Enfin une profusion d’images qui subliment le quotidien sordide que dépeint trop souvent la littérature québécoise! Remarquez, l’univers de ce roman n’en est pas moins sombre pour autant, mais ses ténèbres laissent périodiquement filtrer la lumière. Tout n’est pas perdu. Dans ce roman captivant, de très courts tableaux se succèdent, toujours chapeautés par un titre qui condense la poésie du passage. La forme est très agréable et favorise un type de lecture plus près du genre poétique que du roman. On se laisse entraîner par le rythme un peu paresseux de la contemplation sans jamais se hâter. C’est un réel plaisir que l’on a envie de renouveler en allant lire la poésie de Deschênes ou encore, qui sait, son prochain roman?
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Les libraires craquent
Les familles combattent le fascisme!
La dernière novella de la collection « Nova » est singulière. Dans Les familles combattent le fascisme!, un amateur des « théories du complot » trouble la quiétude d’une famille rangée. De la chambre qu’il loue dans la maison familiale, cet illuminé arrive à contaminer durablement les atti tudes et pensées de ses logeurs. Ceux-ci en viennent, comme lui, à se convaincre de l’émergence d’un fascisme mondial et totalitaire. Dans ce très court récit, les certitudes s’estompent pour laisser place à la paranoïa et à la peur. Malgré qu’elle soit de prime abord complexe, la novella de Jacob Wren est fort agréable à lire. Sa chute, de plus, sied admirablement au dernier texte de la collection. On en retient qu’il faut se défaire de ses peurs, et vivre, toujours et encore.
Le fil des kilomètres
Un très beau roman d’anticipation comme je les aime! On ne sait pas trop ce qui se passe, mais, tout d’un coup, il n’y a plus d’électricité et la panne semble s’étendre à l’ensem – ble du pays. Un mécanicien qui travaille à l’autre bout du continent va parcourir tout le territoire pour aller retrouver son père, à la suite d’un appel de celui-ci. Rien ni personne n’est nommé dans ce roman, ce qui laisse librement imaginer le pays ou les villes que l’on veut (bien qu’on ait une petite idée de chaque lieu décrit). L’ambiance postapocalyptique qui s’installe au fur et à mesure est doucement palpable en dehors et à l’intérieur du véhicule du mécanicien. Un roman lent et angoissant qui m’a tenu en haleine!
C’est le coeur qui meurt en dernier
Dans ce récit intimiste, bouleversant d’authenticité, Robert Lalonde raconte celle qui fut sa mère. Morte à 94 ans, cette femme hautement superstitieuse s’estimait « piégée par le destin », dramatisant tout et prévoyant toujours le pire. Or, elle était aussi capable, une fois ses corvées terminées, de jouer les Joan Crawford et de chanter telle une diva, le coeur soudainement léger. Avec une grande poésie, alternant entre ses propres souvenirs d’enfance et la version quasi légendaire que faisait sa mère des mêmes événements, l’écrivain fait voir toute la tendresse et la rivalité caractérisant leur tumultueuse relation. Bien plus qu’un simple hommage ou l’expression d’un quelconque ressentiment, ce portrait touchant témoigne une fois de plus du grand talent de l’auteur.
Le chien d’ombre
N’y a-t-il pas à l’intérieur de chaque histoire familiale un secret ou un mensonge enfoui dans les méandres impénétrables d’une vie? Imaginez qu’une nuit vous rencontriez le fantôme de votre grand-père et qu’il vous révèle cette part d’ombre qui viendrait éclairer votre propre existence. N’est-il pas possible que nous nous définissions toujours qu’à moitié, c’est-à-dire qu’avec le visible, le tangible et l’intelligible? Et pourtant, chacun de nous porte son côté ténébreux, son « chien d’ombre », tapi au creux de son inconscient. J’aime tous les livres de Rachel Leclerc, elle nous amène là où bien souvent notre coeur et notre âme hésitent à s’aventurer. Et les pages qui décrivent le Bas-Saint-Laurent sont superbes! À lire absolument.
Les fausses couches
Le jeune William, confronté à la maturité qui le guette, doit aussi affronter les démons qui le tenaillent, qui hantent sa maison et sa famille. Ces démons sont ceux qu’on retrouve dans la tête des multiples personnages du premier roman de Steph Rivard, qui attaque de front le tabou de la maladie mentale. Bien que l’histoire s’inscrive dans l’ambiance lugubre d’une demeure assez sinistre, l’approche de l’auteur lève le voile sur la pénombre de cet inéluctable dérèglement de l’esprit, l’abordant dans tout ce qu’il a de plus naturel. L’intention de l’auteur est inusitée, d’autant plus que sa plume est étonnante, métaphorique, enrichie d’un jeu entre le style littéraire et l’usage des particularités linguis – tiques québécoises et contemporaines.
De peigne et de misère
De nouveaux contes de Fred Pellerin, nous en prendrions tous les jours, pour nous rappeler que ce sont de petits riens qui causent les plus grands bonheurs, afin de nous souvenir que nous ne sommes pas seuls, dans notre petit coin de pays, à rêver d’un monde meilleur, plus heureux, plus sain. De peigne et de misère, c’est exactement cela! C’est une porte vers un nouveau commen cement, vers une histoire de « piasse » qui manque et où une femme peut « populer » avec ses 473 enfants. C’est un monde où les anges passent parfois. Avec un langage qui lui est propre et que nous aimerions bien lui emprunter parfois, Fred Pellerin nous livre encore une fois une oeuvre d’une grande humanité. Un vrai trésor.
Dix jours en cargo
Sans livrer un carnet d’aventures palpitant ou une fiction sortant de l’ordinaire, Isabelle Miron arrive cepen – dant à trouver sa voix dans ce beau récit d’une femme à la fois forte et fragile en pleine période de rétablis – sement. On sent tout de suite que la force de l’auteure vient d’abord de sa poésie et cela contribue grandement à faire de Dix jours en cargo un livre intéressant en dépit du fait qu’il ne s’y passe à peu près rien. De l’Espagne au Brésil, l’océan ressemblera à un long fleuve tranquille pour la seule passagère d’un cargo marchand. Un saut de poissons volants par-ci, quelques dauphins brièvement aperçus par-là, voilà quelques éléments qui ajoutent à l’émerveillement parfois éprouvé par le lecteur devant la majesté de certains passages.
