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Dossier

Les libraires craquent

JOHANNA, UN DESTIN ÉBRANLÉ
Francine Ouellette Libre Expression

Ce récit débute en Allemagne, dans l’enfance de Johanna née en 1914. Arrive la Première Guerre qui entraîne son père, Joseph, au loin. À son retour, meurtri, celui-ci prie pour ne plus connaître de guerre, mais à l’arrivée de la deuxième, seule la fuite est possible pour échapper à l’horreur. Déterminé, il amène toute sa famille au Canada. Les souvenirs de Johanna tels qu’ils sont racontés par sa fille nous font revivre les tourments, l’intégration et la fierté de cette famille. Francine Ouellette dévoile ici le vécu de sa mère, avec délicatesse et en toute intimité. Pas étonnant d’en retrouver des parcelles dans ses magnifiques récits historiques, dont la série « Feu ».

Lise Chiasson (Côte-Nord)
6 Décembre 2018
Thelma, Louise & moi
Martine Delvaux Héliotrope

En 1991, le film Thelma et Louise est venu bouleverser nombre de femmes (et d’hommes), dont Martine Delvaux qui nous livre ici un portrait saisissant de l’œuvre elle-même, d’anecdotes autour de sa création, mais aussi ses réflexions personnelles sur ce qu’elle a ressenti en le visionnant à plusieurs reprises, à des âges différents, et comment cela a affecté sa vision du féminisme. Thelma et Louise, deux femmes libres le temps d’un week-end, confrontées à une horreur de la vie, qui nous rappellent à quel point notre condition féminine est fragile, biaisée parfois, et à quel point il est important de nous réapproprier notre corps, nos pensées, nos vies, face à une société toujours prête à nous faire douter de nous-mêmes.

Ce qu’on respire sur Tatouine
Jean-Christophe Réhel Del Busso Éditeur

Le roman s’ancre dans le quotidien. On y suit les pensées d’un trentenaire, malade. La fibrose kystique cadence son existence, même ses phrases. Les jobs insipides se succèdent, tout comme les amours éphémères, les brosses solitaires, puis les visites à l’hôpital. Des références à Star Wars ponctuent l’habituel, comme autant de renvois à l’étrangeté du monde. Quelque chose d’universel transcende les peines et les bonheurs du narrateur, une douleur de vivre à laquelle on s’identifie tout de suite. Le ton reste empreint d’une douce autodérision, d’un charme bon enfant. Jean-Christophe Réhel est poète, pas de doute là-dessus. Son style est rythmé, chaque morceau de texte chute avec éclat. L’œuvre est mélancolique, mais drôlement pleine d’espoir.

Les écrivements
Matthieu Simard Alto

Suzor quitte sa femme, qui passe les décennies suivantes à tenter de l’oublier. Quand elle apprend que l’Alzheimer dont est atteint son ex-mari efface de son esprit les souvenirs qu’elle-même enfermait dans un recoin de sa mémoire, Jeanne, maintenant octogénaire, part à sa recherche. Aidée dans sa quête par une adolescente en mal d’amour, Jeanne s’active, plonge dans le passé comme pour effacer des années de morosité. La trame charmante du voyage des deux femmes se mêle à un récit secondaire intrigant, une réalité plus dure. La curiosité du lecteur s’avive à ces passages, mais la véritable beauté des Écrivements réside en ces moments anodins où Matthieu Simard raconte, avec simplicité et naturel, une belle et grande histoire d’amour.

Trente
Marie Darsigny Éditions Du Remue-Ménage

L’année de ses 29 ans, la narratrice décortique la force des sentiments ambigus qu’elle ressent face à l’inévitable 30 ans. Chaque mois, comme une litanie, elle renoue avec ses angoisses, dévoile sa vulnérabilité avec l’impétuosité d’un style expansif. Ses idoles littéraires, toutes « mortes ou déprimées », forment une « sororité de condamnées » qui guide ses pas vers un âge adulte difficile à assumer. Qu’est-ce que le spasme de vieillir ? Pour Marie Darsigny, les remises en question passent par l’écriture, grâce à laquelle sa douleur, ainsi exposée à tous, pourra trouver une résonance. Par ses multiples références à plusieurs penseuses et écrivaines, Trente donne envie d’aller plus loin dans la réflexion. À la lire, on se sent moins seule.

Nous qui n’étions rien
Madeleine Thien Alto

Roman choral, roman de résilience, Nous qui n’étions rien est une superbe incursion dans l’histoire de la Chine. De l’avènement de Mao à la place Tian’anmen, l’oppression, la censure et la dictature ont laissé des cicatrices dans l’esprit des gens. Deux familles, liées par la musique et un livre mystérieux, puis séparées pour se reconstruire, vont se recroiser par le truchement de la génération suivante, soit une jeune adulte et une fillette. Madeleine Thien offre toute une fresque, labyrinthique, intemporelle, dense. Elle parvient, même avec toutes ces voix qui participent à la trame, à créer une intériorité, voire une intimité entre ses personnages. Un texte qui se savoure, autant par la qualité de la traduction que par son rythme lent, serein.

