Roman sur l’identité et l’acceptation de soi-même, mais aussi sur l’ignorance, Annabel est un livre puissant sur l’ambiguïté sexuelle, les secrets et les tabous. Nous suivons l’histoire de Wayne, né hermaphrodite. L’action se passe au Labrador, en 1968. Les contradictions de l’existence y sont décrites avec finesse, poésie et fragilité. Les lieux, les paysages, les saisons et le quotidien sont extrêmement importants, car ils sont l’âme de cette histoire. La vie est ici décrite comme une chanson triste, où la douleur côtoie sans cesse la tendresse. Voilà un roman non conventionnel, qui questionne le lecteur et l’envoûte en même temps. La famille y est une intrigue, les personnages des énigmes, et la vie d’une violence inégalée.
Numéro 72
Dossier
Libraire d'un jour
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Les libraires craquent
Sur mesure
Le deuxième roman de Catherine McKenzie est écrit avec une plume rafraîchissante et humoristique. À 33 ans, Anne Blythe a une envie désespérée d’avoir une famille, cumule les échecs amoureux et jalouse la vie de ses proches. Lorsqu’une mystérieuse carte apparaît sur son chemin comme une possibilité d’espoir, elle ne peut que se laisser porter par la vague. On suit donc avec plaisir Anne dans sa folle aventure du mariage arrangé, où s’entremêlent bien des destins. Sur un fond d’amitié, de tromperie, d’amour et pour couronner le tout, d’un soupçon de la belle chaleur du Mexique, ce roman est fait sur mesure pour le public féminin. En prime : la version numérique pour iPad se trouve dans le livre.
Le testament du professeur Zukerman
Le Pr Zukerman est mort. Avant son décès, il a laissé à son notaire une série de lettres à l’attention de son fils, car il savait, au moment où il les a écrites, qu’il allait être assassiné. Les lettres sont censées mettre son fils sur la piste de son assassin. Car le Pr Zukerman a mené des recherches très précises : il était ni plus ni moins à la recherche des origines de la vie sur terre et s’était de ce fait attiré les foudres de nombreux créationnistes. Avec ce livre sous forme de récit épistolaire à sens unique, Francis Malka nous entraîne dans une joyeuse aventure en brouillant soigneusement les pistes. Relations père-fils, science, vie de laboratoire, un peu de philosophie… tout y passe et personne ne peut s’attendre à la fin qu’il nous réserve.
Coulée
Coulées, c’est un récit en trois temps sur la vie de l’auteur. Mahigan Lepage aborde, dès la première partie, « Patapédia », le voyage en autocar de Rimouski jusqu’au secteur des plateaux. Il nous raconte les montagnes, les paysages, les coulées si profondes, l’isolement, la ruralité, l’éclatement de la famille. Dans « Outaouais », c’est l’amitié compliquée entre de jeunes ados en mal de vivre, la vie avec le père, le déracinement, la noirceur de la rivière des Outaouais. Et pour terminer, dans « Saint-Laurent », le retour à la mère, à la liberté d’être soimême. Trois récits qui transposent le mouvement vif des rivières aux différentes étapes de la vie de notre auteur. Une écriture fine tout en images.
Le jeune homme sans avenir
La vie est un combat perpétuel lorsque l’on emprunte les chemins de traverse. Ce livre est une réflexion brillante, poétique et surtout très réaliste sur le destin de trois personnages. Il y a cet ancien enfant prodige qui vit dans la rue, cet écrivain bloqué dans un aéroport et ce travesti un peu mal en point. Le jeune homme sans avenir parle de gens que l’on voit sans voir. Les marginaux, les artistes déchus et les laissés-pour-compte sont autant d’observateurs du monde qui nous entoure. La force des mots et le talent de l’auteure font de ce livre un bijou à l’état brut. La sensation de lire, enfin, un vrai roman sur l’amour et nos souffrances fera que vous penserez longtemps à « ce jeune homme sans avenir »
Elle et nous
Voici un roman qui touche ma région, le Lac-Saint-Jean, ainsi que les Amérindiens, dont l’histoire me passionne de plus en plus, et un auteur que je connais un peu, mais dont je n’avais jamais lu de livre auparavant. Je savais qu’avec ces ingrédients de base, je m’embarquais dans un récit qui allait me plaire. Et je n’ai pas été déçu. Deux histoires en parallèle, celle de la recherche identitaire de l’auteur, Michel Jean, et celle de sa grand-mère. Un livre sur l’identité, la méconnaissance de l’autre sous toutes ses formes. Un roman touchant qui fait réfléchir et voyager dans les fantastiques décors du nord du lac Saint-Jean (le lac Pekuakami, en langue innue). Merci, Michel Jean, d’avoir partagé ce pan de votre histoire.
Une barque peinte en rouge
La poésie de Lyne Richard est à l’image de ce que la poésie devrait être : un langage simple calqué sur les rythmes naturels et qui porte en lui la plénitude du fruit mûr, où aucun mot n’est inutile. On sent tout de suite l’authenticité de cette parole qui ne cherche pas, comme beaucoup d’autres, à faire l’intelligente, à étaler ses références à la culture et à l’actualité, même si parfois le désir est là d’« écrire autre chose », de parler « Irak-Darfour-Lybie » et du « nouveau président », pour soi-disant se « défaire de ses lamentations ». Mais en dépit de ces doutes, cette parole humble aux prises avec ses démons personnels est préférable à une poésie qui, prétendant parler au nom des plus démunis, ne ferait au fond que s’écouter elle-même.
Coeurs, comme livres d’amour
Lumière, féminité, saisons… La langue douce et tiède d’Hélène Dorion enveloppe. Une routine réconfortante s’installe dans les poèmes. La répétition, apportant toujours un nouveau spectre d’émotions (car les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas), fragmente le mot « coeur » en autant de lettres d’amour, de brisures, de battements que peut contenir une vie. On écoute, on respire à peine, on entend les mots comme des pulsations parfois vives et inquiètes, parfois chaudes et vibrantes. Neige, amour, langueur, peau. La solitude s’étire, l’autre apparaît, les jours avancent. Le charme opère.
Les chiens romantiques : poèmes 1980-1998
« La poésie se glisse dans le rêve/pareille à un plongeur dans un lac ». Ainsi de Bolaño, qui s’immerge dans ses poèmes comme un dormeur parmi ses rêves. Couvrant presque deux décennies, ce recueil recèle la même fluidité volubile et surréaliste que dans ses romans, ce même mélange entre fiction et autobiographie, poésie pure et narration. Dans ce livre, Bolaño nous parle de l’exil, de son exil mais aussi de celui de tous les Latino-Américains auxquels il s’identifie. Il nous parle de l’enfance et de l’adolescence – « la nostalgie du non-vécu » – perdues dans des rêves d’absolu romantique, survivantes dans un monde technologique où « Philip K. Dick est mort/et [où] nous n’avons plus besoin/que du strict minimum ». À découvrir.
L’épiphanie dans le front
Un grand animal blessé que ce recueil. À travers les pages et la brièveté des clichés évoqués, des relents d’alcool, des idéaux échappés entre les craques du divan et des perles… Dans son deuxième effort, Erika Soucy creuse l’appétit, traumatise, baptise, inquiète et surprend. L’amertume n’aura jamais eu si bon goût. Un goût d’épinette bleue, de vent froid et de sueur qui enveloppe et captive. Par petites lampées rapides, nous terminons la lecture, nous relisons le recueil et voyons apparaître les petites constellations qui se forment au fur et à mesure que les paragraphes glissent sous nos yeux.
Le petit livre de l’été
Le petit livre de l’été est un recueil de poèmes qui évoque l’enfance et sa lumière. Au fil de la lecture se déploient les vers comme si l’on refaisait le sentier de notre propre enfance. Parce qu’ils sont empreints d’une grande authenticité, ces poèmes sont de véritables petits tableaux qui prennent vie au creux du silence. Tout en douceur, Michel Pleau ramène à la surface un langage oublié. Paru au printemps, ce recueil est animé d’une rare lumière et d’une sensibilité hors du commun.
