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Dossier

Entrevues

Les libraires craquent

Variations endogènes
Karoline Georges Alto

Pour ce recueil, l’auteure propose quatorze courtes nouvelles écrites autour des thèmes de la solitude, de la violence de la vieillesse, de la maladie et de la honte. Malgré l’inconstance dans la qualité de l’écriture entre les différentes nouvelles, elle réussit, avec style et lucidité, à toucher des cordes sensibles de l’intime et du malaise, rendant visible ce qui tente constamment d’être caché. La lecture, bien que parfois ardue, est fluide et empreinte de quotidien. On rougit, on se sent mal, on s’associe aux personnages en détournant souvent les yeux, gênés. Les quelques forts textes donnent envie d’en lire davantage, de scruter les multiples variations de tonalité et de réflexions. Un petit recueil qui marque, pour longtemps.

Le secret de Lydia Gagnon
Claire Pontbriand Éditions Goélette

À l’aube de son soixante-dixième anniversaire, Lydia Gagnon voit sa vie chamboulée alors que l’un de ses plus terribles secrets menace d’être dévoilé au grand jour. Veuve depuis peu, Lydia Gagnon est la mère de cinq enfants qu’elle a aimés et cajolés. Une vraie bonne mère. Pourtant, ses enfants ont dû subir plusieurs déménagements, et certains pans de leur vie semblent toujours enveloppés d’une zone grise. C’est la maladie d’un de ses petits-fils, Albert, qui viendra fissurer l’édifice de mensonges qu’elle a mis une vie à ériger. Amour maternel et trahison familiale tissent ce récit que Claire Pontbriand rend de main de maître. Une saga familiale qui ne nous laisse jamais tranquille.

Chantal Benny (Carcajou)
9 septembre 2014
Les États-Unis du vent
Daniel Canty La Peuplade

Un formidable récit, road trip, bouillon de culture générale et de liberté! Enfin, presque… Car l’ultime contrainte de l’auteur et ses amis est de suivre le vent à travers les États-Unis. Avec un camion muni d’une girouette, ils vont parcourir ce pays avec ses histoires plus ou moins connues! Après le très original Wigrum, c’est une incursion au coeur de l’âme de Daniel Canty qui nous attend. Ses coups de coeur, ses bons moments, ses doutes, etc. Lire ce récit a été pour moi comme parler avec un vieil ami en sautant du coq à l’âne sur tous les sujets imaginables. Mais n’est-ce pas là la beauté du vent? Il se permet d’être changeant, doux, violent et absolument insaisissable. Dépaysement et beauté garantis!

Les filles peintes
Cathy Marie Buchanan Éditions Marchand De Feuilles

Dans une minuscule chambre de Montmartre, au coeur de la Belle Époque française, Marie vit en caressant le rêve d’un jour être l’une de ces grandes danseuses de ballet que Paris a connu. Vivant à l’étroit avec sa mère veuve et ses deux soeurs, elle poursuit cet objectif secondée par son abonné, monsieur Lefebvre. Les filles peintes est d’abord l’histoire de l’adolescente à l’origine de la célèbre sculpture La petite danseuse de quatorze ans d’Edgar Degas, mais il s’agit aussi d’un grand roman d’époque où Zola est bien plus qu’un simple caméo puisque le style à la fois léger et précis de Buchanan fait écho à certaines oeuvres du romancier. Une histoire empreinte de beauté et d’espoir emprisonnés dans le marasme d’un quotidien où rêver semble déjà trop demander.

Jérémy Laniel (Carcajou)
9 septembre 2014
D’autres fantômes
Cassie Bérard Éditions Druide

Je n’avais aucune idée vers quoi je me lançais en m’embarquant dans ce roman. Ça débute avec une mort dans le métro pour continuer en une longue descente aux enfers pour Albert qui se fait un devoir de retrouver l’identité de cette femme désespérée. Une quête qui le mènera vers d’autres histoires, d’autres morts, d’autres fantômes. Au risque de tout perdre… Étrangement, ce roman déborde de vie! Chaque mouvement, objet, immeuble, bref tout est doté d’un souvenir, d’une vibration. Chaque objet est un personnage en soi! Le style d’écriture donne à tous ceux-ci des bras qui nous guident tout au long du roman pour suivre ce pauvre Albert. Un livre bien ficelé où chaque mot est judicieusement placé pour donner du poids et du vrai à l’histoire.

L’album multicolore
Louise Dupré Héliotrope

Avec L’album multicolore de Louise Dupré, nous sommes plongés dans un monde d’émotions et de souvenirs reliés au décès de sa mère. Et, tout au long du récit, elle évoque son enfance à Sherbrooke, la relation avec sa mère, les interrogations sur la jeunesse, sur les amours de celle-ci, sur son bonheur. Nous entrons ici dans le thème universel du deuil de la mère, de la perte de cette relation bien particulière entre une fille et une mère. Au fil du récit, l’auteure trouvera des points communs avec sa mère : toutes deux sont des femmes pudiques, non croyantes, mais aussi avant-gardistes, féministes passionnées d’histoire et de politique. Un livre empreint de nostalgie merveilleusement raconté avec des mots tout en beauté et en simplicité.

Line Miron (Carcajou)
9 septembre 2014
Métis beach
Claudine Bourbonnais Éditions Du Boréal

C’est un premier roman bien ficelé et d’une maîtrise rare que nous offre l’auteure. Le texte coule de source et foisonne de détails qui dénotent une recherche acharnée. Solide et ambitieux, ce livre se lit tout de même facilement. Dans les années 60, le jeune Romain Carrier s’enfuit de Métis Beach, empêtré dans une histoire de viol où tout l’accuse, une affaire qui le hantera toute sa vie. Il arrive sans un sou à New York et retrouve une amie, une auteure féministe, qui le prend sous son aile et le traite comme son fils. Il évolue dans un milieu huppé, goûte à ses facilités et participe aux mouvements populaires. Le destin de celui qui est devenu Roman Carr, célèbre scénariste d’une série provocante, ondule au gré d’une époque riche de ses extrêmes.

Dans le grand cercle du monde
Joseph Boyden Albin Michel

Christophe le Corbeau, un jeune jésuite venu convertir les sauvages, et Chutes-de-neige, une jeune Haudenosaunee, sont kidnappés par Oiseau, un guerrier wendat en deuil et vengeur. À travers ce roman choral à trois voix, nous suivons l’évolution de la confrontation du trio refusant les moeurs et les habitudes des antagonistes. La magnifique prose de Joseph Boyden nous dépeint une fresque sur le changement des moeurs et de la vie sociale des autochtones de la Nouvelle-France suivant l’arrivée des Européens à la fin du XVIIe siècle. Cette histoire envoûtante et captivante s’imprègne en nous jusqu’à mûrir et nous laisser contemplatifs.

Francis Lefebvre (Carcajou)
9 septembre 2014
Le pouvoir. Le conseiller (t. 2)
Hilary Mantel Sonatine Éditions

Thomas Cromwell a laissé à la postérité l’image d’un homme cruel et tyrannique. Hilary Mantel, dans ce deuxième volet consacré à son ascension, en dépeint un tout autre portrait. Certes, Cromwell est dur et a la mémoire longue, mais il est généreux, et il demeure loyal à ses amis. Entièrement dévoué à son rôle de conseiller de Henri VIII, il oeuvre dans l’ombre à dissoudre les mariages sans héritier mâle du roi avec la reine Catherine, puis avec Anne. L’auteure laisse entrevoir l’intimité d’un Cromwell soucieux de nourrir et d’instruire le peuple anglais, mais soumis aux caprices égoïstes de la noblesse et du roi. Une saga historique efficace au rythme soutenu qui plonge au coeur même des intrigues et machinations de l’ère des Tudors.

L’exception
Ava Olafsdottir Audur Zulma

Floki et Maria sont ensemble depuis onze ans et ont d’adorables jumeaux. Un soir de réveillon du Nouvel An, Floki annonce à sa femme qu’il la quitte pour un collègue qu’il voit depuis un bon moment. Confrontée à l’inattendu, Maria cherche à comprendre. Aurait-elle dû voir venir? A-t-elle été trop naïve? Lui reviendra-t-il? La reconquête serait-elle plus facile s’il l’avait quittée pour une autre femme? Une voisine et amie, conseillère matrimoniale à ses heures, l’aide à faire le point… Par-delà les actions elles-mêmes, c’est la vraisemblance du propos, des interrogations, du nondit même qui touche. Dans les décors mystérieux de l’Islande, Auður Ava Olafsdottir montre avec brio l’universalité des déchirures qu’entraîne une rupture. Touchant!

André Bernier (L’Option)
10 septembre 2014
La fille de mon meilleur ami

Oui, William l’a promis à son ami mourant : il retrouvera sa fille Mathilde et veillera sur elle. La Mathilde en question est une habituée des instituts psychiatriques et n’a plus le droit de visiter son petit Roméo, confié à son ex et à sa deuxième compagne. Le gentil William se sent tenu de l’aider lorsqu’elle souhaite revoir son fils. Utilisant l’une de ses nombreuses cartes professionnelles différentes, le gentil William, licencié il y a peu pour fraude (tiens, tiens, serait-il moins « gentil » qu’on le pensait), emploie divers subterfuges pour entrer en contact avec l’enfant… Dévoilant avec dextérité la personnalité ambiguë de ses personnages, Yves Ravey crée encore une fois une intrigue serrée, palpitante, à lire d’une traite. Du pur plaisir!