Cadillac
Biz Leméac

Avec ce sixième livre de Biz, on redécouvre la culture québécoise à travers l’histoire de Derek, ancien joueur de hockey à la carrière avortée. Aux prises avec un présent endeuillé par le passé et pressé par l’avenir, Derek partira se ressourcer à Détroit, ville d’adoption sportive pour cet ancien repêché des Wings. En quête de réponses d’abord sur sa carrière sportive ratée, il sera finalement frappé par l’omniprésence de la culture canadienne-française. C’est qu’il persiste à Détroit un respect des origines françaises même si la langue parlée y est absente. À travers les découvertes de Derek, Biz soulève plusieurs questions auxquelles il laisse au lecteur le soin de répondre. Même s’il est rapidement lu, Cadillac reste longuement médité.

Good Boy
Antoine Charbonneau-Demers Vlb Éditeur

Passant de la région à la grande ville pour les études, un jeune homme amorce son difficile passage à l’âge adulte. Avec ses deux colocataires, Rosabel et Anouk, il cherche à « péter le cube » (se réinventer) à tout prix. Préférant dormir plutôt qu’aller à ses cours, fumer et boire du café plutôt que manger, il se lance sur les sites de rencontre gais à la recherche d’un « daddy » qui pourrait prendre soin de lui. Avec une remarquable maîtrise, Antoine Charbonneau-Demers nous entraîne dans un univers à cheval entre la bête concrétude du réel et l’onirisme vertigineux propre à l’enfance. À travers le flux de conscience de son personnage principal, il crée un portrait troublant de vérité d’une jeunesse qui, ne sachant pas comment naviguer dans la vie, choisit de commencer par les rapides pour profiter plus tard des flots plus tranquilles. On a l’impression de connaître ce jeune homme, de peut-être même l’avoir été, et c’est là le génie de l’auteur. Plus qu’une lecture marquante, Good Boy se conseille comme une expérience immersive. On en veut plus !

Anne-Marie Genest
6 Décembre 2018
Métissée
Ouanessa Younsi Mémoire D'encrier

L’auteure Ouanessa Younsi nous revient avec un troisième recueil de poésie, tout aussi intimiste que les précédents. Cette fois-ci, il sera question d’origines, celles que nous connaissons ainsi que celles qui nous hantent. Née d’un père algérien et d’une mère québécoise, cette finaliste au Prix de poésie de Radio-Canada en 2017 sait bien ce que c’est d’avoir une identité métissée. À travers la voix d’une petite fille, elle nous livre une enfance hybride avec des mots qui se veulent durs, des mots qui se veulent vrais. Pour cette poète : « l’enfance demeure ce vase incassable que je ne recollerai jamais ». Le recueil Métissée d’Ouanessa Younsi est un trésor de plus qui s’ajoute dans la collection de Mémoire d’encrier.

Émilie Bolduc (Le Fureteur)
6 Décembre 2018
Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
Nicolas Lauzon Éditions Du Passage

Dans son quatrième recueil de poésie, Nicolas Lauzon nous amène en voyage. Ce périple nous transporte dans un phare du Bas-Saint-Laurent, à l’Île Verte, où l’auteur prendra racine le temps d’un été. Bien que la nature et la solitude semblent être au cœur de cet ouvrage, on ressent surtout le besoin qu’il a de se définir en tant que poète. Dans un langage qui se veut simple et accessible, Nicolas Lauzon nous offre un récit mature et brillamment élaboré. Il nous permet de prendre une pause de notre quotidien effréné et de savourer une poésie remplie de sens et de tendresse. Une belle découverte pour ceux qui, comme moi, n’ont pas encore eu la chance de lire ses précédents livres.

Émilie Bolduc (Le Fureteur)
6 Décembre 2018
Hildegarde
Léo Henry La Volte

C’est un Moyen Âge sombre que celui auquel nous convie le virtuose Léo Henry. Plein de légendes en gestation, de mythes encore au stade de visions douloureuses, de dogmes s’entrechoquant sans que l’un ait encore triomphé de l’autre. Ce Moyen Âge, c’est l’époque de Hildegarde, fascinant personnage s’il en est. Abbesse aux oreilles assez fines ou fêlées pour entendre les murmures de Dieu, cette femme extraordinaire composera la musique des sphères sous la dictée divine, herborisera avec talent et rédigera de spirituels traités. Ce livre, plutôt qu’un roman au sens traditionnel du terme, est donc un voyage où les échos des premières croisades se mêlent aux chansons de geste de Parzival et de Siegried, à la folie du massacre des mille vierges d’Ursule.

Tenir jusqu’à l’aube

Un magnifique objet-livre qui renferme le quotidien chaotique d’une mère célibataire, abandonnée par ses pairs avec son fils de deux ans. L’emprise de l’enfant devenue véritable prison, la mère va s’exiler de nuit dans des promenades de plus en plus longues, où chaque mètre parcouru loin de l’appartement est un défi haletant. Carole Fives, d’une écriture agile, relate le fardeau de la progéniture qu’il faut élever seule, accablée par le regard méprisant des uns et le dédain à peine dissimulé des autres. Un roman qu’on lit d’une traite, aussi bien pour connaître la fin que pour rester éveillé aux critiques du patriarcat disséminées dans cette fable sociale.

