Les libraires craquent: Littérature québécoise

Between our Lives (t. 1)
Nadège Roy Les Éditions Édiligne Inc.

On suit Lena, immigrante sans papiers, pour qui mentir devient l’unique issue possible. Seule et démunie, elle retrouve un semblant de stabilité en tombant amoureuse de Cameron. Puis vient le moment où il la présente à sa famille, et c’est là qu’elle se retrouve face à la dernière personne qu’elle aurait voulu revoir : Brooklyn, qui la croyait morte. Malgré leur lourd passé, ils sont forcés de se côtoyer et d’apprendre à vivre avec tous ces souvenirs qui viennent les hanter. Comme à son habitude, Nadège Roy a su me charmer avec cette histoire et avec Brooklyn. Encore une fois, on traverse toute une gamme d’émotions, des plus belles aux plus difficiles. Je suis tombée sous le charme de certains personnages, tandis que d’autres font partie de ceux qu’on aime détester. Il s’agit d’une duologie très slow burn, axée sur la reconstruction. Addictif et passionnant. Gros coup de cœur.

Saint-Nicolas-des-Marins
Alex Mccann Alto

L’hiver s’abat soudainement sur Saint-Nicolas-des-Marins. En un seul instant, la mer gèle, le sol fige, le froid s’installe et le monde entre en hibernation. Nico, fils orphelin de la sorcière du village, doit apprendre à composer avec les ressources qui s’épuisent, le cœur des hommes qui durcit dangereusement et la mort qui n’ose plus rendre visite, laissant les chants des agonisants hanter les nuits sombres des vivants. Dans une langue où la beauté délicate de la neige fraîche côtoie le grotesque des chairs déchiquetées, où l’humanité prisonnière des glaces révèle ses plus bas instincts comme le meilleur d’elle-même, Alex McCann tisse un magnifique conte moderne, à lire à la chaleur d’une épaisse couverture.

Limoilou : Contes d’hiver
Sophie Grenier-Héroux L'instant Même

Les contes à passer le temps réchauffent la période des fêtes, à Québec, depuis maintenant quinze ans. Ce spectacle est présenté chaque année à la Maison Chevalier au cœur du quartier du Petit-Champlain. Sophie Grenier-Héroux y écrit des contes depuis les débuts de ce qui est maintenant une tradition bien ancrée dans la capitale. Ses histoires se déroulent dans Limoilou, son quartier. Ici, pas de besoin de canot volant, les récits de Sophie prennent vie dans des lieux que nous fréquentons comme le casse-croûte chez Pierrot et le parc Cartier-Brébeuf. En marchant dans ses ruelles, nous pouvons croiser Roger, Flavia, Alain, ses personnages. On ne peut s’empêcher d’écornifler chez Cécile et René, où ça sent tellement bon. La force de ces contes contemporains, c’est qu’ils nous rappellent la beauté de notre voisinage et des petites légendes de nos quartiers. Voilà un recueil qui enjolive nos cœurs en toutes saisons.

Godpèle
Gabriel Marcoux-Chabot La Peuplade

Face à l’apocalypse, « ceux qui savent manier la pelle » ont migré vers le nord du Québec où le Loncrisse, cette entité mystérieuse, chamboulera leur existence. Des années plus tard, la Floune, première enfant des Godpèles, découvre dans l’écriture le chemin pour trouver un sens au miracle de sa naissance. Dans cette grotte où elle se cache des siens, elle remonte le fil des saisons et raconte dans son « use-mine » l’endurance et l’humilité de son peuple. Faisant écho aux littératures et aux modes de vie innus, Godpèle, par le biais d’une langue marquée par l’hiver, est la condamnation et la libération d’un peuple en quête d’une mémoire douloureuse. Un récit hybride qui porte fièrement la marque de La Peuplade!

Louve en juillet
Gabrielle Filteau-Chiba Dépaysage

Louve en juillet, c’est la force d’une femme à l’état brut. La force d’une survivante, d’une battante, la force de toutes celles qui, malgré la peur, continuent de puiser dans leur souffle de vie. Gabrielle Filteau-Chiba réussit, en moins d’une centaine de pages, à nous transporter dans divers endroits, refuges ou pièges, comme si nous y étions nous-mêmes. C’est un livre puissant, par les émotions qu’il véhicule, mais aussi par la portée de ses nombreux messages, dont celui de l’importance de chérir et de protéger ceux qui incarnent nos amours inconditionnels. Mention spéciale à Séquoia, qui symbolise, elle-même, la beauté englobée de tous les lieux décrits.

Je ne m’éloigne jamais trop de la maison
Carole Laure Vlb Éditeur

Une jeune fille habitant Shawinigan grandit au sein de sa famille adoptive. Ayant été retrouvée sur le palier d’une porte par ses parents, la fille apprend à découvrir le monde en naviguant avec le sentiment de manque. L’absence de ses parents biologiques pèse sur ses frêles épaules. À travers ses yeux, elle dépeint les personnes et les événements qui surgissent dans sa vie. Décrits de façon poétique, ceux-ci rendent nostalgique et rêveur. Elle apprend également à apprécier son entourage et à délaisser ce besoin profond de connaître sa mère biologique. Le roman, inspiré de l’enfance de l’autrice, traite d’un sujet universel : le sentiment d’appartenance. À travers des moments simples, le lecteur peut se retrouver dans la jeune fille et revivre avec elle des souvenirs d’enfance.