La Corse vit sa Révolution tranquille et veut redevenir « maître chez elle » depuis décembre 2015. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse depuis un peu plus d’un an, nous expose les revendications de son peuple dans cet Avanzà!, un plaidoyer vibrant pour la tolérance, la générosité et l’ouverture. Amoureux de la langue corse (qu’il souhaite valoriser), passionné de la culture et de l’histoire de sa nation (une passion qu’il communique fort bien), Talamoni, avocat de formation mais littéraire dans l’âme, défend un projet politique avant tout culturel de « réappropriation de nos droits », en l’associant à une lutte contre la spéculation immobilière; une démarche autonomiste (l’indépendance, ce sera peut-être pour plus tard) qui ne peut susciter que des échos sympathiques au Québec.
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Avanzà! La Corse que nous voulons
Planète vide
Papa, onze ans, bien que né sur Terre, s’y sent bien étranger. Sa vie est ailleurs, dans le cosmos, dans son livre plein d’étoiles qu’il traîne partout avec lui, car Papa est un enfant harcelé. Il a appris à baisser la tête. Mais un jour, il riposte. Il croit avoir tué. Il doit fuir, le ventre vide, sous la pluie froide, dans ce Paris, monde plein d’ennemis. Point de lumière traversant le néant, il accomplit le plus initiatique des voyages, lui, personnage silencieux devenu moins effrayé par l’Infini que le plus bruyant des Terriens, se rapproche des astres comme jamais un humain n’a su le réaliser. Angoissante odyssée, troublante exploration d’une âme d’enfant vulnérable et innocente, refusant, malgré sa détresse, de tuer ses rêves, Planète vide, œuvre noire et lumineuse à la fois, splendide exercice de concision, célèbre une révélation : la découverte chez un petit être de la puissance de son imaginaire.
Ton coeur comme un poing
Sunil Yapa revient sur les manifestations à Seattle en 1999 lors d’un sommet de l’OMC, les premières à interrompre ce type de rencontre. L’auteur apporte un autre regard, celui que les médias n’ont pas filmé. Un premier roman réussi. La diversité des personnages ainsi que des points de vue sur cette même crise complexifie le roman en lui apportant une plus grande richesse. En plus d’une écriture cinématographique, l’auteur parvient à partager la tension montante : la manifestation se veut pacifique, mais une suite de décisions va la faire déraper vers une violence inimaginable. Un roman qui fait écho à l’actualité, car il dépeint une Amérique qui se révolte, qui se voit obligée d’user de désobéissance civile pour se faire attendre.
Culottées (t. 2) : Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent
Dans un second opus tout aussi coloré que le premier, Pénélope Bagieu invite de nouveau ses lecteurs à découvrir l’histoire de quinze femmes fortes et courageuses. Malgré les époques et les kilomètres qui les séparent, ces dernières ont toutes un point en commun : leur audace et leur détermination extraordinaires leur ont permis de faire tomber certaines des innombrables barrières du sexisme et de lutter pour leurs droits et libertés. Que ce soit dans le domaine des sports, des sciences, des arts ou de la politique, ces « culottées » ont osé suivre leur voie. Une lecture inspirante qui nous rappelle le chemin qu’il reste encore à parcourir pour que toutes les femmes puissent, justement, ne faire que ce qu’elles veulent.
Canicule
Une petite communauté rurale d’Australie. Chaleur et sécheresse y acculent les fermiers à la faillite. Est-ce la raison qui a poussé Luke Hadler à tuer sa femme et son fils avant de se suicider? Ses parents sont les seuls à en douter. Aaron Falk, ami d’enfance de Luke et policier à Melbourne, assiste aux funérailles, même s’il a fui cet endroit vingt ans auparavant parce qu’on l’accusait d’avoir tué Ellie, une fille de son âge… Pressé par le père de Luke, il accepte d’aider le policier local à enquêter sur ces crimes. Mais la hargne des habitants persiste, attisée par le père d’Ellie. Après un prologue à glacer le sang, Jane Harper mêle les époques avec brio, dessine une intrigue complexe et nous captive jusqu’à la toute fin. Un vrai page turner!
La veille de presque tout
Une femme grièvement blessée vient d’être hospitalisée à La Corogne, dans le nord de l’Espagne. Elle ne parlera qu’à l’inspecteur Germinal Ibarra. Il reconnaît vite la richissime Eva Malher, croisée trois ans plus tôt en enquêtant sur l’enlèvement et l’assassinat de sa fille. Mais où était cette femme qui se cache depuis des mois? Qui l’a mise dans cet état? Ibarra, aux prises avec ses propres démons, découvre le chaos intérieur qui a poussé Eva à se réfugier dans un bled perdu, où elle a côtoyé d’autres êtres tourmentés par un passé impitoyable… Les récits s’entrecroisent, hantés par des vengeances à prendre, des plaies à vif, des traumatismes jamais traités… Un grand roman, lauréat du prix Nadal 2016, l’équivalent espagnol du Goncourt.
Le bureau des jardins et des étangs
Immersion tout en sensualité dans le mystérieux Japon du XIIe siècle. Meilleur pêcheur de carpes de son village, Katsuro est le fournisseur officiel des étangs de la capitale impériale. Quand il se noie, il devient impérieux de livrer rapidement ses dernières prises. Miyuki, sa jeune veuve, entreprend alors un long périple, guidée seulement par les descriptions qu’en a faites son mari. Aux intempéries s’ajoutent les violences et les travers des gens qu’elle rencontre, mais les doux souvenirs de sa vie avec Katsuro lui permettent d’arriver à destination, où elle se trouvera associée à un étonnant concours de parfums en présence de l’empereur lui-même. Monte alors un tourbillon de riches effluves que l’on se plaît à imaginer… Exquis et dépaysant!
Le dimanche des mères
En ce 30 mars 1924, la tradition du dimanche des mères a encore cours chez les aristocrates anglais : les domestiques ont congé afin de visiter leur mère. Jane, elle, est orpheline. Quand son patron l’interroge, elle mentionne qu’elle prévoit lire au parc… Mais un coup de fil de Paul, son amant depuis sept ans, change la donne : ses parents s’absentant, il sera seul au manoir et la prie de l’y rejoindre. Elle entrera ainsi dans sa chambre pour la première… et dernière fois puisqu’il fera un grand mariage dans deux semaines. Les ébats terminés, Paul doit vite aller retrouver sa fiancée au restaurant. Survient alors un événement qui transformera radicalement la vie de Jane… et dont les conséquences laisseront le lecteur pantois. Un petit bijou!
Le poids de la lumière
Les nouvelles recueillies dans Le poids de la lumière d’Alexander MacLeod sont ancrées dans le quotidien, le concret. Elles s’attachent aux corps, à son vieillissement, à la violence qu’on lui fait. Des coureurs testant leurs limites contre des trains, des parents inquiets pour un enfant malade, des hommes déplaçant des pavés sous le soleil, des nageurs intrépides sautant des hauteurs vertigineuses, un coursier à vélo témoin d’un malheur, des garçons qui cèdent à la rage de l’enfance, un homme entreprenant un pèlerinage : chaque récit est humain, touchant, et campe avec force les charges émotionnelles des moments charnières. Que ce soit l’amour ou la peur qui fait frémir les personnages, à tout coup, la lecture est vertigineuse.
Le séducteur
Le séducteur, premier tome d’une trilogie de l’auteur norvégien Jan Kjærstad, s’efforce de raconter la vie exceptionnelle de Jonas Wergeland, célèbre explorateur et producteur de télévision dont la femme vient d’être assassinée. Par quoi doit-on commencer pour brosser le portrait d’un homme? Le narrateur digresse, relate une anecdote, revient sur ses pas et crée ainsi un kaléidoscope où chaque petite histoire est le reflet d’une plus grande, et vice-versa. Morcelé, mais guidé par certains leitmotive, le récit nous captive par cette incessante mouvance dont il se nourrit, en variant découvertes, amitiés et expériences érotiques fondatrices en une danse constante entre l’enfance et l’âge adulte.
Les rivières suivi de Les montagnes
Sous-titré « Deux histoires de fantômes », le recueil a une étiquette qui doit être prise à la légère, car comme toujours, François Blais s’amuse avec les codes du genre. Dans la première nouvelle, d’ailleurs, pas de fantôme. Ou plutôt un fantôme en devenir puisque, dès le début, le lecteur sait qu’une fillette sera tuée. Qui est le coupable? Suspense. La deuxième nouvelle, quant à elle, met en scène l’alter ego de l’écrivain, forcé peu à peu d’abandonner son scepticisme face à l’apparition d’une revenante qui, vraisemblablement, lui demande de l’aide. Toujours avec la simplicité et l’humour noir qu’on lui connaît, Blais saura arracher des sourires à son lecteur – des frissons également, pour ceux qui croient encore aux fantômes…
Little America
Henry Bromell signe un roman d’espionnage hors-norme qui combine les qualités d’un récit d’aventures et la profondeur d’une enquête existentielle. C’est un livre peuplé de mystères où la question de la recherche du père et les missions de la CIA s’imbriquent avec une cohésion frappante. Le roman puise sa force dans la véracité des faits qu’il éclaire et dans la tension entre l’amour filial, l’éthique individuelle et la loyauté patriotique. Imaginez un instant que vous êtes un gamin étudiant dans un pays étranger. Vous surprenez votre père à livrer des mallettes en pleine nuit et vous le voyez ruser pour charmer le souverain du pays. Malgré tout, vous recherchez son attention plus que tout au monde. Voilà le sujet de ce roman obsédant.
