Ce deuxième roman de Fanny Britt s’articule autour de la relation nouée entre Marion et Adam. À la suite d’un séjour sur l’île touristique de Martha’s Vineyard où Adam frôle la mort dans un accident, la relation jusqu’alors passionnée du couple s’engage sur une pente descendante. À travers le parcours de deux adultes forgés par tous les privilèges sociaux inimaginables — elle, dentiste, lui, chef d’un restaurant chic à succès —, on assiste à leur fuite par le biais d’une narration précise et agile. De l’autre côté, on accède brièvement à l’univers de la jeune Celia, la victime de cet accident, issue pour sa part d’un milieu modeste. Sa force de caractère et sa résilience ne manquent pas de mettre au jour, à la fois magnifiquement et terriblement, l’humain occidental privilégié.
Numéro 122
Libraire d'un jour
[publicité]
Dossier
Entrevues
Articles
Chroniques
Les libraires craquent
Les lois du jour et de la nuit
Dans ce deuxième roman, Emmanuelle Caron nous convie à une étrange cabale. Portée par un joli style classique, l’intrigue fraie son chemin parmi des forêts inquiétantes et des campagnes solitaires. Sordides histoires de famille enterrées avec les moyens du bord, parfums trop capiteux et magie noire se mêlent dans cette quête d’une femme (Marguerite) pour trouver l’indépendance en se libérant de tous ses liens. Il y a quelque chose de l’ambiance, des superstitions et de la magie des sorcières de fond de rang qui font le magnifique Quelqu’un s’approche de Mathieu Riboulet. Beaucoup se joue dans l’atmosphère jusqu’à la grandiose conclusion de la première partie qui donne sur une seconde aux accents résolument conradiens.
Pétrole
À la fin des années 70, sous l’impulsion de plusieurs scientifiques, les pays industrialisés ont failli s’attaquer sérieusement au problème des changements climatiques. La dernière pièce de François Archambault s’inspire librement d’un article de Nathaniel Rich relatant cet épisode peu connu. Alternant habilement entre 1978 et 2018, Pétrole vise à sonder les causes de cet échec et ses conséquences pour la société actuelle. L’intrigue s’organise autour d’un couple de biologistes qui seront amenés par des voies différentes et conflictuelles à participer à une commission gouvernementale sur le climat. Sans manichéisme et avec l’usage de judicieuses métaphores, Archambault cerne la complexité des enjeux et des forces qui, d’hier à aujourd’hui, alimentent la lutte au pétrole ou la paralysent.
Chérie
Quand la narratrice jette son dévolu sur un homme qu’elle sait indisponible, elle est prête à tout pour le séduire, même si le fantôme de son ex flotte encore dans la maison et que son souvenir est encore trop vif. Il est présent partout, pas seulement dans la pièce qui lui est interdite, au sous-sol, et qui renferme les affaires de cette femme impossible à supplanter, dont l’homme refuse de se départir. Comment rivaliser avec un souvenir? En idéalisant cette femme à jamais parfaite? La narratrice tentera par tous les moyens d’en apprendre davantage sur cette ancienne épouse, jusqu’à se perdre un peu dans elle. Un récit intime et convaincant, sur un ton de confidence poétique, mais lucide avec un trait d’humour. On aime!
L’avenir
Dans un Fort Détroit sombre et brûlé d’un avenir rapproché, les communautés se forment à travers l’anarchie régnante. L’arrivée de Gloria, venue habiter la maison de sa fille Judith assassinée, mais surtout, venue retrouver ses deux petites-filles désormais orphelines, bouleverse ces communautés parallèles. Entre le passé laissé en friche et un avenir on ne peut plus incertain, dans une langue aux doux accents de franglais, Gloria trace son chemin. L’avenir suppose un monde où tout est à refaire, à partir de lieux mi-morts, de légumes et d’humanité. Ce quatrième roman de l’autrice — et désormais éditrice chez Alto —, tout aussi habilement mené que ses précédents, vient juste à point en cette saison des incertitudes. Une lecture d’automne à déguster!
Cœur yoyo
C’est sans pudeur et avec beaucoup de sensibilité que cette nouvelle auteure nous livre une partie de son intimité. Sous forme de courts poèmes, Laura Doyle Péan raconte l’expérience de son deuil amoureux et des questionnements qui en découlent. Grâce à ses confidences, à la fois touchantes et directes, la jeune femme crée une proximité avec ses lecteurs. On s’identifie bien à la douleur exprimée dans ses mots et certains se reconnaîtront à travers ces strophes. Composé en cinq parties, ce recueil de poèmes retrace les étapes que la poète a dû traverser pour se relever de cette peine d’amour. Les éditions Mémoire d’encrier ajoutent à leur catalogue une nouvelle auteure qui se veut prometteuse et qui, je l’espère, saura se démarquer dans le monde de la littérature québécoise.