Et quelquefois j’ai comme une grande idée
Publié pour la première fois en français, Et quelquefois j’ai comme une grande idée, deuxième roman de Ken Kesey, auteur de Vol audessus d’un nid de coucou, se situe dans la veine du grand roman américain. Saga tordue du clan Stamper, l’action se déroule en Oregon, dans une bourgade de bûcherons en grève, sur fond de tensions découlant de ce que les membres dudit clan agissent à leur guise en faisant fi des grévistes. Mais les Stamper sont cependant noyautés par un de leurs membres, revenu au pays en caressant des rêves de vengeance fratricide. La narration audacieuse offre un écho exceptionnel aux magnifiques morceaux de prose décrivant la nature de cette contrée tout en nous entraînant dans un terrible marasme psychologique.
La confrérie des chasseurs de livres
La vie du grand poète François Villon est nimbée de mystère. Que lui est-il arrivé après que le roi l’eut gracié en 1463? L’écrivain Raphaël Jerusalmy se plaît à imaginer ce qui lui a évité la potence : la collaboration du poète à un plan pour réduire la toutepuissance de l’Église de Rome sur le royaume de Louis XI. D’abord, convain cre un imprimeur allemand de s’installer à Paris afin de diffuser des écrits sapant l’autorité du Vatican, puis se rendre en Terre Sainte afin d’en ramener des originaux pour alimenter l’impri – meur, voilà ce que devra accomplir Villon, qui découvrira, ce faisant, la mystérieuse confrérie juive des chasseurs de livres… Un roman érudit et passionnant pour quiconque est attiré par le côté mystérieux du Moyen Âge!
Le premier vrai mensonge
À seulement 10 ans, le petit Luca va devoir mentir. Mentir à qui, mentir pourquoi? Il devra le faire pour continuer à vivre une existence normale, pour ne pas devenir orphelin. Un matin, sa mère ne se réveille pas. Il se retrouve seul avec son chat, Blu. Il continue à vivre normalement, il se lève tous les matins et va à l’école pour ignorer la vérité. Plein d’imagination, Luca commence à croire ses propres inventions et à se convaincre qu’il n’est plus abandonné. Mais, dans la chambre du fond, tout laisse présager le contraire. Un personnage attachant et vibrant de sincérité. Un roman grave et douloureux avec une justesse incroyable. La réalité de cette histoire va droit au coeur.
Arden
Aucune comparaison possible, Frédéric Verger ne joue pas dans la même catégorie que ses pairs. À un tel point qu’on a bien du mal à croire qu’il s’agit d’un premier roman tant l’oeuvre est aussi maîtrisée que celles des romanciers les plus établis. Il y a dans Arden un tel soin dans l’écriture, une réelle science de la métaphore qui permet d’entrevoir le monde de façon différente, loin des images éculées qu’on nous sert souvent. Il ne se passe pourtant pas grand-chose dans les 150 premières pages. En fait, c’est la beauté de la prose qui captive dès la première page, et ce, jusqu’à la toute dernière. Frédéric Verger, en toute maîtrise, prend le temps de dépeindre son univers éminemment poétique dans les plus menus détails.
L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
Quand le fakir Ajatashatru Lavash Patel descend de l’avion à Paris, il n’a qu’un but : acquérir un nouveau lit à clous (modèle Kisifrötsipik) chez IKEA, avec le faux billet de 100 euros dont il dispose. Mais il doit d’abord arnaquer le taxi gitan qui l’a conduit… ignorant encore qu’un chauffeur gitan, ça a le bras long! À la fermeture du magasin, l’achat n’étant pas encore fait, ALP choisit de dormir sur place, mais voilà que le directeur décide d’expédier en Angleterre l’armoire où il a pris ses aises. L’affaire se complique encore quand des clandestins africains se cachent dans le camion qui transporte ladite armoire afin de gagner eux aussi l’Angleterre… Bref, vous l’aurez compris, on nage en plein délire et ça dilate drôlement la rate!
Le tango de la vieille garde
Tango, espionnage, jeu d’échecs et séduction colorent ce roman dont l’action oscille du passé au présent au gré des moments charnières de la vie de Max, gigolo gentleman, voleur à ses heures, et de Mecha, riche femme au charme dangereux. Que ce soit en 1928 sur le transatlantique où Max est danseur professionnel, lors d’une soirée mondaine de 1937 à Nice ou au hasard des rues de Sorrente où le fils de Mecha est favori au tournoi d’échecs de 1966, ils s’attirent et se repoussent, se défient et se défilent. Au soir de leur vie, alors qu’ils revisitent leur passé, Mecha propose à Max un ultime pari. Pérez-Reverte signe ici une histoire au rythme envoûtant, riche de ses personnages secrets, intenses et authentiques, fiers témoins de leur siècle.
Inside
Grace, psychothérapeute, se remet à peine de son divorce avec Mitch lorsqu’elle trébuche sur le corps d’un homme qui a raté son suicide. Elle s’explique mal son attirance pour cet homme brisé. Une jeune patiente de Grace s’enfuit à New York pour faire carrière comme actrice. Devenue adulte, elle héberge une fugueuse sans exiger quoi que ce soit en retour, quitte à perdre le contrôle de son chez-soi. Mitch, l’ex de Grace, est incapable de s’engager en amour. Il planifie un boulot à l’extérieur pour fuir un bonheur qui l’effraie. Véritable chassé-croisé de destins troubles, ce roman plonge à l’intérieur de l’être humain; ses failles et ses fuites, ses illusions et ses impulsions y sont savamment exploitées et nous ramènent à nos propres parades.
L’université de Rebibbia
Poursuivant de manière plus que convaincante la publication de l’oeuvre de Goliarda Sapienza, la maison d’édition Le Tripode a choisi de présen – ter un ouvrage de l’artiste italienne à sa maturité. Enfermée à la suite d’un vol de bijoux, l’auteure dresse le portrait intime et attachant de femmes rencontrées lors de son séjour dans cette « Univer – sité de Rebibbia ». Qu’on ne se trompe pas, il s’agit bien d’une prison, mais en microcosme fidèle du monde « extérieur », avec ses hiérarchies et ses règles, où les caractères sont amplifiés. Pour peu qu’on ouvre les yeux, Rebibbia devient une école sans comparatif possible. En attendant le prochain Sapienza, je relirai avec bonheur des passages de celui-ci.
