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Dossier

Les libraires craquent

L’âge des accidents
Catherine Perrin Éditions Xyz

Celle qui nous avait offert le délicat Trois réveils, un récit empreint d’une authenticité rare, revient à la charge avec un roman en diptyque, sanguin et percutant, qui explore les diagonales de la survie et les relations qui se nouent et s’étiolent, sillonnant au passage les innombrables points de bascule qui nous submergent sous la glaise autant qu’ils nous ramènent sur terre et nous façonnent. La romancière multidisciplinaire réussit à saisir ces zones d’ombre et ces remous, à les encapsuler pour nous apprendre à mieux les comprendre. Car l’âge des accidents — petits ou grands, passagers ou indélébiles — est celui de tous les jours. Un roman en deux temps et à la narration alternante, trouble et pourtant serein. Un livre humain.

Les enfants de chienne
Nicolas Delisle-L'heureux Éditions Du Boréal

C’est un mélange de voix qui emporte le lecteur dans ce roman où la ramification de plusieurs destinées définit l’intrigue. Le point de départ est commun : Val Grégoire, petit village perdu en Haute-Côte-Nord. On y rencontre un trio inséparable formé de Louise, Marco et Laurence, dont l’amitié contribue pour chacun à donner un sens à la vie, ou simplement un peu d’espoir dans un quotidien sans surprise. L’adolescence viendra bouleverser ce fragile équilibre. Aucun ne pourra échapper au tragique qui semble imprégner les existences dont la genèse est liée à ce coin de pays. La narration multiple offre au lecteur la possibilité de percer l’intimité des personnages sans être déroutante. C’est d’ailleurs une des forces du roman, tout comme l’intrigue menant à une finale plutôt insoupçonnée.

Le deuxième verre
François Gravel Éditions Druide

Après À vos ordres, colonel Parkinson!, François Gravel poursuit sur le ton intimiste en abordant une autre maladie, celle dont ont souffert bon nombre de ses proches : l’alcoolisme. Pince-sans-rire, l’auteur nous raconte la petite histoire de ce fléau planétaire en agrémentant son récit de singes ivrognes et de p’tits remontants sur les champs de bataille. Mais là où le texte devient touchant, c’est lorsqu’il aborde le parcours ordinaire et somme toute honorable de sa propre famille. Il dépeint cette culture silencieuse dans laquelle il a grandi, avec ses hauts lieux et ses scènes de ménage dont le décor semblera familier à bien des lecteurs et lectrices. Court et rempli d’esprit, ce Deuxième verre nous monte à la tête d’une belle manière.

Le cigare au bord des lèvres
Akim Gagnon Éditions La Mèche

Au premier abord, c’est le récit d’une certaine déchéance. Une déchéance racontée avec bonhomie, où s’enchaînent une multitude d’anecdotes tirées de la vie « bien arrosée » du narrateur, Akim Gagnon lui-même. L’ensemble a quelque chose d’un peu vulgaire, mais est somme toute… réconfortant (qui l’eût cru?). On sent le regard moqueur que porte l’auteur sur son personnage (lui!). C’est sans filtre qu’il nous confie son quotidien, face auquel on ne peut s’empêcher de sourire et de secouer la tête dans un mélange de perplexité, d’amusement et à l’occasion, disons-le, de découragement. Le ton est sincère, empreint d’une forme de naïveté colorée. Au terme du récit, l’amour et un sentiment de réalisation personnelle semblent triompher, une sorte de fin heureuse inattendue pour cet objet littéraire hors du commun.

Self-care
Nicholas Dawson Hamac

Dans ce collectif composé de plusieurs autrices et auteurs issus de groupes marginalisés, la notion de self-care devient plurielle, inclusive et engagée. Tous les textes, que ce soit un poème, une nouvelle ou autre, nous font plonger dans l’intimité brute des écrivaines et écrivains. Ici, l’esthétique est au service de la douleur, autant intérieure qu’extérieure, individuelle que collective. Pour ceux et celles qui ne détiennent pas un statut privilégié, les troubles individuels se superposent à ceux de la communauté. Ce recueil dirigé par Nicholas Dawson nous fait prendre conscience que l’hygiène de vie s’apparente plus souvent à un instinct de conservation qu’au yoga et aux smoothies.