Mélasse
Voici enfin le dernier volet de la trilogie poétique entamée en 2017 (911 et Fuck you). Daniel Leblanc-Poirier conclut dignement son triptyque avec une suite de poèmes où le malaise côtoie l’optimisme, l’étrangeté, le confort, et le désir, l’abandon. Son imagerie dichotomique, aussi improbable que fonctionnelle, et qui en plus est dotée d’une inventivité sans cesse renouvelée, continue de faire mouche, puisant dans le surréalisme une manière d’énoncer les choses dont l’acuité et la justesse nous surprennent, nous émeuvent et nous impressionnent. Sans jamais sombrer dans l’hermétisme, l’écriture de ce poète, déroutante mais accessible, a le chic de réinventer pour nous les roues qui ne tournent plus rond.
Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne
Les lecteurs de Marc-Antoine K. Phaneuf connaissent déjà la prédilection de l’auteur pour les inventaires, collections et autres agglomérations textuelles. Cette fois-ci, son esprit méthodique nous propose le fruit d’une dizaine d’années d’écriture fondée sur l’énonciation d’un nombre effarant de grandes vérités. Divisées en plusieurs catégories allant des corps de métier au monde animal et en passant par les prénoms, les pays ou encore les vedettes, ces sentences teintées d’ironie sont une belle démonstration du bien-fondé de l’adage selon lequel il y a toujours un peu de vrai dans les plus grossiers mensonges. En cristallisant de façon littéraire certains des plus navrants stéréotypes du monde moderne, Phaneuf réussit à faire preuve de finesse dans l’énormité, ce qui est aussi rare que jouissif.
Zone 51
Une jeune femme, riche et un peu désabusée, décide de conduire trois comparses de l’université aux confins des États-Unis. À bord d’une rutilante Jeep, l’équipage hétéroclite égrène les kilomètres et carbure à la bière, à la marijuana et au fast-food. L’Amérique profonde se dévoile peu à peu, avec ses champs de maïs, ses puits de pétrole et ses motels semblant sortir tout droit d’un western. Plus la route défile, plus les démons de chacun refont surface, jusqu’à ce que tout bascule. Oscillant entre tension psychologique et étrangeté, le roman Zone 51 de Christiane Lahaie est fascinant! Jusqu’à la dernière page, nous sommes captivés par ses personnages en quête de mystère, mais surtout de sens, au fur et à mesure que les zones d’ombre émergent.
Souvenir de Night
Au confluent des éditions de Minuit et de Mishima, il y a ce glaçant premier livre. Au rythme des scansions qui épaississent de page en page le mystère des amours à sens unique, le jeune auteur déploie son style aux échos durassiens. On embrasse la ritournelle avec délectation malgré la mélancolie. Dans ce monde de privilège où la cadence est dictée par les aéroports qui défilent aussi vite que les avions qui y transitent, l’anonymat et l’impersonnel fondent la monotonie des jours. La rencontre avec l’énigmatique Night viendra fracasser tout cela. Dès lors s’ouvre une parenthèse dans cette fuite perpétuelle, l’émotion s’entrebâille et c’est assez pour que le passé rejaillisse des tréfonds où on l’avait enseveli dans la hâte du drame.
La ballade de Baby
Le premier roman de Heather O’Neill est enfin traduit au Québec, quatorze ans après sa parution originale. On retrouve avec bonheur son univers singulier : un Montréal glauque peuplé de pères junkies, de proxénètes amoureux de fillettes et d’enfants en perte de repères. On y suit Baby, jeune fille qui tente de trouver son chemin entre les appartements miteux et les séjours en centre d’accueil. Une voix unique, toute en poésie et en déchirures.
Les danseurs étoiles parasitent ton ciel
Avec un titre accrocheur, l’auteure nous transporte dans le quartier Hochelaga où nous ferons la rencontre de l’attachante Prunelle. Tout droit sortie de l’École de ballet, la jeune femme se frappera à une réalité monotone où ses rêves de danseuse étoile fileront sous ses yeux. Elle finira donc par travailler dans un Dairy Queen et fera la rencontre de Javel, une jeune sensible et engagée dans ses causes. À travers ce déséquilibre, Prunelle tentera de ne pas perdre pied en s’imposant ses propres barrières. L’auteure introduit volontairement de grandes vedettes de la danse classique et moderne telles des constellations qui sauront guider le personnage vers sa propre voie. C’est avec simplicité que Jolène Ruest parvient à nous interpeller, à nous émouvoir et à nous faire réfléchir sur les aléas que nous offre la vie.