Les femmes changent la lutte
De tous les essais publiés au sujet de la lutte étudiante de 2012, celui-ci joue un rôle particulier en ce qu’il jette un regard critique sur l’influence qu’a eue le féminisme sur la grève. Dans cet assemblage d’une trentaine de textes, des femmes de différents domaines proposent des réflexions percutantes sur la place qu’elles ont occupée autant dans la rue et dans les groupes autoorganisés que dans les instances officielles. Elles offrent une vision différente de ce qui a été lu et écrit à propos de la lutte étudiante, en présentant une analyse forte du sexisme en milieu étudiant. Une écriture lucide et sincère qui met en lumière des réalités marginales de la grève printanière.
La mélancolie des misérables
Les lecteurs des Misérables appré – cieront grandement cette lecture juste et actuelle du roman d’Hugo, ouverte sur une réflexion politique en accord avec les nombreux mouve – ments sociaux qui luttent contre le néolibéralisme et le conservatisme des dernières décennies. Pierre Popovic analyse en détail les changements de représentation de la pauvreté au XIXe siècle. Il s’appuie sur l’encyclopédie narrative de la misère, encyclopédie « d’un nouveau genre », que constitue le roman, tout en portant une attention constante sur les différents motifs qui construisent le récit (l’utopicité, les mauvaises lectures ou la vie sexuelle de Jean Valjean, par exemple). Un essai qui se lit comme le roman qui l’a inspiré : avec l’espoir d’un monde meilleur.
La première pierre
La première pierre, c’est d’abord un ouvrage sur Pays perdu, livre qui avait fait beaucoup de bruit à sa sortie, en 2003. Pierre Jourde pensait y faire l’éloge de l’Auvergne, de son village natal et de ses habitants. Ces derniers ne l’ont toutefois pas entendu de la même manière, voyant plutôt dans ce bouquin la pire des diffamations. Tellement que lorsqu’il est retourné dans sa bourgade, les gens avec qui il avait grandi se sont mis à le lapider, lui et sa famille, à la suite d’une altercation. Sur le mode de la méditation, La première pierre revient sur ces événements, alternant le saisissant récit de l’escalade haineuse avec de magnifiques réflexions sur le pouvoir de la littérature, la perception et l’Auvergne.
Une journée au moyen âge
J’ai souvent rêvé de me retrouver au Moyen Âge, ère des chevaliers, des rois, des croisades, sans pourtant me demander quelle était la réalité de nos ancêtres. Voici le livre idéal pour réaliser un voyage unique, passionnant et complet à travers l’Italie médiévale. Découvrez l’omniprésence de Dieu et la constante crainte des enfers; les cochons qui nettoient les rues et dorment dans les chambres; ce que c’est qu’être une femme, un enfant, un vieillard ou un sans-abri; la place de l’éducation ou du livre… Le tout est complété par une avalanche de reproductions de peintures, de sculptures ou d’enluminures d’époque qui témoignent de la réalité d’alors. Un « tout inclus » génial qui vaut que nous nous y arrêtions!
Histoires paranormales au Québec
Nouvel opus de cette série qui propose un tour du Québec en cinquante récits, ce livre d’histoires paranormales se distingue des autres bouquins du genre par le caractère inédit de plusieurs des faits qui y sont relatés. Bien écrit et avec une bonne dose de détails à donner des frissons dans le dos, chacune des histoires concurrence habilement la précédente en nous rappelant que de tels événements ne sont pas nécessairement reliés au fait patrimonial. Bien au contraire, la plupart des récits sont partagés par des gens qui les ont directement vécus. Que ce soit des OVNIS, des monstres marins, des enfants disparus ou des lieux démoniaques, tous les éléments de ce livre en font l’un des plus intéressants à avoir été publié sur le sujet au Québec.
Les funambules de la ritournelle
Après avoir publié, il y a quelque temps déjà, chez le même éditeur, Les jongleurs de mots, Patrice Delbourg récidive cette année avec un nouveau panthéon, filant toujours la métaphore du saltimbanque, Les funambules de la ritournelle. Si le premier titre constituait une galerie d’écrivains jonglant comme personne avec la langue de Molière, ce dernier titre propose une belle collection d’auteurs-compositeurs-interprètes pas piqués des vers. Des gloires de jadis aujourd’hui oubliées (Pierre-Jean de Béranger) aux grands artisans contemporains (même ceux de chez nous, Leclerc, Vigneault, Desjardins), Delbourg met de l’avant, avec verve et enthousiasme, une centaine de portraits d’incontournables équilibristes de la langue française mise en musique.
Un peuple à genoux
Ce petit recueil, qui recense 115 aberrations liées à notre actuel écosystème politique, est destiné autant à ceux qui veulent réellement s’interroger qu’à ceux qui sombrent lentement dans le doux confort de l’indifférence. Vous retrouverez avec grand plaisir les « écartillés de l’honnêteté » et la « ratatouille du pot-de-vin » de Gérald Godin, sombres individus qui tiennent le rôle des malheureux protagonistes. Et, pour une fois, pas de passe-droit pour ces honorables voleurs. Au terme de ce plus que pertinent recueil, impossible de ne pas prendre conscience de l’ampleur du problème que peut causer cette myriade d’absurdités. Cette lecture nous offre en effet deux options : se révolter ou se mettre à genoux. Lisez ce livre, et faites votre choix.
La guerre germano-soviétique. 1941-1945
La guerre germano-soviétique de Nicolas Bernard est un ouvrage de référence sans égal en français sur ce théâtre précis de la Deuxième Guerre mondiale. Malgré ses 800 pages, ce livre se lit assez bien. L’auteur a en effet aéré ses vingt chapitres en les agrémentant de nombreuses sous-sections. De plus, ceux et celles qui souhaiteraient pousser la recherche trouveront leur compte dans les 150 pages des sections notes et bibliographie. On ne peut que rester pantois devant l’exercice colossal que repré sente la compilation d’un tel contenu. Bernard réussit à transmettre une grande quantité d’infor mation, à l’intérieur d’un texte exigeant mais rythmé, qui donne envie de dire : « Une dernière sous-section, puis j’arrête… » À lire!
