Le dernier roman de Marie Laberge saura vous réchauffer le cœur. L’intrigue est toute simple : Emmy est une personne plutôt atypique dans la mesure où jamais elle ne prend sa place, jamais elle ne s’accorde l’importance d’interagir avec les autres. Dès qu’un lien semble vouloir se développer, elle préfère fuir et refaire sa vie. C’est ainsi depuis cinquante ans, et ça lui convient. Pourtant, cette fois-ci quelque chose cloche. Elle a fui encore, mais sans cesse elle ressasse des souvenirs, des paroles transcrites dans un cahier. Dans son nouveau logement, la bonté que lui témoignent ses voisins de chambre la déstabilise. Comment font-ils pour s’attacher à elle qui ne leur adresse même pas la parole ? Une lecture « feel good » contenant d’innombrables perles de Mme Laberge.
Numéro 117
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Les libraires craquent
Une fille pas trop poussiéreuse
La fin d’une histoire d’amour qui se transforme en fin du monde, littéralement. Voici ce que nous propose Matthieu Simard dans son dernier roman. Ce n’est pas tous les jours que l’amour, la mort, la souffrance et… la mijoteuse se côtoient dans une histoire aussi absurde qu’étonnante ! Fidèle à son habitude, Simard maîtrise habilement l’équilibre entre la réflexion et le rire. Le texte si magnifiquement rendu nous plonge dans une poésie postapocalyptique et un humour plus que savoureux. La nostalgie du personnage nous renvoie à notre propre existence, tandis que sa vie version fin du monde nous propose une tout autre réflexion. Comment survit-on dans un environnement hostile qui nous gruge le corps et le moral à chaque respiration ? Comment écrit-on une histoire où tout le monde meurt mais qui fait terriblement rire ? On n’a qu’à demander à Matthieu Simard, il est maître en la matière.
Fécondes
L’autrice Anne Genest nous revient avec un deuxième livre. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un recueil de nouvelles, mais plutôt d’un roman. Avec Fécondes, elle nous transporte avec délicatesse dans les tourments de la féminité, de l’amour et de la maternité. Anne, son personnage principal (et alter ego ?), n’a qu’un désir depuis sa tendre enfance, celui de donner la vie. Alternant entre sa jeunesse et sa vie d’adulte, elle nous fait découvrir le parcours de cette jeune femme et on verra grandir son besoin d’enfanter. Issue d’une famille peu fortunée, elle grandira entourée de ses parents, de sa sœur jumelle et de livres usagés. Puis, elle fera la rencontre de P. et tout son monde basculera. Son rêve deviendra réalité, mais cette réalité sera loin de ce qu’elle avait espéré. Il s’agit d’un court récit de 128 pages, finement écrit et poétiquement raconté. Anne Genest nous livre un roman touchant, simple et inoubliable.
Suzuran
Anzu, jeune mère divorcée, fraie son chemin dans l’existence avec sagesse et détermination. Elle s’investit corps et âme dans son art, la poterie, et est présente pour sa famille. Gravitent entre autres autour d’elle sa sœur Kyôko, grande séductrice, son ex-mari, peu doué en affaires, et Yûji, le nouveau fiancé de sa sœur qui la trouble au point d’habiter ses rêves. Aki Shimazaki amorce avec Suzuran, qui signifie « muguet », un nouveau cycle romanesque où se côtoient la douleur et la douceur. Véritable plongée au cœur d’un Japon à cheval entre tradition et modernité, entre retenue et affirmation, Suzuran nous convie à un voyage fascinant. Un roman aussi délicat que riche sur la filiation, le pardon, la perte.
Les manifestations
Il y a tout d’abord Paul Desrosiers, qui travaille à la Société d’histoire de Sherbrooke. Son couple s’est depuis déjà longtemps délité, sa fille entretient une passion morbide pour les maladies, et une certaine madame Allard, de la Société de généalogie, lui fait des misères et empiète sur son espace autant que faire se peut. Il y a ensuite Victor Hugo, en plein délire spirite durant son exil sur l’île de Jersey. Tables tournantes, convocations grandiloquentes, conversations ontologiques, velléités de grandeur. Mais il y a aussi André Breton et Philippe Soupault, aux balbutiements du surréalisme. Et Marcel Duchamp, dont l’œuvre iconoclaste finira par venir boucler la boucle de ce roman d’une finesse narrative tranquillement géniale. Un très bon moment de lecture.
Clair de femme
Résolument multidisciplinaire, ce livre-album fait la part belle à la musique, au chant, à la poésie, au conte et à l’illustration. Dès la première écoute-lecture, l’originalité de la langue, la qualité de l’interprétation et la douceur de la voix nous séduisent. Si des thèmes marqués s’imposent rapidement (la complexité de l’amour, la maternité, la solitude), manière de motifs récurrents dans une courtepointe éblouissante, les contes sont ici glanés au coin d’un poème ou d’un slam chanté et travaillé en effet de boucle. C’est fort beau, bellement fort, tour à tour drôle puis émouvant et on ne tarde pas à s’empêtrer dans les rets de l’enchanteresse, conquis par ces belles complaintes qui clament tant le magnétisme des hauteurs que celui des profondeurs.
La lutte
Le nouveau roman de Mathieu Poulin saura ravir tous les amateurs et les non-amateurs de lutte ! Il saura donc ravir beaucoup de gens ! En fait, le roman ne parle pas seulement de lutte comme un sport, mais aussi comme un combat entre différentes idéologies, entre ce qui est vrai et ce qui relève de la fiction, et entre la mise en place ou non de syndicats pour protéger les droits des travailleurs. C’est une œuvre intelligente, cynique, drôle, engageante et confrontante. Le personnage principal, paradoxal, se montre contradictoire et c’est ce qui le rend des plus intéressants : il n’aime pas les conflits et se défile souvent pour les éviter, mais choisit d’être lutteur et d’être au centre des confrontations. Un véritable « coup » de cœur, un récit poignant où les mots nous frappent directement ! Mathieu
Zodiaque
Pas besoin d’être spécialiste des mouvements stellaires pour apprécier la plume de ces douze auteures réunies sous la direction des Balance Ariane Lessard et Sébastien Dulude — ce qui garantit un bel équilibre ! Selon les styles et les ascendants, chacune nous emmène explorer les subtilités du signe dont elle est affublée. Dans ce vaste horoscope littéraire, on se plaît à dénicher son signe et à relire sa nouvelle plusieurs fois pour s’identifier aux traits de la protagoniste ; et ainsi justifier avec aisance ce côté impulsif ou sensible qu’on nous attribue. Outre la diversité de styles que nous propose ce recueil, c’est sa force à nous faire relever le nez de ses pages pour nous faire songer à ce Verseau ou à ce Capricorne dans nos vies qui rend sa lecture si agréable.