Novice
Stéphane Dompierre Éditions Québec Amérique

Que j’aime l’intelligence dans l’écriture de cet auteur! Novice est une histoire qui tourne autour d’un camp de débranchement, de onze participants accros à la technologie et d’un tueur qui se prépare à un carnage. Sans oublier que nous sommes en pleine forêt, où tout peut arriver. L’ambiance est tissée comme une toile d’araignée dans laquelle nous nous retrouvons pris sans nous en rendre compte. Nous sommes à la fois terrifiés, écœurés, hilares et abasourdis par les événements inattendus et les situations où se retrouve notre ribambelle de personnages colorés. C’est le roman idéal lorsque vous entrez en librairie et demandez à lire un roman pour décrocher de votre pénible routine ou de vos réseaux sociaux. Dépaysement et surprises garantis!

Le jeu de l’oiseau
Sylvie Drapeau Leméac Éditeur

Il faut lire ce petit roman imprégné d’une grande sensibilité. Le sujet nous bouleverse, mais on ne peut ignorer que cette histoire est peut-être celle vécue par quelqu’un de notre entourage. La violence conjugale n’est jamais acceptable. L’auteure donne la parole à une fillette qui s’échappe de ses tourments en jouant à un jeu imaginaire avec son frère jumeau. Le silence de la mère est lourd, mais nous parle beaucoup. Cette femme camoufle sa souffrance et sa peur tout en adorant ses enfants. Comment s’en sortir quand il n’y a que le pire à venir? Le jeu des jumeaux ne pouvant suffire, il faudra du courage pour affronter la réalité. Un roman nécessaire.

Le refuge
Alain Beaulieu Éditions Druide

Antoine et Marie, retraités, vivent dans un chalet sans commodités, en forêt. Leur vie est paisible et sereine, jusqu’à ce qu’une nuit, deux hommes envahissent leur domicile et les braquent, bousculant leur vie à jamais. Plein de tensions et de non-dits, leur quotidien est miné par les gestes commis cette nuit-là. Raconté comme un témoignage par Antoine, auquel s’ajoute à son insu la voix de Marie, Le refuge nous invite dans la lente désillusion de deux êtres apparemment bienveillants confrontés à cette part d’ombre en eux qu’ils n’avaient pas anticipée. Grâce à sa plume efficace et à sa maîtrise du rythme, Alain Beaulieu offre un roman à l’atmosphère délétère, aussi troublant que confrontant, sur les méandres du doute et les stratagèmes de survie.

On meurt tous d’avoir vécu
Karine Vilder Stanké

On pourrait croire que Louky Crapo est boucher, car il fait ce qu’on appelle les « viandes froides » dans le jargon journalistique de ceux qui écrivent les chroniques nécrologiques des personnalités publiques susceptibles de mourir bientôt. Louky aime son travail qui paraît, ma foi, macabre. Pendant un congé forcé, il découvre que son vieil ordinateur possède quelque chose d’inattendu, voire de dangereux pour quiconque s’en sert à de mauvaises fins… Louky se surprendra à devenir… Vous devrez le lire pour le savoir! L’autrice aborde le thème de la mort avec légèreté et un sarcasme bien senti qui m’a fait rire et sourire à plusieurs reprises. Ce récit est rafraîchissant et amusant, malgré le sujet qui semble de prime abord déprimant. Mais il est vrai qu’on meurt tous d’avoir vécu…

Musique
Stéfanie Tremblay La Peuplade

Douloureusement touchant par moments, ce premier recueil de poésie juxtapose habilement des trucs aussi apparemment hétérogènes que le punk et la nostalgie, l’exubérance et l’intériorité, la tristesse et la hargne ou encore l’effronterie et la vulnérabilité. De l’enfance reniée aux puérils premiers émois de ce qui vient tout de suite après, du chatoyant souvenir des couteaux pour les plombs au magma grégaire des folâtreries adolescentes, de l’amour de la musique au besoin d’appartenance, la poète décrit admirablement cette forme particulière de conformisme qui se doit d’être vécu avec la conviction de sa propre marginalité.