Benoît Vanbeselaere
6 Décembre 2018
Le Mars Club
Rachel Kushner Stock

Le Mars Club est le nom du bar de striptease où Romy Hall travaillait, avant d’être incarcérée dans une prison de Californie. Condamnée à deux peines à perpétuité pour meurtre, elle raconte son quotidien en prison. À travers une construction jouant entre plusieurs trames et narrateurs, le roman dépeint la dureté de l’univers carcéral et, au-delà, celle du monde extérieur où certaines femmes ont de minces chances de survie face à la drogue, la prostitution, la violence des hommes. Des amitiés se créent entre les murs, adoucissent quelque peu de terribles épreuves. Dans Le Mars Club, aucun des personnages n’est noir ou blanc, chacun se situe dans les zones grises où le lecteur ne peut les condamner à son tour. Cela en fait un roman très humain.

L’écart
Amy Liptrot Globe

Hommage au pouvoir rédempteur des grands espaces, de la mer fougueuse et des rafales qui l’agite, le témoignage d’Amy Liptrot sur sa quête d’une vie équilibrée est poignant de vérité. Après avoir sombré dans l’alcool et perdu toute dignité, l’auteure quitte Londres pour se réfugier dans ses îles natales du nord de l’Écosse et expier sa déchéance et se reconstruire. Sans complaisance et avec humilité, Liptrot raconte sa survie, ses lancinantes envies de boire remplacées, peu à peu, mais jamais complètement, par le travail sur la ferme familiale, l’observation des oiseaux, la nage en eau froide et la solitude, puisant sa force dans la nature. Un texte puissant et évocateur, inspirant, qui invite à l’introspection autant qu’à l’émancipation.

Les chants du large
Emma Hooper Alto

Dans ce roman tantôt dans le réel, tantôt dans la légende, la mer est partout. Au détour de chaque page. Et si l’on tend bien l’oreille, on peut entendre le ressac et le chant des sirènes. Le lecteur navigue à vue jusqu’à cette île éloignée, à la découverte de personnages plus grands que nature qui tentent de survivre après le départ des poissons et des pêcheurs qui quittent l’île un à un pour l’Ouest, là où on a besoin d’eux. Parce que même si l’eau salée coule dans leurs veines, ils ont besoin de travailler pour survivre. Et c’est ce déchirement qui nous est raconté. Ainsi que les efforts désespérés du jeune Finn pour sauver sa famille. Roman remarquable porté par une écriture envoûtante et poétique.

Mélanie Langlois (Liber)
6 Décembre 2018
Les frères Lehman
Stefano Massini Globe

En 1850, trois frères partis de leur Bavière natale ouvrent un petit magasin en Alabama. Tranquillement, ils s’intéresseront au coton et aux chemins de fer et installeront leur petit commerce à New York, qui deviendra la Banque Lehman. Leurs héritiers poursuivront sur deux générations l’expansion de l’entreprise familiale. Elle survivra au krach de 1928, mais finira par faire faillite en 2008. Ce pavé, adapté au théâtre sous le nom Chapitres de la chute, raconte telle une épopée moderne le destin de ces gens qui se sont dévoués à leur compagnie. C’est aussi l’histoire des grandes familles juives new-yorkaises. L’écriture en vers libres permet un éclatement du genre qui rend l’aventure d’une banque palpitante et surtout humaine.

Ásta
Jon Kalman Stefansson Grasset

Elle s’appelle Ásta, mot qui, en islandais, à une lettre près, signifie amour. Bouleversés par une héroïne de roman, ses parents, Sigvaldi et Helga, croyaient lui assurer un avenir radieux en la nommant ainsi… ce qui ne semble malheureusement pas s’être concrétisé, et ce, dès l’enfance. Maintenant devenu vieux, son père vient de tomber d’une échelle. Le voilà étendu par terre et ses souvenirs se bousculent… Ainsi se met en place ce roman magnifique, véritable casse-tête où les événements qui remontent à la surface servent de support au chaos des sentiments. Encore une fois, Jón Kalman Stefánsson, le grand chantre de l’âme islandaise, nous envoûte avec une œuvre forte, marquée par la difficile quête de l’amour… Éblouissant !

André Bernier (L’Option)
6 Décembre 2018
Cœurs battants
Rebecca Rosenblum Leméac

J’ai été emportée par la plume de l’auteure. Bien que le récit mette en scène un enlèvement, il ne se perd pas dans le dramatique. Tout est réfléchi, réaliste et saisissant. J’ai aussi aimé que l’histoire tourne autour de Catherine, cette jeune étudiante qui s’évapore, ainsi qu’une variété d’acteurs présents, de loin ou de proche, dans sa vie : son professeur de littérature, l’auteure du recueil de poésie qu’elle étudie, son mari et encore bien d’autres. Un autre petit détail a également retenu mon attention : Rosenblum décrit l’amour sous plusieurs formes. Au fil des années ou dans la détresse psychologique. Entre mère et fille ou entre deux adolescents. Une lecture intéressante et touchante !