La chair et autres fragments de l’amour
Dans cette adaptation du roman Une vie pour deux de Marie Cardinal (à lire religieusement également) par la romancière, dramaturge et comédienne Evelyne de la Chenelière, le couple composé de Simone et Jean- François tangue quand ce dernier découvre le cadavre d’une femme sur une plage de Corvagh lors de leurs vacances en Irlande. Lentement, le jeu de construire une vie à cette noyée devient enivrant. Simone lui donne une place insoupçonnée et ce corps flottant vient hanter leurs songes, dort entre eux dans le lit conjugal et fait bientôt remonter à la surface des secrets nauséabonds comme des coquillages enfouis depuis longtemps. Quel beau mariage que ces deux écritures, l’une si précise et puissante, l’autre chantante, hachurée et évocatrice.
Karoo
Saul Karoo, riche cinquantenaire un brin pathétique, réalise tout juste qu’il engraisse et que sa colonne vertébrale rapetisse. Il constate aussi qu’il est désormais incapable de s’enivrer ou d’entretenir une relation saine, surtout avec son fils. « Docteur » pour scénarios de films médiocres, il peut s’avérer le pire des enfoirés s’il y met vraiment du sien. Karoo déçoit toujours, même au moment où l’on croit déceler du bon en lui. Il se déçoit aussi lui-même, ne tenant pas ses paroles ni ses résolutions. Tout pourrait peut-être changer lorsqu’il accepte de jeter un coup d’oeil à un projet de Cromwell (alors qu’il s’était dit qu’il ne travaillerait plus avec le véreux producteur). Mensonges, réflexions et cocasseries sur fond cinglant.
Le sillage de l’oubli
Le sillage de l’oubli est une histoire de terre et de sang qui commence en 1895 au Texas. De terre : « la croûte stérile et dure de la terre qui s’est formée au fil des hivers », et sur laquelle s’éreintent un père et ses quatre fils jusqu’à s’en tordre littéralement le cou. De sang : celui de cette même famille d’origine tchèque, les Skala, qui s’entredéchire depuis que la mère, et plus tard le père, ont respectivement versé le leur. C’est une histoire d’amour tragique où « un homme ne saurait oublier l’immense toile de fond de son passé », et ne peut trouver la rédemption qu’en faisant la paix avec celui-ci. Mais c’est aussi, malgré tout cela, une magnifique histoire de chevaux ayant pour décor les grands espaces américains.
Extinction club
Ce talentueux auteur nous propose ici un thriller atypique qui nous entraîne dans un univers méconnu, celui du braconnage. Nile Nightingale vient à la rescousse de Céleste, une demoiselle en détresse, gravement blessée et larguée comme un déchet par ses agresseurs. Nile veut découvrir qui est derrière cette affaire. Tour à tour les deux protagonistes nous font découvrir leur univers respectif au fil d’extraits de journaux intimes, de conversations et de rencontres fortuites, le tout formant une sorte de kaléidoscope à la fois éblouissant, touchant et hilarant. Un roman inoubliable ponctué d’un esprit linguistique savoureux, qui traverse allègrement la frontière des langues pour notre plus grand plaisir!
L’hiver le plus froid
L’hiver le plus froid, c’est celui vécu par l’Américaine Paula Fox qui, en 1946, s’embarque pour l’Europe, qu’elle découvre dévastée, déjà stigmatisée, comme le prouvent ces poignets qu’on regarde furtivement pour y découvrir la marque indélébile d’un passage en camp. Il n’y a pourtant pas de descriptions pathétiques ou de thèse formulée sur ce qui se joue alors chez des bourgeois anglais, dans une maison de chambre parisienne ou entre les murs d’un hôtel de Varsovie. Le récit, guidé par le souvenir, est soumis aux aléas de la mémoire, à ses blancs comme à ses sélections parfois surprenantes. Le texte s’enrichit d’une réflexion a posteriori sur cette expérience et de quelques réminiscences de l’Amérique d’alors. Un récit de voyage intime et envoûtant.
Le juste retour des choses
David Gilmour récidive avec l’autofiction en poussant plus loin la réflexion : quels événements construisent donc une personne? Il revisite ainsi les lieux reliés aux petits et grands bouleversements de sa vie : son premier grand amour, ses échecs professionnels, sa relation avec son père, ses exfemmes. Autant d’événements dans un récit culminant sur la tournée de promotion de L’école des films. Il aborde l’amour, l’amitié, la mort; sujets sensibles qui forcent l’introspection et nous projettent dans notre propre existence. Au fil de la lecture, il est difficile de ne pas chercher en soi les racines de nos bonheurs et de nos malheurs. Mais dans la relation intime qui existe entre un auteur et son lecteur, n’est-il pas là, le juste retour des choses?
Royal romance
Daniel Flamm, auteur français, marié et père, se rend à Montréal par affaires. Il y rencontre Justine, jeune actrice, avec qui il entretiendra une relation passionnée. Dans un style truculent et vif, Weyergans raconte cet épisode amoureux de la vie de Daniel Flamm, son alter ego, avec autant de naturel que si nous étions attablés à l’heure de l’apéro. Passé maître dans l’art de la digression, l’auteur enrobe son histoire d’informations aussi intéressantes qu’inutiles, mais qui nous arrachent, à tout coup, un sourire. Au final, ce roman ressemble au cocktail du même nom : le titre grandiloquent, la saveur douce, fraîche, sucrée qui donne le goût de le consommer d’un trait, encore et encore, et qui, sans qu’on s’y attende, nous laisse mélancoliques.
Le voyage imaginaire
1914, en Russie, deux petits garçons, Lolia et Osska, punis par leur père, sont mis au coin. De cet endroit, ils découvriront un pays imaginaire, la Schwambranie, un lieu où ce genre d’injustice n’aura plus lieu. Mais les événements troublants de l’époque, la Première Guerre mondiale et la Révolution russe de 1917, viendront rapidement influer sur le quotidien des Schawmbraniens, tant sur le plan géographique que sur le cours des événements qui en dessinent la destinée. Bien vite, le pays imaginaire se superpose à la réalité de la Révolution dans un jeu d’écho qui n’épargne rien, ni lucidité, ni enthousiasme. Le voyage imaginaire appartient à une espèce rare : un véritable roman d’enfant pour adulte, une manière de Neverland au pays des Soviets. J’ai adoré.
L’attente de l’aube
L’arrivée d’un nouveau William Boyd me réjouit toujours. Cet auteur, au fil des ans, a su me conserver comme un de ses fidèles lecteurs. Dans la Vienne de 1913, celle d’avant la grande barbarie de la Première Guerre mondiale, nous suivons les traces de Rief, jeune comédien anglais venu rencontrer un collègue de Freud pour faire analyser son problème d’anorgasmie. À la suite de la rencontre d’une jeune femme au cabinet du psychanalyste, il se trouve bien malgré lui entraîné dans des événements aux conséquences insoupçonnées. La guerre éclate. Devenu officier, Rief se voit confier des missions; le récit prend une tournure de roman d’espionnage. Forte atmosphère garantie, avec alcool et cigarettes, comme dans les films en noir et blanc.
Lointain souvenir de la peau
Ce grand roman, étudiant l’inconscient collectif américain contemporain, ne craint pas de soulever d’amples et complexes questions morales. Dans ce Lointain souvenir de la peau, nous suivons la vie du Kid, arrêté pour avoir couché avec une mineure rencontrée sur un site Internet. Incarnation d’une jeunesse en perdition affective et morale, l’autre figure majeure du récit est appelée le Professeur, universitaire et sociologue, choqué par la situation du jeune homme et de ses compagnons d’infortune. Encore une fois, Russell Banks nous dépeint les marginaux, les exclus d’une Amérique qu’il regarde de son oeil averti. Un roman où la voix des laissés-pour-compte se fait entendre.