Cercles de feu
Qu’ont en commun Thomas, un trentenaire paumé, Claude, un alcoolique qui cherche à faire fortune, et Jean-Marie, un Breton retraité un peu coincé ? Les morilles de feu ! Ces champignons, qui poussent après un incendie de forêt et qui sont très recherchés pour leur saveur et leur valeur, suscitent la passion de nos trois énergumènes. Se connaissant à peine, ils se préparent pour une expédition dans le Nord dans le but de dénicher le lieu utopique qui les rendra riches. Au-delà de la quête du champignon légendaire, c’est ce trio mal assorti, au milieu de e part et confronté à ses limites, cette soif du territoire et de ses richesses, cette errance obsessionnelle inassouvie qui rendent particulière cette balade littéraire originale si savoureuse.
Kate et Anna font de la musique
Volet le plus récent d’un triptyque en hommage à des figures marquantes de notre époque et d’autres temps, Kate et Anna font de la musique nous plonge dans la tête d’un narrateur enfant à l’imagination éclatée, beaucoup plus mature que son jeune âge le laisserait entendre. Philippe Drouin met à profit une poésie rythmée, percutante, incisive, bruyante, musicale et haletante. On a sous les yeux un seul poème, une longue liste pleine d’une admiration subite et neuve face à l’élan créatif, à la découverte qui ouvre l’esprit, qui fait voyager. Des mondes et des mondes. Plus qu’un hommage au duo folk canadien des sœurs McGarrigle, le poème s’incline devant la musicalité, applaudit la beauté d’une note au bon endroit et d’un tintement dans le silence.
Cité perdue
Loze et Trouillot combinent ici leur incandescence pour faire jaillir quelques rayons dorés sur les horreurs du passé et du présent. Maniant le maillet avec la précision du sculpteur et la fureur des justes, ils pulvérisent les chaînes qui entendent encore entraver les peuples du monde entier. Si la cité fut perdue, grâce à ces deux voix, elle est en voie d’être retrouvée. Main forte survient également des lignes solidaires tracées par les mains fraternelles d’Ernest Pignon-Ernest qui sont une manière de souffle sur les braises, de lente respiration au sein de la fournaise qui gronde.
La maison est vivante
Emmanuel Simard est l’un de ces rares astres assez incandescents pour pouvoir éclairer seul son coin de ciel. Il est grand temps de saluer l’œuvre de ce poète qui avec la patience des marées sculpte les splendeurs telluriques de son paysage intérieur. Poursuivant la recherche entamée dans ses livres précédents sur la filiation et le rapport au territoire, il traque ici un père fantomatique, présence ectoplasmique qui le force à défricher à l’instinct et à travers le regard de ses enfants la périlleuse voie de la paternité accomplie. Comme dans le sublime Derniers souverains, le texte dialogue avec les photos du talentueux Nicolas Lévesque. La nature saguenéenne s’y révèle contrastée, alternant l’infiniment petit et ses motifs immenses avec l’infiniment grand et les sensations de petitesse salutaire qu’il suggère. Ample poésie !
Nous ne trahirons pas le poème
Le poète Rodney Saint-Éloi nous offre un recueil qui rend hommage au genre littéraire qu’est la poésie. Comme il le mentionnera lui-même dans son prologue, il veut écrire des poèmes qui resteront fidèles aux temps anciens et futurs. Dans ce livre, l’auteur donne voix aux mots de ses ancêtres, aux souffrances de centaines de migrants ainsi qu’à la sagesse de ses aïeux. Fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier, Rodney Saint-Éloi a toujours fait la promotion de la diversité dans la littérature québécoise. Nous ressentons bien ce désir de donner la parole à des visages sans nom ainsi que de décoloniser le récit. Grâce à son expérience, sa vivacité, ainsi qu’à son talent à mettre tout cela par écrit, cet auteur préservera longtemps l’essentiel du poème.
La fabrique des salauds
Hospitalisé à Munich en 1974, Koja Solm sent le besoin de raconter à son voisin de lit sa vie tumultueuse et tout sauf exemplaire. Né en 1909 à Riga, en Lettonie, alors que les États baltes font partie de la Russie tsariste, ce descendant d’une famille allemande a tout de l’antihéros. Avec lui, on traverse d’abord l’histoire mouvementée de la première moitié du XXe siècle qui le voit devenir officier SS. Puis, on le suit à la terrible Loubianka de Moscou avant qu’il devienne tour à tour espion à la solde du KGB, de la CIA, des services secrets allemands et du Mossad israélien. L’Allemand Chris Kraus propose un roman foisonnant, résultat de recherches poussées, où la part de fiction n’est peut-être pas si grande qu’il n’y paraît… Fascinant !
Crevaison en corbillard
Ce recueil de nouvelles, la première œuvre en solo de cet auteur franco-ontarien, est une collection de petits plaisirs bien tordus. Ses personnages, sympathiques, bien qu’imparfaits, font du mieux qu’ils le peuvent avec les situations ridicules (parfois inspirées de la réalité) dans lesquelles ils se retrouvent. Avec des descriptions très visuelles et un ton tragicomique, l’auteur explore de plusieurs façons imaginatives la bonté et la malice de la nature humaine. Son humour un peu noir est l’accompagnement parfait pour les mois sombres et froids de l’hiver. Lisez une de ces nouvelles tous les jours et vous passerez un mois à vous sentir moins seul dans vos propres moments ridicules et difficiles.
C’est une farce
La microfiction est un art du peu qui se doit d’être aussi bien ramassé que significatif, aussi bref que durable, aussi concis que complet. Stephen Thomas y excelle, qu’il s’agisse de dire la banalité régulière de nos jours transis, l’épique de nos joies, le rigolo de nos gaffes, le sombre de nos peines ou l’angoisse de nos nuits. Pénétrantes ou touchantes, poétiques ou mystérieuses, drôles ou absurdes mais toujours brillantes et originales, ces petites pépites ratissent large et c’est avec délectation qu’on se laissera prendre dans les mailles de leurs filets papillonnants. Une flopée de projectiles littéraires qui font mouche, dans une traduction d’Alexandre Soublière qui vise tout aussi juste.