L’oasis éternelle
Luis Montero Manglano Actes Sud

Alexandre Dumas n’est pas mort. Il vit maintenant à Madrid, et il a pour nom Luis Montero Manglano. Le Corps royal des quêteurs, une équipe secrète chargée de récupérer le patrimoine artistique et historique spolié de l’Espagne — ils volent des voleurs — part à la recherche d’un de ces trésors dérobés, l’Oasis éternelle, au cœur d’un Mali en pleine guerre civile. Du pur récit d’aventures, copieusement assaisonné d’érudition : une organisation rivale semant des embûches, une cité interdite, des énigmes à résoudre, une bête monstrueuse tapie au fond d’une grotte, de la romance (un peu), des rebondissements (beaucoup), et la belle histoire méconnue de l’empire songhaï ; de tout pour assouvir l’appétit du lecteur hédoniste. « Seul le mystère nous fait vivre », confesse la quêteuse Danny, et elle a parfaitement raison.

Federico à son balcon
Carlos Fuentes Gallimard

Dernier présent offert à ses lecteurs avant qu’ils ne soient forcés de se mettre en berne, cette fable philosophique et politique sur les pouvoirs et la révolution, œuvre du grand Fuentes, fournit des fragments à méditer lentement. Dialogue éclaté en compagnie de Nietzsche ressuscité pour les besoins de ce cours magistral de fin de vie, manière de testament cynique inspiré des grands concepts rapaillés aux quatre coins des travaux du penseur du surhomme, ce conte qui en contient plusieurs flirte avec les cas moraux limites pour mieux dévoiler la nature humaine et ce qui en advient lorsqu’ensemble, les individus tentent de former une société. Rien de très joyeux à ce banquet philosophique au milieu d’une révolution qui a tous les airs de la farce.

La société des grands fonds
Daniel Canty La Peuplade

Daniel Canty signe ici un récit aquatique, voyageur, un panorama de l’influence des histoires et une collection de souvenirs, de songes d’enfance, de rêvasseries du flâneur. Porté par une voix érudite, déterminée, emplie de nostalgie, La société des grands fonds est le journal d’un lecteur — de tous les lecteurs — et s’ouvre à nous tel un confident. Bienvenue au sein de la confrérie ! On s’y reconnaît certes. Échapper le livre dans l’eau du bain, déambuler la tête pleine de mots et de mondes, ne pas vouloir gâcher la beauté d’une première lecture en relisant le livre. Lire. Moment douillet, privilégié, bulle d’immobilité. C’est une œuvre organique et joliment ponctuée d’illustrations oniriques à laquelle on prête notre souffle.

Le club des mal cités
Olivier Niquet Duchesne Et Du Reve

Sous le même format que Dans mon livre à moi, sorti en octobre 2017, Olivier Niquet revient à la charge avec les meilleures citations de la politique québécoise. On y souligne, entre autres, la syntaxe impressionnante de Justin Trudeau, les blagues laborieuses de Jean-François Lisée et les détours linguistiques de Mélanie Joly, sans oublier quelques classiques anciens comme « Rambo » Gauthier, Pierre Karl Péladeau et Jean Tremblay. Le secret de l’humour qui y est développé tient aux commentaires ajoutés par l’auteur après chaque citation. Après l’année électorale haute en couleur de 2018, il est bon de pouvoir rire d’un sujet qui nous laisse pour la plupart du temps cyniques. Un plaisir à consommer entre amis lors d’un souper bien arrosé !

Et je disparaîtrai dans la nuit
Michelle Mcnamara Kero

La journaliste américaine Michelle McNamara l’a elle-même avoué : elle était devenue obsédée par une série de viols et de meurtres survenus dans les années 70 et 80 en Californie. Elle a enquêté pendant des années sur celui qu’elle a surnommé le « Golden State Killer », et ce, jusqu’à sa mort en 2016. McNamara n’a pu terminer son essai, mais le livre demeure un produit complet grâce à la collaboration de son mari, de ses éditeurs et de co-enquêteurs. L’auteure fait un portrait social de la Californie à cette époque, du climat de terreur et d’inquiétude qui y a régné, mais aussi de sa propre relation avec son sujet. Elle réussit à le faire avec une grande humanité et signe ici un livre passionnant, méticuleux, bien ficelé et percutant.

La possibilité de l’âme
Catherine Ternynck Novalis

Le monde contemporain a-t-il rendu l’âme ? À nous d’en juger. Ce magnifique livre de Catherine Ternynck, préfacé par Sylvie Germain, nous invite à la découverte de cette beauté qui se cache dans certaines situations « banales », certains objets « usités », certains gestes « anodins » et derrière le « commun » des mortels. Catherine Ternynck, avec une attention contemplative, nous incite à voir derrière le visible une présence d’âme et parfois aussi une absence. Une absence malgré la réussite, la grâce d’une nature comblée par la vie d’où la moindre faille nous laisserait entrevoir l’existence de cette âme. Initiés par le deuil de son mari, ces récits écrits comme un long poème en prose nous incitent à l’attention de ce surgissement d’âme possible en nous, parce qu’« un jour ou l’autre la vérité que l’on porte en soi se révèle, car dans toute vie il y a une heure de l’âme ».