Anatomie de la bataille
Plus de trente ans après sa première parution, voici que revient à l’avantscène l’excellent Anatomie de la bataille, du regretté sir John Keegan. Fort d’une nouvelle traduction, cet immense classique de l’histoire militaire pourra, dès lors, initier une nouvelle génération d’amateurs à l’approche singulière de son auteur, qui y propose d’analyser l’affrontement armé non plus de la perspective habituelle de l’état-major, mais plutôt de celle du simple soldat. Ce changement de point de vue, hautement rafraîchissant, a de plus le mérite de relativiser le sacro-saint « génie du commandant » et de rendre à la soldatesque la part de mérites ou de reproches qui lui revient en ce qui a trait au déroulement d’une bataille. Un incontournable du genre!
La femme à 1000°
Lorsqu’on referme La femme à 1000°, on éprouve une certaine fatigue, comme si on avait vécu treize vies au lieu d’une seule. L’auteur de 101 Reykjavík met cette fois en scène Herbjörg Maria Björnsson (ou Herra), octogénaire souffrant d’emphysème. Armée d’une grenade et de son ordinateur portable, au chaud dans son garage, elle se remémore cette vie immense qui fut la sienne. De l’Islande à l’Allemagne nazie, en passant par l’Argentine et les États-Unis, Herra emmène le lecteur à travers le tourbillon de son existence. Hallgrímur Helgason a causé une certaine controverse, car il a basé en partie ce personnage sur la petite-fille du premier premier ministre islandais. À travers cette dernière, on découvre donc aussi l’Islande du vingtième siècle.
Manhattan folk story
Dave Van Ronk, exceptionnel artiste de la scène folk new-yorkaise de la fin des années 50 et des années 60, nous déballe, dans Manhattan Folk Story, son parcours unique et sans compromis. Rédigé vers la fin de sa vie, avec l’assistance de son ami Elijah Wald, ce récit est à la fois personnel et très éclairant pour qui s’intéresse à cette époque autant qu’à la musique américaine et à l’activisme politique qui s’y rattachent. Ponctuée de remarques malicieuses et pleines d’ironie, cette autobiographie s’avère un véritable plaisir de lecture mené par un conteur sensationnel. Ce qui n’a pas laissé les fameux frères Coen indifférents, ces derniers y trouvant le matériau de base de leur plus récent film, Inside Llewyn Davis.
Dernier verre à Manhattan
Walter Withers, ancien agent de la CIA, retourne à New York pour amorcer une nouvelle carrière en tant que détective privé. C’est la fin des années 50. L’homme mène une vie exemplaire jusqu’à ce qu’on l’embauche pour servir de garde du corps à la femme de l’ambitieux sénateur Kenneally. Ce dernier utilise le nom de Withers pour cacher un appartement loué à sa maîtresse. Lorsque celle-ci est découverte assassinée, Withers doit retrouver rapidement ses réflexes d’agent de la CIA pour sauver sa peau, d’autant plus que le FBI, alors dirigé par Hoover, met son grain de sel dans l’affaire. On plonge avec plaisir dans ce roman d’espionnage au ton léger mais pas simpliste, animé par un personnage efficace et ponctué de références musicales de l’époque.
Puzzle
J’aime bien ce type de roman dans lequel il devient presque impossible de dissocier le vrai du faux. L’auteur est parvenu à créer une paranoïa du personnage assez crédible pour qu’on s’y laisse prendre. De plus, l’ensemble du roman se passe dans un environnement familier : le jeu! Mais dans ce livre, c’est un jeu en temps réel qui se déroule dans la « vraie » vie des personnages. Pouvez-vous faire confiance aux personnes qui vous entourent? Ce type là-bas, ne vous regarde-t-il pas un peu trop? Et qu’arrive-t-il lorsque la mort s’invite? Et pourquoi pas un hôpital psychiatrique pour rendre le tout confortable? Voyez-vous ce que je veux dire? Le type de roman qui vous dépayse et vous laisse pantois un bon moment.
Les guetteurs
Rankin sans son inspecteur Rebus, ça se prend bien également! Malcom Fox est flic comme le précédent, mais aux affaires internes; détesté par le public et les collègues… Pas simple! Fox essaye de ne pas y penser et de bien faire son boulot. En interrogeant les partenaires d’un policier corrompu, il va déterrer plus de secrets qu’il ne le soupçonnait. Rankin en profite pour parler de l’Écosse des années 70, quand le sentiment d’indépendance s’exprimait à coup de bombes. Les choses ont changé, mais les joueurs restent les mêmes. Fox veut se prouver qu’il est capable de mener une enquête, quitte à se heurter à sa hiérarchie et à se mettre en danger. Après tout, il est flic et c’est son boulot. Les amateurs de Rankin vont apprécier, les autres aussi!
The main
Les années 70, boulevard Saint-Laurent, « la Main » de Montréal, où se côtoient prostituées, ouvriers et nouveaux immigrants dans une ambiance animée. Pour maintenir l’ordre dans SON quartier, Claude LaPointe, un flic de la vieille école, est décidé à mener ses enquêtes comme il l’entend. Le Joan qu’on lui confie, le stagiaire, va avoir bien du mal à comprendre la personnalité de ce flic compliqué. Les deux hommes, le franco et l’anglo, apprendront pourtant beaucoup l’un de l’autre. L’Américain Trevanian offre ici une plongée très juste dans « notre » Main. On sent les bagels et la viande fumée, on entend les accents variés, on voit l’espoir d’une vie meilleure. Un excellent roman noir publié en 1976 et qu’on a le plaisir de redécouvrir en français.