Tu aimeras ce que tu as tué
Dans une langue agile et râpeuse, Kevin Lambert dégaine avec une vélocité rare. L’auteur érafle la mythologie saguenéenne avec la malice d’un écolier et l’outrecuidance d’un jeune rebelle. L’âpreté du récit met le lecteur à rude épreuve. Or, cette licence conférée à la parole gaine le roman d’une tension brumeuse dont on finit par ne plus pouvoir se passer. La mort rôde dans le quotidien de ces forcenés qui nouent des amitiés ambivalentes, amorcent des vendettas cruelles et fomentent des coups pendables. Malgré leur désir inapaisable d’outrage, Faldistoire et sa bande affichent parfois une sagacité émouvante, étrangère aux adultes de cette ville haïssable. D’une beauté vénéneuse, ce livre donne à voir le talent d’un écrivain convaincant.
Jem et les Hologrammes (t. 1) : Showtime!
J’ai entrepris la lecture de cette bande dessinée en étant nostalgique et fébrile de retrouver les héroïnes de ma jeunesse. Inspiré d’une série pour enfants des années 80, Jem et les Hologrammes est l’histoire de Jerrica qui hérite de la maison de disques après la mort de son père. Elle et sa sœur Kimber formeront un groupe de musique pour rivaliser avec les Misfits. Loin des clichés de la série originale, l’auteure réinvente l’histoire au goût du jour. Qu’il s’agisse de l’aspect physique ou même de l’orientation sexuelle des personnages, l’auteure interpelle la nouvelle réalité de nos adolescents. Avec ses dessins éclatés et ses couleurs vives, ce comics plaira autant à la nouvelle génération qu’à ceux plus mélancoliques.
L’appel
Qu’y a-t-il de plus pénible que l’attente? Attendre un appel important… Cécile, mère célibataire, longe les murs de son appartement en espérant la sonnerie de son téléphone, l’appel tant attendu de son fils. Celui-ci est parti faire le djihad en Syrie, sans avertissement, sans aucun signe de radicalisation. Avec une grande sensibilité, ce roman graphique nous livre une histoire sur cette nouvelle réalité qui touche de plus en plus de gens. Désarmée et impuissante, j’ai lu cette bande dessinée avec avidité. Au-delà de ce sujet d’actualité, il y a aussi l’inquiétude d’une mère qui tentera tout pour comprendre son enfant. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, le réalisme qui découle de ce récit donnera matière à réflexion à plusieurs d’entre nous.
Un hiver dans le cœur
L’adolescence nous a tous offert son lot de surprises. De nouvelles expériences, des peines d’amour, des joies inespérées, mais beaucoup d’incertitude. C’est ce que nous offre Mylène Arpin dans ce roman où l’amitié de deux adolescentes, Émilie et Myriam, sera décortiquée. Alors qu’on croit être simplement témoin d’une innocente histoire, l’auteure nous confronte à une finale dramatique. Je n’avais aucune attente en commençant ce livre et je me suis reconnue rapidement dans le personnage d’Émilie. Celle-ci critique beaucoup les valeurs de son amie et ne semble pas reconnaître les cris de détresse qui se cachent derrière. Récit très réaliste empreint d’une belle sensibilité qui saura nous faire réfléchir sur la fragilité de la vie. Dès 13 ans.
Une flamme dans la nuit
Ce roman est le second tome d’Une braise sous la cendre et je dois avouer que je l’attendais impatiemment. Déjà conquise par cette série, j’ai été bouleversée par ce livre, mais surtout surprise. On y retrouve Laïa et Elias qui tentent, malgré toutes les épreuves, de se rendre à la prison de Kauf. Ils seront pourchassés, hantés et confrontés aux pires horreurs que leur réserve l’Empire. À bout de souffle, j’ai lu cette fiction où chaque chapitre nous donne envie d’en livre davantage. Sabaa Tahir a le talent de garder son lecteur accroché à chaque aventure décrite par trois des principaux personnages. Cette triple narration donne beaucoup de rythme à notre lecture. Satisfaction et nuit blanche garanties.
L’abri
Céline Claire signe ici un magnifique album. Alors que les animaux se serrent les coudes à l’approche d’une tempête, l’arrivée de deux étrangers provoque une vague de méfiance qui amène les habitants de la forêt à fermer leur porte et leur cœur. Heureusement, un acte de bonté survient, et sera ensuite payé de la même bonté en retour. Le texte touche droit au cœur. Quant aux illustrations de Qin Leng, avec leur délavé qui rappelle l’aquarelle, elles mettent en lumière l’absurdité de vivre dans la peur de l’autre, alors qu’on a tant à offrir. Un album incontournable qui enseigne aux enfants (et rappelle aux adultes) que la peur est mauvaise conseillère, et que c’est dans les situations difficiles qu’il importe d’ouvrir son cœur à l’autre. Dès 4 ans.
L’atelier des bouquets : Inspiration et conception
J’adore les fleurs et les bouquets qui garnissent la maison et l’égayent. Avec l’été qui s’installe, je rêve d’un jardin fleuri dans lequel je pourrais cueillir allègrement, mais c’est parfois difficile lorsque l’ombre domine le soleil. Qu’à cela ne tienne! Soyons créatifs, ouvrons les yeux sur la nature qui nous entoure et portons un regard neuf sur les plantes que nous côtoyons, même celles que nous ignorons souvent. Dans cet ouvrage simple et magnifiquement illustré, la fleuriste Carmel Sabourin Goldstein nous donne des conseils pour bien nous équiper, des techniques pour monter et entretenir des bouquets ainsi que des recettes de compositions florales pour nous orienter. Il ne nous reste plus qu’à faire travailler notre imagination!
Les aventures de Lucky Luke d’après Morris : Jolly Jumper ne répond plus
Mauvaise passe pour l’homme le plus rapide de l’Ouest : non seulement les Dalton sont en train de mettre le souk à coups de grève de la faim, mais le valeureux Jolly Jumper, son cheval, lui fait aussi la gueule sans raison. Le cowboy saura-t-il être assez inventif pour raviver la flamme de la complicité l’unissant à son destrier? Si les célébrations vont bon train pour les 70 ans de la gâchette la plus célèbre de la BD, la plus intéressante est sans nul doute cette nouvelle collection de « Lucky Luke vu par… » initiée l’an dernier, où on laisse à un auteur, le temps d’un album, le champ libre pour s’approprier le personnage beaucoup plus personnellement que lors d’une simple reprise. Ici, Bouzard marque à toutes les pages, provoquant une hilarité continue.
Satanie
Une mission de sauvetage spéléologique part à la recherche d’un jeune théologien parti prouver l’existence d’une race dérivée d’homo sapiens s’étant adaptés à la vie sous terre, qu’on prendrait depuis des centaines d’années pour des démons. La mission ayant tôt fait de se perdre elle-même, elle n’a plus d’autre choix que d’aller de l’avant, c’est-à-dire toujours plus profondément, et d’aller constater de ses propres yeux la véracité de la théorie… Villes utopiques, faune monstrueuse, climat hostile, repères physiques et temporels constamment malmenés… Les auteurs nous poussent, à l’aide de maestria graphique et d’un découpage sans cesse mouvant, vers les tréfonds de la Terre autant que de l’âme humaine.
Demain n’est pas un autre jour
Lorsqu’une épidémie de tuberculose résistante aux traitements touche les adolescents, leurs parents n’ont d’autre choix que de les placer dans des sanatoriums conçus pour les accueillir en attendant que les scientifiques trouvent le bon traitement. Laissé à lui-même dans l’établissement où toutes les règles tombent, Lane, adolescent studieux qui ne se consacre qu’à ses études, fait la rencontre de Sadie, jeune rebelle qui lui fera voir la vie sous d’autres facettes. Ce roman s’inscrit directement dans la lignée des John Green. Vous rirez, vous pleurerez, mais somme toute, la lecture vous insufflera un espoir qu’on n’aurait pas cru possible.
Le bal des absentes
Ce n’est pas un secret : les écrivaines sont trop peu étudiées dans les cours de littérature. Julie Boulanger et Amélie Paquet redonnent une voix à plusieurs auteures qui sont trop souvent confinées au silence parce que femmes. Si l’essai semble interpeller davantage les enseignants et les enseignantes et les incite à intégrer plus d’écrivaines dans leurs cours, la réflexion et l’analyse des textes demeurent pertinentes pour l’ensemble des lecteurs et des lectrices qui sont aussi responsables (souvent inconsciemment) du peu de place accordée à l’écriture des femmes. Chose certaine : vous ne ressortirez pas de cette lecture sans avoir augmenté votre PAL (pile à lire)!