Une rose seule
Ce court roman est baigné de fleurs, de temples, de jardins, de fables et de saké. Rose se rend au Japon pour la lecture du testament d’un père qu’elle n’a jamais connu. Elle doit suivre un itinéraire qu’il lui a imposé afin de s’imprégner de la culture orientale. Sa colère enfouie depuis des années s’oppose à la douceur de Paul, l’ami fidèle du défunt, qui la dirige d’un temple à l’autre. Qualifiée d’abord de petite emmerdeuse, elle se métamorphose au fil des rencontres. Le respect des gens, les coutumes, la beauté de la nature permettent enfin à son cœur de s’ouvrir comme une rose. Ce livre nous charme, nous invite à la contemplation et au voyage.
La vie mensongère des adultes
Depuis sa naissance, Giovanna vit dans la ouate, fille unique d’un couple de professeurs qui habitent les beaux quartiers de Naples. À 12 ans, elle qui a toujours été plus que choyée entend son père dire que sa fille ressemble de plus en plus à une tante à la réputation sulfureuse. Quel choc! L’effroi engendre la curiosité : mais qui est donc cette tante Vittoria? Après avoir trouvé des photos de cette sœur de son père, l’adolescente voudra la rencontrer, même si elle vit dans un quartier malfamé de la ville. Elle y découvrira un monde qu’elle n’avait pas imaginé. C’est une crise d’adolescence tourmentée, marquée par une vie bâtie sur des mensonges, qu’Elena Ferrante raconte… Et encore une fois, elle frappe dans le mille! Chapeau!
Dans la lande immobile
Ce roman critique le nationalisme illusionné tout en baignant dans une atmosphère mystique aux allures inquiétantes. Le père de Silvie, la narratrice, est féru de tout ce qui touche sa descendance anglaise. Il est un homme qui use d’une violence physique et mentale constante avec sa femme et sa jeune fille. Il les amène de force à un camp d’immersion historique du temps de l’âge de fer, atelier donné aussi par un professeur accompagné de trois élèves. Ils mangeront, cueilleront, s’habilleront comme les Anciens. Plus le roman avance, plus l’ampleur malsaine de son emprise machiste, qu’il croit être garante de l’authenticité de la société patriarcale des anciennes civilisations, s’accroît jusqu’à atteindre un point de non-retour. Lorsque la reproduction d’un rite sacrificiel est amenée, Silvie se questionnera sur ce qu’est la véracité dans un simulacre.
Betty
Betty Carpenter naît d’un père cherokee et d’une mère blanche dans le Midwest étasunien des années 50. Lorsque ses parents décident de s’installer dans un petit village de l’Ohio, Betty est non seulement confrontée à une société raciste, mais aussi aux secrets bien gardés qui hantent sa propre famille. Une famille pauvre, certes, mais une famille unie par un père aimant et prêt à tout pour ses enfants. Ce roman éblouissant inspiré de la vie de la mère de Tiffany McDaniel va vous envoûter. Malgré des passages très durs, très crus, c’est plutôt la tendresse et la lumière qui ressortent de ce livre. Avec ses personnages vrais et attachants et son histoire bouleversante, Betty va vous habiter longtemps après que vous aurez lu la dernière page.
Héritage
L’auteur de l’envoûtant Sucre noir récidive avec un récit fabuleux et sensuel campé entre la France et le Chili, porté par l’ardeur de la liberté, déchiré par les guerres et la révolution, où le vin coule à flots avant d’être condamné à l’oubli, où les plus grands rapaces du monde obéissent à une voix d’ange, où les combats coulent dans les veines de générations entières et où les avions ne décollent jamais tout à fait. Riche d’une langue feutrée et sanguine, Héritage déploie l’album photo d’une famille entière, de la fin des années 1800 aux années 1960, et nous transporte de vignobles en manufactures de farine, de volières en cellules de prison, de tranchées en sommets vertigineux. Une fable dure et magnifique.
Liv Maria
Il y a de ces secrets, inavouables, qui vous habitent jusqu’au tourment. Aux prises avec un tel fardeau, Liv Maria tente tant bien que mal de mener une vie à son image : aventureuse, indépendante, chaleureuse. D’une petite île bretonne à l’Irlande, en passant par le Chili, la jeune femme, tour à tour amante, entrepreneure et épouse, cherche à réconcilier passé, présent et futur pour s’abandonner enfin à la vie rangée qui est maintenant la sienne. Julia Kerninon signe avec Liv Maria un roman remarquable empreint de sensualité. Son écriture, tout en finesse, met en lumière la frontière poreuse qui existe entre les apparences et l’intimité, entre les non-dits et le tourment. Une œuvre marquante et insaisissable à découvrir!