Denis Dumas (Morency)
6 Décembre 2018
Les justiciers d’Hochelaga
Peter Kirby Linda Leith

À la suite d’un accident impliquant deux véhicules, un sac tombe de l’un des deux, contenant le corps d’un homme. Les occupants du véhicule le laissent là et repartent. La saga est alors lancée : qui a tué cet homme ? À Hochelaga, des criminels font régner leurs lois et la police semble fermer les yeux sur leurs magouilles. Lors de l’enquête de l’inspecteur Vanier, un jeune homme est arrêté pour avoir crevé les pneus du véhicule de celui-ci. Après son arrestation, il est conduit au poste pour un interrogatoire. Une manifestation est alors organisée en son honneur et les enquêteurs le font sortir par la porte de derrière. Le jeune homme se fait ensuite tabasser par ses amis et le blâme tombe sur les deux enquêteurs, qui sont suspendus le temps qu’une enquête soit réalisée. Beaucoup de suppositions et d’événements inattendus vous attendront dans cette histoire.

Macbeth
Jo Nesbo Gallimard

C’est une spirale infernale que déroule Jo Nesbø dans ce polar glauque au possible, inspiré de la pièce du même nom de Shakespeare. Années 70. Dans une ville d’Écosse ravagée par la misère et la drogue, le commandant Macbeth s’illustre lors d’une opération policière contre un gang de motards criminels. En découle une promotion qui attise de vieilles jalousies… Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin quand toute la ville salue ses prouesses ? lui souffle Lady, sa maîtresse gonflée d’ambition. Pourquoi ne pas éliminer le préfet de police lui-même pour prendre sa place ? L’idée ne tarde pas à se concrétiser, entraînant forcément l’élimination de quelques collègues devenus des témoins gênants… Un voyage haletant au cœur de la bassesse humaine !

André Bernier (L’Option)
6 Décembre 2018
Les soeurs pantoufles
Pierrette Dubé Éditions Québec Amérique

Que dire de ces deux sympathiques pantoufles ? Qu’elles sont rigolotes, certes, et qu’elles ont chacune leur caractère, l’une davantage pantouflarde, et l’autre, au pied plus aventureux ? En effet ! C’est aussi une superbe incursion dans l’univers des souliers, ceux qu’on choisit pour le confort, ceux qu’on sort pour les grandes occasions, à talons plats ou vertigineux, les usés, les esseulés, les oubliés ou les occasionnels. Pierrette Dubé, à travers ces fameuses pantoufles, raconte avec aisance et affection le destin de celles qui nous accompagnent, parfois malgré elles, sur les chemins de la vie. On saute à pieds joints — et chaussés ! — dans cette histoire tout à fait mignonne et amusante, joyeusement illustrée par PisHier. Une belle surprise ! Dès 7 ans.

Patate Pourrie : Le légume le plus mignon du monde !
Ben Clanton Éditions Scholastic

Le nouvel album jeunesse de Ben Clanton met en scène une patate pourrie qui adore les concours, tellement qu’elle ne peut pas résister à l’envie de participer à une compétition de beauté. La tâche ne sera pas facile, car elle affrontera un petit lapin mignon, un mini chaton des plus adorables et une jolie méduse enjouée. Mais pour Patate Pourrie, le plus important est de croire en ses rêves et de persévérer, tout en restant fidèle à ses valeurs et à sa personnalité. Les idéaux de beauté qui tentent de façonner notre société sont donc remis en question avec humour dans cet album. Il n’y a pas qu’une seule façon de concevoir ce qu’est la beauté, il y en a plusieurs, et il faut le comprendre très tôt pour renverser des préjugés qui peuvent blesser. Dès 4 ans.

Enfances
Marie Desplechin Ecole Des Loisirs

Certains livres ont un pouvoir rassembleur : ils éveillent la curiosité de toutes les générations. Marie Desplechin et Claude Ponti présentent ici le récit d’enfance de personnages de tout acabit : scientifiques, écrivains, artistes, rois et reines, dieux et déesses… Des individus dont on a certes entendu parler, mais dont on ignore pour la plupart le vécu dans la prime jeunesse. Quel beau prétexte pour inspirer un jeune lectorat que de lui faire le récit d’autres enfances qui ont forgé des êtres d’exception, réels ou fictifs. Bel objet tant par son contenu que par sa présentation visuelle (le travail graphique de Ponti est à la hauteur de ce qu’on lui connaît), on imagine facilement l’ouvrage venir agrémenter un souper de famille ou un après-midi pluvieux. Dès 10 ans.

Éléphant et Rosie
Mo Willems Éditions Scholastic

Rien n’est plus excitant que de préparer une surprise pour un ami précieux ! Rosie le sait déjà, alors que Gérald le découvre au même rythme que le lecteur dans ce nouvel épisode de la série « Éléphant et Rosie ». Pas facile d’attendre la chute de cet album qu’on lit en grimaçant et en retenant notre souffle ! Mo Willems, ce génie de l’essentiel, utilise la longueur du récit pour créer une attente aussi intense pour le lecteur que pour son éléphant Gérald. L’émotion se traduit tellement efficacement dans les multiples expressions de ce duo complice que le visage du lecteur ne peut rester de marbre. Parents, préparez-vous à le relire souvent ! Dès 3 ans.

Camille Samson (Liber)
6 Décembre 2018
On a un problème avec Lilou la loutre
Orbie Orbie Fonfon

Gros coup de cœur pour On a un problème avec Lilou la loutre ; un album 100 % bonheur et rigolade ! Le premier album jeunesse écrit et illustré par Orbie est une réussite ! Si Lilou la loutre nous charme par son enthousiasme à glisser partout et tout le temps, Orbie nous séduit avec son intelligence, ses détails dissimulés dans les illustrations, la richesse du vocabulaire, ses compléments informatifs et ses ouvertures aux lecteurs ; rien n’est laissé au hasard. Alors que certains albums jeunesse nous prennent (un peu trop !) par la main, celui-ci nous pousse en avant, suscite des questions, joue avec l’équilibre de la compréhension : bref, il fait confiance aux lecteurs ! J’adooore ! Dès 3 ans.