Le sexy défi de Lou Lafleur
Une ado de 15 ans tombe des nues en apprenant l’âge moyen de la première relation sexuelle chez les filles : 15 ans. Voulant à tout prix éviter de devenir une « attardée sexuelle », Lou se donne 45 jours, le temps qu’il lui reste avant son seizième anniversaire, pour perdre sa virginité. S’ensuit une course effrénée contre la montre pour tout apprendre de la sexualité afin de mettre le plan à exécution, avant qu’il ne soit trop tard. L’aspect éducatif du texte aurait pu rebuter, mais ce n’est pas le cas. Les informations sont intégrées à la perfection, à travers toutes sortes de situations les plus divertissantes les unes que les autres. Un roman à mettre entre les mains des adolescentes en quête de leur sexualité. Dès 15 ans
Le ciel
Voici un magnifique roman où nous partageons avec délicatesse les sentiments de la jeune fille rencontrée dans Le fleuve, le précédent roman de l’auteure. Maintenant adulte, ayant quitté la Côte-Nord pour ses études, cette jeune femme pose un regard attendri sur sa mère qui a tant donné et perdu. De s’éloigner et de revenir lui a permis de savourer le réconfort qu’apporte la maison familiale. Même la voix de sa mère au téléphone lors d’une escapade à Paris prend tout son sens. C’est à son retour, le cœur en miettes, que le drame se dévoile et provoque une urgence de savourer chaque moment. Ce texte bouleversant nous ramène vers la beauté apaisante de l’aube sur le fleuve.
Les égarés
Imaginez quatre personnes, trois femmes ayant un lien commun et un inconnu, qui se rencontrent au sommet d’une montagne en Californie. L’inconnu, nommé Wolf, n’avait pas l’intention de redescendre, comptant mettre fin à ses jours, mais le voilà, malgré lui, à guider ces trois femmes qui recherchent un lac. Cette rencontre changera le cours de la vie de chacun, et avec craintes, nous les accompagnons pendant cinq jours, perdus dans un canyon, à la merci des coyotes, des vautours et des serpents, sans eau ni nourriture! Il s’agit d’une histoire de survie et d’espoir où chacun paraît à la fois faible et fort, avec un dénouement haletant dont les personnages nous habiteront longtemps.
Petits monstres
Marie-Louise Gay n’a pas besoin de présentation! Auteure et illustratrice, lauréate de nombreuses distinctions, voilà qu’elle nous entraîne dans de courtes aventures très colorées sous forme de bandes dessinées. Chaque double page raconte quelque chose de loufoque, passant du garçon invisible à la vie secrète des escargots ou encore la curieuse question : « De quoi parlent les arbres? » L’espièglerie est au rendez-vous et cet album se referme sur le terrier des lapins, fabuleux terrain de jeu secret et original. Avec un souci du détail, l’auteure présente des sujets qui amuseront nos petits monstres. Dès 4 ans.
Saint-Laurent mon amour
Voici de courtes chroniques historiques, composées de rencontres d’hier et d’aujourd’hui, soulignant l’influence de ce fleuve qui unit villes et villages. L’auteure nous présente des portraits touchants d’habitants et nous conduit ensuite à Gaspé, son lieu préféré au monde! Puis, traversant sur la rive nord, longeant la côte en savourant anecdotes et paysages, nous nous retrouvons sur le Bella en direction du presque bout du monde. Textes magnifiques et précis, écrits par une auteure talentueuse qui porte en elle tout l’attachement possible envers la vie et cette route d’eau dont on ne se lasse jamais. À lire en rêvant de voguer vers le large…
La vie secrète des arbres
Quelle belle surprise qu’est ce livre! Un petit « inclassable » qui a piqué ma curiosité et que je n’ai pas su lâcher. Franc défenseur d’une écoforesterie logique et responsable, Peter Wohlleben est, depuis plus de vingt ans, le garde forestier d’une forêt située en Allemagne. C’est cette expérience qui lui permet de nous livrer le contenu de ses recherches et de ses observations effectuées auprès de sa forêt chérie. Solidarité, langage, réseautage (l’Internet des champignons, vous connaissez?), stratégie de survie et même mémoire… les arbres n’ont pas fini de nous étonner, croyez-moi. On parle même d’éducation des jeunes arbres par les anciens, c’est tout simplement fascinant. Après cette lecture, on ne voit plus la végétation de la même manière
Révolution fermentation
J’ai offert ce livre à mon coloc cuisinier qui en était déjà à quelques expérimentations en matière de fermentation. Le kombucha et le kimchi font maintenant partie de notre alimentation quotidienne et c’est une joyeuse affaire. En plus d’être esthétiquement intéressant (les photos sont superbes), l’ouvrage est un outil de travail très bien conçu, autant dans sa structure que dans son contenu, dans lequel il est facile de s’y retrouver. Moutarde, citrons confits, chutney, bière de gingembre et autant d’autres succulentes victuailles qui possèdent toutes ce petit goût de « revenez-y ». Vous savez de quoi je parle, c’est cette petite sensation nouvelle qui vous reste dans la bouche et qui vous incite à essayer encore et encore jusqu’à plus pouvoir vous en passer.
Undertaker (t. 3) : L’ogre de Sutter Camp
Ah, les westerns! J’adore découvrir les codes appartenant au genre dans un album : personnages typés, violence gratuite, langage ordurier, poursuite en calèche, décors bucoliques. Ce troisième volet de la série fait honneur à la mythologie de l’ouest et prouve encore que ce genre est bel et bien vivant. Un découpage dynamique, une coloration superbe, un scénario enlevant, bref, une bonne réussite visuelle et narrative. Je n’irais pas jusqu’à dire que la série équivaut à la légendaire « Blueberry », mais quand même, elle se défend très bien. Et j’accorderais une gommette supplémentaire pour avoir eu l’idée de propulser les personnages de Rose-Prairie et de Lin au rang de protagoniste. Cette stratégie mène à des pistes intéressantes pour les tomes à venir.
Le chat le plus mignon du monde
On ne le voit pas tout de suite en arrivant à l’animalerie. Toutes sortes de chats attendent d’être adoptés, des mignons et des pas très gâtés par la vie. Et, soudain, il apparaît de dos, avec un pelage roux, de grandes oreilles et un nœud rose au cou. Toute la famille est du même avis : c’est le chat le plus mignon du monde! Sauf que voilà, une fois la première semaine passée à la maison, personne n’a encore pu le voir de face. Qu’est-ce que ce chat a donc à cacher? Un album parfait pour éclater de rire du début à la fin grâce à l’originalité et l’humour pétillant de Vincent Pianina. La chute renversante amusera beaucoup les petits lecteurs, car même s’il est le plus mignon du monde, un chat n’est peut-être pas toujours un chat. Dès 3 ans.
Les mûres
C’est d’abord le talent époustouflant de l’un de nos plus grands illustrateurs québécois, Stéphane Poulin, qui nous attire vers Les mûres. Une fois plongés entre les lignes d’Olivier de Solminihac, il ne nous reste plus qu’à fondre totalement. Dans ce deuxième album, nous retrouvons Michao, ce bel ours rassurant, Marguerite, la délicate petite chèvre, et le charmant renardeau, narrateur de l’histoire. Les vacances se terminent, ils doivent ranger les bagages dans la voiture et quitter cet endroit rempli de souvenirs. Prolongeant le plaisir, Michao les emmène cueillir des mûres une dernière fois. Certains deuils des enfants peuvent devenir de magnifiques souvenirs. Et les mûres, elles, avoir le goût des madeleines de Marcel Proust. Dès 4 ans.
Automne rouge
Quelle jolie bande dessinée! J’apprécie beaucoup le travail de Richard Vallerand. Un dessin juste, efficace, avec un rythme travaillé et solide. Rajoutez-y le scénario d’André-Philippe Côté et vous obtenez ce magnifique album. 1970 : le FLQ, les grèves, le Québec en ébullition et… un devoir, celui d’inventer un héros québécois. Pas facile pour Laurent, dont la mère, syndicaliste, est régulièrement absente pour sauver son emploi, d’être sous la gouverne de sa jeune tante hippie qui semble cacher un sombre secret, et Jason, toujours sur son dos et prêt à tout pour lui faire regretter sa misérable existence. Je me suis vite laissé prendre par l’histoire et n’ai jamais vu venir le dénouement. Une BD du passé, mais avec encore pas mal de sujets d’actualité.
La puanteur des morts
Chouette roman policier qui se déroule au cœur de La Nouvelle-Orléans, tout juste avant la guerre de Sécession. Nous y retrouvons le Cap’taine Hube et ses deux aides pas très conventionnelles qui tenteront de dénouer le mystère autour du meurtre de trois Noirs, dont une jeune fille de 11 ou 12 ans. Au sein d’un service de police corrompu et qui n’a aucune intention d’aider le moindre petit esclave, notre agent devra user de ruse pour arriver à ses fins. Je dois admettre que nous avons l’impression d’y être, de sentir la Louisiane sous nos pieds. Les odeurs, la chaleur et le langage coloré de nos protagonistes y jouent pour beaucoup! Évidemment, que serait un roman néo-orléanais sans une bonne dose de vaudou! Une belle lecture d’été. Dès 14 ans.
Star Wars : L’atlas
J’ai un petit côté geek. Mais lorsqu’il s’agit de Star Wars, je suis un fan fini. Lorsque j’ai vu ce livre, mon cœur a dû arrêter de battre quelques coups! Sans y avoir nécessairement songé avant, je crois avoir rêvé de cet objet depuis toujours. Un atlas des mondes de Star Wars! Situer Coruscant par rapport à Endor, Tatooine ou la fabuleuse Alderande! Arriver à se faire une idée de la distance entre ces mythiques planètes. Enfin pouvoir visualiser la Bordure extérieure, l’espace Hutt. Il y a aussi beaucoup d’histoires sur les débuts des premières colonisations jusqu’à très loin après la bataille de Yavin. Les diverses races extraterrestres. Lors de vos prochains visionnements de la saga, gardez ce livre non loin. Un réel plaisir.
