour les arts, fort différente du reste de sa fratrie, mais formée à l’obéissance pour son plus grand malheur. Un roman prenant, tant par l’écriture magique de l’autrice que par le récit de cette vie tragique.
Voix Éclairs Tonnerres
12 janvier 2010. Un séisme d’une violence inimaginable détruit Port-au-Prince. Des centaines de milliers d’Haïtiens perdent la vie, des millions d’autres en ressortent traumatisés à jamais. La force de l’inoubliable roman choral que consacre Myriam Chancy à ce désastre, c’est de rendre tangibles toutes sortes de tragédies personnelles qui en découlent, au moyen d’une dizaine de chapitres consacrés à autant de personnages tous reliés entre eux dans la vie d’avant. De la folie d’une mère qui a vu ses enfants périr sous les décombres aux viols de femmes dans les camps de réfugiés, en passant par l’inextinguible courage d’une vieille vendeuse de rue, l’autrice nous émeut d’une façon rarement vue. Ce livre a reçu l’American Book Award 2022.
Les conditions idéales
Pour une personne issue de l’aide sociale à l’enfance, les conditions pour un épanouissement idéal sont rarement réunies. Quand Skander, un jeune Algérien de 10 ans, doit changer une seconde fois de foyer d’accueil, le gouffre insécurisant que provoque l’abandon s’agrandit. D’abord bon élève et curieux de nature, il voit sa personnalité se transformer auprès de sa nouvelle tutrice, madame Khadija. Elle l’initiera à certains rituels religieux, le trimballera dans ses tribulations marocaines et contaminera de manière significative sa relation à l’argent. Roman initiatique et autobiographique, cette histoire montre la longue route aux détours imparfaits de ces enfances en carence d’espoir et condamnées par le déterminisme social. Déjà lauréat du prix Envoyé par La Poste 2023 et finaliste pour les prix Goncourt et Renaudot, Mokhtar Amoudi fait son entrée en littérature par la grande porte!
Les aiguilles d’or
Ce livre au petit format de Michael McDowell est d’une densité incroyable. Que ce soit dû aux personnages les plus colorés les uns que les autres ou bien aux événements qui défilent sans attendre la fin du précédent, il est très difficile de laisser tomber ce roman. Nous ne sommes pas dans le réalisme magique comme dans la série Blackwater, mais plutôt dans un réalisme pur et dur, du genre Les misérables, mais mélangé avec un film de gangsters. Un livre à lire quand vous ne voulez pas voir passer votre journée.
À mon frère
Elle est bizarre et a une tendance odieuse : elle idolâtre son frère chez qui elle squatte malgré ses revenus réguliers d’employée de bureau de poste, un job qu’elle déteste. Elle déteste beaucoup de choses et beaucoup de monde, il faut dire… surtout les nombreuses « possibelles » de son si séduisant frère, prétendantes au titre de petite amie officielle. Elle leur met de pervers bâtons dans les roues, autant qu’elle pourrit la vie de son propre amoureux, absolument transi. Bref, elle (on ne connaît pas son prénom et ce n’est pas grave) est pénible à souhait. Une anti-héroïne que l’on ne peut s’empêcher de trouver drôle et à laquelle on s’attache, avec son mal-être, sa lucidité empreinte de cynisme, ses idées lubriques et ses obsessions plus ou moins saines. Il y a du génie chez E. L. Karhu, par ailleurs dramaturge renommée en Finlande, qui signe un premier roman flamboyant, brillamment traduit par Claire Saint-Germain. Vous n’avez jamais rien lu de pareil, on peut vous l’assurer.
L’amour
Ah, l’amour! Les feux d’artifice, la passion… Mais est-ce seulement ça? Dans ce très court roman, François Bégaudeau raconte l’histoire d’amour sans feux d’artifice ni passion de Jeanne et de Jacques, et pourtant, on est ému.es et attendri.es. Cet amour qui se déploie dans le quotidien et la routine à travers les enfants, la maladie et l’évolution de la société et qui survit malgré tout. Malgré les défauts, les manies, les petits irritants et les pas de travers. L’auteur parvient à rendre crédible cette histoire d’amour qui dure cinquante ans — jusqu’à ce que la mort les sépare — en quelque 90 pages, dans une écriture caractérisée bien sûr par une économie de mots particulièrement redoutable. Un livre si court et si beau que l’on a envie de le relire sitôt terminé.