Zébu Boy
Dès les premières pages, le style de ce premier roman français apparaît aussitôt comme puissant, sensoriellement immersif, mâtiné de réminiscences ; une voix s’élève pour raconter une histoire impitoyable qui a la grandeur des légendes, le magnétisme de l’ailleurs. Zébu Boy, c’est d’abord le récit de retour au pays d’un Malgache qui a miraculeusement survécu au canon auquel les généraux français destinaient sa chair. Sans solde, dépouillé comme au jour de sa naissance, Ambila multiplie les combines pour se refaire une situation, se retrouvant mêlé aux premières et sanglantes insurrections qui mèneront des années plus tard à l’indépendance du Madagascar. Un livre ensorcelant qui a l’éclat du talisman, la lueur sombre du charme vaudou !
Le ghetto intérieur
En 1928, le grand-père de Santiago H. Amigorena, Vicente Rosenberg, quitte la Pologne pour s’installer à Buenos Aires. Sa mère Gustawa, restée à Varsovie, lui écrit chaque semaine. Mais Vicente a abandonné la Pologne derrière lui et laisse une distance se créer entre sa mère et lui. Jusqu’à ce que la Deuxième Guerre mondiale éclate et que celle-ci se retrouve coincée dans le ghetto de Varsovie. À des milliers de kilomètres de l’Europe en guerre, la culpabilité de Vicente grandit jusqu’à ce qu’elle l’envahisse complètement. Et comme Amigorena le dit, son grand-père a alors décidé de garder le silence sur le destin tragique de sa mère. À travers ce récit biographique, l’auteur d’origine argentine nous offre le portrait d’un homme victime de la guerre, dont la quête d’identité est déchirante. Avec une écriture sobre et élégante, Amigorena signe ici un roman percutant et touchant.
Solénoïde
Les vents de la métaphysique, la pluie du postmodernisme et l’électricité de l’ambition se sont assemblés pour déclarer la tempête du chef-d’œuvre. Préparez vos esprits éparpillés pour le grand récit, celui de l’évasion la plus totale qui soit : l’émancipation de l’esprit de sa prison de chair ! Cartarescu, de sa plume démiurgique, indique les portes dissimulées, pointe les indices révélant l’illusion et scande la cadence de la terrifiante échappée de l’empire des sens. Pour sortir avec son narrateur du labyrinthe qui circonscrit nos existences, il faut passer le scaphandre et s’enfoncer au cœur de la nuit, s’agiter l’âme de théories mathématiques, de poésie ténébreuse et de rhétorique angoissante. Le maître roumain fait des merveilles !
Pierre,
Christian Bobin rend ici hommage à Pierre Soulages, cet artiste centenaire né à Rodez dans l’Aveyron et connu pour ses toiles composées de noir et de lumière. Au fil des pages, l’écrivain nous fait découvrir le peintre et ses œuvres, il nous convie à visiter la demeure de ce dernier ainsi que son atelier. Inutile de connaître Soulages et ses célèbres Outrenoirs, de fréquenter les musées ou même de posséder la moindre connaissance en peinture pour apprécier ce livre. Comme toujours, la passion et la poésie uniques de Bobin tendent la main pour nous guider.
Le livre d’un été
La Peuplade continue le travail amorcé avec Fair-play pour nous faire (re)découvrir l’œuvre incontournable de l’autrice finlandaise Tove Jansson en nous proposant cette fois-ci le roman Le livre d’un été. On y suit la jeune Sophie, alors qu’elle passe ses vacances sur une île du golfe de Finlande avec sa grand-mère et son père. Des instantanés pleins de candeur se suivent, où un chat ne fait qu’à sa tête, où une fillette a peur de tout, où les vers de terre deviennent le sujet d’une thèse… L’insouciance de l’enfance laisse parfois place à la peur, à la colère, mais la malicieuse et attachante grand-mère n’est jamais loin. Roman hors du temps aux effluves de varech, cette œuvre magnifique est une ode à l’amitié, à la curiosité, à l’imaginaire.
Mon précieux : Bonne nouvelle en terre du milieu
Cet essai de Philippe Verdin nous fait participer à l’évolution du Seigneur des anneaux. Ce qui n’était dans sa genèse qu’un conte pour enfants se transformera en une saga épique qui entraînera des millions de lecteurs dans cette Terre du Milieu qui, selon Tolkien, est « notre monde ». Enrichi de lettres de l’auteur, cet ouvrage de Verdin nous fait découvrir cette œuvre d’inspiration « fondamentalement religieuse et catholique, inconsciemment d’abord, puis consciemment lorsque j’en ai fait la révision » (Tolkien). L’amitié de Tolkien et C. S. Lewis y est soulignée ainsi que leurs divergences dans l’approche du mythe. Pour Tolkien, il n’y a pas d’invention de son œuvre, mais tout est donné en images afin d’être transmis. « Traduire ce qui a été contemplé. » Verdin résume bien en écrivant : « La Terre du Milieu est le continent où l’on s’aventure pour explorer notre âme, nos trahisons et notre gloire, en compagnie de héros qui nous ressemblent ou à qui nous aimerions ressembler. » Livre stimulant qui appelle une relecture de l’œuvre éclairée.
Pleurer sans pourquoi
Nous est-il déjà arrivé de pleurer sans savoir pourquoi ? Ces larmes qui soudainement nous envahissent avec raison, ou parfois que nous voudrions voir se déverser mais qui n’arrivent pas à jaillir. Il est question, dans ce livre, de ces larmes qui jalonnent notre parcours, signes d’une irruption dans notre vie, laissant des traces dans la mémoire et ponctuant notre histoire. Cette approche de Xavier Loppinet est spirituelle, chrétienne, et non psychologique. C’est un peu l’histoire des larmes dans la bible et de saints personnages. L’auteur consacre même un chapitre sur les larmes d’Obélix. Loin d’être un livre sur la tristesse, et que l’on soit croyant ou non, cette approche fait appel aux événements douloureux mais aussi joyeux que nous avons vécus, appelant, d’un mystère qui nous dépasse, les larmes sur nous ou sur les autres.