Testé et approuvé : le Québec en plus de 100 expériences extraordinaires
Honnêtement, pourquoi sortir du pays cet été pour vos vacances avec tout ce qu’on peut faire au Québec! En manque d’inspiration? Les auteures (ouep, que des filles!) ont parcouru notre belle province afin de vous dénicher les plus belles et les plus inusitées des sorties! Dormir avec des loups à Girardville au Lac-Saint-Jean? Camper sur une île déserte dans les Laurentides? Visiter la forêt magique de Coaticook? Avec une légende facile et efficace, en un coup d’œil, vous saurez en quelle saison visiter ce lieu, à quel public s’adresse-t-il, l’intensité de l’activité et la tranche de prix à laquelle vous devrez vous attendre à payer (s’il y a lieu). Un petit livre à garder non loin des valises et à utiliser lorsque l’envie d’une escapade commence à poindre à l’horizon!
Le fortin
De nos jours, quelque part sur la côte anglaise. Un gamin en vacances avec ses parents et son chien rencontre sur la plage un enfant du coin qui lui fait visiter un fortin (bunker) échoué, vestige de la dernière Grande Guerre. Le lendemain, l’enfant et son bunker ont disparu au grand dam du jeune vacancier. 1945. Un soldat américain cantonné en Angleterre courtise une jeune fille… et son jeune frère. Œuvre de l’illustrateur britannique David Hughes, ce récit sombre et violent, empreint de surnaturel, s’impose par son découpage et une esthétique sans compromis. La tension est visuellement palpable et va en crescendo tandis que les personnages semblent entrer en transe à l’approche des révélations. Une réussite à tous points de vue.
Brève histoire de sept meurtres
Plus d’une dizaine de narrateurs, 850 pages virtuoses et une compréhension ahurissante des genèses de la violence : c’est ce que l’on peut qualifier d’ambition. Prenant principalement place à Kingston, en Jamaïque, cet immense roman polyphonique met en scène l’instrumentalisation politique de la pauvreté et de la criminalité dans un contexte de guerre froide. Dans une jungle urbaine si violente qu’elle donnerait des airs grands bourgeois à n’importe quel ghetto nord-américain, chacun s’escrime à survivre, si possible à s’élever, sinon à fuir. Magouillages politiques, règlements de comptes et machinations sordides forment la couleur des années 70. Le résultat est d’une grande force, faisant vivre la cruauté d’existences qui n’ont d’issus qu’à travers le crime.
Le brasier
Le brasier, à travers trois tableaux déjantés, explore les différentes formes que peuvent prendre la solitude, l’amour et le désir. D’une malédiction proférée par un nourrisson naîtra une réflexion sur la filiation et la permanence du mal. Évidemment, rien n’est jamais dit aussi clairement. C’est tout le plaisir des textes de Paquet qui nous permettent de nous triturer le crâne avec des analyses incertaines ou farfelues qui partent d’objets d’étude aussi délirants qu’un bébé psychopathe, un amour qui pousse à mettre l’être cher en cage (littéralement) et l’assassinat involontaire d’une tarentule par une femme aussi indigeste qu’aimante. La splendeur des mésadaptés rencontre ici l’attrait indicible que revêt la perversion.
Le monde des hommes
D’abord publié en 2001 aux éditions Rivages, le premier volume de cette saga était resté sans suite. Spécialistes de ce genre de sauvetage littéraire, les éditions Zulma, non contentes de réviser la traduction antérieure, ont entamé la traduction de la tétralogie complète! Cela étant dit, c’est à vous maintenant de découvrir cette œuvre immense, récit passionnant de la décolonisation indonésienne s’échelonnant sur des dizaines d’années. Une culture cryptée, hiérarchisée, fragmentée, infiniment riche et largement inconnue livre peu à peu ses secrets, au gré des tribulations de Minke, écolier indigène en qui les plus grands placent des espoirs plus grands encore. Le monde des hommes, c’est l’odyssée de l’apprentissage de la liberté, avec toutes les batailles que cela présuppose.
Amqui
J’ai eu du plaisir à découvrir ce polar d’un collègue libraire, que je ne connais pas, d’ailleurs. Tous les ingrédients du genre s’y trouvent et on y goûte dès les premières pages. Le rythme est soutenu, la plume, alerte, et les personnages sont solides et bien définis. Un brin autofictif, le récit présente un libraire à sa sortie de prison, pressé d’accomplir sa vengeance qu’il a mijotée tout au long de sa peine. Les policiers qui enquêtent sur les morts qu’il laisse sur son passage s’empêtrent avec les fiers-à-bras engagés pour protéger les victimes potentielles du libraire en furie. De Montréal à Amqui, c’est une véritable course contre qui l’arrêtera en premier. Forbes nous offre un premier roman sympathique et palpitant, à l’humour mordant.
Mörk
Il s’est passé quelques années dans la vie du policier Ari Thor depuis la première enquête relatée dans Snjór. Maintenant père d’un bambin, il s’est adapté au petit village deSiglufjörður. Lorsque le corps de l’inspecteur en chef est découvert près d’une maison abandonnée, c’est son mentor Tómas qui vient prendre les rênes de l’enquête. L’auteur diversifie les indices et le travail des policiers s’avère labyrinthique. Ragnar Jónasson offre un polar habilement construit, aux personnages en constante évolution et dont les ramifications dans les méandres du village laissent leurs griffes sur l’âme de ses habitants. Parce que personne n’est à l’abri de ses démons du passé et qu’ils resurgissent rarement pour le mieux. Un roman à dévorer!
Ninn (t. 2) : Les grands lointains
La suite des fameuses aventures de Ninn confirme le talent des auteurs dans la beauté de leur projet. Sous l’énergique coup de pinceau de Pilet se déploient de magnifiques planches foisonnantes de détails qui confèrent ce cachet fantaisiste et charmant. Le scénario n’est pas en reste dans cette quête des origines de Ninn dans l’univers des Grands Lointains. Avec son tigre de papier et un être étrange qui les épaule, la jeune fille affronte les créatures sombres qui la poursuivent. Par son histoire originale, son texte bien structuré et ses illustrations soignées, Ninn offre une avenue intéressante aux BD classiques. Une chouette lecture à offrir aux filles autant qu’aux garçons, et on se croise les doigts pour qu’un troisième tome voie le jour!
Pax et le petit soldat
Récit initiatique d’amitié, de courage, de résilience et d’espoir, Pax et le petit soldat m’a profondément émue. On y suit Peter et son renard, Pax, qu’il a recueilli lorsque tous deux étaient bien jeunes. Contraint de s’en séparer quand son père se porte soldat volontaire, Peter laisse aller Pax dans la forêt et va rester chez son grand-père. On s’immisce dans la tête de Pax, démuni dans une nature qu’il connaît peu, lui qui n’a jamais chassé, déchiré entre sa fidélité aux humains et ses instincts qui s’éveillent. Peter, malgré les défis, part retrouver son ami, mais se heurtera vite à ses limites. De rencontres marquantes en péripéties, chacun se frayera un chemin qui les mènera bien au-delà de leur destination, libres d’être eux-mêmes. Dès 10 ans.
Taqawan
Plus de trois ans après nous avoir donné Ristigouche, courte fable qui amorçait déjà un changement dans la teneur de l’écriture de celui qui a cassé la baraque avec les romans digressifs de sa trilogie 1984, Plamondon poursuit sa conquête de la fiction avec ce roman grave porté par un certain Yves Leclerc, garde-chasse démissionnaire aux prises avec la détresse des uns et les malversations des autres. S’appuyant sur la réalité historique de la « guerre du saumon », une crise politique préfigurant celle d’Oka, le roman dévie bientôt de cette rampe de lancement pour plonger plus insidieusement au cœur du malaise surplombant la monstruosité des hommes, le tout sur fond de meurtres, d’enlèvement et de séquestration. Une dure leçon d’inhumanité.
Queues
Voici ici un ouvrage percutant autant en raison de son sujet que de sa forme et écrit dans un style sans pareil aux accents poétiques, aux images fortes et imposantes comme un bulldozer émotif. Ce texte, unique dans le monde littéraire actuel et passé, est un véritable coup de poing, une œuvre crue et réaliste à propos d’un homoérotisme qui ne repose pas sur le côté fleur bleue de l’amour. Totalement assumé, le contenu de ce livre est provocant, certes, mais il l’est surtout parce qu’il se veut une réaction effective à ce conformisme de façade qu’on pose trop souvent sur l’homosexualité pour la rendre acceptable. Assurément, le talent de cet auteur lui assurera vite une place dans le paysage littéraire québécois. De l’art véritable.
Le grand combat
Ta-Nehisi Coates, journaliste et auteur d’Une colère noire (livre essentiel des dernières années, s’il en est), nous livre pratiquement des mémoires de guerre avec ce récit publié aux éditions Autrement. Coates nous ramène en effet plus de trente ans en arrière dans un Baltimore qui, bien que vibrant aux rythmes du rap des années 80, est ravagé par le crack et la violence quotidienne. Du point de vue d’un jeune rêveur adepte de comics et de Donjons et Dragons, tout prend évidemment des proportions épiques. Et même si les obstacles semblent a priori insurmontables, il n’en demeure pas moins que Coates nous guide avec maestria vers une prise de conscience qui fera de lui l’une des figures de proue du mouvement Black Lives Matter.