André Bernier (L’Option)
10 septembre 2014
L’ancêtre
Juan José Saer Le Tripode

L’ancêtre est un roman puissant et qui, n’ayons pas peur des mots, frise le chef-d’oeuvre. L’écriture sublime de Juan José Saer nous entraîne, en plein XVIe siècle, sur les chemins de la mémoire d’un vieil homme au parcours inusité. Seul survivant de son équipage, alors qu’il n’était qu’un moussaillon âgé de 15 ans, il passera une décennie entière parmi les assaillants, un village d’Indiens cannibales. Cette « rencontre » on ne peut plus déterminante avec l’Autre ne cessera de le hanter dès son retour en Espagne. Ce qui donne un récit époustouflant auquel l’auteur a su insuffler une teneur qui dépasse largement le simple roman historique ou anthropologique, une teneur philosophique qui chercherait un équilibre entre le traumatisme et l’éveil.

Christian Girard
10 septembre 2014
Elle marchait sur un fil
Philippe Delerm Seuil

Un texte empreint de mélancolie, de nostalgie, d’où souffle un vent de liberté et de douce folie. La prose fluide et aérienne de Delerm est envoûtante, et c’est un plaisir que de se laisser porter par cette histoire simple, mais profonde. On suit Marie, une femme dont le mari vient de partir après une longue vie de couple qui lui semblait heureuse. On la sent désemparée, comme détachée de sa vie. Elle décide d’apporter son aide à des étudiants en théâtre. Elle s’investit complètement dans la tâche, s’isole et écrit une pièce pour eux, oubliant tout le reste. Cela remue son fils qui, par le passé, a tenté de percer au théâtre sous la férule de sa mère. Funambule étourdie par sa propre passion, Marie titube sur son destin. C’est magnifique.

Automobile club d’égypte
Alaa El- Aswany Actes Sud

Vous aviez aimé L’immeuble Yacoubian? Vous ne serez pas déçu par ce nouveau roman d’Alaa El Aswany. Le Caire, les années 40. L’institution en question, un club privé que le roi fréquente, est gérée d’une main de fer par l’occupant anglais et ses sbires locaux. Y travaille une flopée d’Égyptiens qui doivent effectuer leurs tâches de manière irréprochable. Qui sont-ils? Comment vivent-ils dans la vie de tous les jours? Et au boulot, là où une certaine hiérarchie règne entre eux? Ce microcosme est un excellent prétexte pour faire état de la société cairote, de ses traditions, de ses tensions, de ses secrets politiques, d’autant que l’auteur nous situe ici à la veille des grands bouleversements qu’apportera l’époque de Nasser. On prend un pur plaisir à voir de l’intérieur tous ces jeux que sont les relations entre les êtres, surtout lorsqu’ils se déroulent dans une société aux codes rigides, comme l’était la nôtre à la même époque.

Yves Guillet (Le Fureteur)
10 septembre 2014
Derrière les portes closes
Care Santos Grasset

Ce livre, c’est 500 pages de pure délectation pour ma part. Cette auteure, quadragénaire espagnole à peu près pas connue ici, a une maîtrise de la narration assez peu commune. Qui est ce peintre Amadeo Lax, mort il y a quarante ans, et dont l’oeuvre est le point de départ d’un projet de musée? Son histoire et celle de sa famille se déroulent sous nos yeux, sans respecter la chronologie, et ce, d’une manière captivante, comme le laisse deviner le titre du roman. Conteuse hors pair, Care Santos complète son texte avec des lettres, des articles de presse, des courriels, sans abuser de ce procédé un peu tendance. Un livre baroque comme les écrivains hispanophones peuvent en faire, raconté avec finesse, souvent avec le petit sourire en coin de la fine observatrice de l’âme humaine, de la société espagnole et de ses codes. À lire, toutes affaires cessantes!

Yves Guillet (Le Fureteur)
14 octobre 2014
Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer?
Antonio Antunes Bourgois

Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer?, d’António Lobo Antunes, ne pourra vous laisser indifférent. Écrit d’un seul souffle, avec un point seulement à la fin des chapitres, ce roman polyphonique met en scène une famille, Francisco, Joao, Ana et Beatriz, qui veille la mère sur son lit de mort, un dimanche de Pâques. Tous se remémorent leur joie et leur peine familiales et placent ce récit dans un passé qui se décompose à travers ces souvenirs que chacun égrène, frénétiquement. Au bout du compte, on demeure sans voix, bouleversé par ce texte, ce journal presque psychanalytique, mais surtout poétique de cette famille qui se souvient, comme d’une corrida, de leur(s) vie(s), ensemble. Un grand roman.

Jean-Philip Guy (Du soleil)
14 octobre 2014
Mr Gwyn
Alessandro Baricco Gallimard

Écrivain au sommet de la renommée, Jasper Gwyn prend publiquement la résolution de ne plus jamais écrire un roman. Tombant lentement dans l’oubli, il mûrit l’idée de créer une nouvelle forme d’écriture; il va écrire des portraits! Création d’un atelier d’artiste hors du commun afin de recevoir ses modèles, recherche de la forme nouvelle d’écriture, recrutement des modèles… Les élus paieront cher pour avoir le privilège de lire leur portrait, publié en un seul et unique exemplaire. Baricco met son grand talent au service d’une réflexion sur la créativité et les nouvelles formes d’expression inédites. Une histoire captivante!

Serge Poulin (Carcajou)
14 octobre 2014
Les bonnes gens
Laird Hunt Actes Sud

Semblable à une fable ancienne, belle, triste et poignante, Les bonnes gens de Laird Hunt est un récit qui vous prend à l’âme et vous hante des semaines durant. Ici, l’inhumanité sadique et dépravée de l’esclavage sévissant dans l’Amérique du XIXe siècle exhale des fragrances de tragédie grecque, dans un décor de rêves brisés et de promesses jamais tenues. L’un après l’autre, ce sont maints naufrages qui font de nombreuses victimes – et laissent fort peu de rescapés – alors que s’entrechoquent les destins d’un homme brutal et inique, d’une jeune femme par trop naïve et des courageux esclaves de leur maisonnée. Habile complainte sur la vengeance ou ingénieuse prose sur la rédemption? Un peu des deux, sans doute…

Edouard Tremblay
14 octobre 2014
Les liens du mariage
J. Sullivan Rue Fromentin

De Beers a longtemps été le seul fournisseur de diamants dans le monde. En 1947, Frances Gerety, publicitaire célibataire préférant le travail à la vie en couple, trouva un slogan pour la société diamantaire : « Les diamants sont éternels ». D’objet de luxe réservé aux nantis, le diamant est devenu le symbole incontournable de toute bague de fiançailles et de mariage. C’est par la taille de la pierre qu’on peut mesurer l’amour de notre tendre moitié. À partir de ce fait réel, J. Courtney Sullivan s’intéresse aux couples dans différentes époques, des années 70 jusqu’à aujourd’hui. Son analyse est fine, on reconnaît bien chaque décennie décrite. Les moeurs changent et pourtant, la bague et son diamant sont toujours au centre d’une cérémonie de mariage.

Marie Hélène Vaugeois
14 octobre 2014
Les suprêmes
Edward Moore Actes Sud

Les Suprêmes, ce sont trois Afro-Américaines dans la cinquantaine qui habitent une petite ville de l’Indiana. Ces femmes sont surtout trois meilleures amies, inséparables depuis la fin de l’adolescence. Bien qu’elles aient connu un parcours différent, elles ont toutefois su conserver leur amitié intacte. On retrouve Odette, la battante, née dans un sycomore, Barbara Jean, la plus belle femme de la ville et Clarice, l’épouse fidèle qui a renoncé à sa carrière de pianiste pour son mari. Elles entraînent le lecteur dans une suite de péripéties et d’émotions, en remontant le cours de l’histoire jusqu’à la source de leur amitié. On pourrait d’ailleurs reprocher à l’auteur de n’avoir qu’effleuré les événements historiques et sociaux majeurs qui auraient pourtant pu enrichir le récit en y ajoutant de la profondeur, mais il s’agit somme toute d’un roman léger qui se lit avec plaisir.

Il est de retour
Timur Vermes Belfond

Se réveillant, en 2011, dans un terrain vague de Berlin, découvrant un pays où les habitants savent mieux trier les déchets qu’ils ne savent distinguer les races, Hitler répond à l’appel du destin et entreprend, de nouveau seul, son combat pour sauver le peuple allemand. Dans ce monde où – gros malheur – on ne sait plus user de la violence la plus élémentaire, le führer trouvera dans la télévision et Internet ses armes de propagande les plus efficaces. Délirante et sagace plongée dans l’univers mental d’Adolf Hitler, Il est de retour livre aussi une satire mordante d’une Europe en butte aux maux de toutes sortes, prête à tendre l’oreille à un discours populiste qui, sous un air inoffensif, parvient à faire admettre – ça fait frémir – que tout n’était pas mauvais chez Hitler. Terriblement drôle… et drôlement terrifiant.