Impromptu
Catherine Mavrikakis Héliotrope

Ceux qui n’ont pas encore le bonheur de connaître l’œuvre ironique et pleine d’esprit de Mavrikakis se voient ici offrir une occasion unique de sauter dans un train qui file vers la postérité. La haute culture y déambule tout en langueur dans le palais des glaces aux vanités, les éclats de rire en coin réverbérés, repris en écho par les morts. Aussi bref qu’irrévérencieux, Impromptu relate la rencontre d’une étudiante avec l’un des derniers représentants de la Vieille Europe. On ne peut plus Mitteleuropa, le spécialiste du romantisme allemand impressionne son émule par un mélange de condescendance et de grandiloquence. Oscillant entre admiration et désacralisation, ce petit livre d’équilibriste drolatique est une belle surprise.

La vallée des fleurs
Niviaq Korneliussen La Peuplade

Niviaq Korneliussen, autrice queer et figure de la jeune génération d’auteurs groenlandais, possède une écriture et une précision narrative qui échappent à toutes les étiquettes. Son deuxième roman contient tout, mais ne ressemble à aucun autre. Une jeune Inuite quitte Nuuk, la capitale du Groenland où habitent sa famille et sa copine, pour aller étudier dans une université danoise. Dans une région où le suicide est une véritable épidémie, une fêlure s’immisce sournoisement en elle. Un étau se resserre autour de ce personnage unique, sensible, à l’humour décalé. Roman sous tension, habité par la blancheur magnétique de la neige et de la lumière, où même la noirceur de l’hiver y est aveuglante. Là réside l’intelligence de l’autrice : le récit brise le cœur autant qu’il captive, se tenant en parfait équilibre entre l’ombre et la lumière.

Toucher la terre ferme
Julia Kerninon Abduco/Ap

Julia Kerninon est une femme, une écrivaine, une mère. Grâce à un conjoint compréhensif, elle arrive à faire vivre ces multiples facettes sans qu’elles se retrouvent en conflit. Mais pour être cette personne entière, elle a accumulé ses expériences de vie, a fait ses choix. Elle s’est libérée de ce que la société et sa famille attendaient d’elle pour être celle qu’elle voulait être. Voici un récit sans complaisance, où l’autrice raconte ses amours, ses failles, ses envies de fuite. Elle fait surtout état de l’équilibre qu’elle a trouvé sans renier ses expériences passées, et ce qui l’a forgée. Un texte court et inspirant sur une introspection salvatrice.

Mourir au monde
Claire Conruyt Plon

Mourir au monde, c’est s’annihiler pour se remplir de la lumière de Dieu, mais que se passe-t-il quand le doute s’immisce dans les interstices de la foi et vient toucher le fond du cœur du croyant? Sœur Anne revêt le voile de l’intranquillité et sa paix intérieure s’envole au-delà des murs de sa petite congrégation de religieuses, jusqu’au jour où une nouvelle postulante arrive au couvent avec une conviction de béton et l’ingénuité des débutantes. Un premier roman touchant par la délicatesse de sa langue et la pureté des images qu’il évoque.

Ce qui manque à un clochard
Nicolas Diat R. Laffont

Dans ces mémoires romancés, Nicolas Diat met sa plume de prosateur, empreinte de poésie, au service de Marcel Bascoulard (1913-1978), poète, photographe, dessinateur; un artiste libre, ami de la beauté. Son père, tyrannique et violent, sera assassiné par sa mère, ce qui mettra fin au calvaire familial. Cette maman demeurera le seul amour de sa vie et c’est derrière les barreaux d’un hôpital psychiatrique qu’il recevra, jusqu’à ce qu’elle meure, sa tendresse maternelle. Il terminera sa vie en clochard, choix douloureux mais assumé. Tout ce qui répugnera à notre société sera son refuge. Il sera étranglé et retrouvé mort, veillé par ses chats. « Tout ce qui est or ne brille pas. » « Tous ceux qui errent ne sont pas perdus », dira Tolkien d’Aragorn. Voilà ce qui décrit bien ce marginal d’exception dont les œuvres sont exposées à Paris, New York et Venise. Ce magnifique roman mérite beaucoup plus que ma petite recension. En tout cas, il mérite d’être lu.