Camille Samson (Liber)
6 Décembre 2018
La crème glacée fond plus vite en enfer
Valérie Picard Monsieur Ed

Avant d’être un fantôme, Sam était un enfant anxieux qui avait, littéralement, peur de tout. Dans cet album ouvertement trash et irrévérencieux, Valérie Picard propose un antihéros attachant qui nous révèle ses craintes les plus absurdes. Les illustrations de Daniel Jamie Williams sont magnifiques (et parfois délicieusement dégoûtantes !). Il fallait oser pour dédramatiser les peurs auprès des enfants, et c’est exactement ce que font l’auteure et l’illustrateur. À elle seule, la chute est percutante et d’un humour bien noir. Ça fait du bien de voir un éditeur jeunesse québécois qui brasse la cage. Et chers adultes, n’ayez crainte : il y a fort à parier que les enfants en redemanderont dès la dernière page tournée. Un énorme coup de cœur ! Dès 6 ans.

Tache de mayo et graffitis
Émilie Rivard Bayard Canada Livres

Est-ce qu’il est possible de parler de Jean-Paul Riopelle et des automatistes québécois avec humour ? C’est le pari réussi que fait Émilie Rivard dans son nouveau roman de la collection « Zèbre ». Avec son graphisme éclaté, on plonge dans l’univers fascinant de l’une des plus grandes figures artistiques du Québec contemporain. Avec l’humour qu’on lui connaît, l’auteure nous propose une galerie de personnages attachants, dont le père de Clara, le personnage principal, qui est narcoleptique, mais qui rêve de guider une visite au musée où il est conservateur. Émilie Rivard propose en prime une réflexion pertinente et intéressante sur notre rapport à l’art, sur la légalité et la légitimité de l’art urbain et sur la nécessité de donner aux artistes un espace où s’exprimer. À vos pochoirs ! Dès 11 ans.

Anna Swan : La vraie histoire d’une géante
Anne Renaud Éditions Scholastic

Connaissez-vous Anna Swan ? En 1862, âgée de 16 ans, elle rejoint le Cirque Barnum à New York. Pourquoi ? Parce qu’elle mesure 2,43 mètres de haut ! Anna était la seule géante du monde à cette époque. Grâce au cirque, elle rencontrera une nouvelle famille où les différences ne nous rendent pas bizarres, dégoûtants ou effrayants, mais plutôt extraordinaires. Pour Anna Swan, le Cirque Barnum changera sa vie à jamais. Les deux créatrices montréalaises de cet album, Anne Renaud et Marie Lafrance, amènent les enfants à la rencontre d’une femme forte et inspirante ; une grande voyageuse qui n’a pas froid aux yeux ! Dès 3 ans.

Cloé Rouville (Le Fureteur)
6 Décembre 2018
Le siècle des malheurs (t. 2) : Indochine
Camille Bouchard Éditions Du Boréal

Pour le deuxième tome de la série « Le siècle des malheurs », Camille Bouchard nous transporte en 1953, en pleine guerre d’Indochine. Dans ce tome, on retrouve le personnage de Benjamin Lavoie du roman Pistolero, mais l’histoire se focalise sur son fils de 14 ans, Valentin. Celui-ci s’engagera illégalement dans la Légion étrangère pour obtenir la fierté de son paternel. Malheureusement, le jeune homme sous-estimait ce qui l’attendait une fois qu’il serait parachuté dans ce conflit mondial. L’auteur nous livre, encore une fois, un grand roman d’aventures, qui se veut aussi fortement instructif. Une excellente série à faire découvrir aux jeunes adolescents (et même aux adultes) qui veulent allier le plaisir de la lecture aux connaissances historiques. Dès 12 ans.

Émilie Bolduc (Le Fureteur)
6 Décembre 2018
Tu peux
Élise Gravel La Courte Échelle

Cet automne, Elise Gravel nous arrive en force avec cet album qui traite de stéréotypes auprès des enfants. Dans une société où les comportements sont souvent genrés et prédéfinis, ce livre témoigne qu’il est important d’être fidèle à ses émotions, sans se fier à l’opinion d’autrui. L’auteure aborde ce sujet sensible, néanmoins primordial, avec un dessin léger et comique qui caractérise bien son œuvre. Ainsi, au fil des pages, les enfants découvriront les différentes facettes de leurs personnalités. Mais attention ! Avec une touche d’humour, Elise Gravel mentionne que l’on doit, malgré tout, demeurer gentil et poli… Cet ouvrage deviendra un bon outil pour aborder les divers stéréotypes associés aux genres, autant pour les parents que pour les enseignants. Dès 3 ans.