Le collier rouge
Jean-Christophe Rufin Gallimard

Avec Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin, on est transporté au lendemain de la Première Guerre mondiale dans un petit village de France. On y retrouve Hugues Lantier du Grez, juge militaire chargé de l’instruction du procès de Jacques Morlac détenu à la caserne du village convertie en prison. Le juge tente par tous les moyens de disculper Morlac, héros de guerre retenu prisonnier. Il veut comprendre pourquoi un chien ne cesse d’aboyer et de troubler la quiétude des lieux et pourquoi Morlac refuse de s’excuser et met plutôt tout en oeuvre pour se faire condamner. Jean-Christophe Rufin livre ici un récit sur la fidélité et l’héroïsme mené à la manière d’une enquête policière.

Line Miron (Carcajou)
14 octobre 2014
Aujourd’hui l’abîme
Jérôme Baccelli La Peuplade

Parti en mer pour être difficilement retraçable, Pascal tente de comprendre les mystères de l’éther et de son patron John Edward Forese, grand manitou de la finance mondiale. D’Anaxagore, un philosophe grec, à Steve Jobs; de Vincent Van Gogh à Yves Klein, sans oublier les iguanes du Mexique, le narrateur cherche dans les documents du requin de la finance son truc pour ne jamais se tromper dans ses spéculations. Pour ce faire, Pascal communique avec son amoureuse restée à Paris. Ensemble, ils réfléchissent sur les grands philosophes, revisitent plusieurs grandes périodes historiques et se rappellent leur visite dans un des domaines de JEF. Un roman fouillé, instruit, qui traverse l’histoire du monde pour percer le secret d’un seul homme.

Marie Hélène Vaugeois
14 octobre 2014
Mailman
J. Robert Lennon Monsieur Toussaint Louverture

Lorsqu’on entre dans le quotidien d’Albert Lippincott, dit Mailman, on ne se doute pas dans quel fossé existentiel on s’apprête à s’aventurer. Dans la petite ville de Nestor, Mailman livre le courrier suivant une routine réglée au quart de tour. Pour épicer la vacuité de cette vie de postier, il s’amuse à ouvrir certaines enveloppes avant de les remettre à leurs destinataires. Une suite d’événements tant burlesques que macabres bouleversera son quotidien rangé et le transformer en fuite dans laquelle le lecteur aura le plaisir de se perdre. La force du roman, mené avec brio par un auteur qui maîtrise les digressions et les ellipses narratives, se situe d’abord dans le ton, à la croisée d’un humour noir cinglant et d’une critique précise sur nos quotidiens banals.

Jérémy Laniel (Carcajou)
14 octobre 2014
La fête de l’insignifiance
Milan Kundera Gallimard

L’oeuvre d’une vie en guise de croquis pour en arriver, à force d’épuration, à ce dernier roman. On y découvre l’auteur tel Picasso peignant esquisse sur esquisse, d’un classicisme académique parfait puis, abandonnant des lignes superflues, des courbes, des volumes, tout ce qui empêche de parvenir à l’essentiel de son sujet. Le roman paraît simple, presque simpliste, le réalisme y est sacrifié au passage, les envolées lyriques aussi, la trame narrative esquintée, de même que les personnages. Rien n’en dépasse. Il me rappelle ce personnage de l’Immortalité qui voulait saisir l’essence d’un être par une simple métaphore. Voici sans doute l’ultime tentative de Kundera pour saisir l’insoutenable légèreté du monde et des êtres, tel un résumé, dans une dernière métaphore brillante et déroutante.

Patrick Bilodeau
14 octobre 2014
La vie en mieux
Anna Gavalda Dilettante

J’aime les histoires de Gavalda, sa tendresse, sa naïveté et son talent à mettre en lumière les petits détails de la vie qui la rendent belle, douce, drôle, cocasse, ridicule, âpre ou difficile. J’aime aussi la capacité de l’auteure à sentir notre époque, à en montrer, sans cynisme, les vanités et les faux-semblants avec toujours ce message d’espoir incarné par la formidable humanité de ses personnages et de leur destin. Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que dans La vie en mieux qui rassemble deux jolies nouvelles qui se font écho, on retrouve avec beaucoup de plaisir tous ces ingrédients. Dans les deux récits, les rencontres que feront les personnages principaux les conduiront à des choix radicaux, en suivant le mantra selon lequel il vaut mieux prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune.

Edouard Delaplace
14 octobre 2014
Quand la musique prend corps
Sophie Stévance Presses De L'université De Montréal

Recueil de textes dirigé par trois musicologues et rassemblant des professeurs, étudiants et chercheurs, cet assemblage présente une réflexion sur l’espace qu’occupe le corps dans la musique. Les thèmes abordés sont divers : le corps comme outil de travail, comme lieu de performance, l’utilisation de la voix comme environnement sonore, les liens entre le mouvement du corps et celui de la musique… Autant la pratique de la danse, du théâtre, du chant que l’utilisation des différents instruments sont mis sous la loupe de l’analyse corporelle. Certains textes attirent davantage l’attention, mais l’ouvrage est complet dans la diversité de ses analyses, des sphères étudiées. Une petite brique utile pour les passionnés de musique, de mouvement.

Mérenptah et la fin de la XIXe dynastie
Frédéric Servajean Pygmalion

Vous connaissez Mérenptah? C’est un pharaon à découvrir, ne serait-ce que pour l’admirable façon dont il a tenté de récupérer le pouvoir qui allait à vau-l’eau après la mort de son illustre père, Ramsès II. Il aurait pu remettre sur pied une Égypte corrompue et déclinante, mais, la mort l’a emporté avant. Et la XIXe dynastie n’a pu survivre à cette mort trop précoce. C’est la seconde fois que j’ai l’occasion de me pencher sur cette période de l’histoire mal documentée, mais ô combien passionnante! Une époque souvent reliée à Moïse et à l’Exode et qui a vu régner une autre femme, Taousert. Un bel ouvrage sur les intrigues, les réalisations et la fin de vie de ces personnages méconnus.

Le génocide culturel camouflé des indiens
Chantale Potvin Les Éditions Québec-Livres

Je trouve le concept de ce livre inédit. C’est un vent de changement, avec une vision différente de celle présentée dans les livres d’histoire. En fait, l’auteure a recueilli de nombreux témoignages sur ce qu’ont vécu les communautés autochtones dans les pensionnats. L’abandon de leur culture. L’abandon de leur identité. À travers le récit de ces vies brisées et de leurs stigmates, Chantale Potvin rend hommage aux personnes concernées. Elle a créé un personnage qui définit les Premières Nations dans leur blessure collective, qui les représente. Il s’agit d’un enfant qui nous raconte ses déboires. Enlevé à sa famille, il est envoyé au pensionnat par la force. Il vit toujours dans l’angoisse et la peur d’être châtié. Il présente son histoire, mais en particulier celle d’un peuple.

Une histoire du monde sans sortir de chez moi
Bill Bryson Payot

Du sous-sol au grenier, en passant par le panneau électrique, nos demeures sont remplies d’histoire. En parcourant sa maison pièce par pièce, Bill Bryson nous raconte l’évolution de l’humanité, de l’édification des premiers hameaux, comme ceux de Skara Brae, étonnamment moderne avec son système d’égouts, et de Çatal Höyük, où les gens rentraient par les toits, car les maisons étaient collées les unes sur les autres, jusqu’à notre confort moderne. Il nous parle également de l’invention de l’électricité, qui a sauvé les baleines de l’extinction, de l’arrivée de la tondeuse à gazon, de la construction du Crystal Palace, un projet horsnorme imaginé par un jardinier, et de plusieurs autres anecdotes passionnantes. Un livre à lire dans le confort de son foyer.

Ils ont couru l’amérique. De remarquables oubliés (T. 2)
Serge Bouchard Lux Éditeur

Je ne suis pas fière de l’admettre, mais je connais peu l’histoire du Québec. C’est donc avec l’esprit curieux que j’ai amorcé cette lecture et j’en fus émue, vraiment. Je me suis sentie bien petite et insignifiante à côté de ces hommes méconnus aux destins tumultueux, oubliés par la grande histoire. Rares sont les livres qui me touchent et m’incitent à prendre une pause avant d’en lire un autre. Celui-ci en est un. Avec humanité, respect et rigueur, les auteurs ont dépoussiéré le portrait de ces coureurs des bois ayant dépassé les limites de leurs territoires pour façonner leur pays sans l’appui de la mère patrie. Un récit instructif et nécessaire qui se lit aisément, à dévorer ou à déguster, et qui nous ramène au coeur de nos racines.

Pouceux. 60 récits de bord de route
Éditions Cardinal

Pour moi, ce livre fait partie de la tradition orale informelle. Pourquoi? Parce qu’on nous raconte des histoires. Tout naturellement. Il y a une volonté de transmission, de faire savoir. On essaie tout simplement de nous peindre des périples sans doute véhiculés de bouche à oreille avant de se retrouver là. J’ai été transportée d’un monde à l’autre à travers des récits de voyage drôles et ébouriffants. C’est la rencontre d’un imaginaire parmi tant d’histoires racontées. J’ai eu la sensation de vivre un moment unique. Chacune des aventures énoncées m’a fait vivre une grande gamme d’émotions. En le lisant, je n’avais qu’une seule chose en tête : Voyager. Avec un grand V. Oser partir seule… sur le pouce. Il s’agit d’un vent de liberté.