Une minute quarante-neuf secondes
S’il est impossible d’écrire quoi que ce soit, comme le dit si bien Riss, il est tout aussi impossible de ne pas se sentir concerné par ce récit sans pudeur et sans complaisance, teinté d’une lucidité décapante. Survivant de l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo et maintenant directeur du journal, Riss évoque la réalité de celui qui reste, de celui qui poursuit, malgré tout. Parsemé d’anecdotes de son enfance et de ses reportages à l’étranger, le récit semble traduire le chemin qu’a pris son désir intrinsèque de défendre la liberté autant que son désarroi et sa sensibilité face aux opprimés de ce monde. Riss bouscule les bien-pensants, assume ses coups de gueule et tente, au jour le jour, de contrer ces secondes les plus longues de sa vie.
Mondes en guerre (t. 1) : De la préhistoire au Moyen Âge
Regardez bien autour de vous. Une bonne partie des objets et des technologies qui vous entourent proviennent de la guerre. Depuis notre enfance, la guerre est une réalité qui prend une place importante dans notre imaginaire (Star Wars, Le Seigneur des anneaux, etc.) et dans la réalité. Cet immense ouvrage (qui n’est que la première partie de quatre volumes à paraître) est une incursion dans cette histoire où le sang coule à flots et où l’ingéniosité a pris le dessus sur les techniques ancestrales. Les premières troupes babyloniennes, les hoplites spartiates, les phalanges macédoniennes, la pierre, le bronze, le fer. Il y a aussi les raisons : famine, accaparement des ressources, révolutions, etc. Un livre riche et pointu, mais nécessaire.
Geist : Les héritiers de Nikola Tesla
Dans un Paris uchronique, on confie au lieutenant Parent la résolution d’un meurtre maquillé en suicide. L’examen phrénologique post-mortem est formel : la victime était un pré-cognitif, et pas des moindres. Mais comment assassine-t-on quelqu’un qui peut tout voir d’avance ? Disons-le d’emblée : ce roman, sous ses airs steampunk, est un polar. Un polar pur jus qui en respecte tous les codes, pimentant la traque du meurtrier en lui opposant des policiers aux capacités parapsychiques. L’amalgame est bien dosé et rythmé avec intelligence. La Ville-Lumière de Sébastien Chartrand n’est pas tendre envers ses personnages, à commencer par le lieutenant, fils d’aliéniste, bien placé pour savoir que le Don finit souvent par consumer son détenteur…
La mort de Mrs. Westaway
Hal, jeune orpheline bourrée de dettes, reçoit une lettre lui annonçant qu’elle recevra un héritage considérable provenant de sa grand-mère. Voyant cette annonce comme sa porte de sortie, elle omet de mentionner que la mort de ses grands-parents remonte à plus de vingt ans… Ce qui me plaît dans l’écriture de Ware est le fait qu’elle donne souvent beaucoup d’importance et de vie au lieu principal de l’histoire, dans ce cas-ci la maison. J’ai également aimé l’aspect familial avec les trois frères, les frictions de l’enfance toujours présentes ainsi que les reproches que les uns ont envers les autres. Tout au long du récit, j’ai fait mes suppositions et, bien que je sois rentrée doucement dans l’histoire, à la fin, j’étais complètement investie.
Le sang du Mississippi
Après Brasier noir, après L’arbre aux morts, voici, enfin, la conclusion tant attendue de la trilogie romanesque la plus saisissante depuis, n’hésitons pas à le dire, Millénium de Stieg Larsson. Le procès du docteur Tom Cage s’ouvre à Natchez, au Mississippi. Son fils, Penn Cage, et l’avocat Quentin Avery vont-ils parvenir à l’innocenter du meurtre de l’infirmière noire Viola Turner ? Les viols, les tortures, les assassinats, et les autres méfaits des années 60 des Aigles Bicéphales, le groupuscule raciste plus violent que le Klan, vont-ils rester impunis ? Les rebondissements se multiplient alors que l’ombre menaçante de Snake Knox, le chef survivant des Aigles, plane sur tous. C’est à un tribunal pas ordinaire que nous convoque l’écrivain Greg Iles, celui du noir passé de l’inégalité raciale aux États-Unis.
Lost Man
Ouvrir un polar de l’Australienne Jane Harper, c’est à la fois plonger dans une intrigue palpitante et être totalement dépaysé par une nature impitoyable. On est cette fois dans l’Outback australien, là où chaque ferme couvre des dizaines de kilomètres carrés. À la limite entre leurs ranchs, Nathan Bright vient de trouver le cadavre de son frère Cameron, sans doute mort de déshydratation après s’être trop éloigné de son véhicule. Comment un type qui a grandi dans un environnement pareil peut-il avoir fait une telle bévue ? Au moment où commence le deuil, des bribes de conversation instillent des doutes chez Nathan, lui qui n’avait pas revu les siens depuis longtemps… Bientôt, des secrets de famille ressurgissent… qui conduiront à une finale époustouflante !
Le Quaker
L’inspecteur Duncan McCormarck est envoyé pour faire un rapport et clore l’enquête sur une série de viols et de meurtres de jeunes femmes. L’équipe piétine, incapable de sortir des sentiers qu’elle a elle-même façonnés. McCormack parvient à dénicher quelques indices mais peine à convaincre ses collègues d’y croire. Lorsqu’un homme est arrêté, il est persuadé que ce n’est pas le tueur. Envers et contre tous, l’enquêteur têtu devra continuer seul. Parsemé des témoignages des victimes et de l’accusé, conférant au récit à la fois une urgence ainsi qu’une vérité dérangeante, le roman se déroule à la fin des années 60 en plein cœur d’un Glasgow qui cherche à élaguer ses côtés plus glauques. Roman noir, captivant, à l’atmosphère sombre et intense.
Ceux de là-bas
Les opinions seront sûrement partagées, mais moi, à mon avis, c’est le meilleur Senécal depuis un bon moment. Peut-être est-ce les sujets abordés qui me touchent personnellement? Ce questionnement sur l’après, ce qui nous attend après la mort. Sur cette crainte de ce moment qui peut surgir n’importe quand. Ajoutez aussi le monde de l’hypnose et ses avenues non conventionnelles. On a ici un psychologue de cégep obsédé par sa mort, mais qui doute de l’existence d’un après. Un spectacle d’hypnose chamboulera sa vie et ses croyances. L’action m’a tenu en haleine jusqu’à la toute fin, dont la dernière phrase donne à réfléchir. Beaucoup moins de gore qu’à l’habitude et beaucoup plus de frayeurs! J’en redemande d’autres comme ça!