Ségurant : Le chevalier au dragon
Plus jeune, j’ai lu Le Cycle du Graal de Jean Markale, qui racontait la ligne la plus complète des histoires arthuriennes et des chevaliers de la Table ronde. Les notes de bas de page nous instruisaient des différentes variantes qui existent autour de ces récits. Quelle ne fut pas ma surprise de voir apparaître un chevalier, oublié de tous, reprendre vie grâce au médiéviste Emanuele Arioli! Ses recherches ont tranquillement fait surgir des archives et des musées ce très gourmand et invincible jouteur dénommé Ségurant. Curieusement, sa quête de prouver qu’il est le meilleur chevalier du monde le poussera à suivre un dragon imaginaire et, ironiquement, fera en sorte qu’il sera oublié de ses contemporains. Pour les passionnés du genre!
Slammed (t. 1) : Sans regret
C’est une romance qui raconte l’histoire de Laken, une femme de 18 ans, qui déménage subitement à la suite d’un drame familial. Son nouveau et mystérieux voisin, Will, aura une grande influence sur sa vie. Mais impossible d’en dévoiler davantage sans gâcher votre plaisir de lecture! Heureusement, la suite est déjà disponible; vous trouverez d’ailleurs ce voisin comme narrateur dans le second et avant-dernier tome. C’est un roman qui fait du bien, une histoire de coup de foudre comme on les aime. J’ai adoré les insertions de poésie, elles apportent beaucoup d’originalité et un rythme différent au texte en plus de venir confirmer la profondeur des sentiments des personnages. Vous tomberez sous le charme de la première série qui a fait connaître Colleen Hoover!
Histoire de mon corps bref
Billy-Ray Belcourt, originaire de la nation crie Driftpile, est assurément un auteur à part. À part puisque sa radicalité, son audace et son inventivité littéraires sont arrimées à son propos : savoir se réinventer, en tant qu’Autochtone et personne queer, en dehors de la violence des normes identitaires et sexuelles, et surtout, en dehors de la brutalité de l’héritage colonial. Son nouveau livre traduit en français épouse d’abord la forme autobiographique, mais emprunte aussi les codes de la poésie et de l’essai avec une originalité qui lui est propre. En son centre, on y retrouve les thèmes de l’intimité, de l’identité, du racisme et de la colonisation dans toute leur complexité. Lire Belcourt, et particulièrement ce livre, c’est accepter de ressentir la douleur en même temps que la joie. C’est aussi un cri de ralliement pour un avenir plus doux et bienveillant.
Les lettres attachées : Textes et réflexions
Dans ce recueil de textes, David Goudreault n’a pas peur de se commettre en traitant de sujets variés tels que la maladie mentale, l’alcoolisme et la solitude de nos aînés. Il utilise un langage cru, franc, honnête et sans compromis. Il emploie des mots percutants, mais ô combien éloquents! Mais aussi, et surtout, il nous touche, nous émeut et nous atteint droit au cœur. Dans un cas comme dans l’autre, il suscite en nous une certaine réflexion. Voici donc quinze textes que l’auteur a livrés à l’émission Bonsoir bonsoir! Vous aurez donc le plaisir de les retrouver ou le privilège de les découvrir dans ce livre que je considère comme un bijou de la littérature québécoise.
Porter plainte
Dans ce livre, Léa Clermont-Dion se tourne vers la littérature pour faire le récit du processus judiciaire dans lequel elle s’est engagée en 2017 et qui a trouvé son dénouement en 2021. À 17 ans, la jeune femme est agressée sexuellement par son patron et mentor de l’époque. Des années plus tard, le mouvement #MeToo et la volonté de se départir de la honte la convainquent de prendre la parole sur les réseaux sociaux, pour aboutir à une plainte officielle plus tard. Après des années à devoir mesurer chacun de ses mots afin qu’aucun d’entre eux ne se retourne contre elle dans les médias, l’autrice fait enfin son histoire sienne, dans ses propres mots, dans ses bas et dans ses hauts. L’écriture de l’autrice, sa sensibilité aiguisée et le choix judicieux des événements racontés participent à transformer le ressentiment des victimes en quelque chose comme… de l’espoir.
Les mots du Q : Manifeste joyeux des sexualités
La collection « Dire c’est agir » des éditions Le Robert donne la parole à ceux et celles qui bousculent les idées reçues et offrent un nouveau sens à la langue. Rien n’est plus vrai que dans ce premier titre consacré à la sexualité. Camille Aumont-Carnel choisit de traiter le sujet avec joie et humour, de décomplexer le vocabulaire, de bien nommer les choses telles qu’elles sont et, surtout, de réfléchir aux biais que ces mots induisent. Parce que les mots ont un poids, une portée, et qu’ils véhiculent bien plus que quelques lettres; parce que même banalisés, ils agissent sur l’inconscient. Un livre à proposer à tous, aux jeunes comme aux aînés, afin d’ouvrir la discussion, de faire éclater les tabous et les non-dits dans l’espoir de mieux se comprendre.