Excursions dans la zone intérieure
Paul Auster Actes Sud

Paul Auster prétend ne pas connaître d’existence moins documentée que la sienne. On aurait imaginé qu’un écrivain à l’oeuvre si considérable se serait permis de mieux classer ses souvenirs. Pourtant, c’est à une remémoration qu’il juge lui-même un peu déformée de sa jeunesse qu’il nous convie. Il démontre que les mouvements de la culture peuvent agir comme des points de repère efficaces pour remonter à ce qui a forgé chacun d’entre nous. Il ne s’autorise pas à rayer de son livre les passages moins glorieux de sa vie, mais se fait le cadeau de joindre en fin de volume des illustrations qui incarnent des moments importants. L’auteur nous capte en fin de parcours en s’appuyant sur des correspondances avec un ancien amour pour documenter les excursions.

Le monde au XXIIe siècle
Alexis Jenni Puf

Nous sommes en 2112 et une série d’articles revoit ce qui s’est passé pendant les 100 dernières années. L’abolition du mariage. La réduction du nombre de prisonniers dans les prisons par l’amélioration du système carcéral. Les élections par tirage au sort. Et, en prime, une nouvelle d’Alexis Jenni qui nous avait offert L’art français de la guerre et qui nous fait méditer sur l’utilisation abusive de nos téléphones intelligents. À part la nouvelle de Jenni, c’est littéralement un livre de sciences sociales de fiction qui vous attend. Ouvrons les paris! Croyez-vous que ces spécialistes approcheront un tant soit peu de la réalité? Moi qui aime la fiction réaliste, j’ai été gâté! Allez! Faites un bond de 100 ans dans votre prochaine lecture!

L’étrange affaire du cadavre souriant
Miguel Miranda Ed. De L'aube

Ah! Porto et ses charmes! De son bureau, le détective Màrio França contemple les flots calmes du Douro et les boutiques des producteurs de porto sur l’autre rive… On vient justement de lui demander d’enquêter sur le pseudo-suicide de la richissime lady Gladys Cleminson, propriétaire de l’une de ces grandes maisons. En allant voir le cadavre à la morgue, il a un choc : vient d’arriver le corps transpercé de balles d’un de ses compagnons d’armes, vingt ans plus tôt, à l’époque où tous les deux appartenaient à un groupuscule luttant contre la dictature. Voilà donc deux affaires à élucider… Mais se pourrait-il, comme son flair le lui laisse bientôt croire, que les deux crimes soient liés? Une belle occasion de découvrir un polar à la portugaise!

André Bernier (L’Option)
14 octobre 2014
Mémé goes to Hollywood
Nadine Monfils Belfond

Quoi? Vous ne connaissez pas encore Mémé Cornemuse, la vieille la plus « malcommode » et la plus lubrique du polar francophone? Toujours prête à tout pour parvenir à ses fins, Mémé décide d’aller rencontrer son idole, Jean-Claude Van Damme, en plein tournage aux States, quitte à voler une baraque à frites et à éliminer quelques encombrants personnages sur le bateau où elle a réussi à se faire embaucher… S’étant malheureusement fourvoyée sur la destination dudit navire, Mémé aboutit en Belgique, où elle apprend que son héros, venu visiter sa famille, vient d’être kidnappé. Son sang ne fait qu’un tour, sus aux ravisseurs! La voilà en mission de sauvetage! Comme polar humoristique, on ne fait pas mieux! Vive Nadine Monfils! À quand le prochain « Mémé »?

André Bernier (L’Option)
14 octobre 2014
Creole belle
James Lee Burke Rivages

Tout l’attachement et le respect qu’éprouve l’auteur pour la Louisiane et ses gens, ses terres et son histoire marquée par les drames respirent dans ce roman. Les images qu’il évoque, l’humanité des personnages, la mosaïque de leurs sentiments et de leurs états d’esprit, c’est poétique. L’inspecteur Dave Robicheaux s’entête à chercher ce qu’il est advenu d’une jeune chanteuse dont personne ne se soucie. Son ami, Clete Purcel, est obnubilé par l’apparition de celle qu’il croit être sa fille. Les deux compères au passé mouvementé vont faire le lien entre les meurtres de truands notoires, la disparition de la jeune fille puis l’assassinat de sa soeur, et une riche famille qui s’acharne sur les plus faibles. Un thriller d’ombre et de lumière, brillant.

Guide de survie en milieu hostile
Shane Kuhn Sonatine Éditions

Shane Kuhn arrive sur la scène littéraire avec ce premier livre et il en met plein la vue! Grâce au style fluide et empreint d’humour de l’auteur, lire ce polar est encore plus facile et agréable que de regarder un film. Le roman est écrit sous la forme d’un manuel que John Lago, tueur à gages depuis son adolescence, laisse à ses successeurs. John fait partie d’une obscure organisation qui infiltre des stagiaires dans de grandes firmes afin d’en éliminer les dirigeants. À 25 ans, il s’agit de sa dernière mission, et elle ne sera pas de tout repos avec les nombreux rebondissements invraisemblables qui l’attendent au détour. On apprécie rapidement ce jeune tueur cynique, qui deviendra de plus en plus humain. Grinçant, original et moderne. À découvrir!

Escalana. Les villages assoupis (t. 3)
Ariane Gélinas Éditions Marchand De Feuilles

Pour la finale de sa trilogie, Ariane Gélinas nous propose une plongée dans un univers plus noir et plus cru encore que dans ses romans précédents. Avec une maîtrise de la langue rarement égalée, Gélinas nous entraîne sur les pas d’Abigail, une musicienne qui collectionne les sonorités étranges. Exilée en Haute-Mauricie, elle voit sa vie basculer après d’étranges découvertes. Escalana est une oeuvre parfaitement maîtrisée, qui renouvelle les codes du fantastique, confirmant au passage la maestria déjà évidente de l’auteure. Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, mais les amateurs d’horreur et de fantastique y trouveront leur compte, à condition d’être prêts à s’aventurer dans les rues d’Escalana, le village assoupi…

Bondrée

Dès les premières pages, nous pénétrons dans un brouillard que les instants de bonheur et d’insouciance de cet été de 1967 ne sauront dissiper. Andrée A. Michaud nous procure une satisfaction bien plus grande que celle d’être le témoin d’une intrigue; elle nous enveloppe par la force de son écriture. Je crois la plupart du temps que nous gagnons à ne pas déterminer trop à l’avance un endroit ou un contexte pour lire un livre (suisje bien en train d’écrire un « craque »?), et en particulier dans le cas de Bondrée. En y plongeant, peu importe « l’espace-lieu » ou l’espace-temps, tout est là pour la création d’une atmosphère. Le récit est aussi parsemé de descriptions sur le quotidien d’habitants de petits patelins, comme un petit quelque chose de « lynchien ».

Suspect
Robert Crais Belfond

Robert Crais nous a habitués à des lectures divertissantes et son dernier roman ne fait pas exception. Suspect nous entraîne dans une enquête où un chien militaire perturbé par l’enfer de la guerre et un policier traumatisé par l’assassinat de sa partenaire deviendront un touchant et efficace duo. Voilà une amitié qui donne une once d’humanité à une enquête très corsée. L’enquête sur le meurtre de Stéphanie est sur le point d’être classée, mais Scott James et sa chienne Maggie y feront face ensemble, malgré le fait que ni l’un ni l’autre n’est considéré comme apte à reprendre le travail. Un suspense sans faille, explosif et émouvant tout à la fois. Un tandem qu’on espère retrouver dans les prochains livres de ce conteur hors pair.

Dernier message de Sandrine Madison
Thomas H. Cook Seuil

L’auteur à succès Thomas H. Cook est de retour avec un thriller judiciaire mettant en scène un couple d’universitaires à qui tout réussit. Lorsque l’épouse est retrouvée morte, la police accuse le mari, même si tout laisse croire au suicide. S’enclenche alors la machine judiciaire. Le roman nous fait suivre le déroulement du procès durant lequel Sam Madison, l’époux, sera porté à réfléchir sur son mariage. Pris de culpabilité, Sam comprend qu’il a laissé son mariage s’effondrer sans rien faire pour éviter la catastrophe. Cook nous livre ici un témoigne captivant sur l’échec d’une grande histoire d’amour, jouant de subtilité quant à la psychologie des personnages et à leur implication dans le drame. Un polar différent qui saura éveiller la sensibilité du lecteur.