Boule de foudre
Après nous avoir épatés et inquiétés avec sa philosophie extraterrestre dans la trilogie Le problème à trois corps, Liu Cixin nous fait cette fois-ci découvrir l’univers de l’invisible. Dans Boule de foudre, littéralement de la foudre en boule, nous suivons Chen qui n’a qu’un seul but dans la vie : découvrir ce qui a bien pu arriver à ses parents, carbonisés devant ses yeux lorsqu’il était enfant. Depuis, il se consacre entièrement à ses études et tombe rapidement dans le giron de l’armée et de sa recherche fondamentale pour créer de nouvelles armes. Livre parfait pour les amoureux de sciences autant que de fiction, Boule de foudre nous sort de notre zone de confort occidental en nous plongeant dans l’univers de la pensée chinoise.
Trafalgar
Si l’on fréquente un peu les milieux interlopes de Rosario (comme, disons, le Burgundy, mais ce n’est qu’un exemple), on finit invariablement par tomber sur Trafalgar Medrano. Suffit, dès lors, de s’armer de patience. Quelques cafés bien serrés sauront lui délier la langue. Car Trafalgar Medrano, contrebandier interstellaire doublé d’un bonimenteur d’exception, a toujours une bonne histoire à raconter. À supposer qu’il ne se contente pas de tout inventer à mesure… qui sait ? La plume d’Angélica Gorodischer est sublime dans ce recueil, récit des pérégrinations alambiquées de Trafalgar Medrano, mais toujours livré par interlocuteur interposé : circonlocutions espiègles employées comme miroir grossissant du genre humain. Un véritable délice.
Au beau débarras : La mitaine perdue
Il s’en passe des choses Au beau débarras ! Ce centre d’objets trouvés, situé dans un sous-sol lumineux, recueille tout ce qui a été perdu, du gant orphelin jusqu’à la dent de lait. Sasha et Kim y travaillent jour et nuit. Un matin, Abdou, les yeux pleins de larmes, s’y présente, cherchant sa mitaine. Un cœur de satin brodé par sa maman orne celle-ci. Malgré une panne de chauffage, Castafiore, la secrétaire chanteuse, accueille le petit. Commencent donc les recherches et tous les amis de Kim y participent, même l’artiste Serge-Sophie et le concierge danseur de ballet russe ! Dénouement inattendu dans cet album soigné où tout nous enchante. Dès 3 ans.
Le plan sans sœur
Assez coquine, la petite fille de cette histoire ! Pendant un séjour à l’hôtel avec ses parents et sa sœur, elle remarque au souper que l’on souligne l’anniversaire de quelqu’un en lui servant, en chantant, un beau morceau de gâteau ! Il n’en faut pas plus pour qu’elle élabore un plan pour se débarrasser de sa sœur et revenir seule le lendemain. S’ensuivra donc une descente discrète dans les escaliers et les ascenseurs où elle devra éviter de croiser sa sœur qui semble avoir disparu. Une petite course au rez-de-chaussée et la voilà installée à une table, précisant que c’est SON anniversaire ! Elle obtiendra ainsi sa part de gâteau… et même deux ! Dès 5 ans.
Jules et le renard
Grande amatrice de livres illustrés pour enfants, je me suis plongée avec bonheur de nouveau dans l’univers graphique de Joe Todd-Stanton, qui nous avait offert il y a un peu plus d’un an Le secret du rocher noir. On passe maintenant de l’océan à la forêt avec Jules et le renard, toujours publié à L’école des loisirs. C’est un album sur l’amitié et sur la vie et ses imprévus. Bien que solitaire, Jules la souris est un personnage attachant auquel les petits lecteurs ne pourront résister. Avec un découpage des illustrations qui rappelle parfois la bande dessinée et qui soutient habilement la progression de l’histoire, ce livre peut se targuer de porter la mention de « valeur sûre ». Dès 3 ans.
Sauveur & Fils (saison 5)
Au nom des lecteurs de 12 ans et plus (incluant les adultes, dont je connais plusieurs adeptes !), je remercie de tout cœur la grande Marie-Aude Murail d’avoir récidivé avec une cinquième saison de sa série de romans Sauveur & Fils. Encore une fois, quel bonheur de retrouver les personnages que l’on a découverts et aimés dans les livres précédents ! Loin d’être redondant, ce cinquième tome se savoure confortablement, de la même façon qu’on se plaît à enfiler son pyjama préféré. Avec une sensibilité unique, Murail offre aux lecteurs des portraits humains à travers ses personnages, dont elle explore la psychologie de façon incomparable. Dès 12 ans.
Infectés (t. 1)
Qu’arrive-t-il lorsqu’un étrange virus transforme une partie de la population en créatures carnivores et que les forces de l’ordre ne semblent pas en mesure de contrôler la situation ? C’est ce que découvriront trois bons amis dans cette aventure cauchemardesque où les scènes d’épouvante se succèdent, au grand plaisir des amateurs de récits d’horreur. Marc-André Pilon n’y va pas de main morte dans ce roman pour adolescents où les scènes sanglantes font honneur aux films de zombies et où l’on peut découvrir toute la résilience de jeunes personnages qui se retrouvent propulsés dans un décor postapocalyptique. Une vraie source de frissons — ou de plaisir — pour les adeptes de récits de fin du monde ! À ne pas lire avant l’heure du sommeil… Dès 14 ans.
Ours de tous poils : Pour tout savoir sur les ours du monde
Saviez-vous qu’il existe huit grandes familles d’ours à travers le monde ? Que certaines d’entre elles grimpent aux arbres tandis que d’autres nagent ? Voilà autant d’informations que l’on apprend grâce à ce superbe album de Katie Viggers. Chacune des familles est présentée sur une double page où on retrouve sa répartition dans le monde, ses habitudes alimentaires, son mode de vie pour n’en nommer que quelques-uns, le tout appuyé par des illustrations détaillées et drôles. On y apprend entre autres comment chaque famille mange, court et hiberne. Certains ours transformés en personnages accompagnent le lecteur, rendant ainsi la lecture dynamique et amusante. Un incontournable pour les friands d’information et les amoureux des animaux. Dès 5 ans.
Une journée dans la vie de Marlon Bundo
Marlon Bundo, lapin de naissance, vit dans une maison ennuyeuse. Après son petit-déjeuner, il va dans le jardin et rencontre un grand lapin pelucheux. Quelques minutes plus tard, les deux nouveaux amis s’amusent à bondir dans le jardin, à sauter partout dans la maison. À la fin de la journée, Marlon avoue à son ami que désormais, il ne veut plus sauter sans lui. Forts heureux, ils annoncent qu’ils vont se marier. La punaise puante, cheffe du jardin, s’y oppose. On élit un nouveau chef. Le mariage aura lieu. Dans cet album drôle où la démocratie, l’éloge de la différence et l’homosexualité sont à l’honneur, les auteurs prennent le pari de démontrer que l’amour et le laisser vivre est plus fort que les stéréotypes sexuels encore présents. Pari réussi. Dès 6 ans.