Persona
Tordu, angoissant et sombre, ce premier tome de la trilogie « Les visages de Victoria Bergman » fait mouche! À quelques jours d’inter – valle, deux cadavres d’adolescents mutilés sont découverts. C’est Jeanette Kihlberg qui est responsable de l’enquête et celle-ci s’avère difficile. Jeanette fait appel à la psychothérapeute Sofia Zetterlund pour l’aider. Cette dernière est accaparée par deux difficiles patients aux personnalités multiples : Samuel Bai, un ancien enfant-soldat et Victoria Bergman, une femme aux antécédents douloureux. Sofia et Jeanette affrontent toutes les deux le pire de l’être humain. À travers le passé et les méandres de l’esprit de chacun de ces personnages troubles, une voix, plus sombre encore, laisse présager un dénouement tortueux.
Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire
Dire que la « super » agente littéraire Elsie Thirkettle, découverte dans le précédent roman de L.C. Tyler, fait encore des siennes, ce serait rester bien en deçà de la vérité! De retour d’Inde, son poulain, Ethelred Tressider, obscur auteur de polars, loge dans un petit hôtel des bords de Loire, où plusieurs philatélistes sont réunis pour une foire aux timbres. Elsie le rejoint peu de temps avant que deux meurtres soient commis, ce qui contraint tout le monde à rester sur place. Sentant remonter à la surface le limier qui dort en elle, Elsie se dit que la police française a vraiment besoin d’elle pour élucider l’affaire… Voilà la base de cette suave comédie policière britannique, où l’auteur s’amuse à jouer avec tous les codes du genre.
Art & aujourd’hui
Critique d’art américaine et com – missaire d’expositions, Eleanor Heartney, qu’on peut lire régu – lièrement dans Art in America et Art Press, offre ici un panorama de l’art contemporain, de 1980 à 2007. Plus de 400 artistes sont ainsi documentés, avec une iconogra – phie des plus abondantes. L’aspect le plus séduisant de cet ouvrage est la classification des oeuvres et des artistes selon les thèmes abordés, et non pas selon la chronologie des oeuvres. La vision sociale et politique de l’auteure embrasse pleinement la nouvelle vision qu’ont les artistes contemporains de leur place et de leur impact dans la société : art et corps, art et politique, art et architecture, art et déformation, etc. Une exploration fascinante d’une pratique en constant renouvellement.
Prestigieuses bibliothèques du monde
Quel étrange et merveilleux monde que celui dans lequel nous vivons, où le passage au livre numérique est contre – balancé par une fascination renouvelée envers les biblio – t hèques a n ciennes ou contem poraines! Nous ne comptons plus les pages Facebook, Pinterest ou Tumblr consacrées à ces lieux de savoir. Cet ouvrage richement illustré nous propose un véritable tour du monde des bibliothèques. De Montréal à Rome, de Tokyo à Tombouctou, chacune des bibliothèques nous est présentée avec son histoire, son architecture et ses collections. De quoi planifier le plus beau des voyages pour les bibliophiles que nous sommes.
Les saveurs gastronomiques de la bière
Un véritable coup de coeur que ce coffret! Je m’attendais à deux beaux livres sur la bière et ses flaveurs avec de belles photos et je n’ai pas été déçu. Mais sérieusement, je ne m’attendais pas du tout à traverser ces pages avec un constant sourire aux lèvres ponctué de petits rires par-ci par-là! Les auteurs nous font vite oublier les aspects didactiques et nous donnent franchement le goût de courir chez le brasseur le plus près pour demander un plateau de dégustation! Eh oui, je me suis appliqué à mettre en pratique les divers conseils de ces livres et j’ai eu le plaisir de boire certaines bières autrement, de réellement les découvrir. Un ouvrage indispen sable, selon moi, si la bière ne vous laisse pas indifférent!
Les images que nous sommes
Jamais notre cinéma national n’a reçu un plus bel hommage que cet ouvrage magnifique et approfondi écrit par ce magicien de la langue française qu’est Serge Bouchard. Ponctué au gré des pages de superbes photos, plus évocatrices les unes que les autres, et construit de façon thématique, ce livre à saveur ethnologique se lit presque comme un roman tellement le texte est fluide et d’une qualité d’écriture supérieure. C’est donc à une véritable aventure émotive dans notre imaginaire cinématographique collectif que nous sommes conviés par la lecture de ce bouquin d’exception. Et il nous faudrait assurément considérer Serge Bouchard comme un trésor national qui, comme notre cinéma, a toutes les raisons de nous rendre fiers de ce que nous sommes.
Québec western
Un beau cadeau que ce livre sur le country fleurdelysé. Longtemps snobé par la communauté culturelle, ce genre de musique retrouve de plus en plus ses lettres de noblesse et cet ouvrage ne peut que confirmer ce fait, même s’il s’agit ici d’un livre qui ratisse plus large que l’univers musical. Bien sûr, une grande place y est faite à nos pionniers de la chanson, mais c’est davantage à un survol exhaustif dans l’univers western auquel nous sommes conviés. Témoignages, faits et événements thématiques, tout y est présenté à toute personne amoureuse du country ou curieuse de le découvrir. C’est un livre rempli de surprises, notamment ces listes de films, romans ou pièces de théâtre d’ici traitant du sujet. Un ouvrage de fond incontournable.