Apportez-moi la tête de Lara Crevier!
Laurent Chabin Libre Expression

Une femme est retrouvée morte dans un immeuble abandonné de Montréal, elle est nue et sa tête a disparu. Qui est capable d’un tel geste? Les indices semblent indiquer que la victime était une jeune femme nommée Lara Crevier. Le lieutenant-détective Donnola essaye de comprendre qui elle était pour savoir ce qui a pu la mener jusqu’à cet appartement vide. Ce n’est pas le flic le plus sympathique du polar actuel, un peu facho, pas très ouvert, plus réaliste, quoi! Sur son chemin, il croisera un étudiant anarchiste qui, lui aussi, aimerait bien savoir ce qui est arrivé. Celui-ci comprendra que son amie n’était peut-être pas celle qu’il pensait connaître et il lui découvrira une vie totalement différente. Laurent Chabin reprend le personnage de Lara, ébauché dans Le corps des femmes est un champ de bataille, et il donne à cette femme, pourtant absente du récit, une présence presque palpable. Pour nous, elle se dévoile peu à peu, complexe et fascinante. Chabin offre ici un polar peut-être un peu plus classique, mais qui reste tout de même atypique, à la limite du discours « anar » et libertaire, avec un flic qu’on aime ne pas apprécier. Il en profite pour ouvrir une réflexion sur l’identité qui trouve parfaitement sa place dans ce récit entre enquête et roman noir. Dans le polar québécois, cela donne une voix différente qu’on prend beaucoup de plaisir à lire. Comment être libre et vivre en dehors de la société? En perdant la tête, peut-être? Ou pas!

Une disparition inquiétante
Dror A. Mishani Seuil

Un policier enquête sur la supposée fugue d’un adolescent « trop raisonnable pour avoir disparu comme cela ». Une banale affaire? Loin de là! Maniant une plume sensible, à fleur de peau, l’Israélien Dror Mishani instaure un suspense oppressant, échafaude une intrigue subtile, hors des sentiers battus, nous faisant éprouver des moments intenses. Le commandant Avraham Avraham, enquêteur à Tel-Aviv, dépressif à la maladresse attachante – il croit à tout moment être dessaisi de son dossier – s’investit trop dans son travail – « même quand tu n’es pas flic, tu restes flic » – au point d’en perdre ses repères, de négliger surtout de porter attention à ce voisin, prof d’anglais, au comportement étrange. Le dénouement sera renversant. Une exploration de la vulnérabilité humaine qui ravira à coup sûr les fervents de polars à la Mankell ou à la Indriðason.

Repentir(s)
Richard Ste-Marie Éditions Alire

Un double meurtre a été commis dans une galerie d’art montréalaise. Le sensible et sympathique sergent-détective Francis Pagliaro mène l’enquête. Très tôt, il découvre que l’une des personnes assassinées, le galeriste Gaston « Faby » Lessard, s’était fait bien des ennemis avec ses pratiques commerciales douteuses. Andrew Garrison, l’auteur – introuvable – des tableaux de l’exposition Repentirs a-t-il voulu corriger les erreurs du passé? Richard Ste-Marie (L’inaveu) n’a pas que très bien composé un astucieux roman d’enquête – vous serez tenu en haleine de la première à la dernière page –, il nous fait aussi explorer la face cachée, sombre, d’un milieu qu’il connaît bien – il y a fait carrière – celui des arts visuels. Vous n’aurez pas à vous repentir de la lecture de ce suspense touchant de compassion, où des êtres fragiles ont à choisir entre l’art ou le crime comme porte de sortie de la misère et de la folie.

Mangeoires et nichoirs pour attirer les oiseaux
Gilles Lacroix Éditions Broquet

Il n’est pas tout d’attirer les différentes variétés d’oiseaux chez soi, il importe surtout de faire en sorte qu’ils puissent s’y installer et s’y sentir bien. En ce sens, ce magnifique petit livre est une véritable fourmilière d’idées claires et précises et de techniques parfaitement illustrées qui nous en apprennent beaucoup. L’auteur, qui n’en est pas aux premiers partages de sa passion, nous offre un ouvrage de grande qualité, fruit de plusieurs années de compagnonnage avec ses amis ailés. Les photos d’intérieurs de nichoirs habités sont impressionnantes et il faut souligner la qualité du texte de l’avant-propos qui met en relief toute l’importance de l’enfance dans l’épanouissement de nos passions, grandes ou petites.

Harold Gilbert (Sélect)
14 octobre 2014
Ron Mueck
Fondation Cartier Pour L'art Contemporain Snc Cartier Et Cie

Découvert par plusieurs amateurs d’art lors d’une magnifique exposition présentée au Musée des beaux-arts du Canada en 2007, cet artiste australien vivant dorénavant à Londres présentait en 2013 une nouvelle exposition d’envergure à la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris. Ce sont les personnages hyperréalistes qui ont fait la renommée de Ron Mueck, marionnettiste de formation. En plus de la qualité technique de ses créations, c’est la démesure de certains personnages qui frappe le plus souvent le spectateur. Mueck réussit à recréer une intimité certaine avec ses sujets, et ce, malgré le gigantisme de certaines de ses oeuvres majeures, ce qui s’avère souvent particulièrement troublant. À découvrir sans faute!

La gaspésie. Au bord de l’infini
Linda Rutenberg Del Busso Éditeur

Pays dans le pays, magnificence de grandeur, de richesses et d’histoire, la Gaspésie est probablement notre joyau paysager le plus précieux. Mais à quoi ressemble cet Éden pendant la longue accalmie hivernale? L’auteure, photographe de réputation internationale, a arpenté la majorité de la péninsule afin de faire ressortir les couleurs, les artéfacts, rochers et gestes de la nature dans un formidable amalgame de photographies tantôt saisissantes, tantôt empreintes de silence et d’intériorité. Produit en collaboration avec le Musée de la Gaspésie, ce magnifique ouvrage propose également de très beaux commentaires de Julie Bélanger et de Paul Almond. À contempler comme une symphonie composée de marées, de vent et de milliers d’arpents de neige.

Harold Gilbert (Sélect)
14 octobre 2014
De Percé à Trois-Rivières. Des noms entre évidence et apparence
Henri Dorion Éditions Gid

Nouvel opus de ce remarquable tandem d’érudits en matière de québécitude, De Percé à Trois- Rivières se classe assurément comme un livre d’exception. Habile portrait toponymique du Québec, l’ouvrage présente, grâce à une quarantaine d’exemples diversifiés, la relation souvent poétique entre paysage et besoin de nommer celui-ci. Au gré des pages habillées de superbes photographies, on se surprend à découvrir ou redécouvrir lieux d’évidence ou d’apparence : les lacs des Chats ou Sans Nom; les îles Verte, de Bacchus ou aux Pommes; ou encore les lieux-dits Trait-Carré, Grands-Déserts et Délaissés. Et, comme chaque fois, les auteurs nous propulsent dans un fabuleux voyage à l’essence même de ce que nous sommes, tel un rituel dans notre propre diversité. Très beau.

Harold Gilbert (Sélect)
14 octobre 2014
La table du Cambodge
Sarany Ly Magellan & Cie

Parce qu’un bon livre de cuisine est aussi un bon livre d’histoire, je tente d’avoir un livre de recettes d’un maximum de pays différents. On voit souvent des ouvrages de cuisine thaïe, vietnamienne, etc. Mais qu’en est-il du Cambodge? Ce pays défiguré par un génocide tristement célèbre avait plutôt gardé par-devers lui le secret de ses recettes les plus savoureuses. C’est heureusement Sarany Ly qui nous dévoile l’essentiel des recettes transmises de mères en filles. Bien sûr, je vous le concède, bon nombre d’ingrédients ne se retrouvent pas dans les supermarchés ordinaires. N’est-ce pas là l’occasion idéale d’aller visiter un supermarché asiatique et de découvrir un nouvel éventail de saveurs? En tout cas, moi, je ne me gênerai sûrement pas!

Les nouvelles religions alimentaires
Jean-Michel Cohen Flammarion

La santé et la longévité passent par l’alimentation. Réalité ou fumisterie de vendeurs désireux de s’enrichir? Jean-Michel Cohen, nutritionniste reconnu, décortique une variété de régimes alimentaires et déconstruit un par un les mythes entourant ces derniers. Du végétarisme à la macrobiotique en passant par le régime méditerranéen, tout y est scrupuleusement décrit. Vulgarisateur de talent, l’auteur propose des pistes de solution alliant santé et plaisir de manger pour un mode de vie plus sain. Mieux vivre grâce à l’alimentation? Oui, dit le docteur Cohen, mais en toute lucidité et en étant bien informé. Tour d’horizon complet que j’ai beaucoup apprécié et qui en éclairera plus d’un, j’en suis certaine.

Bellechasse au temps des seigneuries

Indéniablement, Paul St-Arnaud est un amoureux de ce comté. Cet ouvrage, du type « livre-cadeau », présente généreusement le patrimoine et la nature de cette belle région, l’auteur ayant un talent certain de photographe. Il a le mérite aussi de s’intéresser à tout ce qui touche l’histoire régionale, et on trouve ici un survol, certes parfois un peu lyrique et non dépourvu de quelques erreurs d’interprétation, des faits et gestes qui ont façonné ces paysages. Toutefois, pour peu qu’on s’intéresse à cette région, on peut rester sur son appétit, faute de références précises, notamment en ce qui concerne les limites des diverses seigneuries exposées ici. Bien que les quelques cartes fournies soient les bienvenues, des indications sur l’objet de l’ouvrage auraient permis de mieux en situer les contours. De plus, la publication, qui, de par son titre, s’annonce comme un livre d’histoire, laisse une assez large part photographique à la flore et la géologie des lieux.