Ceux qui ne peuvent pas mourir (t. 1) : La bête de Porte-Vent
Depuis une centaine d’années, Gabriel Voltz enquête et pourchasse les Égarés, des créatures mi-humaines, mi-fantastiques. L’Ordre de la Sainte-Vehme, la puissante confrérie qui l’emploie, semble avoir la mainmise sur sa vie. Malgré les règlements stricts de l’Ordre, Voltz prend sous son aile une impétueuse jeune fille, Rose, au caractère bien trempé, qui insiste pour le suivre partout. Cet improbable duo se retrouvera confronté à une série de meurtres étranges dans un village reculé, où les superstitions contribuent à l’atmosphère sinistre et sombre. Dans ce livre truffé de personnages complexes qui oscillent entre le bien et le mal, Karine Martins parvient à offrir un polar fantastique, plein de rebondissements, aux multiples et intrigantes possibilités. Dès 12 ans.
Blanche-Neige
François Roca, habitué à nous offrir de merveilleux albums avec son partenaire de longue date, Fred Bernard, joint ici ses pinceaux à la plume de Charlotte Moundlic pour revisiter le conte traditionnel Blanche-Neige. Quelle est la pertinence de réécrire encore une fois ce conte, vous vous demanderez? Mais, croyez-moi, la question s’efface rapidement devant la force tout en sobriété de l’ouvrage. Alors que Moundlic nous offre un traitement plutôt réaliste de l’histoire, la magie se retrouve partout dans les incroyables peintures d’un Roca fidèle à lui-même. Vous ne pourrez, grand ou petit, que vous laisser conquérir par cette relecture d’une simplicité désarmante qui, pour ma part, éclipse haut la main une multitude d’autres versions. Dès 6 ans.
La cavale
Quelque part en Suède, une magouille se trame entre un grand-père et son petit-fils. L’aïeul amnésique est ailleurs dans sa tête et seul un enfant sans jugement sait comment soulager ses tourments. Ce road trip multigénérationnel nous fait gravir une montagne de tendresse. Et dans une quête éperdue du souvenir, tous les moyens sont bons pour tenter de faire resurgir un être cher. Kitty Crowther intercale ici ses dessins d’une magnifique étrangeté dont la palette de couleurs rappelle les différentes variations du spectre solaire. À déguster à la petite cuillère, comme de la confiture. Dès 11 ans.
C’est quoi un réfugié ?
Elise Gravel nous livre un très bel album où l’on s’ouvre aux autres avec C’est quoi un réfugié ?, une œuvre rassembleuse. Les illustrations nous montrent une panoplie de visages différents pour exprimer la pluralité des raisons qui amènent une personne à quitter son pays. Cela peut être pour échapper à la guerre par exemple ou parce que le choix d’adhérer à une religion met cette personne en danger. On oublie parfois que ce qui est facilement accessible ne l’est pas pour tout le monde, et que notre confort l’est encore moins, mais tous devraient vivre en paix et en sécurité, et être traités égalitairement. Le livre idéal à consulter si on cherche à se documenter sur les réfugiés. Dès 4 ans.
Tu es chez toi
Le cycle de la nature évoqué dans cet album nous démontre que chaque élément a sa place. Que ce soit dans le ciel, les forêts ou les océans, chacun des animaux s’y retrouve et partage la nature. Cet album permet de démontrer que peu importe le lieu où on se retrouve dans ce monde, un lien indestructible existe entre un parent et son enfant. Sur une tonalité douce et sensible, les mots permettent d’évoquer que malgré la distance, l’attachement pour son enfant reste le même. Les couleurs utilisées dans ce volume, bien que froides, nous transportent dans un univers bienveillant où l’amour à travers le temps ne se ternit jamais. Un album rassurant qui rappellera aux enfants qu’ils ont toujours une place privilégiée dans le cœur de leurs parents. Dès 5 ans.
Mary, auteure de Frankenstein
Les éditions La Pastèque nous offrent constamment des albums exceptionnels et inusités. Cette fois-ci, elles nous présentent la vie de l’auteure Mary Shelley à travers la plume de Linda Bailey. Elle nous raconte comment une jeune Londonienne de 18 ans est parvenue à écrire un chef-d’œuvre de la littérature tel que Frankenstein. Cette biographie, brillamment illustrée par les dessins de Júlia Sardà, nous transporte dans un univers fantasmagorique où les morts reviennent à la vie grâce à des savants fous confinés dans des châteaux médiévaux. Il s’agit d’un excellent album qui saura éveiller l’imaginaire de vos enfants tout en les éduquant sur une auteure précurseure du fantastique. Dès 6 ans.
Le dernier magicien (t. 1) : L’ars arcana
New York, la ville des rêves et piège mortel pour les magiciens. Impossible d’en sortir sous peine de voir sa magie détruite par la Barrière, mur invisible entourant Manhattan. Il faut donc se cacher des regards, notamment de ceux de l’Ordre de l’Ortus Area qui mène la chasse aux sorcières. En 1902, un gang de magiciens feront l’impossible pour déjouer l’Ordre et faire tomber la Barrière. À notre époque, une jeune fille au pouvoir unique défiera le temps pour préserver le futur, peu importe le prix. Fluide et surprenant, ce livre vous plonge dans un univers de magie et de conspiration dans le New York du début du siècle. Lisa Maxwell éblouit la scène du fantastique avec cette intrigue à couper le souffle. Dès 13 ans.
La case 144
La curieuse petite Lia, 8 ans, a une immense envie de découvertes. Pour retrouver son chemin, elle trace sur les trottoirs un long jeu de marelle à partir de sa maison. Une case numérotée à la fois, elle explore les commerces, les parcs et les magnifiques lieux de sa ville. À son arrivée à la case 144, un étrange vieillard occupe l’espace. L’homme est installé avec sa tasse et son tapis volant. Cet obstacle se transforme ensuite en une amitié entre ce sans-abri et cette fillette. Cet album magnifiquement illustré n’aborde pas le thème de l’itinérance de manière dramatique, mais plutôt en traitant d’entraide, de réconfort et d’empathie. Il faut aller jusqu’au bout de ce jeu de marelle pour voir ce que la case 144 pourra nous apporter. Dès 5 ans.