Fille, femme, autre
Dans ce roman choral, nous suivons la vie de douze personnages, la plupart étant des femmes noires, dont les vies s’entrecroisent. Douze personnages âgés de 19 à 93 ans, dont l’expérience mérite d’être racontée. Ils ont des origines, des personnalités et des parcours différents, mais ils sont tous liés. Evaristo utilise son roman pour donner une voix à ceux qui trop souvent ne sont pas écoutés, ceux qu’elle qualifie d’invisibles. Il est difficile de trouver les mots pour décrire une œuvre aussi magistrale que Fille, femme, autre. Les personnages sont spectaculaires, criants de vérité. Chacun mériterait un roman à lui seul. L’autrice britannique possède une plume unique, intelligente et sensible. Elle signe ici un livre qui doit être lu.
Chavirer
Cléo, adolescente banale de 13 ans, rêve de devenir danseuse. Son chemin croise celui de Cathy qui déniche les talents pour la Fondation Galatée. Inondée de cadeaux, Cléo se sent privilégiée et est prête à tout, même à subir les attouchements d’hommes majeurs, pour réaliser son rêve. Lorsque la bourse d’études promise lui est refusée, elle est engagée par Galatée pour dresser une liste de recrues. À la fois victime et bourreau, Cléo est dévoilée, bribe par bribe, à travers le prisme des personnes qui ont rencontré sa route. Résolument contemporain, Chavirer est un roman travaillé, à l’écriture soignée et magnifique, avec des personnages complexes, capables du pire comme du meilleur. Bref, ce roman, loin d’être banal, est à l’image du réel.
Buveurs de vent
Le lieu est maléfique, on le sent d’emblée. Dans cette vallée perdue du Gour Noir, un tyran local tient tout le monde sous son joug et ses espions lui font part de tout propos ou comportement inhabituel. C’est par l’entremise d’une fratrie très soudée que le narrateur sème la graine de la rébellion, d’abord chez la sœur avant de s’étendre aux frères et au reste de la population. Ces jeunes, qui ont l’habitude de se balancer au bout de cordes jetées du haut d’un viaduc et d’ainsi « boire le vent », ce sont eux les êtres lumineux de ce roman sombre, à l’écriture magnétique. Dans une nature à la fois refuge et complice, ils se régénèrent, échappant à l’atmosphère délétère de la maison familiale. Mais jusqu’où pourront-ils incarner l’espoir?
Eau douce
L’auteure nigériane frappe fort en nous offrant un premier roman énigmatique et révélateur. Elle nous présente la petite Ada qui est née sous une drôle d’étoile et qui connaîtra un destin hors du commun. Grâce aux multiples narrateurs, nous faisons la découverte de croyances très anciennes qui veulent que certains enfants viennent au monde en étant habités par des esprits. Ces divinités, les ogbanje, habiteront l’âme du personnage et parviendront même à le contrôler. Ce récit autobiographique nous présente une jeune femme confrontée à ses pires désirs où la souffrance laisse souvent place à une violence invisible. Ces narrateurs omniscients se joueront du désespoir d’Ada et l’amèneront dans les pires recoins de la folie. Akwaeke Emezi maîtrise parfaitement le parallèle entre ces démons et la maladie mentale. Nous avons ici une intrigante fable qui mélange la psychologie au spirituel.
L’autre moitié de soi
L’autre moitié de soi, c’est la jumelle disparue, c’est la partie de soi qu’on veut cacher, c’est ce qu’on laisse planer comme espoir pour son enfant. L’autre moitié de soi, c’est ce livre, dense, complexe, formidable dans ses nuances qui s’imbriquent et s’éloignent à la fois. C’est du racisme, puis du racisme basé sur la teinte de peau noire. C’est le désir si fort d’être quelqu’un d’autre que le passé n’existe plus, que l’autre moitié de soi s’efface au gré des jours qui filent. C’est le sentiment de perte, qui pousse dans l’ombre de soi. C’est ce besoin, si grand, de connaître la vérité sur ses origines. C’est une histoire de famille, de femmes, qui se sont bâties elles-mêmes, seules. C’est Brit Bennett, une auteure à lire, absolument!
Yoga
Porté par une écriture autofictionnelle dont les limites sont, par définition, celles-là même de la littérature, le nouveau roman de Carrère a toutes les apparences d’une plongée au plus sombre de soi. Devant l’échec pressenti d’un projet de « petit livre souriant et subtil » sur le yoga, les velléités de recentrage de l’écrivain se heurtent à ses propres tendances léthargiques, dont la relation est au cœur de ce livre. Sur fond de crise des migrants, mais sans perdre de vue l’objet principal de ses tergiversations, à savoir lui-même, l’ersatz littéraire de l’auteur oscille entre amertume et philosophie, fraternité et solipsisme, perspective et action. De la dévotion à la dévoration, Carrère décortique ainsi les girations glauques et filandreuses de l’ego.