Yves Guillet (Le Fureteur)
15 octobre 2014
Bestiaire fantastique des voyageurs

Avant l’essor des sciences modernes et des technologies contemporaines, comprendre le monde, ses mécanismes et ses mystères demandait l’audace de courageux aventuriers. Repoussant les limites des frontières connues, ces vaillants explorateurs bravaient l’incertain, ramenant de leurs voyages les récits de royaumes étranges… et aussi ceux des bêtes fantastiques et monstrueuses qui les peuplaient! Devenues aujourd’hui objets de légendes, ces créatures mythiques habitent toujours l’imaginaire collectif, notamment par l’entremise des bestiaires, nous rappelant qu’il fut un temps (regretté?) où nous pouvions encore espérer croiser une licorne, redouter le terrible catoblépas ou défier la fureur d’un dragon. Ah, nostalgie…

Edouard Tremblay
15 octobre 2014
La disparition des lucioles : collection Lambert en Avignon

En attendant d’occuper un lieu permanent, les oeuvres de la collection d’art contemporain international du renommé galeriste Yvon Lambert sont présentées dans les murs de la prison Sainte-Anne d’Avignon, lieu patrimonial du XVIIIe siècle désaffecté depuis dix ans. Regroupant des oeuvres d’une centaine d’artistes, le thème de l’exposition est l’enfermement, la solitude, l’amour. Formidable panorama de l’art contemporain, c’est à une vision bouleversante de ces grands déchirements de la vie que nous sommes conviés, dans une mise en scène étonnante, tout comme l’est ce catalogue de l’exposition présentée du 18 mai au 25 novembre 2014.

Le livre d’or du paradis et de l’enfer

Pour mesurer avec justesse l’impact immense qu’eut le christianisme dans l’histoire de l’Occident, il suffit de se pencher sur la riche iconographie qu’il a inspirée. Opulentes visions de célestes royaumes baignés de lumière ou cauchemars abyssaux au sein des flammes d’un éternel tourment; luttes millénaires entre le bien et le mal ou perpétuation de l’imagerie des Pères et des saints, ce sont ainsi des siècles de chrétienté qui furent à jamais fixés dans l’éternité. Dès lors, on se le demandera non sans raison, comment s’y retrouver dans un tel foisonnement artistique? Grâce au travail monacal d’auteurs tels que Rosa Giorgi, qui présente ici une synthèse monumentale, digne de trôner dans les bibliothèques des « christianophiles » les plus tatillons!

Edouard Tremblay
15 octobre 2014
Cap-chat, gaspésie. Histoire et attraits touristiques

Publication soignée, à la fois beau livre et guide complet, cet hybride mérite d’être non seulement regardé, mais lu, car photos et textes sont en réelle concordance. Il faut voir ces Chic-Chocs dans leur grand ensemble, et la faune, et la mer, illustrés de textes judicieux. Un hommage tout en humilité offert par ces enfants du pays, ces « flots » du fleuve, écrivains et photographes, qui nous font découvrir l’arrière-pays, les différents secteurs de Cap- Chat, un village entre mer et montagnes. Comme tous ces attraits nous le démontrent, la localité surpasse sa certification officielle de village-relais pour devenir une réelle étape. Alors, vous connaissez déjà le cap de vos prochaines aventures!

Morrice et lyman en compagnie de matisse

Alors que les portraitistes et les paysagistes classiques avaient la cote au Canada anglais, James W. Morrice et John Goodwin Lyman, deux membres de la bonne bourgeoisie anglophone de Montréal, décidèrent de prendre le large et d’aller s’inspirer, en Europe, de la modernité alors en pleine ébullition. Quelques voyages avec Matisse en Afrique du Nord marqueront Morrice, attiré par le dépaysement et la lumière des lieux. John Goodwin Lyman subit quant à lui l’influence de Morrice, son aîné, mais il rencontra également Matisse et de nombreux autres peintres lors de ses séjours parisiens. C’est là qu’il rencontrera Borduas, avec qui il fondera plus tard à Montréal la Société d’art contemporain. Critique d’art et essayiste, il enseignera également et poursuivra avec détermination sa volonté de rendre l’art moderne plus accessible. Deux grands artistes à découvrir.

Les nébuleux. Zodiak (t. 1)

Premier tome d’une trilogie à compléter, Les Nébuleux nous plonge dans un univers de fantasy dont la société et les interactions sociales sont régies par les signes du Zodiak et par les divinités qui y sont associées. Évitant habilement le piège de l’ésotérisme de bas étage, Maude Royer met plutôt en place un monde riche et convaincant, où les apparences sont trompeuses, et où tout le monde a un destin, même ceux qui sont convaincus du contraire. Mettant en scène des personnages bien campés et fort attachants, ce roman n’est pas qu’une simple introduction et l’intrigue y est haletante à souhait. Il s’agit d’une fort belle découverte, particulièrement dans le domaine peu fréquenté de la fantasy adolescente québécoise. Dès 13 ans

Eleanor & Park

Il y a de ces romans qui restent avec soi bien après les avoir terminés. Eleanor & Park est de ceux-là. Quelque chose dans cet heureux mélange de nostalgie, d’amour et de mal-être adolescent rend ce récit enlevant et lucide. On se revoit amoureux pour la première fois, la vraie fois, celle qui change la vie pour toujours. On aime et on rage avec les personnages. On pleure aussi. Et pourtant, c’est une histoire d’amour bien ordinaire, truffée de références culturelles savoureuses, de mix enregistrés sur des cassettes et de chevelures démesurées… Les années 80 comme si vous y étiez! Un roman drôlement bien écrit, bien ficelé. On y croit. On s’attache. Et ça bouleverse. Dès 13 ans

Patrick Isabelle (Carcajou)
20 octobre 2014
Les lois de l’été

Ce qui m’a premièrement attirée vers ce livre est bien sûr les grandes illustrations sur chaque page, toutes accompagnées d’une loi fictive, qui semble gouverner l’univers où vivent deux garçons. « Ne mange jamais la dernière olive de la soirée », « Ne laisse jamais de chaussettes rouges sur la corde à linge. » En tournant les pages, on constate que l’illustration ne fait pas que montrer le propos, mais lui donne une aura de mystère. Chaque loi de cet été-là est enfreinte et des choses funestes semblent s’ensuivre. Le dessin nous donne une première impression de ce qui suivra, mais ce n’est que notre imagination qui saura en fabriquer la suite. Je le conseille à tous ceux qui ont l’imagination fertile et l’esprit ouvert. Dès 8 ans

Anne Gosselin
20 octobre 2014
Blé sur la route (t. 1)

Si vous connaissez et appréciez le groupe musical Blé, vous serez heureux d’apprendre que ses membres se sont lancés dans l’écriture d’une histoire haute en couleur et tout à leur image. Il s’agit d’un roman fictif au sein duquel nous retrouvons Miro et Thierry alors qu’ils ne forment pas encore un groupe. J’ai apprécié le style qui laisse beaucoup de place au narrateur et donne l’impression d’une réalisation vidéo. En effet, plusieurs commentaires de celui-ci s’adressent directement au lecteur. La narration nous prend par la main et nous invite à plonger là où seul un livre ou un film ponctué d’effets spéciaux saurait nous emmener. Le tout, ponctué par l’humour et le charme des personnages. Dès 13 ans

Mathémagic

Voici un livre qui aurait dû me tomber entre les mains beaucoup plus tôt! Je ne comptais pas vraiment en parler, en fait : je hais les mathématiques. Je me disais que ce livre pourrait être un bon outil pour intéresser mes fils à cette science qui, malheureusement, m’a fait sacrer à l’école, mais que j’aurais bien aimé apprivoiser. Alors, j’ai lu une page sur le nombre magique. Et puis une autre. Et une autre. Et euh… hein? Le quart de lu? Moi? Impossible! Alors, je l’ai rangé. Mais impossible de ne pas y penser. Ah, juste quelques pages! Bon, je ne suis pas meilleur en maths ni devenu un nouvel Einstein, mais j’avoue avoir compris (ou être passé tout près de comprendre) certaines théories qui m’échappaient! À posséder dans sa bibliothèque! Dès 14 ans

Le crocodile qui avait peur de l’eau

Un petit crocodile qui a peur de l’eau? Hé oui! Et ça lui cause bien des ennuis. Il préfère grimper aux arbres, mais ses frères et soeurs n’ont aucune envie d’y jouer avec lui. Pour ne plus jouer seul, il décide de s’acheter une petite bouée. Son problème n’est pourtant pas réglé puisque sa bouée l’empêche d’attraper le ballon ou de nager sous l’eau. Il décide donc de tester sa peur une dernière fois et saute à l’eau. Rien à faire, il déteste vraiment ça. Mais, alors qu’il grelotte à sa sortie de l’eau, son nez se met à picoter et il éternue… du feu! Un Vilain petit canard revisité avec une petite surprise de plus à la fin de l’album. Dès 3 ans