Affamé comme un loup
L’album Affamé comme un loup se dévoile comme une surprise drôle et colorée ! Le récit est assez simple : un lièvre rose tente d’échapper à un loup affamé. Mais ce récit est rendu avec tellement d’efficacité ! Chaque fois que le petit lièvre affolé tente d’avertir ses amis du danger à venir, il se passe quelque chose d’amusant ! Lorsqu’il tente d’avertir un escargot de fuir rapidement, le lièvre ne peut que constater la lenteur du mollusque, justement « lent… comme un escargot ». L’album est parsemé de jeux de mots et de punchs savoureux. Avec cet album, on devient vraiment « affamé comme un loup », puisqu’on dévore le texte du début à la fin ! Dès 3 ans.
copine et Copine
Cette bande dessinée est un vrai coup de cœur ! Cette redéfinition des termes « belle-mère » et « belle-fille » est tout simplement magnifique et touchante. Évidemment, ce récit est venu m’ébranler puisque le sujet mis de l’avant est la perte d’un être cher. Certes, ce qui m’a accrochée le plus est la relation qui s’établit au fur et à mesure que l’on tourne les pages. Voir l’adulte et l’enfant interagir de cette façon, c’est-à-dire sans abus d’autorité ni jugement, est rafraîchissant et m’apparaît, selon moi, comme un exemple à suivre. Les illustrations en noir et blanc ainsi que les pages laissées volontairement sans texte, à des moments stratégiques, sont riches et aussi belles que le contenu qui les accompagne.
Louca (t. 7) : Foutu pour foutu
Louca est un personnage de bande dessinée très drôle auquel on s’attache facilement. Il est maladroit, mais montre une détermination à toute épreuve, prêt à tout pour devenir un grand joueur de soccer. Il devient ami avec un fantôme, Nathan, un ancien joueur talentueux qui tente de découvrir la raison de sa mort. Dans le septième tome, Louca tente de recruter de vieux amis de Nathan qui se sont détournés du soccer en vue de pratiquer d’autres sports. Pour les convaincre, il doit cependant les affronter dans leur nouveau sport de prédilection : la boxe, le rugby, la natation, le karting et la gymnastique. Y parviendra-t-il ? Le suspense est palpable et les rires nous percutent de plein fouet (comme le puissant tir de Louca !). Dès 9 ans.
Formica : Une tragédie en trois actes
Fabcaro est en train de se monter un lectorat fidèle. Formica : Une tragédie en trois actes pourrait bien être un de ces albums qui va le rendre culte. Une famille réunie pour le repas dominical n’arrive pas à trouver un sujet de conversation, et c’est le drame. Ce dîner va mal tourner et chaque scène malaisante est un prétexte à un véritable fou rire. De ce beau-frère qui n’arrive jamais à embarquer dans la discussion, aux enfants qui jouent aux sept familles dysfonctionnelles, en passant par ce personnage du chœur grec habillé en gyros, toutes les situations sont bonnes pour s’esclaffer de bon cœur et surtout se moquer des travers de notre société. Une BD à lire en famille et à citer lors des prochaines retrouvailles avec la parenté.
Gichi Gichi Kun
Plus connu pour ses récits « ero-guro » à la frontière de l’onirisme et du scabreux, Suehiro Maruo propose avec Gichi Gichi Kun une autre facette de sa passionnante œuvre. C’est en effet avec un ton comique et presque enfantin que nous sont contées les aventures de Gichi Gichi, jeune garçon aussi étrange que candide. Intimidé par ses camarades de classe ou même confronté à une secte de satanistes déguisés en forains, celui-ci fait usage de ses pouvoirs magiques étranges pour faire régner la justice, au moyen de sorts aussi poétiques que « bouche en trop », « œil mural » ou « ombre clouée ». Le style inimitable de l’auteur est bien au rendez-vous dans ces saynètes faussement naïves, empreint autant d’un imaginaire burlesque franchement nippon que d’un amour affiché pour l’expressionnisme allemand et les situations absurdes. Un éclairage surprenant sur un grand nom du manga underground.
Conan le Cimmérien : Chimères de fer dans la clarté lunaire
Véritable course-poursuite au cours de laquelle Conan le Cimmérien tente de protéger une jeune femme qu’il vient de libérer, cette aventure est pourtant inspirée d’un texte mineur de Robert E. Howard. Entre les mains de Virginie Augustin, la magie opère et l’histoire prend vie. Son scénario est incisif, entièrement concentré dans l’action. Quant à son dessin, il est époustouflant. L’atmosphère exotique et magique de l’univers hyborien est palpable. De son trait aussi délicat que précis, elle se fait une magistrale illustratrice des physionomies : des corps qu’elle trace rejaillissent puissance et beauté. Central, le personnage féminin de l’histoire a soif de vivre et d’être libre dans un monde d’homme. Puissant.
Aventurosaure (t. 2) : L’héritage de Cory
J’aime bien me faire surprendre lorsque je dois lire pour le boulot. J’ai eu à lire le premier tome de cette série pour un comité de lecture et étant beaucoup plus attiré par les romans graphiques adultes, c’est sans trop d’attente que je me suis lancé dans l’histoire de Rex. Comme le premier m’avait ravi par la force de ses personnages, l’intensité de l’action et les superbes dessins, j’étais plutôt impatient de lire les tomes suivants… et heureusement, le deuxième venait tout juste de paraître! Le formidable artiste Julien Paré-Sorel nous revient avec des moments forts, des secrets inattendus (ce qu’on apprend à propos du père de Rex) ainsi que ce mystérieux nouveau personnage qui se joindra à la quête de notre trio. Vivement le troisième tome!
Paul à la maison
Paul a maintenant 51 ans. Depuis son divorce, il vit seul dans sa maison d’Ahuntsic en compagnie de son chien. Avec le départ prochain de sa fille pour Londres et sa mère qui se fait vieillissante, le temps semble l’avoir rattrapé. Paul à la maison parle des nombreuses facettes du deuil, mais aussi de ces petits riens extraordinaires qui forment la vie. Dans ce neuvième tome de la série, on suit notre célèbre héros québécois dans sa vie d’auteur de bande dessinée. On visite son atelier, puis on l’accompagne jusqu’au Salon du livre de Montréal pour le lancement de son nouvel album. On évoque l’enfance de sa mère, puis les aléas de la vieillesse et du célibat. Lorsqu’on entre dans l’univers de Michel Rabagliati, on a souvent l’impression de marcher dans nos propres souvenirs. Paul, c’est un peu nous tous.