Rougarou
Quel univers, que celui de Cherie Dimaline! Quel talent, aussi, pour en faire chatoyer ainsi toutes les nuances! Intense, vive et d’un rythme soutenu, la plume défile et offre une histoire dont on ne peut se laisser distraire bien longtemps tant on est happé par la quête de Joan. Joan, dont le mari a disparu après leur toute première dispute, fouille partout pour le retrouver, même après un an. Lorsqu’elle l’aperçoit, en révérend convaincu, elle ne peut croire qu’il soit maître de lui-même. Avec en toile de fond la légende métisse du Rougarou, personnage tantôt féroce, tantôt bienveillant, Joan, aidée de son neveu et de la vieille Ajean, devra puiser en elle toute sa force afin de contrer l’ennemi qui menace de briguer son cœur et son âme.
La course de Rose
Une histoire qui fait sourire, ça fait du bien, vraiment. Rose Okanese, fraîchement séparée d’un mari immature, se secoue les puces et s’empare une fois pour toutes de son destin. Elle se surprend à dire qu’elle court et se met à y croire elle-même, ce qu’elle fera chaque jour en vue d’un marathon qui arrive trop vite. Mais lorsque la Rêveuse, issue d’une légende propre à la réserve, refait son apparition, la petite communauté est en émoi. Toutes les femmes semblent sous son emprise, et si Rose ne se laisse pas happer, c’est autant par sa force de caractère que pour protéger ses filles. Dawn Dumont nous invite dans une aventure rafraîchissante, délicieusement rythmée, captivante, empreinte d’humour et de personnages aussi spontanés que colorés.
Révolution kombucha
Voilà quelques mois que j’héberge une gang de bouteilles remplies de mixtures étranges qui me posent parfois problème. Le nouveau livre des auteurs de Révolution fermentation tombe donc à pic! De la naissance du processus aux infos approfondies pour initiés, les auteurs nous donnent toutes les informations et les outils pour comprendre et apprivoiser le merveilleux monde du kombucha. On y trouve explications scientifiques et techniques, recettes et, bien sûr, photos pour saliver. En bref, le livre idéal pour débuter ou vous perfectionner. Le tout dans la bonne humeur, les deux comparses ayant un humour… pétillant. Enfin un livre de cuisine sérieux qui ne se prend pas au sérieux!
Bande de colons : Une mauvaise conscience de classe
C’est un Alain Deneault autrement plus hargneux que par le passé que nous retrouvons ici pour décrier avec force les tenants et aboutissants de cette figure délaissée que serait le colon, sorte d’hybride entre le colonisateur et le colonisé dont l’orgueil et les tares ne seraient pas sans rappeler certains traits observables chez la classe moyenne contemporaine. Revisitant avec une sévérité qui atteint de nouveaux sommets l’histoire du Canada, Deneault dénonce vaillamment le caractère factice de l’identité canadienne, les artifices ayant mené à son érection, son mercantilisme éhonté ainsi que les multiples visages de l’aliénation qui serait la nôtre. Un titre qui ne réconcilie personne, mais qui laisse néanmoins songeur.
Maquillée
Maquillée, de Daphné B., regroupe des réflexions féministes, sociales. Ce nouveau regard sur le maquillage est nécessaire, il fait peau neuve des clichés. Le maquillage ne sert pas qu’à l’apparat ou à faire plaisir à l’autre, il permet une construction identitaire, culturelle. Y est aussi dévoilé l’envers du décor de l’industrie du maquillage : le mica, ce minéral servant à créer le brillant dans les palettes de fard, est récolté par des enfants dans des pays du tiers monde. Daphné B. est consciente de ses paradoxes : elle sait que de sa surconsommation, elle participe au rouage du capitalisme, mais elle en fait également une critique. C’est un portrait du monde d’aujourd’hui : imparfait dans ses faiblesses, mais volontaire dans sa recherche à cheminer vers le mieux.
Le TDAH au féminin : Célébrez vos forces et dépassez vos limites
Moins hyperactives physiquement que les hommes, les femmes TDAH restent davantage dans l’ombre de ces derniers et passent entre les mailles du filet. Sans tomber dans la psychopop et la litanie des symptômes et de leurs explications, les autrices abordent avec humour la vie quotidienne des femmes TDAH. Si vous en êtes atteinte, vous aurez l’impression qu’elles ont trifouillé dans votre tête! Les « trucs » traditionnellement nommés dans ce type de livre sont plutôt ici des réflexions et des découvertes, ce qui, pour une TDAH, est moins ennuyeux et anxiogène qu’une série d’étapes à effectuer pour réussir à être comme tout le monde. Plutôt que de cibler les faiblesses pour en faire des forces ou de tenter de les dissimuler, l’angle proposé est d’accepter ses lacunes, reconnaître et assumer toute l’originalité de sa personnalité. Alors, mesdames hyperactives, prenez la place qui vous revient et foncez!