Passage public
Dans ces dix-sept courts récits, Joël Gayraud se fait passeur et délivre le secret de promenades à la fois sensibles et érudites à travers l’Europe, fruits d’une « extrême disponibilité du regard ». C’est ainsi que Passage public témoigne d’une habitation poétique des lieux (du quotidien, de l’enfance ou du voyage), grâce à l’habile mélange de vives sensations, de repères topographiques, de réminiscences ou de jeux langagiers. Ce recueil intelligent, d’une grande beauté, fait également voyager. En cela, il pourrait bien être ce passage public annoncé par le titre, ces lieux d’esprit mis en mots par l’auteur; un passage où quiconque peut s’engager à sa guise et pour son plus vif plaisir, devenant bientôt « avide de découvrir ce qu’il y a après le virage. »
Comment enseigner l’histoire à un ado dégénéré en repoussant les assauts d’une nymphomane alcoolique. Wilt (t. 5)
Les gags s’enchaînent à une vitesse fulgurante dans cette cinquième aventure – pardon : cette mésaventure – d’Henry Wilt. L’esprit déjanté ne s’émousse pas chez Tom Sharpe, cet octogénaire maître de l’humour britannique : ce livre est une accumulation de frasques loufoques, de quiproquos exubérants. Wilt, pour payer les frais de scolarité de ses filles, copies conformes de sa vocifératrice épouse, doit donner des cours d’été à un gosse de riche, un gamin inepte féru d’armes à feu, canardant tout ce qui bouge. Il souhaitait vacances et repos, il recueille catastrophes et tracas. Et lorsque Wilt s’installe à un endroit, les cadavres s’invitent également. À consommer modérément, au risque de mourir de rire.
L’abc du gothique
Simon Melmoth, le meilleur ami du narrateur, s’est suicidé. Il lui a laissé en héritage des fiches intitulées L’ABC du gothique et trois pochet tes. Un livre naîtra de ce legs inattendu, un mélange hybride se voulant un hommage aux romans gothiques du XIXe siècle. On y retrouve les fameuses fiches, des fantaisies et des impressions personnelles. On y parle des auteurs majeurs de ce genre littéraire : Horace Walpole, Ann Radcliffe et Charles Robert Maturin, ainsi que ses influences et ses différents codes. C’est également un bel hymne à l’amitié, à ce qu’on partage, à ce qu’on garde secret et surtout à ce qu’on laisse au-delà de la mort.
Avenue des géants
Plongeon vertigineux dans la psyché d’un tueur en série, l’Avenue des Géants nous entraîne sur les traces d’Al Kenner (alias Ed Kemper dans la vraie vie), un psychopathe qui a sévi dans les années 60 et 70 aux États-Unis. Évitant le sensation nalisme, l’auteur Marc Dugain s’intéresse davantage au discours intérieur de ce personnage complexe qui aspirait à mener une vie normale. À mesure qu’Al nous raconte son périple, on découvre l’origine de son mal et comment cette souffrance s’est cristallisée dans sa personnalité au point d’en faire un monstre. Malgré tout, l’auteur insuffle à son personnage une humanité certaine, de sorte qu’on éprouve de l’empathie pour ce type qui en était dépourvu.
Les désorientés
Le roman Les désorientés porte fort bien son titre, désignant tant ceux qui ont quitté l’orient que ceux qui traînent un certain mal de vivre. Après la mort d’un ancien ami, Adam, professeur d’histoire à Paris, retourne au Liban. L’idée lui vient de réunir ce groupe d’amis inséparables du temps de l’université, du temps d’avant les « événements », euphémisme qui désigne les affrontements barbares qui ont secoué ce pays. S’ensuit pour Adam l’occasion de replonger dans une ancienne correspondance avec les amis dispersés de par le vaste monde. Leur histoire commune se rebâtit sous nos yeux. Construit en quatorze chapitres pour autant de journées, ce livre protéiforme, d’une lecture passionnante, est certainement le plus personnel de l’auteur libanais.
Anonymous
Qui, comme moi, n’a pas eu un curieux frisson dans le dos en visionnant la vidéo d’avertissement d’Anonymous au gouvernement québécois? J’avais, bien sûr, déjà entendu parler du mouvement de ces contestataires anonymes, mais qu’il nous touche de si près… Il me fallait en savoir plus! Grâce à ce livre, j’ai désormais une bonne idée de ce que sont Anonymous, des « hacktivistes » qui arborent un masque à l’effigie de Guy Fawkes. J’ai aimé, avant tout, la neutralité des auteurs. Ils présentent le mouvement à partir de sa création, leurs réalisations, leurs forces, mais aussi leurs faiblesses. Il y a un côté super héros dans l’action d’Anonymous, mais comme eux, la frontière est mince entre l’ombre et la lumière.
La juste part
Petit, brillant et décapant, La juste part, signé David Robichaud et Patrick Turmel, s’avère un miroir essentiel pour notre société. En moins de 100 pages, ce petit essai remet en question d’innombrables paradigmes acceptés par tous. Autant la droite que la gauche y sont écorchées, mais surtout, on y décortique de façon brillante les bases philosophiques de beaucoup de nos comportements sociaux et économiques. Tout ça, sans prise de tête tellement c’est simple et abordable. Voilà une plaquette à glisser sur la table de chevet de Raymond Bachand et Gabriel Nadeau-Dubois.
Pourquoi lit-on des livres de philosophie?
Pourquoi lit-on des livres de philosophie? Sans doute pour les mêmes raisons que nous lisons des livres en général, c’est-à-dire pour aller faire un tour dans la tête d’un autre. Or, lire un livre de philosophie équivaut, pour Pontremoli, à une « intrusion interrogative » dans la tête des grands penseurs de notre tradition, dans l’esprit de ceux qui, à travers les âges, ont été animés par ce désir de tout penser, de tout réfléchir. Pour bien penser, il faut d’abord s’en remettre à ceux qui ont interrogé le monde avant nous, et pour penser mieux encore, il faudra questionner leur questionnement, puis le nôtre. L’essai de Danièle Pontremoli se présente comme une irrésistible occasion de réflexion.
Granges du Québec
On est accueilli, dès l’ouverture de ce livre, par un texte superbe de poésie et de pertinence, présentant, citations à l’appui, un bref historique de ces bâtiments qui résistent au temps et à l’usure. Véritables cathédrales des champs bâties à sueur d’homme, les granges révèlent ici leur grande beauté, même dans la désuétude. Qu’elles soient faites de pierres à l’européenne ou de planches à la québé – coise, qu’elles comptent quatre ou douze côtés, toutes dévoilent leurs particularités architecturales. Au gré des pages et des saisons, on les découvre vêtues de verdure ou de neige, mettant en valeur tantôt un campanile, tantôt une riche couleur sang-de-boeuf. Ce livre s’avère une ode à ces gardiennes des secrets de la ruralité.
L’empire de l’illusion. la mort de la culture et le triomphe du spectacle
L’empire de l’illusion est un ouvrage d’une pertinence troublante et qui, de ce fait, dérange terriblement. Son auteur, le journaliste états-unien Chris Hedges porte en effet un regard plus que critique sur la société qui est la sienne, et ce, à l’aune de la crise que nous vivons à l’échelle mondiale. Moins fataliste que sincèrement inquiet, c’est avec beaucoup de professionnalisme que Hedges dévoile au grand jour les ressorts d’une véritable névrose sociale dont les dérives, dans le contexte économique actuel, ne peuvent laisser entrevoir que le pire : la poursuite d’une dépossession du réel de plus en plus flagrante dans un monde de moins en moins juste et orchestré par la cupidité des quelques-uns à qui tout cela profite.