Au square Gardette
Rober Racine propose la biographie de son amitié avec le compositeur Claude Vivier, assassiné en 1983 par Pascal Dolzan, un homme de 20 ans qu’il avait ramené à son appartement du square Gardette. Claude Vivier, doté d’un patronyme doublement vivant, a influencé le parcours de Rober Racine, bien avant leur première rencontre en personne en 1978. L’auteur se questionne sur les liens entre la créativité et le meurtre, allant jusqu’à écrire qu’une seule lettre différencie les mots création et crémation, ce qui fait frissonner. Il se lance à la recherche du meurtrier, un être insaisissable qui a plus de points en commun avec Claude Vivier qu’on pourrait le croire. Une lecture troublante, documentée, impossible à mettre de côté, qui met en valeur les œuvres de Racine et de Vivier.
Chambres fortes
Onze auteurices écrivent sur leur rapport à l’œuvre et aux thèmes développés dans l’essai Une chambre à soi de Virginia Woolf, dont la version originale est parue en 1929. Près de 100 ans plus tard, force est de constater que tous et toutes n’ont pas accès à un lieu pour écrire et à de l’argent pour pourvoir à leurs besoins physiologiques et psychologiques. Les textes prennent des formes variées, parfois loin des œuvres publiées antérieurement par ces auteurices, allant de l’essai à la poésie, les plus surprenants étant les adresses à Virginia Woolf. Les thèmes de la confiance, du silence et du temps sont récurrents. Impossible de lire ces textes et de ne pas ressentir une irrésistible envie de créer et de posséder un lieu à l’épreuve des éléments.
Errances
Errances est à la fois un livre d’art et de poésie où les auteurices illustrent de mystérieuses images. Le tout est précédé d’une savante introduction de l’artiste, expliquant l’histoire de ce langage pictographique propre aux oubliés, aux effacés. Suzanne Cloutier a voulu mettre en avant des signes qui apparaissent sur les murs des villes : ces symboles sont des messages que se laissent entre eux les nomades et itinérants, pour indiquer un endroit dangereux, un voisinage agressif, ou bien, à l’inverse, où ils peuvent espérer trouver un bon accueil, une soupe chaude, un endroit où dormir sans danger. Une humanité des interstices se dessine dans ces signes. C’est beau et émouvant.
La mémoire délavée
L’autrice de Tropique de la violence, roman qui lui a valu pas moins de treize prix littéraires en 2016, consacre son plus récent ouvrage à sa famille. En s’éloignant de la fiction, Nathacha Appanah révèle des pans de l’histoire familiale marquée par la migration de ses ancêtres. Originaire d’Inde, son trisaïeul est débarqué à l’île Maurice avec des centaines d’autres coolies, ces salariés venus prendre la relève des esclaves sur les plantations de l’île au XIXe siècle. Ce déracinement teintera la vie des descendants, en leur inculquant traditions, croyances et superstitions. Bien sûr, on lit La mémoire délavée pour en apprendre plus sur l’île Maurice et pour découvrir les attendrissants ancêtres de l’autrice. Mais c’est grâce à l’écriture pudique et tout en finesse de Nathacha Appanah que l’on savoure ce récit.
Pasta party
J’ai offert ce livre sans prétention à un vieux garçon de ma connaissance reconnu pour manger principalement du tout-fait. À ma grande surprise, il s’est mis à cuisiner du jour au lendemain. Il a apprécié la simplicité des recettes (qui ne comptent jamais plus de six ingrédients, pâtes incluses) et les photographies de chacun des ingrédients (parfaites pour être certain d’acheter la bonne chose). Après quelques recettes, il a saisi le principe et a commencé à développer ses propres plats (dont un macaroni aux moules, pesto et mozzarella qui le rend assez fier). À acheter si vous connaissez quelqu’un qui aime bien manger, mais qui n’a pas envie de faire toutes les allées de l’épicerie trois fois pour un seul repas!
Le mari de nuit : Expériences du deuil et pratiques funéraires
C’est le genre de livre que j’affectionne. C’est très personnel tout en ayant un côté documentaire riche et passionnant. C’est peut-être une catharsis pour l’auteure, car Jennifer Kerner s’adresse régulièrement à celui qu’elle a aimé à l’âge de 18 ans, mais qui a perdu la vie de façon précoce et dramatique. C’est toutefois cette épreuve qui fera d’elle une spécialiste de la mort et du deuil dans l’histoire humaine. Elle nous amène avec elle un peu partout autour du monde afin d’assister à différentes pratiques funéraires plus ou moins étranges, nous offrant ainsi une réflexion sur le rapport au deuil en Occident. Il fallait pas mal de courage pour témoigner d’une épreuve si personnelle et j’espère que ça lui aura permis de faire la paix avec cette perte.