Denis Dumas (Morency)
13 avril 2022
Tant que le café est encore chaud
Toshikazu Kawaguchi Albin Michel

Et si vous pouviez remonter le temps l’espace d’un café? Telle est la prémisse du roman à succès de Toshikazu Kawaguchi, adapté de la pièce de théâtre éponyme. Au Funiculi Funicula, vénérable et discret établissement tokyoïte, quatre femmes vont vivre cette expérience surnaturelle, soumise toutefois à quelques règles bien particulières. Ce huis clos teinté de réalisme magique fait la part belle aux situations et aux dialogues émouvants, éprouvants parfois, mais drôles aussi à l’occasion. Par le biais d’une écriture dépouillée mais non dénuée de profondeur, l’auteur nous démontre que si les protagonistes ont à cœur de changer le cours des événements, c’est avant tout leur cœur (et le nôtre) qui en sera profondément modifié.

Anthony Ozorai (Poirier)
13 avril 2022
Anéantir
Michel Houellebecq Flammarion

La parution d’un nouveau Houellebecq s’accompagne la plupart du temps de tout un lot d’appréhensions, qu’il s’agisse du malaise civilisationnel qui y sera mis à l’honneur, du jaune des rires que le grinçant de son humour suscitera, du cynisme apparent de l’ensemble ou encore des efforts qu’il faudra déployer afin de dénicher un deuxième degré aux propositions de prime abord les plus dépourvues d’ambages. Ce huitième roman ne fait pas exception, à ceci près que l’écrivain s’y fait parfois étonnamment tendre, voire fraternel, démontrant ainsi la possibilité que, du grotesque au sublime, le plus sardonique des ricanements ne soit qu’une poussière dans l’œil du plus andalou des chiens.

Où vivaient les gens heureux
Joyce Maynard P. Rey

Fille unique de parents dysfonctionnels, Eleanor devient orpheline dès l’adolescence. La filiation deviendra alors la motivation première de sa vie. Elle rêve de fonder une famille aimante et unie dans une grande maison grouillante de vie. L’espoir d’y parvenir se dessine lorsqu’elle acquiert une propriété en pleine nature et fait la connaissance de Cam, un artisan sculpteur. De leur union naîtront trois enfants. Dans cette œuvre campée dans une Amérique en mutation, nous suivons l’évolution de cette famille sur plusieurs décennies : les drames, les illusions perdues, les grandeurs, les choix difficiles. Comme toile de fond, une réflexion sur la parentalité et le sens du devoir et de l’abnégation, dont le lecteur ne sortira pas indifférent. Un grand roman.

L’Antarctique de l’amour
Sara Stridsberg Gallimard

Nous sommes dans la forêt. La narratrice nous décrit la vie autour d’elle, le murmure de la nature qui s’agite, les couleurs qui se déploient, la pluie qui tombe. Elle nous fait si bien ressentir la plénitude de l’instant qu’on oublie qu’elle est morte, assassinée sauvagement. On suit Inni, âme errante, comme détachée, qui revisite sa vie de toxico, maintenant lucide. Éthérée, intemporelle, elle visite son fils, malmené par les services sociaux, et sa fille, qui s’en sort bien, adoptée dès sa naissance. L’autrice entrelace son passé chaotique avec les événements qui ont mené à sa mort. Grâce à sa prose envoûtante et sublime, elle fait de ce récit un texte puissant, profond, troublant, mais ô combien magnifique. Une lecture qui m’habitera longtemps.