White light, White heat. Le Velvet underground au jour le jour
Plus près des milieux de l’avant-garde artistique des années soixante et des bas-fonds new-yorkais que de la tête des palmarès du Billboard d’alors, le Velvet Underground a su marquer malgré tout le monde de la musique. Volumineux, exhaustif, White Light, White Heat donne toute la mesure de ce qui fait de ce groupe une exception. Le lire, c’est mettre en lumière le parcours des membres du groupe (Lou Reed, John Cale, Nico), mais aussi les ramifications à l’origine de cette inédite et brillante synthèse intégrant rock, art, musique expérimentale et littérature sur fond de réalités urbaines souvent des plus dures. Un livre jubilatoire pour les mordus de ce groupe culte et un ouvrage de référence d’une incontestable importance pour tout amateur de rock.
Je t’aime à la philo
« On peut vivre en s’intéressant à très peu de choses, quelquefois à rien », nous dit l’auteure, mais on ne peut pas vivre sa vie sans amour. Qu’est-ce qu’un coup de foudre? À quoi sert le mariage? Pourquoi l’amour fait-il souffrir? Ce livre aborde ces questions dans une perspective fort intéressante. L’auteure s’interroge sur le thème de l’amour sous plusieurs angles, tels que la philosophie, la sociologie, la science; chaque discipline apportant ses idées et ses réponses, sans propagande. La philosophie de Platon y croise la littérature de Kundera et la psychanalyse jungienne. Le lecteur aura devant lui toute une palette d’idées, mais également de propositions pour qu’il puisse, lui aussi, élucider certains aspects de sa vie amoureuse.
Einstein en 3 minutes
Voici un magnifique ouvrage de vulgarisation sur la vie du célèbre scientifique. Vous connaissez sans doute la formule E=mc2, mais la comprenez-vous vraiment? Vous avez vu sa surprenante photo tirant la langue, mais saviez-vous qu’Einstein était aussi un musicien talentueux, un don Juan effréné, un étudiant rebelle et paresseux et un fervent défenseur des droits de l’homme? Dans ce livre abondamment illustré et annoté des citations d’Einstein, vous apprendrez bien des choses sur la vie, les théories et l’influence de celui qui révolutionna la physique. Il ne vous prendra que quelques minutes de votre temps pour découvrir la vie fascinante de cette icône de la relativité.
Samouraïs : la grâce des guerriers
Vous êtes un fan des livres ou des films sur le Japon et les samouraïs? Vous avez manqué l’exposition Samouraïs au musée Pointe-à-Callière? Ce livre est pour vous. Comment le décrire? Tout simplement par WOW! Un magnifique volume débordant d’information sur la culture des samouraïs et l’histoire nippone. De superbes photographies nous présentent toutes les subtilités des armes, des armures ou des katanas (sabres) de ces guerriers légendaires. En plus de découvrir la richesse de cette culture, nous en apprenons un peu plus sur les passions de notre cher Dr Béliveau. Un must dans toutes les bibliothèques!
25 génies des affaires qui ont changé le monde
Des premières puces électroniques aux « dotcom company » en passant par Ikea et McDonald’s, Rhymer Rigby nous présente vingt-cinq portraits d’hommes et de femmes d’affaires qui ont considérablement modifié nos habitudes de consommation, des innovateurs pour la plupart, moins motivés par l’argent que par le désir de révolutionner leur domaine respectif. Souvent pauvres au départ, ces business thinkers ont su rompre avec les façons de faire traditionnelles pour établir de nouveaux standards. Si l’auteur salue les coups de génie, il dénonce aussi les aberrations et la malveillance de certains. Une lecture agréable qui nous rappelle que la réussite commence souvent par un soupçon d’audace.
L’or des fous
Que s’est-il passé en 2008 lors de l’éclatement de la bulle financière? Gillian Tett relate la série d’événements qui a permis à une poignée de banquiers malveillants de doper le marché immobilier jusqu’à son effondrement. L’auteur nous fait découvrir les méandres de ce complot pseudo-légal qui se solda par une crise économique mondiale. Le suspense monte à mesure que les investisseurs pressentent la catastrophe et que les gouvernements se voient dans l’obligation de sauver leurs institutions bancaires pour éviter le pire. Écrit simplement, mais destiné à un public motivé, L’or des fous dresse le portrait d’un système économique dont les failles nous apparaissent de plus en plus évidentes.
Histoire de l’écriture. De l’idéogramme au multimédia
La possibilité de lire ce court commentaire, avec cette écriture, ce support et cette police est le résultat de milliers d’années d’évolution. Des premiers graffitis préhistoriques aux programmes informatiques, l’écriture a subi de nombreuses et palpitantes transformations. Cette histoire nous est racontée dans ce livre avec moult images et tableaux. Le fan d’histoire, de langues mortes et de littérature que je suis en a eu pour son argent avec cet ouvrage. Le chapitre sur les hiéroglyphes est complet et passionnant! Saviez-vous que les Chinois et les Japonais imprimaient leurs textes plusieurs centaines d’années avant Gutenberg? Pourquoi en sommes-nous arrivés à utiliser les minuscules et la ponctuation? Les réponses dans ce livre!
Révélation. Mass effect (t.1)
L’humanité est la dernière des espèces à s’être jointe au Conseil, vaste confédération intergalactique regroupant des dizaines d’espèces ayant en commun d’utiliser la technologie d’une espèce disparue pour voyager dans l’espace. Lorsqu’une base secrète de l’Alliance terrestre est attaquée, l’enquête est confiée au lieutenant David Anderson, mais les pistes se troublent rapidement. Qui a attaqué cette base? Et surtout, pourquoi? Ce livre se situe directement dans la lignée du jeu vidéo du même nom. Certes, l’action se déroule une vingtaine d’années avant les aventures du commandant Shepard, mais ce roman reste une bonne porte d’entrée dans cet univers. Le tout fourmille d’action et l’intrigue est facile à suivre, même si on n’est pas un geek!
Le kidnapping d’Aaron Greene
Aaron, un jeune homme extrêmement timide, préfère passer inaperçu. Il vient tout juste de terminer ses études et il travaille comme coursier dans une banque. Par un matin pluvieux, il se fait enlever sous les yeux de tout le monde, sans que personne ne se doute de quoi que ce soit. Pour sa libération, une rançon de dix millions de dollars est demandée, pas à ses parents, mais à la banque où il travaille. Paiera-t-elle un si gros montant pour un simple employé anodin, dont elle ne se rappelle même pas le nom et encore moins le visage? Pour son premier roman, Terry Kay nous entraîne dans une intrigue palpitante, tout en nous faisant réfléchir sur le prix d’une vie.
Nuit noire, étoiles mortes
De l’aveu même de King dans sa postface, les quatre histoires de ce livre sont très dures, mais c’est sans doute aussi pourquoi elles sont si captivantes. En effet, je n’avais pas lu avec autant d’avidité un livre du « maître » depuis un bon moment. Il y a, dans ces histoires, un je-ne-sais-quoi de nouveauté par rapport à sa production habituelle, un sentiment d’urgence, une noirceur qui est celle de l’âme humaine elle-même. C’est l’idée, comme il l’écrit, que « nos plus chers espoirs peuvent parfois se révéler vains », mais que nous devons malgré tout tenter de trouver un sens à ce qui semble n’en avoir aucun. D’où les récits de fiction : « Les histoires que nous racontons suggèrent que parfois – pas toujours, mais parfois –, il y a une raison ».
L’oeil du léopard
Pris d’une forte crise de paludisme, Hans Olofson est planqué dans sa chambre, arme contre lui, paré contre toute menace. Toutefois, ses hallucinations le renvoient, dans ses souvenirs, à sa Suède natale et à son départ pour l’Afrique. Comment en estil arrivé, lui, Hans, Suédois angoissé et timide, à pénétrer le sol de Zambie au dur lendemain d’une indépendance où pauvreté, corruption et racisme règnent toujours? Entre le froid de la Suède et la chaleur de la Zambie, Hans tentera de comprendre ces deux pays et se rendra vite compte que l’Afrique cache des mystères profonds. Mankell délaisse ici l’inspecteur Wallander pour faire place à une Afrique époustouflante et insaisissable qui donne une bonne leçon d’humanité à chacun.