À la recherche de Victor Cordi. Journal d’histoires de Lenta-Oh

Alors que les Ghorix sont de retour à Exégor, Lenta-Oh part à la recherche de Victor Cordi qui reste introuvable… À mi-chemin entre un hors-série et un tome 5 de la très populaire série « Victor Cordi », ce nouvel opus que propose Annie Bacon est un recueil d’histoires sous forme de journal, écrit par Lenta-Oh, l’amie de Victor. À travers six histoires et plusieurs encarts, l’auteure présente les origines des principaux personnages d’Exégor et amis de Victor Cordi, en plus de donner une foule de renseignements sur ce monde étrange. Un véritable bijou qu’on peut savourer une histoire à la fois, ou encore dévorer d’un seul coup, en attendant avec impatience le début du deuxième cycle des aventures de notre fan du Capitaine Carbone préféré! C’est avec bonheur qu’on retrouve la plume alerte et pleine d’humour d’Annie Bacon dans une oeuvre hybride plus près du carnet de voyage que du roman à proprement parler. On plonge avec délice dans son univers, qu’elle approfondit avec brio, et on passe beaucoup de temps à s’extasier devant des détails de la vie des Exégoriens avant l’arrivée de Victor. Notons également les illustrations toujours aussi appréciées de Mathieu Benoit, qui appuient magistralement les descriptions et péripéties. Il reste maintenant à voir si Victor Cordi reviendra à temps à Exégor et si, dans l’intervalle, Lenta-Oh et ses amis parviendront à tenir tête aux Ghorix. En attendant, rien ne nous empêche de nous laisser bercer par la douce voix de l’apprentie conteuse… Dès 10 ans

L’arbre farceur

Si, comme moi, vous êtes restés de grands enfants, vous sauterez à pieds joints dans le monde des rêves de L’arbre farceur. C’est par des rimes savoureuses et des illustrations enchanteresses que ce conte merveilleux guide vos petits rêveurs vers l’heure du coucher. Pour ma part, j’y ai côtoyé des monstres qui puent et des géants sur qui j’ai pu faire du toboggan. Il y a aussi le royaume des sucreries où l’on risque de rester collé sur le ventre des bonbons brillants. En entrant dans ce monde imaginaire, j’ai pu prendre mon bain avec le kraken! N’ayez crainte, il est charmant et il vous offrira peut-être une pointe de sa succulente tarte, qui sait? Une autre douce histoire du soir qui permettra à vos petits d’aller toucher les étoiles. Dès 3 ans

Moustachat
Géraldine Elschner L'elan Vert

Moustachat, chat vagabond, a perdu ses moustaches! Sans elles, il ne sent plus le vent sur son visage ni les voitures qui arrivent à toute allure. Alors qu’il allait passer sous les roues d’une d’entre elles, c’est un oiseau qui lui sauve la vie. Commence alors une quête aux moustaches complètement rocambolesque dans laquelle un chat, un oiseau et, pourquoi pas, un âne, tenteront par tous les moyens de ramener l’ordre des choses. Moustachat, c’est aussi des odeurs de poisson au marché, la pluralité d’une belle ville, mais surtout une grande fête pour célébrer la différence. Une histoire d’animaux hors du commun, d’amitié et de compassion qui plaira aux petits et aux grands amoureux des chats. Dès 5 ans

Jon

Avec son petit format jeunesse, écrit gros et sa couverture un peu inquiétante, ce livre fait douter. Mais bon, on en a vu d’autres, hein? Des pages couleur crème qui ajoutent une ambiance… feutrée? Et des dessins flous, rayés et des taches partout… Du sang? Je n’ai pas encore attaqué la quatrième de couverture! Jon est à l’hôpital? On lui a coupé les bras? Quoi? Alors, pour vous, je me suis sacrifié (ah! mot horrible après cette lecture!). En fait, je ne vous dirai rien de plus, la table est mise! Qu’arrive-t-il à Jon? Une lecture pour adolescents en quête de sensations fortes et qui n’aiment pas beaucoup lire. J’ai beaucoup aimé. Quoique : quelle est cette lumière dans la nuit? Et cet objet brillant qui va et vient? Dès 13 ans

Les corbusards. Alice crane (t. 1)

Grâce à son intelligence supérieure, Alice Crane est devenue médecin légiste très jeune. Fraîchement établie dans Edencity, sa vie bascule le soir où elle aperçoit le cadavre sur lequel elle travaillait plus tôt déambuler, bien vivant, dans un quartier inconnu. Bien malgré elle, elle se retrouve au coeur d’un univers parallèle au nôtre, peuplé de créatures fantastiques et contrôlé par une milice étrange. Entre l’option de rejoindre cette communauté secrète et de faire table rase de son passé, ou de voir sa mémoire effacée et son intelligence diminuée pour retourner à une vie normale, Alice hésite. Une aventure captivante, pleine de rebondissements, arrosée de fantaisie et de mystère. Tous les ingrédients sont là pour une série prometteuse. Dès 12 ans

Agathe et la campagne

Agathe s’épanouit joyeusement à la campagne. Lorsque ses parents lui annoncent qu’ils déménageront en ville à la fin de l’été, c’est la catastrophe. Malheureuse, elle ne se résout pas à accepter ce changement. À la vue des boîtes qui s’accumulent, elle décide elle aussi de préparer ce qu’elle amènera à la ville… Elle fera une rentrée scolaire remarquée et toute sa couleur embellira ses nouveaux compagnons. Les illustrations évoquent toute la créativité et la frénésie d’Agathe, et le texte, tout en rimes, exprime à merveille la candeur et l’espoir de l’enfance. Un album qui nous enseigne l’influence positive que chacun peut avoir sur son environnement, et que les différences ne sont pas à cacher, mais à partager. Un beau trésor à découvrir! Dès 4 ans

J’aime mes cauchemars

Une nuit remplie de rêves dérangeants, mélangeant mystérieux et cauchemardesque? Courage! Maman arrive à la rescousse pour chasser les vilains individus de la nuit! Elle nous propose une défense qui ne laissera passer aucun vilain cauchemar : histoires rigolotes, contes de fées, licornes en peluche… mais ça ne le fait pas. Pas parce que le plan de maman est mauvais, non! Mais parce que notre petite héroïne les aime bien, elle, ses cauchemars. Elle veut les dorloter et en prendre soin. Pas de prince charmant, pas de doudou, pas de rose bonbon; rien que du poilu et du gluant. Un livre à découvrir avec les jeunes pour les belles illustrations, pour l’histoire amusante et pour dédramatiser les nuits cauchemardesques. Dès 3 ans

Anne Gosselin
20 octobre 2014
J’aime les filles
Obom L'oie De Cravan

Voilà un chouette petit livre si vous voulez lire des témoignages de « sorties de placard ». J’avais longuement hésité avant de lire Kaspar, à l’époque. Il est clair que ce type de dessin n’est pas fréquent et que les adeptes de réalisme passent devant en levant le nez. Quelle erreur! Car c’est l’une de mes oeuvres graphiques préférées et c’est avec impatience que j’attendais ce nouveau titre à la couverture provocatrice. C’est parfois avec humour, sérieux, gêne ou excentricité qu’Obom nous livre ces témoignages de femmes qui ont découvert l’amour pour le même sexe. Je crois que c’est un bel ouvrage pour approcher l’homosexualité de belle façon, sans tabous ni préjugés! Et, surtout, pour découvrir ou redécouvrir une artiste talentueuse!

Comment faire
Pascaline Lefebvre La Mauvaise Tête

Quel délice de suivre ces petits bonshommes! Le trait est d’une simplicité remarquable et le texte qui l’entoure est doté d’une philosophie humoristique adorable. Chaque page nous transporte dans le quotidien imaginaire des personnages de Pascaline Lefebvre. Elle sait comment tourner à la dérision certains rapports que l’humain entretient avec la réalité. Cette bande dessinée est totalement disjonctée! L’humour est poussé à son comble et les personnages sont complètement attachants. Cette nouvelle auteure chez La mauvaise tête est assurément devenue l’une de mes favorites.

Cet été-là

Cet été-là, c’est le dernier été de l’enfance. La frontière entre la naïveté infantile et les premières inquiétudes de l’adolescence. C’est aussi l’attrait des films d’horreur en cascade. L’intérêt pour l’autre sexe même si on se sent un peu bêta et pas vraiment dans le coup. C’est à Awago Beach, la plage où l’héroïne se rend tous les étés, que se déroule cette histoire. Le dessin est superbe, le débit est calme et juste assez dramatique ou comique. Un roman graphique bien dosé autant en dessin qu’en émotions. J’aime bien ces BD qui relatent des événements qui auraient pu arriver au voisin, à notre ami, voire à nous-mêmes! Un moment dans une vie, réaliste, mais surtout, efficace. Un magnifique livre à découvrir!