Halluciné : Le club des Hachichins ou comment écrire sous l’emprise du cannabis
Il s’en passe des belles, en cette année 1844, dans un hôtel parisien : le club des Hachichins s’y réunit, y expérimentant le cannabis. Le jeune écrivain Théophile Gautier est un des adeptes. Il va raconter, bien avant Baudelaire, son voyage paradisiaque, un kief tournant, toutefois, au cauchemar et au spleen, dans un texte publié par la Revue des deux mondes. Le futur créateur du Capitaine Fracasse, voguant entre folie et lucidité, va parvenir à conjurer les mauvais esprits en jouant une mélodie gaie, n’obtenant, pour toute solde de ce trip, qu’un désenchantement absolu. Ces quelques pages, hallucinantes, carnavalesques, fantastiques, viennent tout juste d’être rééditées. La lecture en demeure des plus éblouissantes, ne serait-ce que pour constater que « le haschich ne révèle à l’individu que l’individu lui-même ».
La nanny
Pour Jocelyn, rien ne pourra apaiser les relations tendues qu’elle entretient avec sa mère, à qui elle n’a jamais pardonné le départ inexpliqué de sa nanny, trente ans auparavant. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que, devenue veuve, elle revient vivre au manoir familial avec sa fille de 10 ans. Lady Holt semble pourtant prête à tout pour devenir une grand-mère exemplaire et rétablir le lien avec sa fille, mais la découverte d’un cadavre dans l’étang de la propriété et le retour inattendu d’Hannah, l’ancienne nanny, vont compliquer les choses au plus haut point. Mère et fille se livreront une joute sans merci pour obtenir ce qu’elles désirent : la vérité pour l’une, l’amour pour la seconde. Mais que souhaite Hannah?
Arrêt d’urgence
Jack avait 12 ans quand sa mère les a laissés en bordure de route, ses sœurs et lui, après une panne de voiture. Elle cherchait une cabine téléphonique afin d’appeler à l’aide. On a retrouvé son cadavre neuf jours plus tard… Trois ans après, son père, anéanti de douleur, a disparu et Jack est devenu cambrioleur afin de subvenir aux besoins de ses sœurs. Hanté toutes les nuits par ce jour maudit, Jack a plus de cent vols à son actif quand il reconnaît un couteau dans une maison où il est entré par effraction : c’est l’arme qui a tué sa mère! Son seul but désormais : faire arrêter le meurtrier. Mais comment s’y prendre quand on est soi-même un criminel? Belinda Bauer tresse une intrigue haletante où l’on n’a qu’un souhait : que Jack réussisse!
Noyade
Joey, 8 ans, subit son premier camp de vacances. Sa peur morbide de l’eau l’empêche d’apprendre à nager, mais Alex, le maître-nageur, s’est juré que tous les garçons maîtriseraient la nage avant la fin de leur séjour. Il laisse donc Joey seul sur un ponton au milieu d’un lac, persuadé que l’enfant finira par nager pour regagner la rive. Il n’y repense qu’en soirée, après qu’on a signalé que Joey manque à l’appel… Il est trop tard : on ne retrouvera jamais l’enfant. Vingt ans après, Alex est devenu un richissime promoteur immobilier new-yorkais à qui tout réussit, jusqu’à ce qu’un jour du sang soit versé dans sa piscine et qu’un message ait été gravé au fond… Une question s’impose : Joey serait-il de retour pour se venger? Un thriller addictif, une vraie réussite!
L’envers de l’horreur : Une histoire, deux versions
La nouvelle « amie » de Caroline est intrigante et remplie de mauvaises intentions, mais elle est la seule à le savoir, car personne d’autre qu’elle ne la voit. La ligne entre la maladie mentale et la visite réelle d’un esprit est mince… Qui dit vrai? Ou plutôt, qui est vrai? L’esprit vengeur laisse des traces sur Caroline, tant physiques que psychologiques, à tel point que cette dernière doit faire plusieurs séjours à l’hôpital. Les médecins et ses parents ne semblent pas être de son côté… Quel est l’envers de l’horreur? Cette amie a ses raisons pour vouloir se venger, mais la vengeance est-elle un bon moyen? L’intrigue de départ est classique du récit d’horreur, mais la trame finale m’a agréablement surprise. Un angle tout à fait différent est amené et je me pose encore la question : tout est-il aussi faux qu’il n’y paraît?