Le tribunal des âmes
Dorénavangt, je surveillerai tout ce qui sortira de la plume de cet auteur. Après Le chuchoteur, la barre était haute! Eh bien, le défi est relevé avec cet autre fantastique roman policier. Nous sommes mystifiés du début à la fin en suivant ces deux enquêtes parallèles qui finiront par se croiser. Et que dire de la finale! Oui, vraiment, j’ai passé un bon moment de lecture. Je ne voudrais pas trop en dire sur Marcus et Sandra, de peur de vous gâcher la découverte d’une révélation ou deux, car c’est vraiment un livre qui nous nourrit tout au long d’indices et de détails pour nous révéler un tableau final éblouissant. Quoi d’autre, sinon vous dire : allez-y sans crainte, vous allez adorer!
Double Dexter
Ah! Dexter! Curieusement, je ne suis pas un adepte de la série télé, davantage par faute de temps que par manque d’intérêt, mais je me fais un devoir de lire chaque nouveau livre de Jeff Lindsay. C’est toujours un plaisir de suivre cet antihéros à l’humour grinçant. Et c’est toujours avec surprise qu’on accepte le « statut » de tueur en série de Dexter… Comme si, lui plus qu’un autre, avait le droit de tuer, pourvu que sa cause soit juste. Serait-il plus facile de vaincre nos inhibitions sous l’égide de la fiction? Bref, j’ai encore passé de bons moments de lecture à espérer que ce justicier atypique se sorte des griffes d’une nouvelle menace : un tueur qui imite à la perfection ses techniques. J’ai bien hâte au prochain, on s’en reparle!
Armageddon rag
Reconnu pour son oeuvre fantastique, Le trône de fer, cet écrivain prolifique manie aussi bien la plume que ses personnages manient l’épée. Nous avons droit, avec Armageddon Rag, à un récit d’un tout autre genre, à mi-chemin entre le polar et le roman fantastique. En 1980, un écrivain est amené à résoudre le meurtre du gérant de son ancien groupe fétiche, les Nazgûl. Martin nous fait voyager dans le temps, entre le passé et le présent, entre les années 60 emplies de promesses – et dont les références musicales nous rendent nostalgiques – et le présent des années 80 où le rêve d’un monde idéal éclate en morceaux. Armageddon Rag, un roman qui allie musique, drogue et sciences occultes; un roman complexe, mais ô combien palpitant!
Hanna était seule à la maison
À la suite de La maison en pain d’épices, Carin Gerhardsen nous revient avec un nouveau roman. Nous retrouvons enfin l’équipe du commissaire Sjöberg, dont Petra Westman est l’héroïne principale. Un roman policier complexe où l’on tente d’élucider deux sombres meurtres. Une jeune fille de 15 ans est retrouvée étranglée sur un bateau et le corps d’une jeune mère de famille est découvert par l’inspectrice Westman, non loin de son poupon laissé pour mort. Au même moment, Hanna, une fillette de 3 ans, se retrouve seule à la maison, enfermée à clé. Son père est en voyage et sa mère est introuvable. C’est une course contre la montre qui nous tient en haleine. Une nouvelle intrigue efficace de la part de cette jeune auteure.
Arab jazz
Ahmed vit à l’écart du monde, entouré de polars achetés au kilo. Lorsque sa voisine est assassinée, il devient le suspect idéal et collabore avec les deux policiers chargés de l’enquête pour découvrir le véritable coupable. Dans le 19e arrondissement de Paris, une Juive parisienne, un Breton et un Marocain travailleront ensemble afin de résoudre un meurtre aux allures rituelles. Pas simple. Mais les croyances et les origines s’effacent parfois devant le profit, et l’appât du gain peut créer de drôles d’équipes. Aux trois enquêteurs de comprendre les méandres de l’affaire. Polar original, Arab Jazz lance un nouvel auteur français qui joue avec la musique et les références littéraires. À quand un deuxième?
Mapuche
Dans une Argentine exsangue en raison de la dictature, la guerre des Malouines et la corruption omniprésente, une sculptrice anciennement prostituée et un travelo en déroute survivent tant bien que mal. Ces héros de papier mâché recevront l’aide du détective Ruben. Mapuche n’est pas une visite touristique, bien au contraire! Le talent de Caryl Férey réside dans sa capacité à nous faire vivre la dure réalité des bas-fonds et la pauvreté du pays. Après ses incontournables Haka, Utu et Zulu, son nouveau roman était très attendu et ses lecteurs, exigeants. Mais il faut admettre que l’auteur a encore su se surpasser. C’est un véritable chef-d’oeuvre politico-historico-policier. Âmes sensibles, s’abstenir. Pour les autres, foncez, vous allez adorer!
La muraille de lave
Indridason nous met en déroute avec ce nouveau roman où l’inspecteur n’est pas Erlendur. En effet, ce dernier étant en vacances, Sigurdur Oli prend la relève. Inspecteur sans compassion, pas vraiment sympathique, ayant étudié aux États-Unis, il est nouvellement divorcé d’une femme avec qui il n’a pas pu avoir d’enfant. Tout en investiguant, il se questionne sur cette relation. Des enquêtes, il en mène plusieurs de front, dont une sur une histoire de chantage dans laquelle il est impliqué. Mais peu importe son implication, pourvu que justice soit rendue. La muraille de lave est une histoire prenante, qui dévoile des souffrances insoupçonnées, des squelettes pas vraiment enterrés et une Islande pas si immaculée.
Deux dans berlin
Les passionnés de polars historiques vont jubiler. Les auteurs ont réussi un double exploit : nous mettre dans la peau d’un citoyen allemand dans l’ambiance sinistre des derniers mois de la Seconde Guerre, tout en nous entraînant dans un suspense plein de finesse et d’audace. Berlin, à l’automne 1944, n’est plus que cendres et décombres. Un SS membre de la police criminelle tente de se refaire une conscience, en mettant fin à la quête meurtrière d’un évadé de Buchenwald désireux de se venger de ceux qui l’ont envoyé à ce camp de la mort. Birkefeld et Hachmeister, tous deux historiens, restituent avec une justesse quasi démoniaque la vie quotidienne dans ce Berlin crépusculaire.
Les faucheurs sont les anges
Délicieusement déroutant, ce roman, à la fois d’une immense naïveté et d’une insoutenable lucidité, pose un regard profond et inspiré sur le monde et le genre humain. On y retrouve en effet, aux prises avec une apocalypse de zombies, la même humanité foisonnante que l’on avait tant appréciée dans l’incontournable Walking Dead. Cependant, l’oeuvre d’Alden Bell se réclame d’une rafraîchissante unicité, mettant en scène une jeune héroïne, Temple, pour qui les lambeaux de la civilisation américaine constituent la seule réalité qu’elle ait jamais connue. À travers la fumée, le sang, les viscères et les larmes, pointe comme un relent de poésie, un envol littéraire et nostalgique, qui fait écho à la beauté de cet univers libre et sauvage. Brillant!
Saigne pour moi
Les thrillers de Robotham se distinguent par un petit côté remarquable, celui d’avoir pour meneur de jeu un psychologue : Joe O’Loughlin. Sienna, la meilleure amie de la fille adolescente de Joe, est accusée du meurtre de son père. Joe ne la croit pas coupable et mène son enquête. Souffrant de la maladie de Parkinson, désespérément accro – ché à son ex-femme, peaufinant son étiquette de loser teinté d’arrogance, Joe demeure doué pour scruter les manies des autres, dévoiler les cicatrices de l’enfance ou les traumatismes de l’adolescence et dénoncer la perversité des adultes. L’auteur assaisonne ce sombre récit d’habiles rebondissements, gardant captif le lecteur jusqu’à la fin dans cette ville où des hommes de bien affrontent des gens peu recom mandables.