La Méditerranée et l’Atlantique
La colonisation de l’Amérique a été le sujet de nombreux livres. Par contre, très peu sont ceux qui, comme le fait avec maestria Nicolas Faelli, abordent la question de la colonisation européenne sous l’angle de la connaissance et de l’utilisation des sources littéraires de la Grèce antique dans les écrits des penseurs français et anglais des XVIIe et XVIIIe siècles. Faelli montre que les Anglais poussèrent la réflexion sur le concept de colonie plus loin que leurs homologues français avec, entre autres, la notion du Commonwealth. Cet écrit captivant révèle également comment au XVIIIe siècle les auteurs grecs anciens comme Thucydide et Platon s’immiscèrent, bien involontairement, dans les affaires politiques du plus grand empire et dans celles de ses treize colonies, bientôt indépendantes. De Mézeray à Jefferson en passant par Hobbes, un parcours unique dans la pensée colonialiste de grands littéraires.
Album de famille : La grande histoire de nos ancêtres
Des milliers d’années avant la domination des homo sapiens sur cette planète, nous partagions le globe avec d’autres hominidés qui ont disparu à différentes époques. Appuyé par le travail de deux reconstitutionnistes, l’auteur nous présente ces lointains cousins, la découverte de leurs ossements et les hypothèses sur leur décès et leur mode de vie. Je serai toujours friand d’en savoir davantage sur ceux qui nous ont précédés et ont plus ou moins défini ce que nous sommes aujourd’hui. Pourquoi ont-ils disparu avec le temps? À quel point partageons-nous leur patrimoine génétique? À quoi ressemblaient-ils? Ce livre est un voyage passionnant et riche qui nous fournit quelques réponses, mais nous fait poser encore moult questions.
La revanche
Drame dans la petite ville de Pori en Finlande : un attentat meurtrier vient de survenir dans un bar que fréquentent des membres de la communauté LGBTQ+. L’enquête est confiée aux inspecteurs Jari Paloviita et Henrik Oksman. Pour ce dernier, l’affaire revêt une dimension personnelle puisqu’il a quitté cette boîte de nuit une heure à peine avant l’explosion, en compagnie d’un homme rencontré sur place… Comment mener à bien son enquête sans dévoiler cette facette de lui-même qu’il a jusque-là réussi à cacher à ses collègues? L’auteur ramène son duo de policiers qui nous avaient époustouflés dans Le serment. On attend avec impatience la traduction du troisième tome de cette palpitante série qui n’hésite pas à explorer les zones d’ombre de chacun…
Le pont des tempêtes (t. 2) : La reine traîtresse
Avec ce deuxième tome, on quitte le confort nouvellement apprivoisé d’Ithicana pour retourner là où tout a commencé pour Lara. Cette fois-ci, c’est Aren qui subit la colère de Silas. Le roi de Maridrina le garde captif dans le but d’inspirer un retour au bercail de sa fille, la traîtresse. En tant que lecteur, on se retrouve dans un tout autre état d’esprit que dans le premier livre. Un vent de fraîcheur (et d’angoisse) nous invite à tourner les pages le plus vite possible pour connaître le sort de nos protagonistes. Cette fois-ci aidée de quelques-unes de ses sœurs, Lara pourra-t-elle secourir son mari et gagner la confiance de son bien-aimé à nouveau? Ensemble ou non, pourront-ils sauver leur royaume?
Le poids des années
Dans Le poids des années, Guillaume Morrissette nous entraîne dans une enquête à Shawinigan où un ancien professeur est retrouvé mort dans un bois. J’ai adoré suivre la procédure avec les policiers, c’est passionnant du début à la fin de les voir retracer ce qui est arrivé à la victime. Même si l’on sait assez tôt dans le roman ce qui s’est réellement passé, le livre reste accrocheur jusqu’à la dernière page. C’est intéressant de savoir pourquoi le meurtrier a commis cet acte et comment il s’y est pris. J’aimerais bien lire une suite, mettant en scène d’autres investigations de Gary Demers, l’enquêteur principal! Un roman policier à ne pas manquer, car si vous êtes fan d’enquêtes comme je le suis, vous aimerez celle-ci.
La mer de la tranquillité
Je ne lis que très rarement de la science-fiction, mais comment résister à un nouveau roman de l’autrice de Station Eleven? Dans un avenir pas si lointain où l’humain a colonisé la Lune, Gaspery-Jacques enquête sur une brèche temporelle. Se téléportant entre les années 1912, 2020 et 2203, Gaspery rencontre des êtres qui changeront sa perception du monde et remettront en question la pertinence de sa mission. Mais un électron libre dans un élément si fragile et fondamental que le temps peut-il le rester? La mer de la tranquillité n’est pas qu’une autre histoire de voyage dans le temps, c’est un roman d’une grande poésie qui nous porte à réfléchir sur l’art, la solitude, la compassion et ce qui nous rend humains.