La technique du périnée
Florent Ruppert Dupuis

Le récit ici construit par le duo Ruppert et Mulot en est un tout en métaphores puisque l’essentiel de l’album vise à faire ressentir l’amour physique sans le montrer. L’histoire est somme toute assez simple : JH, artiste vidéaste, s’éprend de Sarah, avec qui il entretient une relation jusque-là virtuelle (et purement sexuelle, précisons-le). Après une soirée quasi surréelle dans un club échangiste, Sarah lui lance un défi : l’apprentissage d’une technique qui fera de JH un obsédé jusqu’au retour de celle-ci, partie à Las Vegas pour quatre mois. Certes moins expérimental que les albums parus en début de carrière, La technique du périnée présente une narration et un dessin évocateurs, dotés d’une certaine finesse et d’une sensibilité contemporaine, sous le couvert d’une sexualité facile et instantanée.

Bacalan. Paci (T. 1)

Après sa sortie de prison, Pacifique, alias Paci, décide de prendre sa retraite de la criminalité. Travaillant maintenant sur un chantier, il aspire à une vie normale qui lui donnerait le temps de potasser les livres qui jonchent son appartement. Mais c’était sans compter sur ses anciens patrons qui ne le laisseront pas se retirer si facilement. Après l’inoubliable « Belleville Story », illustré par Perriot, on attendait « Paci » avec impatience et on n’est pas déçu. Le trait nerveux et stylisé du bédéiste colle parfaitement à son scénario qui entretient une aura de mystère. Seule petite ombre au tableau : l’auteur prend si bien la peine d’établir son ambiance et ses personnages dans le premier tome de ce triptyque annoncé que l’on reste un peu sur sa faim quant à l’histoire. Mais, d’un autre côté, cela ne fait que garder le public en haleine pour les prochains tomes!

Anne-Marie Genest
20 octobre 2014
Falaises

Inspirée du roman éponyme (2005) d’Olivier Adam, cette BD illustre le désarroi d’un enfant devant la disparition de sa mère. Cet événement tragique chamboule à jamais la vie des membres de la petite famille, et chacun doit se dépêtrer par lui-même pour s’en sortir, autant que faire se peut. En un peu plus de 200 pages, le scénariste parvient à capter l’essentiel de ce mal de vivre, appuyé admirablement par le dessin délicat et épuré, souvent monochrome, de son collègue Balahy. Le poids de la mort, chez le narrateur, le maintiendra dans cette nuit constante qu’est la dépression. Seule la relation à l’autre lui permettra d’en faire jaillir la lumière. Un livre sensible, intimiste, magnifique.

Yves Guillet (Le Fureteur)
20 octobre 2014
Ad astra

Si je puis d’emblée me permettre une confidence, chers amis lecteurs, sachez qu’Hannibal Barca est pour moi bien plus qu’un illustre général de l’antique Carthage : il constitue une importante part de ma vie, un homme auquel j’ai entre autres consacré six ans de mes études. Vous excuserez, dès lors, mon côté redoutablement protecteur, lorsqu’il est question de ce personnage à nul autre pareil. Fort heureusement, la lecture du manga Ad Astra, loin de me rebuter, m’a prouvé une fois encore que nos frères nippons s’y connaissent en histoire romaine, nous rendant ici avec brio le légendaire affrontement entre Hannibal Barca et Scipion l’Africain. Une bande dessinée magistrale et splendide, à la mesure des deux géants dont elle relate les hauts faits!

Edouard Tremblay
20 octobre 2014
Roi de l’hiver. Erik le rouge

Inspiré des sagas islandaises du Vinland, « Erik le Rouge » est scénarisé et illustré par le Danois Søren Mosdal. Le récit débute avec le retour au Groenland de Leif Erikson, fils d’Erik le Rouge. Ce retour marque une cassure : Leif s’est converti au christianisme, mais son père vénère toujours les vieilles divinités. Aspect central de l’histoire, la lutte entre ces croyances est reflétée dans la lutte du fils contre son père. De plus, au terreau fertile mais prosaïque de ces sagas, l’auteur insuffle une dose de magie. Ases, sorcellerie et miracles génèrent ainsi des planches stupéfiantes. Par son trait dur et aride comme le vent du nord, Mosdal rend bien la brutalité ordinaire du quotidien de ces pionniers. Un récit saisissant à découvrir!

Jean-Philip Guy (Du soleil)
20 octobre 2014
Hamster au printemps. Le rêve du papillon (t. 4)

La parution de l’ultime tome du « Rêve du papillon » est l’occasion de rappeler à quel point cette série vaut le détour. L’excellent duo nous entraîne dans une fable tout ce qu’il y a de plus onirique : une jeune fille se retrouve, après s’être endormie dans une congère, dans un monde où l’hiver est éternel, où les humains ne sont pas les bienvenus et où un dictateur n’en fait qu’à sa tête. Par chance, elle se fera des alliés : des lapins – certes un peu crétins mais fort gentils – qui la suivent partout; un panda géant, contremaître à l’usine de la vallée et un chat qui parle. L’absurdité de cet univers mêlée à sa beauté fait de l’épopée de Tutu une histoire rocambolesque et colorée, sublimée par le talent de Marazano et de Luo Yin, dont l’univers et le trait rappellent ceux de Miyazaki.

Lorrain. Rayons pour Sidar (t. 1)

Depuis quelques années, Ankama s’est lancée dans l’adaptation en bande dessinée des univers de Stefan Wul; une entreprise qui arrive juste à point pour la réédition en intégrale de son oeuvre chez Bragelonne. Auteur de science-fiction, Wul (nom de plume de Pierre Pairault) a publié une douzaine de romans mémorables (la plupart entre 1956 et 1959) dont certains furent adaptés en films d’animation. Avec cette BD, ce sont les illustrations d’Emmanuel Civiello qui sont à l’honneur. Bien que le déroulement de l’histoire semble un peu précipité, le visuel retient le regard et nous plonge dans les dédales de la planète Sidar. Série prévue en deux tomes, « Rayons pour Sidar » aborde avec habileté le thème de la colonisation, non sans rappeler Au coeur des ténèbres de Conrad ou Les profondeurs de la terre de Silverberg.

Thiery Parrot
20 octobre 2014
Lucy loyd’s nightmare

Eh, toi, le [probablement plus aussi] jeune! Es-tu, comme moi, un nostalgique de la glorieuse époque d’EC Comics, de Tales From the Crypt et de Vault of Horror? Regrettestu [entre deux plutôt médiocres sauts en skateboard] l’humour noir de ces récits macabres, chargés de revanches ironiques, de surnaturel et d’hémoglobine? As-tu envie de renouer avec ce genre malmené dont l’infâme [injuste, idiot et infondé] « Code du Comics » nous a trop longtemps privés? Alors, attache ta tuque [des Expos], car Lucy Loyd’s Nightmare débarque en ville et livre la marchandise! Lâche ton aki [bâton de golf], jette ta console [Atari?] et [re]découvre le meilleur de l’horreur d’hier, revampée au style d’aujourd’hui. Toute une réussite!

Edouard Tremblay
22 octobre 2014
Vercingétorix

À l’instar de ce que fut la série « Alix » à une certaine époque, Vercingétorix est une de ces bandes dessinées dont on devrait obliger l’étude dans toute bonne classe d’histoire. En effet, non seulement cette dernière a l’avantage de présenter un récit enlevant et rehaussé, mais elle le fait de surcroît avec rigueur et un grand souci du respect des faits historiques, ne cédant à la fiction que pour quelques nécessités scénaristiques bien senties (le tout, d’ailleurs, expliqué par le menu dans un judicieux dossier en fin d’ouvrage). Bref, nous assistons ici aux premiers pas d’une collection consacrée aux grands noms de l’histoire, promettant de nombreuses heures de plaisir… et d’apprentissage! Bonne lecture!

Edouard Tremblay
22 octobre 2014
Picasso. Pablo (t. 4)

Dans les trois premiers tomes de cette série, on découvrait Pablo avant qu’il ne devienne Picasso, peintre reconnu mondialement. Dans ce quatrième et dernier tome, la relation est toujours tumultueuse entre Pablo et Fernande, son amante; la rivalité avec Matisse est à son comble; Picasso rencontre Braque; et le bateau-lavoir, lieu de résidence de plusieurs artistes, fourmille d’activités. Cette bande dessinée est un véritable voyage dans le temps, on y croise Guillaume Apollinaire, Gertrude Stein, Max Ernst et surtout nous sommes les témoins privilégiés des états d’âme d’un peintre tourmenté. Cette série permet de découvrir l’homme derrière ses peintures et de s’imprégner de l’atmosphère si particulière qui régnait à Paris au début du XXe siècle.

Passions

Disons d’emblée les choses telles qu’elles sont : Goossens est sans doute le plus digne des héritiers de Gotlib à ce jour. Chaque nouvel album est une pure réjouissance. La plupart des histoires contenues dans Passions se déroulent sur quelques pages; l’auteur aborde ainsi l’Amour « avec un grand A » à l’aide de ses personnages fétiches, Georges et Louis, sortes de pseudo-romanciers. Quelques autres prennent plutôt la forme de récits parsemés de références cinématographiques et littéraires, telles les hilarantes « Autant en emporte la Bidoche » et « La piste des Magombos ». Maîtrisant l’humour absurde et la parodie inspirée, possédant un dessin à la fois détaillé et caricatural et mettant en scène des protagonistes complètement décalés, Goossens nous prouve encore une fois que son statut d’auteur de bande dessinée « culte » est largement mérité!