Émilie Bolduc (Le Fureteur)
6 Décembre 2018
Gustave Eiffel et les âmes de fer
Flore Vesco Didier Jeunesse

Le troisième livre de Flore Vesco confirme certainement le talent de cette auteure pour l’aventure romanesque, l’intelligence du propos et la légèreté du ton. Son amour des mots, le rythme qu’elle insuffle à ses récits et la joyeuse bonne humeur qui s’en dégage sont impressionnants. On apprécie la courte biographie à la fin de ce livre qui mêle habilement le destin de Gustave Eiffel à la fiction. Ici, on suit le destin du jeune Gustave lorsqu’il commence son entraînement pour devenir un agent contre les créatures surnaturelles. Sa première mission, infiltrer une usine métallurgique pour découvrir si un phœnix s’y cache, le révélera à lui-même et le confirmera comme agent. La bonne nouvelle ? La fin laisse présager une suite à cette nouvelle épopée ! Dès 12 ans.

La haine qu’on donne
Angie Thomas Nathan

Lorsque son ami Khalil est tué sous ses yeux par un policier trop nerveux, tout devient un véritable combat pour Starr. Entre sa vie dans le ghetto et ses études dans une école privée, elle décide de prendre la parole malgré tous les risques que cela comporte pour elle et sa famille. Son objectif : que Khalil obtienne justice. Mais, dans un monde où la parole d’un policier blanc vaut mille fois plus que celle d’un jeune homme noir, la partie n’est pas gagnée. Un roman enlevant aux personnages captivants, mais surtout une lecture essentielle pour commencer à faire tomber les préjugés. Dès 12 ans.

Tireur ! Ceci n’est pas un exercice
Caroline Pignat La Courte Échelle

Cinq jeunes se retrouvent enfermés ensemble dans les toilettes de leur école secondaire alors qu’un tireur rôde. Ils sont tous très différents les uns des autres et se retrouvent confrontés à une situation horriblement inquiétante. À travers chacun de leur point de vue, nous sommes invités à vivre avec eux cette épreuve. Caroline Pignat signe ici un roman inspiré de l’actualité, de toutes les tueries qui se produisent chaque année dans des écoles. Il est difficile de poser ce roman, qui est à la fois plein de tendresse et d’humour, mais aussi angoissant et déchirant. Tireur ! est un livre que beaucoup d’adolescents devraient lire, non seulement pour la thématique abordée, mais surtout pour ses qualités littéraires. Dès 12 ans.

Nous sommes là
Oliver Jeffers Kaléidoscope

Oliver Jeffers a toujours su nous charmer avec ses histoires simples, drôles et intelligentes. Ses illustrations colorées ont déjà émerveillé des milliers d’enfants, mais avec ce nouvel album, il touchera tous ceux qui prendront le temps de le lire. C’est d’une main de maître qu’il réussit à expliquer ce que sont l’Univers, la planète Terre, les océans, les animaux, les humains, la vie dans son ensemble. Ça vous semble dense ? Eh bien, étonnamment, ça ne l’est pas. Tout est clair, sobre et présenté avec humour et douceur. Sincèrement, je crois que c’est le livre que l’on devrait offrir à tous les nouveaux parents. Dès 3 ans.

Sven le terrible : Pas de princesse pour les pirates !
Rhéa Dufresne Éditions Les 400 Coups

Les vacances sont terminées et Sven repart pour de nouvelles aventures à bord de la Méduse en quête d’une île mystérieuse. Sven et sa bande avancent en plein brouillard jusqu’à ce que la brume se dissipe et que… Surprise ! Ils découvrent non pas un trésor, mais une princesse. Et une princesse qui a du caractère ! Comme ses chevaliers l’ont oubliée sur l’île pendant qu’elle faisait la sieste, elle exige des pirates qu’ils la ramènent au château illico. Et à bien y réfléchir, ne serait-ce pas plus amusant de devenir pirate, se demande la princesse. Et que si ! Un album plein d’humour avec des illustrations aussi éclatantes qu’amusantes, un récit rythmé et une finale triomphante et inattendue ! Dès 4 ans.

Mélanie Langlois (Liber)
6 Décembre 2018
La petite fille qui devint la Bolduc
Lucie Papineau Auzou Québec

La petite Mary a une enfance heureuse sur le bord de la mer en Gaspésie, teintée de musique, de chansons et de turlutes. Elle ne se doute pas qu’elle déménagera un jour dans la grande ville pour y devenir une grande vedette d’ici, la plus grande de son époque. Ce livre aux images remarquables est d’une écriture exemplaire qui s’adresse vraiment aux enfants d’aujourd’hui. Soulignons qu’il est intéressant de voir, depuis quelques années, le patrimoine québécois mis en valeur par le biais de films ou de publications. Les légendes et les personnages importants de son histoire se font découvrir à une nouvelle génération et c’est pourquoi nous devons remercier le tandem d’auteures et les éditions Auzou. Du vrai travail d’artiste.

Harold Gilbert (Sélect)
6 Décembre 2018
Gagner la guerre (t. 1) : Ciudalia
Frédéric Genêt Le Lombard

Ceux qui ne connaissent pas encore l’abject, mais flamboyant personnage de Benvenuto Gesufal ont désormais la possibilité de le découvrir autrement que sous les mots prodigieux de Jean-Philippe Jaworski. Grâce à Frédéric Genêt, l’antihéros le plus divertissant de la dernière décennie peut maintenant nous raconter ses frasques politiques en images soignées, dynamiques et classiques. Ce premier tome, inspiré par la nouvelle « Mauvaise donne », raconte comment ce malfrat plein de ressources et à l’esprit tordu est entré au service du Podestat Ducatore. Comme Benvenuto est également la vedette d’un roman de près de 1 000 pages, ce premier tome n’est bien sûr que le début de l’aventure. Le matériel scénaristique ne risque donc pas de manquer !