Ariane
Connaissez-vous le mythe du Minotaure? Celui dans lequel Thésée, un jeune héros doit affronter la bête et sortir du labyrinthe sain et sauf? Redécouvrez ici cette histoire, mais sous le point de vue d’Ariane, cette jeune femme sans laquelle Thésée n’aurait jamais réussi sa mission. Qu’a-t-elle accompli derrière les rideaux et que lui est-il arrivé après Thésée? Ce roman fantastique nous plonge droit au cœur de la mythologie grecque. La plume de Jennifer Saint nous fait vivre toutes les émotions d’Ariane et de sa sœur Phèdre tout en dépeignant avec précision la culture de la Grèce antique. Vous serez assurément charmé par cette tragédie frappante. Cette lecture offre également une réflexion très pertinente sur le pouvoir et la popularité.
Récits du Vieux Royaume. Le chevalier aux épines (t. 2) : Le conte de l’assassin
Les adeptes des Récits du Vieux-Royaume reconnaîtront sans mal le narrateur légendaire aux chicots dorés qui effectue ici un retour pour le moins malaisé. Le grand merdier n’est pas près de se clarifier, d’autant que le sbire du sénateur Ducatore est forcé de s’y mêler après avoir vomi ses tripes en cadence avec les galériens. C’est que s’étant fait Grand argentier de Ciudalia, il doit se rendre au duché de Bromael avec la précieuse cagnotte de son Machiavel et qui fait office de dot pour le moins généreuse. Stylistiquement, c’est un retour à ce à quoi Jaworski nous a habitués, soit un savant mélange d’argot de fond de taverne, de descriptions virtuoses saupoudrées d’archaïsmes érudits et de personnages à la moralité plus que douteuse.
Déshonneur au Camp 133 : Une enquête du sergent Neumann
Il a de quoi surprendre, ce récit de Wayne Arthurson, au milieu de l’Ouest canadien, en pleine Seconde Guerre mondiale, d’un soldat allemand enquêtant sur la mort d’un autre soldat allemand. Nous sommes en décembre 1944. L’Allemagne va perdre. Ils sont plusieurs à l’admettre dans ce camp de prisonniers, dans une petite ville allemande de plus de 20 000 habitants, en Alberta. On s’enrichit en se préparant à l’après-guerre, en commerçant avec les geôliers canadiens, quitte à éliminer ceux qui s’interposent à ce trafic. Une situation intolérable pour le sergent Neumann, un vétéran de l’Afrika Korps, un dur à cuire, chargé du contrôle de la sécurité et pour qui c’est un déshonneur pour tout soldat allemand de pactiser avec l’ennemi. Incorruptible, il se dresse comme un Elliot Ness face à cette bande de malfrats, prêt à toutes les audaces, y compris celle de s’échapper du camp, pour mettre un terme à ces méfaits. Que veut dire, en ces temps-là, être un bon Allemand? nous interroge Arthurson.
Le cumulus machinus
Quelle chance pour Ovide! Alors qu’arrive le jour de son examen de mathématiques, l’école est fermée. Trente centimètres de neige collante bloquent les rues! Il y a de quoi oublier les multiplications et sauter dans ses habits de neige. Fou de joie, Ovide se fabrique une grosse fusée interstellaire. C’est là que ça se complique. Cette fusée l’entraînera malgré lui dans une aventure incroyable que seul le jeune lecteur peut comprendre, car les parents, ça manque d’imagination! Impossible de les convaincre de ce qu’il a réellement vécu. Pour prolonger le plaisir, suffit de télécharger l’application Artivive pour voir le livre s’animer. Génial! Dès 7 ans.
Héros malgré lui
L’auteur Frédérick Wolfe nous offre ici une pépite d’imagination. Quel serait l’affront ultime pour le fils d’un auteur? Devenir le personnage principal du nouveau roman de son père, bien sûr! Ce scénario loufoque nous entraîne dans une tirade entre un père auteur et son fils qui refuse catégoriquement d’être un personnage principal. Le narrateur devra forcer l’adolescent à agir pour faire avancer l’histoire. Oubliez le quatrième mur et les conventions d’écriture, ce roman met tout ça de côté pour nous offrir l’aventure la plus rocambolesque et la plus absurde possible. Dès 9 ans.