Steph bricole : guide de rénovation pour les filles
Ce livre s’adresse aux femmes bricoleuses ayant la tête remplie de beaux projets, mais qui ne peuvent compter que sur ellesmêmes pour les réaliser. Agacées d’attendre après votre conjoint qui se trouve toujours mille et une raisons pour ne pas faire les rénovations? Plus besoin d’appeler votre père en catastrophe, le suppliant de venir à votre secours. Avec ce guide de la rénovation parsemé d’expériences loufoques, vous pouvez passer à l’action vous-même. Tout y est expliqué étape par étape : comment apprivoiser les outils, fixer des tablettes, boucher des trous dans les murs, poser des carreaux de céramique, suspendre un luminaire, réparer la robinetterie, etc. Vous allez bientôt devenir l’homme à tout faire de la maison!
L’atelier de Daniel Vézina
C’est avec des techniques sûres et efficaces que nous apprenons à avoir du plaisir en cuisine. Il nous arrive trop souvent de nous demander combien de temps faire chauffer ceci ou comment couper cela… Quoi de mieux qu’un bon livre de techniques professionnelles pour répondre à nos questions? Eh bien, depuis que je l’ai en ma possession, j’ai dû utiliser le livre de Daniel Vézina une dizaine de fois! Pour mes pâtes fraîches ou la cuisson des topinambours, par exemple. Je crois qu’après les ateliers présentés dans le cadre de l’émission Les Chefs, la création de cet ouvrage était devenue nécessaire. À mon grand plaisir et à celui de tous les amateurs de cuisine, ce livre est désormais incontournable!
La sélection
Les États-Unis ne sont plus; le royaume d’Illéa occupe désormais ce territoire. La société est divisée en castes, où se creuse un formidable gouffre entre les riches et les pauvres. Le fils du roi doit se marier : un concours s’ouvre donc à toutes les jeunes filles célibataires du pays afin de désigner qui l’épousera. America, qui participe contre son gré à la télé-réalité encadrant le processus de sélection, saura brillamment tracer son chemin parmi les autres candidates de castes supérieures, afin d’assurer la continuité des bonnes grâces de Sa Majesté envers sa famille. Dès les premières lignes, La sélection emporte la lectrice dans une sorte de féérie qui s’intensifie au gré de la personnalité d’America. Brillant! Dès 15 ans
Starters
Vous avez 200 ans et aspirez à vous éveiller à nouveau dans la fleur de l’âge? C’est ce que vous propose Prime Destinations et sa banque de corps, moyennant une somme exorbitante. Starters est un roman dystopique qui évoque avec justesse une société fracturée par les inégalités et obsédée par le culte de la beauté. Un monde où se côtoient une jeunesse défavorisée, les « Starters », et une vieillesse ultrapuissante monopolisant les visées politiques d’un pays, les « Enders », se matérialise dans un futur rapproché. Callie, jeune fille de 16 ans luttant pour sa survie et celle de son frère, louera son corps trois fois jusqu’à ce qu’elle se réveille au milieu d’une location et découvre l’usage dont elle est l’objet. Une série qui promet! Dès 15 ans
Le grand trou américain
Les Américains veulent marquer le coup : ils inventent un trou. Un trou immense. Le plus grand trou au monde. À quoi sert-il? Personne ne le sait vraiment. On le surveille, on en limite l’accès : aucun citoyen ne doit s’en approcher. Jusqu’au jour où un chien y disparaît, suivi de près par sa maîtresse. S’ensuit alors un dérapage, une réaction en chaîne que rien ne semble pouvoir arrêter. Michel Galvin propose un conte cocasse et saugrenu abordant les grandeurs et misères du progrès. Sa plume habile provoque avec finesse et stimule la réflexion avec hardiesse. Avec son petit air d’affiche de propagande du début du XXe siècle, cet album délicieusement déroutant laisse au lecteur le soin de déterminer si la fin justifie toujours les moyens… Dès 6 ans Marie
La maison en petits cubes
C’est l’histoire d’une maison et d’un vieil homme. Et d’une ville singulière où l’eau monte, année après année, toujours plus haut, inexorablement, faisant fuir ses habitants. Mais le vieil homme, lui, demeure. Dès que son plancher est submergé, il construit une nouvelle pièce, en hauteur, empilant les étages comme des cubes de bois. Or, voilà qu’un jour, il échappe ses outils tout au fond de sa maison. Il plonge alors à leur recherche, croisant au passage des échos de sa vie d’antan. Bercée par un univers visuel sublime, éloquent et semé de petites bouffées de poésie à croquer, cette histoire envoûte le lecteur, l’embarque dans un tendre voyage. Tricoté tout en finesse, cet émouvant petit morceau de vie ne laissera personne indifférent. Dès 4 ans
Quand l’amour court
Le thème de la séparation a été maintes fois traité en littérature jeunesse, mais lorsqu’un brillant écrivain s’y attarde, tel Thierry Lenain, avec toute la sensibilité qu’on lui connaît, cela donne Quand l’amour court. Ce superbe album, publié précédemment sous le titre L’amour hérisson, revoit le jour maintenant avec de nouvelles et magnifiques illustrations signées Barroux. L’auteur y laisse la parole à une petite fille nommée Paola qui, face à la séparation de ses parents, est absorbée par de nombreuses réflexions. C’est avec beaucoup de justesse et de poésie que Thierry Lenain nous offre une fois de plus un texte écrit dans une langue magnifique, un texte qui élève la pensée et qui saura toucher profondément grands et petits. Dès 9 ans
L’histoire en vert de mon grand-père
Lane Smith, à qui nous devons le fameux C’est un livre, a le don de nous épater avec une idée simple qui se révèle géniale. Dans cet album, un petit homme raconte la vie de son arrière-grand-père. Né dans une ferme, il fut soldat à défaut de pouvoir faire ses études en horticulture. En même temps que le garçonnet se remémore la vie de son aïeul, il se promène dans un jardin extravagant où chaque arbuste, par le biais des coups de sécateurs, prend forme selon les souvenirs. Alternant entre l’encre, la peinture et l’aquarelle, les illustrations dans les tons de vert font la force de cet album aussi drôle qu’émouvant. À la fin du livre, deux grands rabats s’ouvrent et donnent une très belle vision globale de ce jardin de la mémoire. Dès 3 ans
La mémoire de l’éléphant
Marcel, l’éléphant à la mémoire phénoménale, nous laisse entrer dans son quotidien et ses souvenirs. Chaque étape de la journée devient un prétexte pour nous faire découvrir un nouvel univers de connaissances : le petit déjeuner et ses gourmandises de tous les pays, la toilette matinale et l’anatomie de l’animal, l’habillage et la penderie remplie de surprises telles que le boa et la queuede- pie, l’arrivée au travail et les gratte-ciel qui ont marqué l’histoire. Le vieux pachyderme a beaucoup bourlingué et chaque souvenir est aussi une occasion de révéler de nouvelles informations sur les mers et les navires passés à l’histoire, la musique et ses instruments insolites… Une encyclopédie « bric-à-brac » renversante de beauté et d’originalité! Dès 8 ans
Quelques minutes après minuit
Emportée par un cancer, Siobhan Dowd n’a pas pu terminer ce magnifique roman. Patrick Ness a su rendre justice à l’auteure en écrivant à partir de son canevas une histoire chargée en émotions. Depuis que sa mère est malade, Conor fait le même cauchemar chaque nuit. Il y a l’angoisse, la noirceur, les hurlements, et cette main qui s’échappe de la sienne, qu’il tente désespérément de retenir. Puis, il y a l’if, derrière la maison, qui devient un monstre à minuit et sept minutes précisément. Ce monstre, qui n’est ni un ami ni un ennemi, est là pour permettre à Conor d’affronter une vérité à laquelle il refuse de faire face. Enrichi par les sublimes illustrations de Jim Kay, ce roman aborde les difficiles sujets de la maladie et de la perte d’un parent. Dès 10 ans