Les enfants à colorier
Les enfants inventés de ce bel album ne sont pas vraiment à colorier… ils sont plutôt colorés! Heureux malgré leur différence, ils portent en eux la légèreté de l’enfance. D’une page à l’autre, l’auteur nous présente quatorze portraits de fillettes et de garçons atypiques qui ne craignent pas d’afficher ce qui les caractérise. Dyslexique ou grassouillet, la plus petite de la classe ou le roi des mathématiques, celle qui bégaie ou celui qui chante aigu, ces enfants portent en eux une joie de vivre contagieuse. Chaque lecteur peut aussi se décrire et se colorer! Le site de Fonfon offre des activités à cet effet. Ce livre ouvre la porte à de belles discussions. Dès 6 ans
La planète dont tu es le super z’héros écolo
Ce n’est un secret pour personne, Florence-Léa Siry est passée maître dans l’art du zéro déchet. Mais voilà qu’elle nous présente un ouvrage s’adressant spécialement aux enfants et aux adolescents. Coloré, dynamique et fort sympathique, le livre nous présente une tonne d’informations pertinentes et bien vulgarisées. Mais attention, il n’est pas question pour l’autrice de nous faire la morale pour autant! Elle nous présente plutôt des astuces simples du quotidien, des idées originales de brico écolo et fait appel à notre créativité afin de nous aider à réduire nos déchets. Les sujets abordés vont de la surconsommation aux différentes sources de pollution, en passant par la gestion de nos habitudes alimentaires. De quoi rendre la prochaine génération bien informée et engagée. La phrase à retenir : petits gestes… grands changements! Dès 7 ans
La vie secrète des virus
Le coronavirus nous a tous secoués, petits et grands. Anxiogène, cette situation suscite beaucoup de questions de la part des gamins. Pas toujours simple d’y répondre, non? Comme la compréhension favorise une meilleure adaptation, voici un livre génial qui fait le point sur les différents virus, leurs effets et les stratégies du corps pour s’en défendre, en plus de souligner l’avènement des premiers vaccins. Joyeusement colorées et rigolotes, les illustrations participent à une mise en pages dynamique où les petits curieux prendront plaisir à dénicher toutes les infos disséminées ici et là. Un livre tout à fait pertinent, concis et écrit avec intelligence, qui démystifie les virus et surtout, cultive l’esprit scientifique et critique des enfants. Dès 6 ans
Dis-moi pourquoi on pleure
Maman, pourquoi on pleure? C’est tout en douceur que Matéo pose cette question à sa mère. Cette dernière entreprend donc d’expliquer avec toute la tendresse d’une mère toutes sortes de raisons qui nous poussent parfois à pleurer. La colère que notre corps ne peut plus contenir, les murs qui semblent trop hauts et qui rendent les épreuves insurmontables, l’incompréhension de ce qui nous entoure, la solitude et les larmes secrètes. Sans oublier les merveilleuses larmes de bonheur et celles qui nous aident à grandir… En bonus, nous avons même droit à une petite section scientifique où on nous explique le phénomène des larmes d’un point de vue physique. Un album tout en délicatesse et en images qui permettent aux petits et grands de comprendre et d’accepter ces petites gouttes remplies d’émotions qui coulent parfois sur nos joues. Dès 4 ans
La maison qui parcourait le monde
Revisitant la figure du conte traditionnel russe de la Baba Yaga, Sophie Anderson nous convie dans cette maisonnette sur deux pattes de poulet, habitée par Baba Yaga et Marinka, destinée à la remplacer. Mais la tâche de gardienne des portes rebute Marinka; l’idée de passer sa vie à guider les morts comme le fait sa Baba, très peu pour elle! Elle préfère imaginer sa vie avec les vivants et surtout, se faire des amis. Lorsqu’à cause d’une mauvaise décision de Marinka, Baba traverse la porte des morts, elle se retrouve seule et s’entête à refuser son destin. Une histoire surprenante, fantasque et palpitante, pleine des revendications de liberté de Marinka et de la bienveillance exigeante de sa maison, où la sagesse du conte teinte l’atmosphère. Dès 12 ans
Albertine Petit-Brindamour déteste les choux de Bruxelles
Plutôt coquine, cette petite Albertine. Elle sait faire des listes de mots compliqués comme « zizanie », de ses aliments préférés comme la crème glacée, mais elle déteste les choux de Bruxelles. Sa maman tente sans succès de les mêler à des brocolis ou à des haricots, mais rien n’y fait. La fillette dit qu’ils sentent les pieds et ressemblent à des cervelles de trolls! Pouah! Mais si ces vilains choux pouvaient lui donner des superpouvoirs comme les épinards qui renforcent ses muscles? Encore faudrait-il trouver une recette appétissante! Et il en existe bien une. Par contre, elle provoquera un résultat étonnant! De quoi rire aux éclats. Dès 4 ans
Arlo et Pips : Le roi des oiseaux