Le sanskrit
Si vous me connaissez bien, vous savez que je suis un fan fini de langues anciennes! Et, depuis quelques années, je suis devenu un fidèle disciple des éditions Assimil, qui nous offrent la chance d’appren – dre, par nous-mêmes, une bonne base des ces langues dites «mortes ». Je me suis cette fois prêté au jeu d’apprendre le sanskrit, cette langue indienne qu’on dit « semi-morte » puisque plusieurs Indiens travaillent pour qu’elle devienne une langue officielle de l’Inde. Un défi de taille, car j’ai fait face à de nouveaux caractères et à une nouvelle pronon – ciation. Après quelques leçons, je commence à reconnaître des termes! Le mot « enfant », le verbe « lire » et bien d’autres encore! Ce n’est qu’un début, mais j’arrive à lire le sanskrit! (Avec CD MP3 et 4 CD)
Le petit tabarnak
Tiens donc : un gros mot! Tous les enfants réagissent aux jurons et, parfois, ils les répètent à notre plus grand désespoir. Voici un album tout à fait pertinent qui explique d’où viennent ces mots que nous ne devons pas dire. Papa se blesse le doigt et laisse échapper un vilain mot. Fiston s’interroge sur sa signification avec ses copains. Chacun y va de sa théorie farfelue, jusqu’à ce que monsieur le curé, qui passait par là, les invite à entrer dans l’église pour leur montrer l’objet à l’origine de ce juron, ainsi que les autres qui inspirent un vocabulaire coloré. C’est ludique et instructif, et les dessins de l’auteur rendent hommage à l’enfance. Chapeau à Jacques Goldstyn pour avoir abordé ce sujet tabou avec humour et tact! Dès 6 ans
Tyrano de Bergerac
Tyrano est laid, mais il a de l’esprit; Christian est beau, mais n’a pas de vocabulaire. Ce dernier demande à Tyrano d’écrire pour lui des lettres à Roxane pendant qu’il sera à la guerre. Malheureusement, Christian tombe au combat. Roxane est anéantie, d’autant plus que les lettres de Christian, alias Tyrano, avaient solidifié son amour. Tyrano, secrètement amoureux, osera-t-il avouer sa flamme à Roxane? Joyeuse adaptation de Cyrano de Bergerac, Tyrano de Bergerac est un album à lire et, surtout, à se faire lire à la maison ou en classe pour découvrir le plaisir de jouer avec les mots. Si les enfants ne saisissent pas la finesse du texte tout en alexandrins, ils savoureront le rythme et la poésie qui se dégagent de ce conte joliment illustré. Dès 6 ans.
Fiona
Loufoque, cette rocambolesque histoire d’un célèbre entomo – logiste si passionné par les guêpes qu’il se fait collectionneur de piqûres de toutes les espèces existantes. Mais comme il lui manque la piqûre ultime de la méchante guêpe hélicoptère, la plus dangereuse de toutes, il partira donc à sa recherche afin de compléter sa collection. Cet album est une véritable oeuvre d’art, tant sur le plan des illustrations aux couleurs et au design d’autrefois que du texte qui se veut tout à fait délicieux et empreint d’une poésie et d’une folie qui rappellent l’âge d’or des séries jeunesse radiocanadiennes du début des années 1970. Nous avons ici un livre à la facture magnifique et unique qui, nous l’espérons, est le premier d’une longue série. Dès 4 ans
Pouce!
Allant à l’encontre de la volonté de son propriétaire, Pouce sort de sa cachette située bien au chaud entre sa langue et ses dents. Ce n’est pas à son détriment, car Pouce découvre qu’il peut main – tenant faire plein de nouvelles activités intéressantes et partir à l’aventure. Reste à savoir comment son propriétaire prendra la chose, car celui-ci aimerait bien le laisser là. Les illustrations d’Amélie Graux, tout en douceur, au crayonné enfantin, font la force de ce livre. On plonge avec le sourire dans cette petite histoire toute simple qui montre que grandir ça ne se fait pas d’un coup, qu’il faut y aller une étape à la fois et parfois laisser certaines choses de côté pour en découvrir de plus belles. Dès 2 ans
Comme une princesse
Une petite fille reçoit pour sa fête une vraie robe de princesse qui tourne. Mais comment peut-on se sentir princesse quand on porte des lunettes et qu’on a le sourire gâché par une dent manquante? Chose rare, dans cet album, c’est le père qui est présent, e trace d’une maman. Et ce papa se demande comment faire comprendre à sa fille adorée qu’une princesse n’est pas nécessairement à l’image de celles des contes de fées. Il trouvera une solution parfaite. Après une journée passée avec son père, la petite Marie ne doutera plus. Ode à la relation père-fille, au caractère unique et précieux de chacun, cet album est un véritable baume sur le coeur. Dès 4 ans
Le lion et l’oiseau
Dans cet album magnifique, ode à l’amitié, Marianne Dubuc se surpasse, encore une fois. Le texte, discret, accentue certains pas – sages, en précise d’autres. La lecture s’effectue d’abord et avant tout par l’image. Marianne Dubuc sait faire flotter l’émotion, laisser l’illustration raconter son histoire, manier le silence, permettant au lecteur de vivre l’album de l’intérieur, de s’en imprégner. Mais au-delà de tout cela, la relation entre le lion et l’oiseau est touchante. À l’instar de la relation texte-image, celle des deux comparses repose sur la complicité, la tendresse, le silence, l’attente. On ressort de cette lecture le coeur un peu gonflé, rempli de toute la beauté de cette histoire. Dès 6 ans
Marguerite
Ce texte magnifique, signé Jasmine Dubé, parle de Vie , avec u n V majusc ule. On y parle d’avant la naissance, des premières années, des premiers pas, des premières chutes… les yeux grands ouverts à la beauté du monde. On y parle de grandir, du temps qui passe, les années faisant bon chemin, de la vie qu’on traverse, de celle qu’on crée aussi, de devenir maman à son tour… On y parle de vieillir, de passer au stat ut de grand-mère, puis d’arrière-gr and-mère, la peau fripée comme à la naissance, rapp el d’un passage à venir… Ave c poésie et sensibilité, Jasmine Dubé réussit le tour de force d’évoquer la vie dans son entièreté, en une respiration fluide. Dès 1 an
Cascadeuse
Quel beau cadeau que d’offrir de la poésie aux adolescents! La cascadeuse de Bertrand Laverdure est courageuse; c’est une cascadeuse du livre, des mots, de la vie, de la mort. En faisant référence à la culture contem poraine, Laverdure ancre son texte dans une époque bien actuelle. Par ailleurs, les références littéraires plus obscures (à Josée Yvon, Denis Vanier et Jean Baudot, par exemple) permettront aux adolescents de découvrir des auteurs, des oeuvres et même de la musique qu’ils ne connaissent peut-être pas. Ce texte est éclaté et plein de petits bijoux imagés (« une tombe est une piste de danse pour ballerine non naïve »). Assurément, un essentiel dans la poésie pour adolescents, un genre malheureusement très peu alimenté! Dès 13 ans