Quatre filles et un jean, pour toujours
Carmen, Tibby, Lena et Bridget ont grandi. La vie a suivi son cours et, le temps étant ce qu’il est, la distance a fini par desserrer la solide amitié qui unissait les filles à l’époque de leur adolescence et du jean magique. Elles ont 30 ans maintenant, ont des carrières et des amoureux. Elles se rappellent avec mélancolie les temps d’avant. Soudainement, elles ont l’occasion rêvée de se réunir à nouveau, grâce à une invitation de Tibby qui somme ses copines de la rejoindre en Grèce comme autrefois. Elles en reviendront changées à jamais. Une série qui a vieilli avec ses jeunes lectrices, désormais de jeunes adultes, qui parle de choix, de carrière, de mariage, de maternité, de regrets, de deuil, de maladie… bref, de la vie! Dès 14 ans
Un monde sans héros. Beyonders (t. 1)
L’écrivain Brandon Mull m’émerveillera toujours. Chacune de ses histoires fantastiques nous donne le goût de partir à l’aventure et de faire la rencontre de tous ses personnages. Dans « Beyonders », nous découvrons un monde parallèle des plus fabuleux, celui de Jason et Rachel. Ils devront tout mettre en oeuvre pour sauver le monde de Lyrian des griffes du sorcier Maldor, et ensuite trouver le moyen de rentrer chez eux. Dans leur quête, ils passeront par plusieurs épreuves incroyables. Heureusement, grâce à l’amitié et au courage, ils sauront nous faire vivre de belles aventures. Un univers bien ficelé qui se lit avec enthousiasme. Mull nous offre le premier tome d’une nouvelle série fort prometteuse. Dès 8 ans
Rumeurs. La vie compliquée de Léa Olivier (t. 2)
Malgré son intégration plutôt réussie au sein de la nouvelle école secondaire qu’elle doit fréquenter en raison du déménagement de ses parents dans la métropole, Léa ne se retrouve pas au bout de ses peines. En effet, le beau Thomas tente de faire un retour dans sa vie, tandis qu’elle-même s’efforce de construire quelque chose avec Éloi. Léa reprend donc contact avec son ex en cachette, mais les rumeurs vont vite, elle se retrouve alors dans une fâcheuse position. D’un côté, sa best Marilou la boude pour lui avoir menti, d’un autre, Éloi commence à se méfier. Entre les attaques sournoises de Maude, chef des nunuches, et les problèmes amoureux de son propre grand frère, la vie n’est décidément jamais bien simple quand on est en secondaire 3. Dès 13 ans
Les pendules de Dana
Agnès de Lestrade a un don certain avec les mots, et elle nous le prouve encore avec Les pendules de Dana. Les illustrations très créatives de Constanza Bravo contribuent au charme poétique de cet album. Dana a un pendule dans le coeur, et son tic-tac l’accompagne au quotidien. Peut-être à cause de cela, elle a développé un don pour démonter les horloges et les remanier pour offrir à ceux qu’elle aime le temps dont ils ont besoin. Pour sa mère, ce sera du temps pour qu’elle puisse finir les histoires. Pour son père, ce sera du temps pour rattraper le temps perdu, et pour sa grand-mère, du beau temps à contempler en attendant de rejoindre grand-père dans les étoiles. Et les tic-tac dans tout ça? Ils nous apprennent les sons du coeur… Dès 6 ans
La mer aux mille dangers. Billy Stuart (t. 3)
Comment ne pas succomber au charme de Billy Stuart? Toujours coincés dans une autre époque, Billy et sa troupe font de nouveau face à de multiples dangers. Une grosse tempête, une mutinerie, un inquiétant oiseau noir, un gigantesque poulpe et d’envoûtantes sirènes deviennent une menace pour tout l’équipage! Illustré de main de maître par Sampar, le troisième « Billy Stuart » est tout aussi dynamique et magnifique que les deux premiers. On y retrouve avec plaisir l’humour et le grand talent de conteur d’Alain M. Bergeron. La qualité de la présentation et le savant équilibre entre les illustrations, les bandes dessinées, les mémos de l’auteur et les jeux font déjà de cette série un incontournable de la littérature jeunesse québécoise. Dès 8 ans
Renaud le petit renard
Quoi de mieux pour se sauver de sa petite soeur qui joue de la casserole à tue-tête que de passer la journée avec son papa à la buanderie de monsieur Li? Renaud revêt ses plus beaux habits et le voilà en route. Le problème survient quand Lily bottes de pluie se trouve dans les parages : Renaud sait qu’il se fera alors jouer un tour. Plusieurs diversions peuvent apparaître et vous entraîner à la suite de Renaud, mais ne vous y trompez pas, Lily ne manque jamais son coup. Une histoire farfelue comme on les aime, campée dans un décor merveilleusement rétro qui rendra nostalgiques tous les parents, sans exception. Quelle belle époque que celle de l’enfance! Dès 5 ans
Valse macabre. Les clowns vengeurs (t. 1)
Dans un monde futuriste, Jordan fait partie de l’ordre des clowns vengeurs, appelés les Odi-menvatts. Nous suivons donc, sur un air triste de boîte à musique, notre assassin qui accomplit son funeste devoir de tueur à gages de façon brutale et sadique, ce qui, soit dit en passant, est contraire aux principes de l’ordre. Pendant que Jordan applique sa vengeance, les arcurides du gouvernement légitime ont mis au point une nouvelle invention qui leur permettra de repérer tous les membres des Odi-menvatts pour ensuite les liquider. Guy Bergeron signe ici le premier tome de cette série, dont les suivants seront écrits par des auteurs différents, qui conserveront le fil conducteur. Une série bien surprenante que celle de ces clowns vengeurs. Dès 14 ans
Virginia Wolf
Virginia s’est levée d’une humeur massacrante ce matin, comme un jeune loup prêt à tout dévorer. Il n’y a qu’une chose qui lui rendrait le moral : aller à Bloomsberry, le monde parfait. Sa soeur, Vanessa, devra déployer tous ses talents pour que ce petit loup cesse de hurler à la lune. À l’aide de plusieurs références à la vie de la célèbre écrivaine Virginia Woolf, on explore l’univers émotionnel d’une jeune fille qui broie du noir. Ce magnifique album rend la lecture dynamique par ses illustrations qui se colorent de plus en plus au fil des pages et par la typographie qui change au gré des humeurs de Virginia. Dès 5 ans
Les amants. Les contes de l’ère du cobra (t. 1)
Si vous n’avez jamais tâté de BD d’Enrique Fernandez, il est temps de vous y mettre! Dans « Les contes de l’ère » du cobra, histoire d’amour mêlant à merveille Roméo et Juliette aux Mille et une nuits, le bédéiste (scénariste, dessinateur ET coloriste) montre, comme un trophée, toute l’éten – due de son talent. En effet, en plus d’une géniale histoire où il introduit avec une facilité désarmante (probablement intimidante pour ses confrères, mais plus que bienvenue pour ses lecteurs) ses personnages secondaires, il arrive à créer un climat de fable semblable à celui des films de Disney des années 90 (les bons!). Plus près de La mère des victoires que d’Aurore ou de L’île sans sourire, Fernandez revient vers son public adulte pour notre plus grand bonheur!
Le dindon de la farce
Garfield, c’est l’amour de la lasagne et des siestes, ainsi que la haine des lundis, des réveille-matin et des régimes. C’est aussi une cohabitation forcée avec un chien, un sarcasme légendaire et une réticence à vieillir. Ce quadrupède orange au coeur tendre a su se faire de nombreux acolytes au fil du temps. Je vous invite à lire les savoureuses aventures et les anecdotes cocasses du plus célèbre des chats et de ses compagnons Jon et Odie. Elles sauront enjoliver vos journées moroses grâce à leur charme particulier et à leur humour grinçant. Il n’y a pas de doute, malgré ses trente-quatre ans d’existence, Garfield reste un indémodable.
