L'initiative Les libraires conseillent répond à la demande des lecteurs avides de suggestions. Chaque mois, un comité formé d’une quinzaine de libraires établit, après moult discussions passionnées et passionnantes, une sélection de cinq livres. Essais, BD, romans jeunesse ou pour adultes, d’ici comme d’ailleurs, ces cinq livres sont mis de l’avant dans les librairies membres de notre réseau. Cette initiative est une belle occasion de promouvoir des livres jugés particulièrement remarquables, ainsi que de valoriser le rôle primordial de votre libraire. Voici la sélection de mai.
 

Une convergence de solitudes
Anita Anand (Ta Mère)

Une convergence de solitudes est une grande fresque comportant plusieurs personnages aux défis les plus poignants les uns que les autres. On y suit une femme d’origine indienne passionnée de culture franco-québécoise malgré des parents qui auraient préféré la voir favoriser l’anglais; la langue de l’argent. Elle développera des liens d’amitié avec une jeune femme en colère qui, elle, tentera de renouer avec ses origines vietnamiennes. Ce livre est monté comme une cassette durant laquelle les différents personnages se partagent la parole. Or, je décrirais ce livre plutôt comme une mixtape tellement il est construit avec amour, passion et humanité.
Anthony Lacroix, Librairie Boutique Vénus (Rimouski)

 

La soif que j’ai
Marc-André Dufour-Labbé (Le Cheval d’août)

Quoi de mieux pour lutter contre la déshydratation mentale que d’avaler de grandes lampées de l’excellent premier roman de Marc-André Dufour-Labbé? Je ne saurais trop vous en recommander l’ingestion. Au fil de l’histoire d’un homme dont la nonchalance n’a d’égale que la sensibilité, mais dont les odieuses inclinations flottent et planent comme autant d’épées de Damoclès au-dessus du ciel plutôt gris d’une vie dont les éclaircies ont beaucoup à voir avec Flavie, sa fille, la richesse nuancée des thèmes abordés dans ce fracassant premier titre de même que l’apparente banalité du mal qui s’y déploie ont de quoi saisir le lecteur, dont la sympathie pour le narrateur tarde à se manifester, si tant est qu’elle finisse par advenir. Un roman confrontant et authentique, dur mais réaliste, à lire en tâchant de faire fi des scrupules qui ne manqueront pas de vous assaillir.
Philippe Fortin, Librairie Marie-Laura (Jonquière)

 

Rue Duplessis
Jean-Philippe Pleau (Lux)

Ce drôle de sentiment d’être entre deux chaises, de ne pas appartenir à l’endroit où l’on souhaite se rendre tout en étant déjà trop loin pour revenir sur ses pas. Jean-Philippe Pleau nous montre son parcours migratoire de transfuge de classe en ciblant soigneusement des moments phares pour faire le récit des multiples violences qui ont meublé sa vie. Inspiré des textes de Caroline Dawson, de Didier Eribon, d’Annie Ernaux et d’Édouard Louis, ce roman (mettons) est aussi le lieu d’une réconciliation avec la honte de l’héritage culturel de départ, des mots inventés par un père analphabète en passant par les vieilles amitiés qui persistent même si le clivage social est palpable : au-delà des sphères et des classes, il y a l’amour. Pleau navigue entre la plume du conteur et celle de l’essayiste sociologue comme pour réfléchir à voix haute sur sa vie qui est en fait celle de plusieurs autres à qui il tend ses mots.
Marc-Étienne Brien, Librairie Les Deux Sœurs (Sherbrooke)

 

Salade de fruits
Cathon (Pow Pow)

La vie est beaucoup trop courte pour ne pas lire cette Salade de fruits aussi savoureuse qu’hilarante. Cathon nous propose de brèves anecdotes, des pensées comme des éclairs de génie, des épiphanies et des petites fins du monde. Elle témoigne de l’ordinaire avec humour en nous laissant franchir les hauts et les bas de son quotidien. Et c’est avec joie qu’on y plonge, le cœur allégé par cette plume décomplexée et rafraîchissante et l’âme ragaillardie par ce coup de crayon précis et dynamique.
Chantal Fontaine, Librairie Moderne (Saint-Jean-sur-Richelieu)

 

Dernière heure : La déconfiture du lièvre
Robert Soulières et Sans Cravate (Fonfon)

La tortue a gagné une course contre le lièvre! Comment est-ce possible? Les journalistes se rassemblent dans la forêt pour interroger le perdant, qui, contrairement à la croyance populaire, n’a pas perdu son temps par excès de confiance. Il raconte les événements ayant mené à la victoire de la tortue, et cela en surprendra plus d’un! Cette relecture d’une fable de La Fontaine, qui visite plusieurs contes connus des enfants, est très drôle et comporte un beau message. Le lièvre n’est soudainement plus le personnage déplaisant et vantard; il est au contraire à l’écoute de l’autre et empathique. La présentation du livre, comme s’il s’agissait d’un journal, est rigolote et attire l’attention. Une belle lecture pour les tout-petits et leurs parents!                                                                                       
Véronique Tremblay
, Librairie Vaugeois (Québec)