Une planète dans la tête
Roman très troublant que ce Une planète dans la tête. Dans un environnement de guerre où les événements qui ont mené à la division de son peuple restent ambigus, Standish essaye de s’en sortir, avec son grand-père, dans la « zone 7 ». Sa rencontre avec Hector lui redonnera un peu d’espoir : un avenir heureux est possible. Avec des scènes dures et sans pitié, ce livre se classe à part dans la littérature jeunesse. Il fait partie de ces romans qui laissent une trace dans l’imaginaire, qui restent en tête après la lecture. Malgré un bémol pour la traduction de France parfois un peu lourde et la redondance de certaines expressions, Une planète dans la tête demeure un roman de qualité qui mérite amplement une lecture. Dès 14 ans
La tarte aux fées
Michaël Escoffier qui a remporté, avec son album Sans le A, le Prix des libraires jeunesse du Québec (catégorie hors Québec, 5-11 ans) revient nous séduire à coups de tarte aux fées. Qu’est-ce que les parents bien intentionnés n’inven teraient pas pour faire manger leur douce progéniture? Ici, le père essaye de convaincre son fils que cette succulente tarte aux fées ne contient pas de limaces, que, oui, ils sont issus d’une grande famille de dragons et que bien évidemment, ils savent voler. Pour un crapaud, cela commence à faire beaucoup de mensonges, ce qui risque de faire dégénérer ce charmant repas. Drôle, coloré et un brin cabotin, cet album et les pantomimes de ses personnages feront rire de bon coeur enfants et parents. Dès 3 ans
Princesse des indes
Que de plaisir auront les jeunes lectrices, dans la peau de Dayanita, une princesse indienne, avec ce tout nouveau livre-jeu! L’histoire commence alors que le père de la princesse est frappé par une terrible malédiction. Seule une pure jeune fille – en l’occurrence Dayanita – peut conjurer le sort en voyageant vers la montagne aux neiges éternelles. Là, elle rassemblera les ingrédients nécessaires à la survie du roi. Tout au long de l’histoire, le lecteur doit faire des choix et tenter de parvenir au bout de sa quête. Princesse des Indes est un petit bijou pour quiconque aime l ’aventure, d’autant plus qu’il nous transporte dans un monde différent du nôtre, un univers aux couleurs exotiques. Dès 9 ans
Le grand livre des bêtes
Ce bestiaire interactif est présenté par l’incomparable Emily Gravett ou, devrais-je dire, par la petite souris qui y a apporté sa touche personnelle. Cette bête a profité de ses talents de grignoteuse et d’artiste pour nous concocter des animaux un peu moins effrayants. Que peut-on faire contre un requin, un crocodile, un crabe? Se jouant de leurs griffes, becs, pinces et dents, le mignon rongeur a toutes les solutions. Il faut donc lire lentement afin de ne rien manquer des moyens d’autodéfense très amusants. À la fin du livre, vous pourrez aussi métamorphoser la petite souris afin qu’elle devienne un peu moins inoffensive. Je souhaite bonne chance à ceux et celles qui essaieront les origamis : j’ai raté mon requin! Dès 7 ans
De l’autre côté
Un grand mur avec des barbelés sur le dessus, d’un côté une petite fille, de l’autre un petit garçon. Ils se renvoient un ballon. Tranquillement, ils apprennent à se connaître, sans se voir, sans parler la même langue, et en cachette, car il ne faut pas qu’on surprenne leur manège. Une histoire qui arrive à parler des différences, des conflits qui séparent les peuples sans toucher directement au sujet. Une manière très habile d’aborder un sujet complexe avec nos enfants tout en leur racontant une histoire d’amitié agrémentée de superbes dessins dégageant beaucoup de douceur. Un livre rempli de tendresse à lire tout simplement pour la beauté de l’histoire. Dès 3 ans
Mauvais genre
Dans ce magnifique roman graphique, Chloé Cruchaudet nous présente l’histoire de Paul Grappe, déserteur travesti dans le Paris des Années folles. Ne voulant pas participer à la guerre et préférant rester dans les bras de sa femme, le soldat va jusqu’à s’amputer d’un doigt, celui utile pour appuyer sur la gâchette. Mais cette opération ne sera pas suffisante pour qu’il soit exempté du front. Il décidera alors de s’enfuir et d’habiter une petite chambre en retrait de la ville. Pour se permettre des sorties, il va tranquillement s’initier à l’art du déguisement féminin. Paul y prendra goût et fera de ce subterfuge son nouveau « moi ». Un Paul au féminin qui ne plaira pas du tout à sa femme.
Au travail
Créer, se mettre à l’ouvrage, demande certaines dispositions de lieu et d’esprit, et ces rituels sont propres à chaque créateur. Et ce sont ces territoires, ces cuisines intimes de l’écriture, que l’artiste française Géraldine Kosiak a voulu explorer dans ce recueil de portraits bien nommé, Au travail. À travers ces médaillons brefs de figures remarquables, tous agrémentés de dessins d’une douce ironie, Kosiak expose la galerie de ses compagnes et compagnons de route sur les chemins de la création, y dévoilant ses propres réflexions sur le sujet. En émerge une impression de proximité tout humble, resituant avec délicatesse de grands noms dans des proportions plus humaines et dans ce que cela sous-entend de fragilité et d’imperfection.
L’histoire du monde en bd
J’ai pris grand plaisir à revoir ces cours d’histoire en condensé mais, surtout, en BD! De la préhistoire à aujourd’hui, c’est 400 pages de chronologie, de cartes et d’illustrations qui attendent vos jeunes. On y mentionne les événements marquants de l’histoire de l’humanité comme l’apparition de l’écriture, les découvertes importantes en médecine, les grands monarques, les conflits, les cultes, etc. Pour chaque notion, personnage ou événement de l’histoire mentionné dans l’ouvrage, on retrouve une bande dessinée de quatre pages qui illustre une situation de la vie de l’époque, deux pages d’explications et une multitude d’informations complémentaires. Une brillante manière de faire découvrir l’histoire à vos enfants. Dès 8 ans
Le Playboy
Cette BD est sortie pour la première fois en 1992 et c’est avec un énorme plaisir que je peux maintenant me la procurer dans un nouveau format agrémenté des notes personnelles de Chester Brown. Encore une fois, l’auteur nous offre une autobiographie, de son enfance cette fois-ci. Il nous raconte ses émois d’adolescent et ses premières pulsions sexuelles. Il va même jusqu’à traverser la ville pour acheter son premier Playboy. Il y dépeint la crainte de se faire prendre, les stratagèmes qu’il développe pour se procurer ces magazines et le rapport qu’il entretient avec les photos des pornstars. Dans un esprit toujours très flegmatique et avec beaucoup d’humour, Brown nous invite dans la vie de ce personnage à tête de bon garçon solitaire.