Cuisines du monde
Qu’il est magnifique et grandiose, ce documentaire jeunesse! On parcourt une multitude de pays et de cultures par le biais de fascinantes anecdotes historiques issues des traditions culinaires du monde. Ainsi, on en apprend sur le soja, les dattes, les noix du Brésil, le manioc, le sel, le riz et aussi, le contexte dans lequel ils sont utilisés. Du Pérou à l’Éthiopie, du Japon au Vietnam, en passant par la Norvège et l’Indonésie, c’est tout un monde de saveurs à imaginer, à goûter, à cuisiner. Enrichi par des recettes de quelques-uns des repas traditionnels des pays concernés ainsi que d’une frise chronologique, ce livre aux superbes illustrations ouvrira l’appétit autant que l’esprit et comblera la curiosité des enfants comme de leurs parents. Dès 8 ans.
La goutte perdue
Un album à la fois limpide et poétique sur le cycle de l’eau et la quête de soi, est-ce que ça se peut? Oui. C’est le tour de force réussi par Grégoire Laforce, auteur originaire de Gatineau, et Benjamin Flouw, illustrateur français dont le crayon est magique. On suit le parcours de Flo, une petite goutte qui tombe du ciel, arrivant pour la première fois sur la Terre. D’abord inquiète, incertaine de ce qu’elle doit faire et où se rendre, Flo gagne peu à peu en sérénité, lâche prise et décide de tout simplement suivre… le cours de l’eau. C’est captivant, doux et instructif, grâce au talent de vulgarisation de Grégoire Laforce, dont c’est pourtant le premier album. Au final, on en sort comme Flo : apaisé. Formidable à lire juste avant le coucher des petits. Dès 4 ans.
Le fil d’Alphée
En quittant sa famille pour une année, Alphée confie à sa sœur un trésor : un ensemble de broderie pour l’accompagner dans le passage des jours, un fil rouge qui se délie sur chacune des pages. Grandir près d’un phare, une vie remplie d’aventures, mais aussi de solitude, rythmée par les saisons et les va-et-vient de ses habitants. C’est à cette vie que les autrices rendent hommage ici. L’univers de l’artiste Dominique Leroux, entre illustrations, collages et photos aux couleurs apaisantes, s’allie à la jolie plume de Marie-Andrée Arsenault pour nous offrir cet album enchanteur, poétique et tout en délicatesse, véritable hymne à la vie insulaire des Îles-de-la-Madeleine. Dès 6 ans.
L’héritier trahi
Ce roman se déroulant dans l’univers de Terrafae, bien connu des amateurs de la trilogie à succès d’Holly Black Le Peuple de l’air, nous amène quelques années après la finale du roman La Reine sans royaume. Contrairement à la trilogie originale, les personnages principaux ne sont pas Cardan et Jude, mais bien Wren, un nouveau personnage, et Chêne, qui est maintenant plus âgé et qui retient bien de Cardan! En lisant ce roman, vous aurez l’impression de redécouvrir l’univers de Terrafae dans toute sa splendeur. Vous tomberez sous le charme de Wren et de son histoire, ainsi que de sa relation avec Chêne qui rappelle celle de nos protagonistes du genre fantastique favoris! À lire absolument! Dès 12 ans.
La maison des morts (t. 1) : La forgeuse d’os
Wren est une Valkyr, une guerrière ayant le pouvoir de se débarrasser des fantômes qui restent accrochés à la terre. Le jour de son épreuve d’initiation, tout se retourne contre elle, décevant ainsi sa famille. Elle se fait alors transférer au mur, près de la Faille dans laquelle se trouvent les pires non-morts : revenants et spectres. Elle devra donc s’allier avec un ennemi improbable pour tenter de regagner sa valeur. Ce roman d’ambiance plutôt sombre m’a plu au plus haut point. Wren a un caractère très impulsif et direct, en plus d’avoir tendance à se mettre dans des situations délicates. Au fil de l’histoire, elle réalisera que l’insouciance peut parfois être son plus grand ennemi. Suivez la jeune fille dans cette aventure macabre. Dès 14 ans.
Le manoir Hillcrest
La collection « Noire » de la courte échelle est ma préférée du côté de la littérature jeunesse d’horreur. Le manoir Hillcrest contient tous les éléments pour en faire un de ses meilleurs titres : jeunes personnages débrouillards, monde postapocalyptique rappelant Walking Dead, manoir effrayant et chercheurs fous, pour n’en nommer que quelques-uns. Par ailleurs, l’écriture à la fois gothique et moderne de Sandra Dussault sied parfaitement à ce type d’histoire. Les illustrations de Martin Côté rappellent (à ma grande joie!) les sombres images de Gustave Doré. Autre chose que je ne saurais expliquer : l’étrange satisfaction que j’éprouve à lire un texte écrit et illustré en blanc sur fond noir. Bref, un excellent livre pour les amateurs d’horreur! Dès 9 ans.