Ivanhoé Backus
Dans cette très colorée bande dessinée, nous sommes invités à découvrir le monde d’Ivanhoé Backus, fils de vigneron. Le travail de la vigne, qui de prime abord semble champêtre et agréable, demeure un milieu rudement difficile et austère. Ce métier de cultivateur se lègue de génération en génération et devient une réelle tradition ancestrale pour subvenir aux besoins familiaux. La seule véritable fortune d’Ivanhoé et de son père demeure l’immense tonneau servant à la production de vin, qui auparavant appartenait aux aînés de la famille. Lorsque le jeune garçon vient en âge d’aider son père à cette activité, une chose terrible arrive et il sera prisonnier de cette vie où la compétition féroce prime parfois même la vie.
Tu me places les yeux
C’est le recueil d’un deuil, mais c’est aussi un bel hommage d’une petite fille à sa grand-mère défunte. Nous visitons des saynètes de jeunesse, traversons des pièces odorantes empreintes de souvenirs d’antan et sommes même le témoin privilégié de cette relation familiale qui est dépeinte avec beaucoup de tendresse. Cette lecture nous transporte au cœur de notre propre histoire d’enfance et évoque, par le confort de la maison ancestrale, que de belles images auxquelles nous nous rattachons. Aimée Lévesque nous offre une poésie réaliste, sans prétention, où la mémoire devient l’outil de travail principal au déploiement de sa plume.
L’année noire (t. 1) : Les inquiétudes
Premier tome d’un diptyque, Les inquiétudes marque le début de « L’année noire ». Le récit a comme point de départ la disparition d’un jeune garçon dans l’est de Montréal. À partir de ce moment, l’auteur nous présente un plan en coupe de ce quartier où tous ses personnages se croiseront lors de cette sombre année. Ce livre, comme les précédents, est de chair, cette matière chère à DesRochers. Elle apparaît exaltée cette fois aussi, mais elle se retrouve aussi horriblement torturée, brutalisée. Tout du long, d’un protagoniste à l’autre, le roman se dévore, animé par un souffle puissant. Les changements de ton spécifiques à ces personnages très différents ne font qu’ajouter à l’ampleur de ce roman dont on attend la suite avec impatience.
Voyage d’hiver
Avec comme inspiration le « Voyage d’hiver » de Schubert, une des dernières œuvres du compositeur, Jaume Cabré nous livre quatorze nouvelles d’une redoutable efficacité. Traversant les époques, du XVIIe siècle au présent en passant par un détour insoutenable à Treblinka, l’auteur explore ici le côté sombre de l’humanité. Pleutres, assassins, adultères… tous sont présentés dans ces nouvelles toujours surprenantes. Je me suis pris à les compter afin de faire durer le plaisir le plus longtemps possible. On sent l’écriture de celles-ci à proximité de celle de Confiteor, l’œuvre majeure de Cabré, car on retrouve ici les mêmes artifices de narration qu’on retrouvait là-bas. Tout compte fait, on ne peut qu’être admiratif devant ce recueil et ses chutes inattendues.
En présence de Schopenhauer
Publié parallèlement aux Cahiers de l’Herne consacrés à Michel Houellebecq, En présence de Schopenhauer est un court texte où l’écrivain français témoigne de sa fascination pour le philosophe allemand du XIXe siècle. Dans cet essai, des passages de l’œuvre de Schopenhauer alternent avec de courts commentaires où Houellebecq en explore différents aspects. Ce dernier s’intéresse notamment à cette conception de l’artiste comme tiraillé entre la volonté (qui l’amène à désirer certains objets du monde) et la contemplation pure, désintéressée, source de la véritable création artistique. Un livre qui constitue une bonne introduction à la philosophie de Schopenhauer tout en apportant un nouvel éclairage sur certaines dimensions de l’œuvre houellebecquienne (comme la représentation de la nature ou de la sexualité).
La nuit : vivre sans témoin
La nuit est-elle un négatif du jour ou une expérience en soi qui possède ses codes cognitifs, sociaux et politiques? L’auteur penche franchement du côté de la seconde option et c’est là l’intérêt du livre, malgré, par endroits, une certaine opacité dans l’écriture. D’une philosophie de la perception qui aborde la vue brouillée de la nuit, on passe à une philosophie sociale qui accepte les oiseaux nocturnes – insomniaque ou noctambule – pour ce qu’ils sont : des êtres qui explorent une sensibilité et une temporalité alternatives. Les meilleures pages sont celles consacrées à la politique de la nuit, espace de répression et de soulèvement, où les manigances côtoient les plus folles espérances. Une cartographie intellectuelle du « devenir-nuit » des plus captivantes.
Trois saisons d’orage
Les Trois Gueules, village honni par les citadins mais chéri par les natifs, est dominé par des carrières où s’active une petite armée de « fourmis blanches ». C’est ce petit monde immuable réglé par des coutumes bien ancrées qui, au sortir de la Deuxième Guerre, accueille André, jeune médecin en quête d’un lieu paisible. Il a laissé derrière lui un fils, Benedict, qui bientôt le rejoindra et deviendra à son tour médecin et père. La femme et la fille de ce dernier ébranleront les conventions et les automatismes de la communauté. En effet, la rencontre de la jeune Bérangère et de Valère, fils de paysan, renversera le destin des deux familles. Cécile Coulon signe un roman serré et prenant où affleure une âpreté conforme aux paysages qu’elle décrit avec talent.
Pow Pow, t’es mort!
Manu est accro à son jeu vidéo de guerre. Unam, de son côté, vit la réalité de la guerre. Quand le premier a hâte que l’école termine pour aller tuer l’ennemi, le second n’attend que la fin de la guerre pour pouvoir retourner à l’école. Quand Unam n’arrive pas à manger à sa faim, Manu, obnubilé par son jeu, en oublie la sienne. Plus percutante que moralisatrice, l’alternance de ces deux réalités souligne un des grands paradoxes de notre monde et nous conscientise sur la guerre, sur les dérives de nos divertissements et les écarts de comportements qui en découlent parfois. Dès 8 ans.
À propos du ciel, tu dis
À propos du ciel, tu dis, c’est une non-communication ouverte et transparente, une conversation dénaturée. Deux personnes tentent de prendre contact, sans y arriver. Interagir semble difficile. On finit par comprendre le lien qui les unit, il s’agit d’une mère et d’une fille. Dans cette relation teintée d’ambivalence, il passe une grande émotion. « un ciel trouble/s’installe chez nous/erreurs, faux pas/malentendus – des galaxies/connues par cœur/les nuages/ne nous lâchent plus/je m’applique/à te ressembler/en chérissant/ce que tu hais/ton pardon/ma joie ». Au fil du recueil, elles finissent par échanger graduellement. On passe du monologue au dialogue. Elles parlent du passé et finissent par vivre le moment présent.
Billy Brouillard : Les comptines malfaisantes (t. 3) : Histoires de chats
On ne peut rester insensible au charme de Billy Brouillard! Son imagination est sans limite et lui permet d’avoir plusieurs interprétations du monde qui l’entoure. Il s’invente des aventures ahurissantes. Dans ce tome-ci, chaque comptine malfaisante est associée à la description d’un chat. Le livre est séparé en cinq chapitres. Chaque partie décrit l’origine de la création d’une race (Bombay, Sphynx, Persan, Siamois et Maine Coon). Par exemple, on découvre comment le Siamois a été créé par un rituel de magie pour être le chat parfait. On y mélange les fiches animalières complètement fantaisistes aux fables racontées. On finit par se laisser prendre au piège par les histoires qu’il raconte. On voudrait y croire, retrouver son âme d’enfant.
Enfants à livre ouvert
Le pédiatre Gilles Julien nous propose ici un ouvrage sur la communication entre petits et grands. Il se fait porte-parole pour les enfants, pour ceux qui n’ont pas toujours les mots pour s’exprimer. Riche de ses expériences et de ses observations, il guide les parents, les éducateurs et tous ceux qui ont à cœur le bien-être des enfants à mieux les comprendre à l’aide de multiples conseils et exemples concrets. Il rappelle l’essentiel : apprivoiser l’autre, être à l’écoute et en état d’ouverture. Tout parle chez l’enfant, lorsque nous prenons le temps de nous y intéresser. Ces petits humains forgeront les lendemains, d’où l’importance d’en prendre grand soin. Un livre empli d’éclats de lumière, d’outils précieux pour mieux aider, pour mieux aimer.
Fils de dragons
Nous ne savons rien des origines de Yomon. C’est un enfant perdu, recueilli et élevé par des dragons. Lorsqu’il devient assez mature pour prendre ses propres décisions, il décide de ne pas retourner vivre parmi ses semblables. Les dragons sont devenus sa famille. Il veut quitter son corps d’enfant et devenir un dragonneau pour voler avec les siens, mais il n’a pas d’ailes. Un aîné de son clan lui relate la guerre qui sévissait jadis entre l’humanité et les dragons. Ces derniers furent mutilés et dépossédés d’objets qui permettraient à Yomon de devenir un des leurs. Il part donc affronter son destin afin de rejoindre sa famille. C’est un album envoûtant, une quête initiatique particulièrement bien illustrée, avec des couleurs riches et luxuriantes. Dès 7 ans.
La famille Winter
C’est une comparaison éculée, mais difficile de ne pas penser aux films de Tarantino en lisant ce livre. Ce roman me fait autant penser au Commando des bâtards qu’à Django. C’est le mélange parfaitd’un drame sur fond de guerre de Sécession et d’un western crépusculaire sur l’esclavagisme. L’action commence quand une fratrie d’hommes impitoyables se forme en se servant de la guerre pour ses intérêts. Cela dégénère rapidement : ils abusent de leur autorité pour assouvir leur fureur et leurs pulsions sadiques. Le gouvernement profitera de leur sauvagerie tant que cela lui profitera. Mais une fois la guerre terminée, il les reniera. C’est un roman de la désillusion où chacun tire les ficelles de la violence et du pouvoir à son propre avantage.