Le château des animaux (t. 1) : Miss Bengalore
Déserté depuis longtemps par les hommes, le château des animaux est peuplé de bêtes qui vivent sous le joug d’un terrible taureau dictateur et de sa milice de chiens. Dans ce milieu dirigé par des sabots, des cornes, des crocs et des griffes de fer, le travail est sacré et la rigolade, loin d’être permise. Et si cet interdit devenait l’arme des opprimés ? Miss Bengalore, chatte veuve-mère de deux chatons, et son voisin César, le chaud lapin de ses dames, s’allient avec un rat saltimbanque pour tenter de se libérer de ce régime tortionnaire. L’alternance entre les petites et les grandes cases s’ajuste au rythme de l’histoire, l’accélérant ou le décélérant aux bons endroits. On oscille entre espoir et désespoir, tendresse et cruauté. Prometteur.
Pour mémoire : Petits miracles et cailloux blancs
L’idée de départ était de préserver ces choses fragiles menacées par l’oubli, le cynisme ou l’indifférence. Qu’il s’agisse de la sagesse candide d’une fillette, du fantôme d’un arbre ou encore d’un dollar des sables découvert sur une plage déserte, durant deux saisons Dominique Fortier et Rafaële Germain ont colligé ces petits miracles qui, autrement, auraient pu facilement se perdre dans le torrent de la vie. À travers cette cueillette de merveilles, on découvre des parcelles de vie de ces deux autrices québécoises. Un florilège qu’il faut savourer lentement, brindille par brindille, un caillou à la fois.
Pour nous libérer les rivières
Pour Hugo Latulippe, tous les changements que nous devons effectuer comme société, pour freiner les changements climatiques et surtout pour avoir des vies équilibrées, seront possibles grâce aux arts. Nous avons beau savoir que nous devons modifier nos habitudes, ce sera au contact d’un film, d’un livre ou d’un tableau que nous arriverons à le faire. Il démontre sa théorie en plongeant dans ses propres souvenirs, en particulier la première fois qu’il a vu Léolo, un film de Jean-Claude Lauzon. Pour appuyer ses dires, il a aussi pris la peine de demander à d’autres créateurs leurs propres définitions de l’art. Notre salut va passer par des œuvres qui nous bouleverseront suffisamment pour nous inciter à devenir de meilleures personnes. Il milite donc pour rendre accessibles des créations porteuses de réflexions.
Mémoires d’une maîtresse américaine
Nell Kimball n’est pas romancière, et son instruction, de son propre aveu, laisse à désirer. Sa vie, toutefois, est digne d’un roman, et on se rend rapidement compte que Nell Kimball sait la raconter. Et très bien, même. Trois fois mère maquerelle, de San Francisco à La Nouvelle-Orléans, accueillant sans distinction les élites comme les braqueurs de banque, elle aura passé sa vie en marge de ses contemporains. Cet angle mort lui confère un point de vue incomparable sur son époque, qu’elle décortique dans un style cru, sans fioritures et résolument terre à terre. Turpitudes d’une femme libre qui s’interdira toujours de sombrer dans l’auto-apitoiement, ses Mémoires constituent un témoignage exceptionnel de l’Amérique au tournant du XXe siècle.
Phora : Sur ma pratique de psy
Même lorsqu’il s’interroge sur sa personne et son métier de psychanalyste, Nicolas Lévesque livre un véritable exercice d’introspection. Probablement car il le fait sans filet et sans avoir peur de dévoiler ses réflexions profondes. Le lire, c’est comprendre qui on est, ce qu’on ressent, il arrive à mettre des mots sur ce qu’on formule avec difficulté. Il est donc impossible de ne pas se sentir bouleversé au contact de ses écrits. Phora est un de ces livres qu’on lit lentement car on voudrait s’imprégner de plusieurs passages, les apprendre par cœur, pour qu’ils deviennent une part de nous. L’auteur y parle peut-être en surface de son métier, mais ne nous y trompons pas, c’est de l’humain et de son époque qu’il cause.
Avis d’expulsion : Enquête sur l’exploitation de la pauvreté urbaine
Regard saisissant sur la pauvreté aux États-Unis, l’essai de Matthew Desmond est à la fois troublant et touchant. Le lecteur y suit les personnes, pour la plupart des locataires à très faibles revenus, mais on y croise également des propriétaires, qui ont accepté de participer à l’étude immersive du sociologue. À travers les affres que vivent ces gens au quotidien, l’auteur nous fait part en filigrane de ses réflexions sur l’exploitation de la pauvreté en tant que système. L’expérience de ces gens est recoupée, tout au long du texte, de données sociologiques et économiques qui complètent un portrait déjà sombre. Très documenté et brillamment soutenu, cet essai est une gifle au visage de l’ultralibéralisme à l’américaine.
Mangez et buvez-en tous : Recettes à base de bière de microbrasseries
Dans les dix dernières années, on peut dire qu’à l’image de son produit, le monde de la bière est en pleine effervescence. Des centaines de microbrasseries apparaissent aux quatre coins du pays. Et avec elles, des milliers de bières élargissent chaque année la palette des saveurs disponibles, de la très légère lager, aux saveurs sures et à l’amertume du houblon. Bien sûr, il fallait s’attendre à ce que de fins gastronomes tirent profit de ces possibilités pour concocter de somptueux plats. Klorofil nous offre pour la seconde fois de son histoire un recueil provenant de différents brasseurs du pays et aux saveurs tout aussi variées. De l’entrée au dessert (eh oui!), en passant par une délicieuse sauce rosée… un livre à adopter!
Leslie et Coco
C’est avec beaucoup d’impatience que j’attendais le dernier roman de Marie Demers. Appréciant énormément sa façon simple et parfois crue de raconter ses histoires, je fus agréablement conquise par celle de Leslie et Coco. Nous ferons la connaissance de deux meilleures amies que des centaines de kilomètres séparent. Elles garderont un contact privilégié grâce à leur correspondance et à leur amour de la littérature. Alors que les deux jeunes femmes se réuniront le moment d’un été, plusieurs événements viendront bouleverser leurs univers. Sans filtre ni tabou, Marie Demers relate des sujets très actuels comme le consentement, les troubles alimentaires et l’identité sexuelle. Cette amitié passionnelle nous démontrera que c’est dans la différence que nous sommes le plus complémentaires.
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