La fille de la reine sirène
Dans le premier livre de la trilogie de La fille du roi pirate, Alosa était retenue captive par le redoutable pirate Raiden et son équipage. Ils étaient à la recherche des morceaux d’une mythique carte aux trésors et ne comptaient pas laisser notre héroïne s’interposer. Dans cette suite, c’est maintenant Alosa qui l’a en sa possession, et elle n’a pas l’intention de se laisser avoir par ses nombreux ennemis. On obtient de nombreuses réponses, mais de nouvelles questions surviennent également. La fille du roi pirate se bat toujours pour savoir d’où elle vient, mais surtout pour comprendre la cruauté de son père. Quel sort l’avenir lui réserve-t-il? Dès 14 ans.
Quand Simone s’efface (t. 1) : Double sauvetage
Qui n’a jamais voulu devenir invisible pour sauver le monde? Simone, l’héroïne de ce roman, n’y voit pas que des avantages lorsque son pouvoir s’active sans le vouloir. Par contre, celui-ci lui permettra de réaliser de grandes choses. Alors que le village menace de fermer, ses amis et elle feront tout pour empêcher cette catastrophe. Ils pourront compter sur leur ami Robinson, qui provient d’un monde magique, lequel est malheureusement également menacé par un terrible dictateur. Le pouvoir de Simone lui permettra d’épier l’ennemi de Robinson afin de secourir les deux villages qui sont menacés de disparition. La magie au cœur de ce roman vous transporte dans une grande aventure de sauvetage en compagnie d’enfants débrouillards et d’êtres uniques. Dès 10 ans.
Le nécromanchien
Deux artistes vont se livrer le duel d’une vie à travers leur œuvre respective. L’un est surdoué et opportuniste, l’autre est dévoué et torturé par son intégrité héroïque. Le premier peint des chats splendides et souverainement indifférents, l’autre va enfin trouver son filon le jour où on lui offre un chien. De l’amitié entre ce sympathique canidé et l’idéaliste en panne va jaillir la plus pure des inspirations. Matthias Arégui s’est ici surpassé dans la polyvalence de son style : réclame publicitaire accrocheuse pour ouvrir les chapitres, esthétique près de l’école Cornélius pour l’ensemble, influence occasionnelle du manga pour la composition et le mouvement, et œuvres mises en abyme aux accents impressionnistes.
La fiancée
Dans cette bande dessinée, Éléonore Goldberg adapte librement Le Dibbouk, une pièce de théâtre écrite en 1917 par Shalom Anski à Vilna, et maintes fois reprise depuis. Son histoire raconte la vie de Léa, jeune habitante du village ukrainien aujourd’hui disparu de Brinytze. Enfant d’un père riche influent et d’une mère défunte, elle se voit forcée d’épouser un inconnu en raison de son ambition et de sa fortune. Amoureuse d’un autre soudainement décédé, Léa verra son destin être manipulé par les esprits et les croyances occupant la religion et la culture juive. Les illustrations prenantes de Goldberg nous font vivre une totale immersion dans la culture juive et ukrainienne de l’époque, créant un doux mélange d’espoir et de mélancolie.
Dédé
Dédé est un personnage dont la finalité de sa vie m’a profondément ému. Après quelques biographies et un film, sans parler des documentaires, c’est par la voie de la bande dessinée qu’il reprend forme sous nos yeux. C’est avec un jeu de couleurs, de filigranes, de mises en page saisissantes, que le poète de l’image, Christian Quesnel, nous livre un portrait éblouissant du chanteur. Chaque case est une œuvre d’art. Son accès à des documents inédits et à des sources directes a permis de rendre cet objet unique et émouvant. Je suis ressorti de cette lecture pas mal ébranlé et avec une forte envie d’écouter les albums des Colocs. Un bon premier coup pour la première bande dessinée parue chez Libre Expression!
Passages secrets : Trompe-l’œil
Axelle Lenoir raconte ici le désarroi qu’elle a vécu, enfant, lorsqu’il a bien fallu qu’elle aille à l’école. Teintées d’autodérision autant que d’une lucidité à fleur de peau, les anecdotes dépeintes par l’autrice témoignent de ces moments clés où les enfants perdent leurs repères et doivent se conformer à une certaine idée de la société. Incomprise mais refusant de s’effacer, l’autrice nous plonge dans un univers parallèle où évoluent autour d’elle ses parents extraterrestres, ses frères étranges et cette forêt qui la nargue. Revendiquant haut et fort ses nuances, l’Axelle Lenoir d’aujourd’hui se permet d’apparaître ici et là dans le texte, afin de commenter le passé à la lumière de son présent, donnant du rythme à une BD fraîche et mordante.