L’arbre m’a dit
Dans ce récit, c’est l’arbre qui dit. Il raconte la vie à l’enfant, petit ou grand, avec de jolis liens entre sa nature et celle de l’être humain. Ça parle de la fragilité et de la force qui nous habitent, de l’importance d’être bien ancrés par nos racines, de regarder tout autour de soi et au-delà, des choix et des chemins qui se présentent à nous, des plaisirs partagés, des tempêtes à traverser et des choses que l’on ne doit pas accepter. Un album jeunesse empreint de sagesse, de tendresse et d’humanité. De grandes et jolies illustrations ajoutent à la poésie. Tout est en simplicité, bien rythmé, dans la douceur. Une belle découverte! Ça ouvre grand le cœur et la porte à de nombreuses discussions sur ce que veut dire… grandir. Dès 5 ans.
La peau des anges
Stockholm. Elles sont laissées à la vue de tous, telles des statues grecques morbides. Personne ne sait qui sont ces cinq victimes anonymes, jamais déclarées disparues. De l’autre côté du détroit, à Copenhague, Thomas, inspecteur de police en congé de maladie, traîne une gueule de bois perpétuelle pour essayer d’oublier qu’il existe. Sans l’avoir vraiment décidé, il va se retrouver en quête d’une jeune prostituée disparue, ce qui le mènera probablement vers la Suède. Plongé dans une réalité très sombre mêlée à un récit de tueur en série, ce premier volume est plus que prometteur. Le flic alcoolique a beau constituer un cliché, quand cela fonctionne, que l’histoire est prenante et bien construite et qu’on a envie de le retrouver, on aime!
Il était une fois Calamity Jane
Femme intrépide à la notoriété légendaire, Martha Canary, alias Calamity Jane, a suscité un intérêt sans égal par sa participation à la conquête de l’Ouest. Son rôle lors des guerres indiennes au cours desquelles elle s’est prétendue éclaireuse pour l’armée américaine a alimenté sa légende ainsi que l’abondante littératurerelatant sa vie et le personnage intrépide, buveuse de renom et célèbre gâchette de l’Ouest. Il était une fois Calamity Jane est l’épopée de Miette, sa fille. Abandonnée puis contrainte de retrouver sa mère, Miette se lance à la poursuite de cette étrangère à la réputation légendaire! Mais elle s’enfonce au cœur des Badlands et Miette ne fait qu’entrevoir l’être de Martha. Elle est dans le désert et sa mère n’est qu’un mirage. La légende se perpétue, mais qui est réellement Martha Canary? Qui connaît la vérité? Pur délice aux saveurs du Far West avec une plume fluide mais sauvage, ce roman offre l’intimité d’une femme complexe, mystérieuse… fragile.
Les habitudes alimentaires des mal-aimés
Ce recueil de nouvelles nous mène aux confins de la vie des gens pauvres en tout genre, en utilisant la définition du terme au plus large. Tous viennent de Terre-Neuve ou y ont habité, sauf deux familles immigrantes récemment emménagées à Montréal. Avec une écriture lumineuse qui fascinera n’importe quel type de lecteur, l’auteure nous présente la notion du manque qui saisit les entrailles : l’éreintant manque d’argent ou l’insipide manque d’affection. Certaines nouvelles se recoupent : le lecteur peut donc découvrir si Leanne a pu retrouver sa sœur, Clare, égarée en Thaïlande sans passeport, et le destin d’autres personnages attendrissants. Une lecture qui nous chavire par la façon authentique dont l’auteure dépeint la réalité des gens dans le besoin!
Longs cheveux roux
C’est la deuxième bande dessinée réalisée par cette auteure originaire de l’Alberta, mais c’est la première traduite en français. Écrite sous la forme d’un journal intime, on y suit Meags à travers ses apprentissages sur les relations amoureuses et amicales alors qu’elle grandit. Depuis sa tendre enfance, Meags aime les cheveux roux et idéalise toutes les jolies demoiselles qui en sont les détentrices. Étrangement, ceux-ci ont longtemps été associés à une preuve irréfutable de sorcellerie. Meags retrace sa recherche de sa sexualité et de sa compréhension de son genre jusqu’à devenir son propre idéal. Bref, c’est un récit intimiste beau, poétique et rempli d’espoir, surtout pour les personnes qui ne se reconnaissent pas dans l’hétéronormativité.
Ton petit look (t. 2) : Les filles sont-elles folles?
Après Ton petit look (t.1) : Guide pour une vie adulte (genre) épanouie, les auteures du blogue du même nom que leurs recueils se lancent sur un des sujets les plus tabous de l’histoire : est-ce que le genre féminin est systématiquement sujet à des problèmes mentaux? Or, le recueil est rempli de témoignages touchants de jeunes femmes ayant vécu de près ou de loin avec la maladie mentale. Bien que le recueil soit majoritairement axé sur la gent féminine, on y lit que la maladie mentale touche tout le monde. Si on n’en souffre pas, on a tous quelqu’un dans notre entourage qui doit composer avec. Les chroniques des sœurs Stratis viennent alléger le tout en discutant de ce tabou d’une façon accessible et parfois humoristique.
C’est formidable l’après-vie! Histoires vraies et inspirantes d’une médium et voyante
Médium et voyante, Kristy Robinett nous livre des trésors d’informations. La vie après celle sur la terre se continue et les messages des défunts qui lui sont transmis sont nombreux. Elle partage avec nous les moyens pris par les êtres chers décédés pour rejoindre ceux qu’ils aiment et les réconforter : la musique, les animaux, les pièces de monnaie trouvées et bien d’autres signes utilisés pour garder des liens avec la terre et soulager les peines. L’auteure nous offre une méditation pour prendre contact avec nos défunts et des réponses à nos questions sur l’au-delà, elle nous dit comment nous protéger et utiliser le reiki, la musique et les herbes afin d’être bien dans nos vies de tous les jours.
Foutez-vous la paix! et commencez à vivre
Il est philosophe et adepte de méditation, ce qui de nos jours n’est pas rare, mais son approche est différente. Il nous dit que la méditation importe, mais ne règle pas nos problèmes. Avec elle viennent le calme et la tranquillité. L’humain a ses peurs, ses colères, ses angoisses et ses défauts de toutes sortes et il doit « se foutre la paix », car nul ne peut devenir parfait. Nous vivons dans un monde où tout se veut perfection et rationalité et va à l’encontre de ce que signifie être un humain. Lisez ces pistes pour mieux vous comprendre et cessez d’exiger de vous l’impossible. Acceptez-vous et vivez. Il nous dit : apprenons à laisser jaillir la vie dans sa pure effervescence. C’est à ce moment que peuvent se réaliser les rêves.
Plus tard, je serai un enfant : Entretiens avec Catherine Lalanne
Une fois de plus, Schmitt nous enchante. Il partage avec nous l’amour qu’il porte, son optimisme, ses passions pour la musique, en particulier Mozart; son écriture s’en inspire, c’est grâce à elle qu’il donne cette musicalité à ses mots. Il est amoureux de la vie, de la beauté, de la nature, il aime le bonheur et le partage. Même dans un texte biographique, ses mots sont une poésie. De l’enfance à aujourd’hui, il est une inspiration, un baume pour le cœur dans notre monde un peu fou. Il nous fait ralentir et réfléchir. À 28 ans, dans le Sahara, il découvre la force de l’univers, Dieu et sa lumière; c’est un événement mystérieux, mystique et sublime qu’il partage avec chacun. Cette nuit de feu porte ses romans. Comme il l’a fait avec moi, il saura vous charmer, vous faire du bien.
Prendre les loups pour des chiens
Tout au long de ce polar français, on accompagne Franck qui, dès sa sortie de prison, se sent interpellé par les problèmes de la belle-famille de son frère. Le père trafique des voitures volées, la mère le déteste sans raison, la femme de son frère se montre attirante et sa petite nièce au regard apeuré l’approche sans exprimer un mot. À travers des moments teintés de vengeance visant sa belle-famille, il est soit le témoin, soit même l’agresseur malgré lui. Il se questionne constamment pour deviner qui sont les bons et les méchants. Sa bonne conscience lui démontre qu’il désire devenir honnête pour ne pas retomber. Son frère tarde à rentrer – où est-il vraiment? On ne peut que s’attacher à Franck et souhaiter ardemment que le bon gars l’emporte. Une narration lente au départ qui nous mène ensuite à un suspense où l’on retient son souffle.
Bénis soient les enfants et les bêtes
Dans Bénis soient les enfants et les bêtes, l’écrivain américain Glendon Swarthout nous présente une troupe de scouts en camp de vacances au Box Canyon Boys Camp, au beau milieu de l’Arizona. Fils de riches blasés dont les parents voulaient se débarrasser pour l’été, les six adolescents inadaptés formant le groupe deviendront de véritables héros aux yeux du monde entier à la suite d’un geste éclatant, un grand acte de valeur. Roman de transition aux antipodes du Seigneur des mouches, où les jeunes laissés à eux-mêmes devenaient progressivement des animaux, les protagonistes imaginés par Swarthout s’abonnissent, développent leur conscience d’eux-mêmes et des autres et deviennent pour la toute première fois les acteurs principaux de leur propre vie.