Les aventures de Théodore Poussin (t. 13) : Le dernier voyage de L’amok
Frank Le Gall Dupuis

Théodore Poussin crie vengeance ! Avec Martin et Novembre, le placide jeune homme jouera le tout pour le tout pour reprendre sa cocoteraie des mains du Capitaine Crabb. Avec un équipage des moins recommandables, il s’embarque sur l’Amok en direction de l’île de la Tortue. Pour Théodore Poussin, il ne s’est passé que quelques mois depuis que Crabb lui a « tout pris de [sa] vie ». Pour le lecteur cependant, cela fait près de quinze ans qu’il a perdu de vue le sympathique commis de bureau à lunettes. Et bien que l’on aurait espéré plus d’éclat à ce retour tant attendu, on ne peut qu’être charmé par la constance de Le Gall et sa fidélité à la série. Reprenant paisiblement l’action là où il l’avait laissée, on croirait l’entendre dire, à l’instar de Poussin : « J’intéresse beaucoup les gens. Allez savoir pourquoi… »

Anne-Marie Genest
6 Décembre 2018
Prendre refuge
Mathias Enard Editions Casterman

En Afghanistan en 1939, l’écrivaine Anne-Marie Schwarzenbach rencontre l’archéologue Ria Hackin et en tombe amoureuse. À Berlin en 2016, Karsten rencontre Neyla, une réfugiée syrienne, et en tombe amoureux. En mettant en parallèle les deux idylles, Énard et Abirached créent un scénario très axé sur la poésie, celle des mots d’abord, mais aussi celle des mythes, de l’immensité du paysage, du ciel et même celle du déracinement. En plus d’un noir et blanc sans nuance, les illustrations contiennent souvent des motifs répétitifs orientalisants qui, tantôt organiques, tantôt rigides, expriment le déchirement de Neyla entre la promesse d’un avenir meilleur et l’attachement aux origines. Plus impressionniste que descriptif, ce roman graphique nous fait finalement prendre conscience que le refuge, qu’il soit dans les bras de quelqu’un ou dans un autre pays, ne peut être que temporaire.

Anne-Marie Genest
6 Décembre 2018
Donald’s Happiest Adventures : À la recherche du bonheur
Lewis Trondheim Glénat

Trondheim et Keramidas, après vous avoir fait découvrir Mickey’s Craziest Adventures tiré — disent-ils — d’un lot incomplet de numéros de Mickey’Quest, ont fait une autre « improbable » découverte : « Un paquet entier de Donald’s Quest ! » Ils vous présentent cette fois une aventure mettant en vedette Donald le canard irrévérencieux dans une traduction inédite (pff… c’est ça, ouais). Les planches de cette bande dessinée sont autant de réflexions philosophiques qu’humoristiques sur la quête du bonheur. Le style graphique particulier de cet album, comme le précédent, vous fera vivre un moment de douce (fausse) nostalgie. À noter aussi que les superbes couvertures de ces deux petits chefs-d’œuvre du 9e art forment un diptyque époustouflant !

Thiery Parrot
6 Décembre 2018
Kong-Kong : Le singe sur le toit
Vincent Villeminot Editions Casterman

Coup de cœur pour cette version de King-Kong réinventée pour les enfants ! Abélard et Héloïse nous offrent leur monde bourré d’imagination où les tours à appartements sont des tours médiévales et où le bris d’ascenseur de leur immeuble n’est qu’une façon comme une autre d’être plus créatif que jamais ! Le texte est recherché et met en lumière cette histoire d’amour enfantine, mais tellement pure et touchante. En ce qui concerne les illustrations, le tout est très sobre, mais reflète parfaitement bien la simplicité de leur relation. Puis, ce singe perché sur le toit de l’édifice… Rempli d’amour pour la petite fille, il fait des pieds et des mains pour la rendre heureuse, alors que cette dernière s’attache de plus en plus à un autre que lui… Magnifiquement réussi ! Dès 7 ans.

Les filles de Salem
Thomas Gilbert Dargaud

Salem Village, dans les années 1690. Abigaïl grandit paisiblement aux côtés de sa famille et de ses amies, dans un village typique des États-Unis. Mais quand approche l’âge adulte, son petit monde se transforme peu à peu en enfer sur Terre. Le goût des jeunes femmes pour la liberté de vivre, de danser et d’aimer les mènera à leur perte. Exacerbées par la famine, les superstitions et la bigoterie, les tensions de voisinage poussent les habitants à commettre l’irréparable. Alors qu’aujourd’hui le nom de Salem reste encore synonyme de sorcellerie dans la culture populaire américaine, la véritable histoire du procès de Salem mena près de vingt-cinq personnes à la torture et à la mort. Thomas Gilbert nous livre ici un récit cauchemardesque, bien servi par son style de dessin, tantôt bucolique, tantôt tourmenté. Une très belle bande dessinée, dont l’histoire est bien menée et dévorante.

Carole Besson
6 Décembre 2018