Le corbeau est-il vraiment le roi des oiseaux? C’est du moins ce que croit Arlo, un corbeau certes très intelligent et ingénieux, mais peut-être un peu vantard… En effet, lorsqu’Arlo rencontre Pips, un autre oiseau, il se met à lui faire la démonstration de toutes ses qualités… et il est vrai qu’il en possède un grand nombre! Dans le premier opus de sa nouvelle série Arlo et Pips, Elise Gravel nous fait découvrir un oiseau méconnu et souvent mal-aimé : le corbeau. Les enfants se régaleront des échanges humoristiques entre les deux personnages de ce livre à la fois album et documentaire, tout en apprenant de nombreuses informations sur ce sympathique géant à plumes. Une autre réussite pour Elise Gravel, qui ravira autant les petits que les plus grands! Dès 6 ans
Duckenstein
J’ai toujours eu un faible pour les réécritures de mes œuvres favorites, bien que mes attentes ne soient pas toujours comblées. Je me suis donc laissé tenter par ce Frankenstein italien « à la sauce au canard ». Près de l’œuvre de Mary Shelley par sa forme aux récits imbriqués, cet album garde juste assez de l’histoire originale pour ne pas trop la pervertir tout en modifiant certains éléments, ici et là, pour rendre le tout accessible à tous, jeunesse incluse bien sûr. À votre tour de vous laisser entraîner par le récit fantasmagorique d’un Victor von Duckenstein artiste plutôt que scientifique. Et ne passons surtout pas sous silence la qualité du dessin qui ajoute grandement à l’ambiance onirique et oppressante du récit. Dès 9 ans
C’est comme ça que je disparais
C’est comme ça que je disparais est l’histoire de Clara, une jeune femme triste et déprimée qui remet constamment son désir de vivre en doute. C’est ainsi que la Française Mirion Malle nous introduit dans son nouveau roman graphique. Elle nous raconte comment son personnage principal traverse son quotidien avec ses crises de panique, son anxiété et ses multiples questionnements. Devant toutes ses incompréhensions, Clara finit par disparaître peu à peu de sa réalité. Grâce aux dessins de l’auteure, sa dépression est révélée à travers son quotidien et nous permet de la percevoir sous de nouveaux angles. Il s’agit ici d’une excellente bande dessinée pour faire comprendre la réalité de la maladie mentale dans une société où celle-ci reste, parfois, encore tabou.
Peau d’homme
Un pur bonheur que ce conte intelligent sur l’amour, les mœurs et les apparences. Italie, pendant la Renaissance. Bianca, jeune fille de bonne famille, doit épouser Giovanni, qu’elle rencontre brièvement. Elle aimerait bien connaître son promis avant le mariage. Sa tante lui confie alors un secret familial : une peau d’homme, qu’elle pourra revêtir afin de côtoyer son futur époux. Elle devient ainsi Lorenzo, non sans conséquence… Une habile satire espiègle et décapante qui nous interpelle subtilement sur les questions de genre et d’égalité. Quand les convenances et la morale dépendent de votre sexe, quelle place y a-t-il pour la sincérité, le respect, la justice? Une fable sociale qui célèbre l’audace, la beauté du corps et l’amour sans limites.
Hors-saison
Automne 2016. Mick et Lisa traversent une mauvaise passe dans leur couple. Lisa soutient Hillary Clinton, Mick pense que Trump n’est pas si pire. Suzie, leur fille, cache des papiers de Kit-Kat sous le sofa et se chicane avec son frère Jeremy. Le patron de Mick doit lui régler la facture du chantier en cours, mais il est injoignable. James Sturm nous livre ici un récit apparemment simple qu’il rend bouleversant, s’appuyant sur une mise en pages sobre et un dessin efficace qui nous immergent dans l’atmosphère étouffante où ses personnages se débattent. Un album ciselé et extrêmement maîtrisé, où les affres de la séparation amoureuse et parentale répondent à la tragédie politique que les États-Unis traversent. Magnifiquement déchirant.
Les règles de l’amitié : #sangtabou
Peu convaincue par le titre, le sous-titre et la couleur dominante de cet ouvrage, j’ai ouvert Les règles de l’amitié. Et là, surprise! Je l’ai lu en un éclair, la mine réjouie. Une histoire d’amitié (évidemment!) entre trois camarades qui volent au secours de la petite nouvelle, victime d’un malencontreux accident (ben oui!) de règles. Pas l’idéal pour s’intégrer au secondaire… S’ensuivront moult péripéties, une croisade féministe, quelques histoires d’amour, un bal et de belles victoires (de plus d’une façon!). Tous les ingrédients d’une année riche en émotions. En plus d’être très informatif sur le sujet (sans lourdeur ni mauvais goût), ce livre saura calmer d’éventuelles inquiétudes et procurera un excellent moment de lecture. Dès 10 ans
- Print (Opens in new window) Print
- Email a link to a friend (Opens in new window) Email
- Share on LinkedIn (Opens in new window) LinkedIn
- Share on Reddit (Opens in new window) Reddit
- Share on Pinterest (Opens in new window) Pinterest
- Share on Telegram (Opens in new window) Telegram
- Share on WhatsApp (Opens in new window) WhatsApp