La solitude de l’écrivain de fond
Pourquoi écrit-on, et pour qui? À quoi sert la littérature si elle ne possède aucun écho? Dans cet essai portant sur la vie et l’œuvre de l’écrivain américain Wright Morris, auteur prolifique bien que demeuré inconnu du grand public, Daniel Grenier (L’année la plus longue, Les mines générales) pose par le fait même les questions qui le hantent au contact de cette œuvre sans lecteurs réels, de cet écrivain de l’ombre. Captivant, à tout point de vue.
Un long soir
Composé de petits textes très courts, Un long soir de Paul Kawczak se lit comme un long poème qui n’en finit plus de résonner, bien après que l’on ait tourné la toute dernière page et refermé le livre. Hybride entre littérature et poésie, la richesse du langage est le seul personnage ici : pas de temps ni de lieux, simplement une prose adroite, vibrante, tout simplement magnifique. Un long soir est un pur ravissement, un petit chef-d’œuvre de beauté, une grande leçon d’écriture.
L’autisme expliqué aux non-autistes
L’auteure tant appréciée Kim Thúy collabore à un nouvel ouvrage fascinant, mais cette fois-ci, en tant que mère d’un garçon autiste. Le livre de vulgarisation L’autisme expliqué aux non-autistes s’adresse, comme son nom l’indique, aux personnes « neuro-typiques », c’est-à-dire non autistes, afin de démystifier ce monde méconnu. Ce livre est le résultat de très longues années de pratique dans ce domaine des spécialistes Lise St-Carles et Brigitte Harrisson, elle-même autiste. Les sujets amenés sous forme de question-réponse apportent des explications claires appuyées d’exemples de situations vécues par Mme Harrisson, sous l’angle de perception d’une personne autiste, et des témoignages de Kim Thúy. Une lecture éclairante.
Autopsie d’une femme plate
Diane, quarantenaire, voit son petit monde être chambardé lorsqu’elle est larguée par son mari… Prémices plutôt simplistes pour un roman fort surprenant! Marie-Renée vise juste avec le ton apporté. Autre virage dans la bibliographie de l’auteure : elle aborde avec tendresse et honnêteté le sujet de la séparation, le tout avec aplomb et humour. Un roman brillant, qui nous fait réfléchir sur la fragilité du couple, certes, mais aussi sur la liberté de chacun et la nécessité de rester soi-même. De beaux petits clins d’œil à ses romans précédents, ici et là, ajoutent au plaisir! Ne boudez pas le vôtre. Lisez ce beau roman!
Émeutes
Vic Verdier a le don de nous surprendre à chaque lecture. Ce spécialiste de la « dude lit » nous propose ici un roman atypique dans lequel la violence et la cruauté de l’homme se révèlent. Critique sociale surprenante, ce roman saura vous divertir! Perdez-vous dans ce labyrinthe d’histoires mordantes dans lequel se terrent des personnages tous plus pervers et surprenants les uns que les autres! Vous n’irez plus à un match des Canadiens de la même façon!
Le mari de mon frère (t. 1)
Cette sympathique nouvelle série nous raconte l’histoire de Yaichi, qui reçoit la visite inopinée de Mike, le mari de son frère jumeau décédé. Ce Canadien attachant émerveillera sa nièce Kana, à qui son père doit expliquer l’existence de cet oncle inconnu, et à travers elle, on apprendra la situation des gais ainsi que leurs droits au Japon et ailleurs. Que ce soit avec les intermèdes que constituent les chroniques de Mike ou simplement les conversations qu’elle a avec son père, l’information est diverse et nous instruira. Au-delà de tout ça, ce sont tout simplement de beaux personnages humains, et suivre l’évolution de Yaichi dont la vie n’est pas si typiquement japonaise est très agréable en elle-même.
Moi aussi j’aime les hommes
Lorsqu’ils sont tous deux témoins, via le Web, d’atroces meurtres d’homosexuels par des membres de l’État islamiques, Alain et Simon entament une correspondance pendant presque une année. Tous les deux commenteront l’actualité, iront de confidences sur leur quotidien, leurs souvenirs et leurs rêves… Ces deux hommes de différentes générations portent un regard sincère sur ce qui les entoure. Dans un monde où tout va vite, il fait du bien de prendre cette pause pour réfléchir… Ils m’ont donné le goût de leur écrire. Ils m’ont donné le goût d’entreprendre une correspondance avec mes amis. Ils m’ont donné le goût de prendre le temps de discuter avec les gens qui m’entourent… Leurs mots m’ont fait du bien! Un livre nécessaire et incontournable!
Le séducteur
Roman vertigineux, empruntant tant aux Mille et une nuits qu’à la biographie, Le séducteur pose cette question : quel événement de nos vies est déterminant pour la personne que nous sommes aujourd’hui? Pour Jonas Wergeland, qui trouve sa femme morte sur le plancher de la cuisine, y répondre devient peut-être la quête la plus importante de sa vie. Un livre qui habite le lecteur longtemps après l’avoir terminé.
Curieuses histoires de plantes du Canada (t. 3)
Écrit par trois auteurs – Alain Asselin, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu, passionnés de botanique et de science –, ce troisième tome, richement illustré, et conçu dans le même esprit de rigueur et de vulgarisation que les deux précédents, présente vingt-neuf histoires couvrant la période 1760-1867. Pendant ce siècle, la botanique est l’objet d’enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels. Il met en scène des personnages fascinants tels le premier doyen de médecine de l’Université McGill qui se plaît à récolter des plantes, une comtesse qui herborise pendant que son mari fait face à une pétition de 87 000 mécontents – un artiste nommé James Audubon à la recherche de nouvelles espèces d’oiseaux et qui a le souci des végétaux. Un livre captivant et unique en son genre.
Mon Paris littéraire
Encore un guide sur Paris, me direz-vous! Réalisé par François Busnel, journaliste et critique littéraire français, ce guide thématique vous convie à visiter et à découvrir les librairies, selon leur spécialité, localisées dans les vingt arrondissements de Paris. Une carte situe chacun des arrondissements. Il y a également les rubriques « À voir » (les adresses où ont habité des écrivains connus et moins connus), « Où bouquiner? » (ce sont les parcs et les jardins pour lire et flâner), « Où boire un verre? » (bars et cafés fréquentés par les écrivains), et enfin, « Où se restaurer? ». Joliment illustré, on y retrouve plusieurs citations d’écrivains. Comme il est de format pratique et convivial, n’hésitez pas à le glisser dans votre sac à main lors de votre prochain voyage à Paris.
Traces de l’histoire de Montréal
Dans le cadre du 375e de Montréal, fondé le 17 mai 1642, trois auteurs, Paul-André Linteau, historien, Serge Joyal, juriste, sénateur et collectionneur d’art, et Mario Robert, historien et archiviste, ont abordé le sujet de façon originale. En un survol, ce livre retrace des faits témoignant du développement, de l’évolution, de l’histoire et du patrimoine de Montréal durant cinq grandes périodes, à partir de documents d’archives, de photos, d’aquarelles, de cartes postales, de dessins et d’objets. En fait, ici, l’illustration occupe plus de place que le texte concis. Ces documents d’archives, biens reproduits dans le livre, sont d’une richesse incomparable, conçus pour vous faire vivre un merveilleux voyage dans le temps. Bref, un beau livre à offrir ou à s’offrir.
Atlas Obscura
L’Atlas Obscura n’est peut-être pas le guide touristique que l’on aimerait traîner avec soi en voyage. On devrait plutôt le consulter de la même façon que l’on visite un cabinet de curiosités : l’esprit ouvert à l’étonnant, confronté à une collection de spécimens uniques en leur genre, tels les endémiques dragonniers de Socotra (Yémen), les grottes bioluminescentes de Waitomo (Nouvelle-Zélande) ou encore le majeur dressé de Galilée (Italie). Les auteurs, animés d’un enthousiasme communicatif, remplissent leur mandat haut la main : celui de faire voyager. Non pas sur une planète lointaine, mais sur la nôtre : ils documentent ici quelque 650 lieux à l’exotisme insolite, éparpillés sur les six continents.
Le triomphe des graines
Avant le fruit, avant la fleur, avant l’apparition de la moindre feuille, avant même l’ébauche d’une racine, il y a la graine. Le biologiste Thor Hanson consacre cet essai (au titre assez racoleur, il faut l’admettre!) à nous transmettre son admiration pour ces petits miracles de la nature. Et il n’est pas le seul sous le charme. Paléontologues, baristas ou conservateurs de banques de semences, le verdict est unanime : qu’il s’agisse de se nourrir, de se vêtir, ou encore de se défendre, le destin de l’espèce humaine fut, de tout temps, lié à celui des graines. De la prise de Massada à la guerre froide, c’est un véritable voyage dans le temps et dans l’Histoire que nous propose l’auteur, à la découverte d’un monde insoupçonné et fascinant.
Petite laine
Au début du XXIe siècle, quatre colocataires prennent leur quartier de Saint-Roch, à Québec, pour cible de leur collectif de tricot-graffiti : art éphémère dont il ne subsiste presque rien lorsqu’un musée commence à s’y intéresser. Le roman se présente principalement comme un montage des témoignages de trois des quatre ex-tricoteuses qui ont vieilli et sont désormais à la retraite, qu’une documentariste réussit à retrouver. C’est surtout les souvenirs de l’absente qui ressurgissent : Zina, la quatrième tricoteuse, disparue un matin sans laisser de traces, et dont la forte personnalité a marqué durablement les trois autres. Leurs récits s’entremêlent et se recoupent, un peu à la manière d’une pelote de laine que l’on déroule au petit bonheur.