Barbosa le pirate et l’île des plumes
Barbosa fait la sieste sur son navire en compagnie de ses fidèles matelots : un crocodile, un moustique et un petit éléphant. Mais voilà que le temps se met à la tempête et, alors que Barbosa surveille les nuages du haut du mât, une mouette malicieuse s’envole avec son précieux chapeau au bec! Il fera tout pour le récupérer, surtout qu’en attendant, il n’a que cette horrible perruque à couettes pour cacher son absence de cheveux… Jorge González, l’auteur qui nous a offert Chère Patagonie, paru dans la collection « Aire libre » de Dupuis en 2012, nous revient cette fois-ci avec un album sans texte tout à fait charmant, aux images vaporeuses et réconfortantes. Dès 3 ans
Lucille… Walking Dead (t. 18)
Je suis, depuis peu, contaminé par le virus « Walking Dead », une série déstabilisante où le pire ennemi de l’homme n’est peut-être pas le zombie, cause de toute cette hécatombe, mais l’homme lui-même. Si le Gouverneur est un tyran haïssable, Negan et sa bonne Lucille semblent être les obstacles qui freineront pour de bon la course à la survie du petit groupe de Rick Grimes. Encore une fois, je suis partagé entre l’envie que cette série dure encore et encore, et la hâte de voir comment se terminera cette apocalypse. Chose certaine, je suis épaté par la complexité psychologique des personnages et j’aurais aimé avoir le tome suivant à portée de main…
Stars of the stars (t. 1)
Rencontre inattendue entre deux auteurs que tout semble séparer, Stars of the Stars confirme ce que l’on suspectait à la lecture du premier tome de « Jeangot » l’année dernière : à savoir que Joann Sfar écrit actuellement beaucoup mieux pour les autres que pour lui-même. Offrant à Pénélope Bagieu un récit taillé sur mesure pour son style, tout en la sortant de l’univers parfois prévisible auquel elle semblait se cantonner, Sfar s’en donne à coeur joie en signant une histoire délirante de danse et d’exil intergalactique dans laquelle une blague n’attend jamais l’autre bien longtemps.
Les incidents de la nuit (t. 2)
Poursuivant l’histoire où il l’avait laissée dans Les incidents de la nuit (T. 1), le bédéiste replonge ses lecteurs dans un Paris inconnu pris d’assaut par un groupe de bandits. David B. a été assassiné et il faut arrêter les coupables. Une enquête a lieu à travers les librairies de la ville pour déterrer les traces qui mèneront au meurtrier. On entre alors dans un univers fantasmé, où la mythologie et le rêve prennent place à travers l’histoire de la royauté française et de la Cour des Miracles, entre autres. Très éclaté, ce prolongement de « L’ascension du Haut Mal » est réussi autant sur le plan du récit que du dessin superbe que l’on connaît du bédéiste. À noter, un bel hommage rendu aux libraires tout au long du livre.
Le petit guide du plan nord
Suite logique du très bel Iceberg, paru chez Colosse en 2010, ce Petit guide du Plan Nord dévoile une série de paysages pittoresques que l’auteur de Mile End a décou – pés à même des sacs de poubelles recueillis dans des réserves amérindiennes de la Basse-Côte-Nord. D’une grande beauté plastique, c’est le cas de le dire, ce petit livre aborde d’une manière inusitée un sujet d’actualité que nous avons trop souvent tendance à occulter. Confrontant notre vision idéalisée du Nord québécois à une certaine réalité matérielle autrement moins roman – tique, Michel Hellman pose ici les bases d’une réflexion essentielle sur le rapport au territoire, aux Premières Nations et à l’exploitation des ressources naturelles.
Amarillo. Blacksad (t. 5)
Un romancier et un poète se font la malle avec la voiture confiée aux bons soins de notre cher Blacksad. Oui, ils osent voler la magnifique Cadillac jaune en couverture de l’album. Les lecteurs connaissant ce détective privé, matou séduisant faisant souvent usage de ses poings, se doutent qu’il ne se laissera pas faire aussi facilement. Nous éprouvons toujours autant de plaisir à retomber dans l’ambiance de la série, fameuse pour ses intrigues sombres à souhait. Les morts violentes s’accumulent à une vitesse déconcertante, nous laissant à peine reprendre notre souffle. Quant aux superbes planches à l’aquarelle, elles nous présentent une multitude de personnages colorés tous plus torturés les uns que les autres par de sombres secrets. Bilan : il faut toujours se méfier des romanciers!
Manga of the dead
Bien que fondamentalement exo – gène à la société nippone – où la tradition funéraire suppose la crémation du défunt –, le phéno – mène « zombie » n’a pas épargné le pays du Soleil levant. En effet, ce populaire mort-vivant a connu ces dernières années un tel engoue – ment qu’il fait à présent partie intégrante de cultures qui, il y a à peine cinquante ans, ignoraient jusqu’à son « existence ». Preuve indéniable de cette conjoncture nouvelle, l’excellent titre Manga of the Dead présente l’hommage de divers auteurs du genre à la série Walking Dead, mondialement encensée. Au menu, les visions délicieusement macabres de quelques brillants mangakas, dont Katsuya Terada et Samura Hiroaki. Une pièce d’anthologie!
La peur au bout du fil
Dans la foulée du 75e anniversaire de Spirou, les éditions Dupuis continuent leur travail de réédition et voilà que nous arrive la superbe production commentée de La peur au bout du fil, classique des aventures de Spirou et Fantasio. Transformé en vilain en avalant par accident une de ses potions, ce cher et affable Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac, nous réjouit une fois de plus de ses nombreux et terribles « zut » dans cette édition spéciale, résultat d’un travail laborieux à partir des originaux et d’une recolorisation, selon les intentions du maître, qui était devenue plus que nécessaire.
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