Les étapes pour mettre au jour une websérie comme Mukbang nécessitent de longues heures de travail, échelonnées sur des années. Le projet est tout près d’aboutir, enfin. On a voulu savoir comment se déroule en coulisse ce travail de moine. Discussion avec l’autrice, le réalisateur et le producteur.

Écrit par Fanie Demeule, Mukbang a été publié en 2021 chez Tête première. « Marie Demers débutait une nouvelle collection jeune adulte au sein des éditions Tête première et elle m’a demandé de l’inaugurer. Il fallait que ce soit irrévérencieux et expérimental, sur un sujet d’actualité. J’ai réfléchi à ce qui pourrait intéresser les jeunes et à ce qui m’allumerait, moi. J’ai toujours été fascinée par l’alimentaire sur YouTube et c’était le début des mukbangs. J’ai exploité le sujet, à fond. » Le roman a été finaliste pour le Prix des collégiens et des collégiennes et a remporté le prix Jacques-Brossard. Depuis, Fanie Demeule et le réalisateur Kevin T. Landry travaillent sur le scénario de Mukbang pour en créer une adaptation en huit courts épisodes. D’ailleurs, le livre était tout juste publié que Kevin T. Landry s’est manifesté auprès de Fanie Demeule. « Littéralement trois jours après la publication, j’ai communiqué avec Fanie pour qu’on puisse travailler sur un scénario », lance Kevin T. Landry, coscénariste et réalisateur. « On s’est rencontrés quelques jours plus tard; Kevin est allé voir Babel Film et tout s’est enchaîné », ajoute Fanie. Véritable coup de foudre entre ces personnes, un trio dynamique qui travaille d’arrache-pied afin que le projet voie le jour, donc.

Grâce à une bourse du Fond indépendant de production (FIP), cinq des huit épisodes ont déjà été scénarisés, en plus de la bande-annonce, laquelle a aussi été tournée. Maintenant que que l’approbation du FIP a été obtenue, les trois épisodes restants seront bientôt écrits et la websérie pourra être produite. Mais qu’est-ce qui fait qu’un projet est choisi plutôt qu’un autre? « On ne sait pas comment sont choisis les projets ni la proportion de contenu québécois par rapport au reste du Canada. C’est nébuleux. Mais ce n’est pas le nombre de clics ni de like, qui justifie un choix », selon Kevin T. Landry. « C’est certain qu’avec Mukbang, nous avons obtenu par le passé un soutien financier de Télé-Québec, et maintenant, celui de Radio-Canada. C’est un signal que nous sommes sur la bonne voie », souligne Mathieu Paiement, producteur chez Babel.

D’ailleurs, l’élan initial de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour favoriser l’adaptation en séries d’œuvres littéraires rend tangible la possibilité de faire rayonner de plus d’une manière une œuvre. Ainsi, Mukbang, le roman, aura potentiellement une nouvelle vie avec une couverture aux couleurs de la websérie.

C’est donc dire que ces créateurs et créatrices auront accumulé des heures et des heures de travail sans avoir l’ombre d’une certitude que le projet verra le jour; iels viennent tout juste d’apprendre que ce sera bien le cas. En conséquence, Mathieu, Kevin et Fanie s’investissent dans plusieurs projets à la fois, espérant que l’un d’entre eux fonctionne. N’est-ce pas vertigineux? Cela dit, chacun d’eux navigue aisément à travers leurs différents projets, l’un nourrissant l’autre, et parvient à tirer son épingle du jeu. La créativité est une profession de foi.

Fanie Demeule, qui a reçu une formation en adaptation au baccalauréat et a poursuivi lorsqu’elle faisait son doctorat, a eu la chance de travailler que sur ses propres textes en adaptation. « J’adore ça! Je n’ai fait que de la coscénarisation, sauf pour un projet, mais j’aime découvrir l’imaginaire d’une autre personne, j’aime voir comment mon œuvre se déploie à travers son univers et à quel point on va plus loin, ensemble. C’est une chance inouïe de vivre ça en tant que romancière. » De plus, lorsqu’elle fait des rencontres d’étudiants et d’étudiantes dans les cégeps, elle remarque l’enthousiasme des jeunes. « De pouvoir imaginer que c’est possible au Québec d’écrire un livre et de le porter à l’écran ensuite ouvre des horizons inespérés aux jeunes. »

Au moment de l’entrevue, le joyeux trio avait déposé le projet, les documents, les scénarios et la bande-annonce au FIP et au Fonds des médias canadiens (FMC) qui financent le programme conjoint Production de séries format court. La demande de financement, elle, était déposée le lendemain. Depuis, une réponse positive a été reçue à la mi-novembre. Kevin aimerait que la série soit disponible à l’automne prochain, idéalement autour de l’Halloween. On leur souhaite. Et à nous aussi, parce que cette bande-annonce a décidément piqué notre curiosité.

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