Le tsar de Peshawar
Mario Bolduc possède le pouvoir de séduction d’un John Le Carré, entrecroisant habilement tourments intimes et grands enjeux internationaux. Isolée dans une chambre d’hôtel à Saint-Pétersbourg en Russie, la Québécoise Nadia Rocheleau apprend la mort, apparemment accidentelle, de son père. Elle va reconstituer le puzzle de sa vie, d’un destin familial qui dérapa lorsque son paternel défunt devint, dans les années 80, le tsar de Peshawar, un commerçant de tapis prêt à tout, même à comploter avec le Diable, qui a pour nom Oussama Ben Laden, pour s’emparer du riche filon du marché afghan dominé par les Soviétiques. Épouse, fille, petit-fils du tsar vont devenir les jouets d’un double jeu, complices du terrorisme, prisonniers du fanatisme. Un suspense réussi, effrayant de vraisemblance.
Trilogie des ombres (t. 1) : Dans l’ombre
Un Indridason du meilleur cru, une garantie d’enchantement pour les fervents d’intrigues prenantes et enrichissantes. Un meurtre, ça n’a jamais rien de banal, et ça l’est encore moins dans cette Islande de la « Situation » de 1941, envahie de soldats britanniques et américains semant le trouble chez les femmes. Rien d’étrange, donc, à mettre, de prime abord, sur le compte d’un militaire, amant jaloux, l’assassinat d’un représentant de commerce, retrouvé dans une résidence, tué d’une balle d’un Colt. À moins que… le mobile puisse être tout autre. La victime porte au front, marqué au sang, une croix gammée. Les enquêteurs fouilleront dans le trouble passé nazi, laissé dans l’ombre, de cette île de « bouseux » brusquement plongée dans la modernité. Le premier volet d’une trilogie éclairante sur cette Islande en guerre bien malgré elle.
Une histoire populaire du sport aux États-Unis
Du christianisme musculaire, soutien d’une nation conquérante, de Teddy Roosevelt aux stades colossaux, temples du dogme libéral du ruissellement économique du XXIe siècle, en passant par la hantise d’une Amérique se ramollissant dans les années 50, l’onde de choc de Muhammad Ali, et les Jackie Robinson, Billie Jean King et Martina Navratilova, rêves d’espoir des Noirs, des femmes, des gais, Dave Zirin martèle cette vérité : impossible de prétendre que le sport n’a rien de politique, la surface de jeu est l’endroit où s’affrontent les injustices et les préjudices de l’époque, l’endroit où nous projetons nos pensées et nos craintes. Une œuvre plus militante que savante, certes (il faut s’armer d’un recul critique), mais tout de même une œuvre salutaire, nous descellant les yeux, dénonçant l’hypocrisie d’un milieu, avide de pouvoir et de richesses, niant les discriminations et les inégalités.
Demon (2 tomes)
Jimmy Yee est condamné à vivre. Après les décès de sa femme et de sa fille, cet actuaire sans histoire cherche à se suicider, mais sans succès. Malgré de multiples tentatives, il se réveille toujours dans un nouveau corps. Évidemment, le gouvernement américain requiert ses services. Pour le déjouer, il va utiliser, à outrance, son don, passant d’un humain à un autre. Dans le second tome de cette série qui en comptera quatre, Jimmy Yee réalise que sa particularité est génétique. Sa fille vit dans la peau du chauffard qui l’a tuée. Il fera tout pour la libérer de la prison où elle est enfermée. Les services secrets à leurs trousses, toutes les techniques seront bonnes pour disparaître. Une BD sanglante, mais surtout fascinante par sa grande logique!
Comment je ne suis pas devenu moine
Après Radisson, Jean-Sébastien Bérubé est de retour avec un roman graphique plus personnel. Entre le roman initiatique et le carnet de voyage, le lecteur découvrira sa quête spirituelle autour du bouddhisme et ce qui en est ressorti. Ce livre tombe à pic dans notre compréhension du monde. On voit une jeunesse en quête d’idéal au risque de fermer les yeux sur la complexité du monde. Au travers de son expérience passionnante, l’auteur nous rappelle que la religion est faite par des hommes et si l’essence d’une religion est source de lumière, les autorités la servant peuvent nourrir seulement leur propre intérêt. Si vous aimez le travail d’Etienne Davodeau, cet ouvrage pourrait vous plaire tant par son dessin que par le sujet qu’il traite.
Gagner la guerre du climat : Douze mythes à déboulonner
Ce livre apporte un autre regard, de nouvelles réflexions sur la guerre du climat. Ici, Normand Mousseau montre du doigt douze mythes nous freinant vers un changement pour un environnement plus sain. Il est temps de penser autrement, de planifier, avec pour base la réalité du terrain. Dans un premier temps, c’est réaliser que ce virage ne peut être fait sans un impact sur notre économie ou sur notre société. D’ailleurs, l’auteur affirme que le Québec a raté plusieurs occasions d’être un réel leader de l’énergie verte. Il n’a pas su développer une expertise à exporter dans le monde. Cet essai vous offrira une vision plus large de cette guerre du climat. Au-delà d’une réduction des GES, elle pose de réels enjeux économiques et politiques.
Le travail, et après?
Ces quatre auteurs soulèvent avec intelligence ce qu’implique le travail d’aujourd’hui. Posons-nous la question de savoir si le travail est une fin en soi. Il ne s’agit pas ici de l’abolir, mais bien de l’interroger, de se rendre compte de sa place dans nos sociétés, nos vies, dans notre rapport à l’autre ou encore même dans nos valeurs. Avec l’augmentation de la robotisation, il est inévitable de prendre le temps de réfléchir à la place de l’individu, mais aussi de mesurer la responsabilité des entreprises au bien-être de celui-ci. Si nous sommes dépendants économiquement, nous le sommes aussi socialement. Et s’il y a servitude, l’occasion est là de se libérer du consumérisme pour reconstruire son identité et non celle qui nous est dictée.
Le dessein
C’est une œuvre singulière, à la fois drôle et touchante, qu’a réalisée, avec Le dessein, Jonathan Munoz. L’auteur se penche sur les débuts de sa carrière, alors qu’il tente, sans succès, d’être publié. Un vieil homme décide de le prendre sous son aile et, dans le plus pur style « Karaté Kid », lui enseigne tout ce qu’il lui faut savoir pour devenir un maître de la bande dessinée. Avec cette idée, Munoz fait s’éclater les limites de l’art séquentiel. Il parsème son récit d’œuvres du personnage principal, avatar de l’auteur, dans un style complètement différent et – ô suprême tour de force! – insère une BD à l’intérieur de la BD (encore une fois, dans un autre style graphique), aussi délirante que sensible dans sa finale. Par moment audacieuse, jamais ennuyante, cette œuvre de Munoz est, en soi, un traité sur l’artiste et les possibilités du 9e art. Un pur délice!
Sous les étoiles
Sous les étoiles réunit dix-sept histoires érotiques que Laura Scarpa a publiées entre 1998 et 2006 dans la revue dont elle fut fondatrice, Blue. C’est l’occasion pour le public francophone d’aller à la rencontre de cette grande dame de la bande dessinée italienne qui a travaillé continuellement à la promotion du 9e art dans son pays. Le recueil couvrant huit années dans la carrière de l’auteure, il est marqué sous le sceau de la variété des récits qu’on y trouve : certains peuvent être glauques (comme celui de cette femme croyant parler au téléphone avec son compagnon), certains poétiques, d’autres, avouons-le, flirtent avec la pornographie. Et tout au cœur de chacune de ces histoires dont le style graphique rappelle la bande dessinée indépendante, on découvre une auteure touchée profondément par les sentiments de l’humain.
Dessine-moi un petit prince
Ce n’est pas toujours évident d’être un petit mouton qui n’a aucun talent en dessin, et c’est le cas du héros de cette histoire. Lorsqu’il demande à un ami de sa classe de lui dessiner un petit prince, celui-ci lui répond de se débrouiller tout seul. Il demande alors à sa mère qui, n’ayant pas vraiment plus de talent artistique que lui, finit par lui dessiner une roche. Finalement, un peu découragé de n’aboutir à rien, il décide de tenter le tout pour le tout et met sur papier ce qui lui passe par la tête. Cette nouvelle façon de faire impressionne grandement ses amis et donne un résultat plutôt réussi comme vous pourrez le constater. Comme quoi qui ne tente rien n’a rien. Dès 4 ans
Les Quiquoi et le bonhomme de neige qui ne voulait pas fondre
Après trois livres de jeux d’observation et deux histoires entre l’album et la BD, les personnages des Quiquoi nous reviennent pour une troisième aventure hilarante. Olive, ayant la capacité de rendre ses dessins réels, décide de faire tomber de la neige. Ses compagnons et lui en font un bonhomme de neige, mais le soleil apparaît et celui-ci commence à fondre. C’est là que tout commence : poursuite avec une marmoutte (non, ceci n’est pas une faute de frappe), rencontre avec l’abominable gnome des neiges (toujours pas une faute de frappe) et vol plané qui transforme un Superman en Batman. En ajoutant à tout cela des dessins expressifs et colorés d’Olivier Tallec, tout est en place pour un bon rire en famille.
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