Olympe de gouges
Au XIXe siècle, Olympe de Gouges fut une véritable femme de tête qui fit connaître ses idées révolutionnaires par des pièces de théâtre et des brochures à fortes charges sociales et sociétales. Elle défendit autant le droit des Noirs en étant contre l’esclavage, que celui des femmes avec entre autres la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle demandait l’égalité des droits civils des hommes et des femmes, du droit de vote à celui de se faire guillotiner. Plusieurs de ses idéologies furent d’ailleurs très mal accueillies à l’époque, mais jamais elle ne s’empêcha de dire ce qu’elle pensait. Une autre belle réussite du duo Catel et Bocquet qui nous avait déjà offert le superbe Kiki de Montparnasse dans la même collection.
Deuxième génération
Michel Kichka présente une oeuvre très intéressante sur l’après-Auschwitz. Michel est le fils d’Henri Kichka, l’auteur d’Une adolescence perdue dans la nuit des camps et survivant d’Auschwitz. Ce livre témoigne des répercussions de la Shoah sur les générations passées et celles qui suivent. C’est par le biais de la bande dessinée, empreinte d’humour, de réflexions, mais aussi de drames, que l’auteur dévoile les hauts et les bas de sa famille et les rapports de celle-ci avec le père. Je suis toujours abasourdi par les échos puissants que ce drame historique a engendrés dans l’histoire humaine. Ce livre contribue à notre incompréhension, mais constitue un touchant témoignage.
Le temps des siestes
Tous ceux et celles qui connaissent les oeuvres de Jimmy Beaulieu sont déjà habitués à ses dessins érotiques et libidineux. Ce recueil présente des croquis, des tableaux présentés hors du cadre habituel de la bande dessinée et du blogue, afin de nous en faire apprécier toute la richesse et la beauté et de mettre en valeur le talent particulier de ce prolifique artiste. Chaque page est accompagnée d’une note, d’un commentaire ou d’une pensée sortis tout droit des carnets de l’auteur. Je pourrais ici vous dire que je n’ai lu ce livre que pour ses articles, mais vraiment, comment rester insensible aux oeuvres présentées dans cet ouvrage?
Prisonniers du bout du monde. Esteban (t. 4)
Après ses péripéties dans l’Antarctique, voilà que l’équipage du Léviathan se retrouve en prison sur la Terre de Feu. Mais Esteban, jeune matelot indien dont les frasques sont déjà mémorables, est resté sauf. N’écoutant que son courage et sa loyauté, il décide de sortir ses camarades de leur impasse. Matthieu Bonhomme est le digne descendant des Twain et Dickens qui ont jeté les bases pour le personnage d’Esteban; des Verne, Stevenson et Melville qui ont fourni la matière première à son scénario. Le bédéiste a la chance d’avoir, en plus, un formidable style graphique combiné à une exceptionnelle conscience de son art. Ce quatrième tome de la série « Esteban » est peutêtre ce qu’on a fait de mieux en BD d’aventures depuis « Théodore Poussin ». Et ce n’est pas peu dire!
Le fantôme d’Anya
Anya, comme toutes les adolescentes américaines, souhaite être belle, populaire, réussir à l’école et sortir avec le garçon qu’elle trouve mignon. Cependant, elle aimerait également qu’on oublie qu’elle est une immigrante russe. Tous ces souhaits pourraient bien se réaliser après qu’elle ait fait une chute dans un ancien puits, où elle rencontre un fantôme qui décide de devenir son acolyte et de lui donner un coup de main au quotidien. La bédéiste Vera Brosgol nous captive, autant par son dessin clair et touchant que par l’intelligence de son scénario et de ses dialogues. Une histoire de suspense truffée d’humour qui se dévore d’un trait pour notre plus grand plaisir. Dès 13 ans
Saison brune
Avec ce cinquième ouvrage d’intervention politique, Philippe Squarzoni analyse le réchauffement climatique selon une approche globale réunissant les aspects scientifiques, sociopolitiques et culturels de ce phénomène. Fort érudit, cet essai en bande dessinée laisse la parole à de nombreux scientifiques qui exposent le fruit de leurs recherches; Squarzoni se permet d’ailleurs de longues séquences statiques dédiées aux exposés de ces intervenants, comme si nous assistions à une conférence. Afin d’alléger son propos, il n’hésite pas à user de lyrisme en se mettant en scène et en insérant des extraits de films et des citations de romans qui lui permettent de s’interroger sur l’origine et la finalité de la création artistique.
Le jour des fous. Notre-Dame (t. 1)
Adapter en bande dessinée la fameuse oeuvre Notre-Dame de Paris de Victor Hugo est un défi de taille qu’ont pourtant relevé avec brio Robin Recht et Jean Bastide. Nous retrouvons l’ambiance romantique et l’atmosphère médiévale du roman de Hugo dans les dessins précis, détaillés et expressifs de Bastide, ainsi que dans le scénario et les dialogues habiles de Recht. Ces deux artistes revisitent avec intelligence et sensibilité ce classique de la littérature française, projet qu’ils ont prévu réaliser en trois bandes dessinées. Après la lecture du véritable petit bijou qu’est le premier tome, Le jour des fous, on attend la suite avec impatience.
Conquistador
Je la regarde, car elle aussi me regarde. Je m’approche, doucement, et dès que je l’effleure, elle me séduit, tant par la superbe illustration de sa couverture, que par ce sceau de qualité qu’est le nom de Jean Dufaux, qu’elle arbore comme un joyau. « Comment t’appelles-tu? », lui demandai-je d’abord. « Conquistador », me répondit-elle d’une voix suave et sensuelle. « Et que fais-tu dans la vie? », m’enquis-je encore. « Je présente aux gens une palpitante histoire, ayant pour cadre l’historique mais funeste rencontre entre l’empereur aztèque Montezuma et l’aventurier espagnol Hernan Cortès. » Émoustillé, j’entrepris gentiment de la découvrir et, gagné par ses récits de richesses innombrables, d’expéditions secrètes et de dieux vengeurs, je ne l’ai plus quittée depuis…
Deuil et espoir. Walking dead (t. 15)
Lorsque mon chum s’est mis à lire frénétiquement la série de BD « Walking dead », je dois avouer que j’ai un peu ri de lui. Non mais, en quoi ces histoires de zombies pouvaient-elles être aussi passionnantes? Pour le comprendre, je me suis mise à lire le premier tome, juste pour voir. Assez rapidement, j’ai terminé la série et j’ai compris pourquoi elle était si populaire. Au-delà des zombies, il y a ces humains qui tentent de survivre dans ce monde apocalyptique. Ils ne sont jamais totalement bons. Même Rick, ce policier naturellement chef de bande, lutte contre plusieurs démons et n’hésitera pas à tuer ceux qui peuvent faire du mal à son fils. L’instinct de survie est plus fort que tout et, souvent, l’ennemi n’est pas celui que l’on croit.
De la lune à la terre. De cape et de crocs (t. 10)
Après diverses aventures sur la lune, il est maintenant temps pour Don Lope, Armand, Eusèbe et leurs amis de retourner sur terre. Mais Armand est amoureux de la belle Séléné, fille de la lune qui veut rester parmi les siens. Le gentilhomme ne voulant pas délaisser sa belle décide de rester aussi, au grand déplaisir de Don Lope. Lire la série « De cape et de crocs », c’est se plonger dans un superbe hommage à la commedia dell’arte, aux récits d’aventures et à des auteurs tels qu’Edmond Rostand. Un plaisir des mots et de l’image. Il est rare de trouver de la poésie en bande dessinée et cette série prouve que mélanger alexandrins et humour peut donner des albums ludiques et poétiques.
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