Milo & les créatures du grand escalier
Milo et sa famille viennent d’emménager dans une maison vieillotte. À la demande de sa mère, Milo descend au sous-sol récupérer une chaussette appartenant à sa petite sœur. Commence alors une quête qui fera parcourir un monde souterrain énorme à Milo. Au cours de ce périple, il traversera divers environnements, rencontrera des ennemis effrayants et des monstres gentils, élucidera un labyrinthe, et j’en passe. J’ai adoré ce livre pour le style graphique de Ben Hatke, ses couleurs et ses dialogues brefs et efficaces. Toutefois, ce que j’ai préféré est l’impression d’être dans un jeu vidéo du genre Little Nightmares. À lire absolument si vous aimez les histoires un peu effrayantes et les morts-vivants sympathiques. Vivement une suite! Dès 9 ans.
Le fils de Pan
Fabrizio Dori est de retour avec son personnage haut en couleur, le satyre Eustis, perpétuellement aviné et égaré dans le monde des Hommes. Alors qu’il cherche à rejoindre la Cour du dieu Dionysos, la déesse de la lune lui confie le fils de Pan, un jeune dieu sur lequel il devra veiller. Or, Eustis a d’autres chats à fouetter que de s’occuper d’un bambin, divinité ou non! Pendant ce temps, en Italie, Zoé s’occupe de la succession de son père et découvre des carnets où il conte ses aventures avec son ami Eustis, un prétendu demi-dieu… Son père avait-il donc perdu l’esprit? Mêlant mythologie et monde moderne, Le fils de Pan est une pépite de lecture qui nous enchante grâce à la plume léchée, le trait coloré et l’humour absurde de son auteur.
Résister et fleurir
Cette bande dessinée essayistique se base sur un cours offert par Jean-Félix Chénier, enseignant en science politique au Collège de Maisonneuve. Il présente, entre autres, une réflexion sur la dystopie de Ray-Mont Logistiques (activité 24/7 + passage de 1 000 camions et 100 wagons par jour + entreposage de 10 000 conteneurs à moins de 150 mètres des habitations) et l’utopie du Parc-Nature, deux projets qui visent un même secteur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. « Résister et fleurir » est le slogan de la mobilisation citoyenne, seule réelle résistance puisque les élu.es de Montréal font l’objet d’une poursuite de 373 millions de dollars. Les aquarelles de Yoakim Bélanger sont vibrantes, à l’image de l’énergie qui anime les résident.es. Le tout suscite l’envie d’imaginer d’autres façons de vivre.
Botanica drama
Qui connaît l’histoire de la genèse du monde? Le big bang, les astres et tout le tralala. Pour la majorité, c’est quelque chose de bien connu. Et si on vous disait que tous ces astres, depuis leur naissance, vivent une vie bien normale, mélangeant activités et travail au quotidien, est-ce que vous y croiriez? C’est avec cette prémisse loufoque que Thom nous accueille avec humour. On suit l’histoire d’un petit village sur Terre habité par des animaux de tout genre ainsi que par les deux personnages principaux, la Mort et la Vie. La particularité de ce village et, par la bande, de cette BD est l’absence de mots. L’expression clichée disant qu’une image vaut mille mots s’applique à merveille à cet ouvrage qui ne présente aucune bulle de texte, si ce ne sont celles pour les quelques onomatopées. Juste pour la sensibilité et la douceur du récit, il faut « lire » cette œuvre.
Dessine bandé
Êtes-vous prêt.es à vous dilater la rate? C’est ce qui risque fortement d’arriver à la lecture de Dessine bandé, dont le titre à lui seul illustre parfaitement toute l’habilité d’Alex Lévesque (parce que c’était juste là, mais il fallait tout de même y penser). L’efficacité de la série de courts gags repose sur l’imagination sans borne de l’humoriste, lequel parvient à renouveler jeux de mots caustiques et chutes insolites. Une véritable intelligence comique teinte un dessin pourtant simple et des thèmes souvent (très) niaiseux. On y découvre avec délectation des cases bonus en principe accessibles sur Patreon.
Une fille atypique (t. 1)
Une fille atypique était le livre qu’il me fallait pour bien amorcer l’année 2024 et le nouveau chapitre de ma vie. J’assume complètement l’attachement que je porte à ce manga qui encourage scrupuleusement la dualité entre les autistes, dont je fais partie, et les neurotypiques. Seijin Gesui est un mangaka amateur qui passe son quotidien à créer des œuvres et à livrer les journaux le matin avant l’aube, jusqu’à l’arrivée surprise d’une fan du nom de Megumi Saîto. Avec Megumi, on va comprendre une réalité où on opprime l’anormalité dans une société mangée par l’avanie et des manies qui la différencient de l’humain supposément fonctionnel. Si vous prenez le temps de lire l’histoire, vous allez forcément aimer l’introspection dont Seijin fait preuve. Ce manga, bien qu’il ait fait renaître certaines de mes blessures, me donne envie d’être l’idéaliste que j’étais à la maternelle.
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