Une sortie honorable
Eric Vuillard Actes Sud

J’aime Vuillard pour sa plume courtoise, sa façon polie de démantibuler l’Histoire et de nous démontrer la fatuité de la guerre. Il raconte les travers des hommes de pouvoir, enveloppant sa fine analyse d’un regard acéré et d’un humour teinté d’ironie. Il place les protagonistes de la guerre d’Indochine dans leur contexte, mettant l’accent surtout sur leurs faiblesses et leur complaisance. Parce qu’il s’agit de ça, en fait. Comment se dépêtrer d’une guerre qui coûte trop cher et qui perd son sens un peu plus chaque jour sans perdre sa superbe? Ces hommes, offerts sur la balance du jugement, ont participé à bâtir le monde tel qu’on le connaît, et à l’apogée de leur gloire, se cherchent une sortie honorable. Une lecture certes touffue, mais jouissive.

S’adapter
Clara Dupont-Monod Stock

L’arrivée d’un enfant handicapé bouleverse tous les membres d’une famille. On entend souvent parler de l’impact sur les parents, mais plus rarement de celui sur la fratrie. Dans S’adapter, nous suivons trois frères et sœurs. Chacun réagit comme il peut devant une situation dont il n’a pas le contrôle. Alors que l’aîné va décider de se dévouer à son frère multihandicapé, jusqu’à s’oublier, la cadette, de son côté, va plutôt assumer son dégoût pour cet enfant différent et se révolter. Le dernier, lui, arrive après; il va grandir dans l’ombre de toute cette histoire familiale, cherchant à prendre sa place tout en se sentant fortement connecté à son frère. Un roman où toutes les émotions sont valides, où nous sommes témoins de l’humanité de chacun, en particulier dans sa maladresse.

Le grand rire des hommes assis au bord du monde
Philipp Weiss Seuil

Phénomène de la littérature mondiale, ce splendide livre-univers nous vient d’un auteur dramatique autrichien encore largement inconnu. Retenez bien son nom, car il disparaîtra bientôt derrière une poignée de pseudonymes dialoguant par-delà les siècles et les continents. Le magicien des lettres ne reculera devant aucun stratagème pour faire vivre ses idées les plus folles. La maestria de Weiss est proprement ahurissante, chaque livre, chaque voix, nous entraîne ailleurs, dans d’autres considérations, sous l’égide d’un autre style. Vous ne tarderez pas à le comprendre, Weiss peut tout faire. Cette entrée en matière, déjà incomparablement plus consistante que la plupart des gueuletons, est un jalon considérable pour l’humanisme ironique!

La rafale et le zéphyr
Alain Corbin Fayard

Sans doute le plus poétique des historiens contemporains, Alain Corbin nous étonne encore avec un sujet d’étude peu ordinaire. Après avoir donné toute sa grandeur à la pluie, aux arbres et à l’herbe, il propose dans cet essai de brosser le portrait du vent et de la manière que nous avons de l’éprouver, voire de l’appréhender. Ce n’est qu’au XIXe siècle que cet élément commence à être compris et à prendre de l’importance dans le domaine scientifique, trop longtemps relégué à une sorte de fiction mythologique. Corbin raconte la naissance de la cartographie des différents courants atmosphériques, évoque les poètes romantiques, redonne vie aux angoisses tirées des journaux de grands aventuriers, et j’en passe. Ce grand vulgarisateur a du souffle et prouve encore une fois que son son talent et son érudition a du vent dans les voiles…

Jung : Un voyage vers soi
Frédéric Lenoir Albin Michel

Après avoir mis en lumière l’œuvre et la vie de Spinoza dans le très convivial Le miracle Spinoza, Frédéric Lenoir récidive avec un ouvrage sur Carl Jung, celui qui fut le dauphin de Sigmund Freud avant de prendre ses distances avec lui. Au-delà des pulsions sexuelles, Jung voyait le subconscient comme une alchimie qui compose le Soi, c’est-à-dire la somme de notre potentiel véritable. L’auteur nous explique entre autres le processus d’individuation voulant que notre capacité à nous assumer détermine les manifestations de notre inconscient. Sa description des types de personnalité est également saisissante. Frédéric Lenoir accomplit un autre miracle en rendant accessibles les découvertes d’un grand penseur.

Asexualité : Comprendre l’orientation sexuelle invisible
Julie Sondra Decker Améthyste Éditions

Nous sommes élevés dans un monde hypersexualisé, là où le sexe est au sommet de la pyramide des besoins humains. On nous fait croire que c’est la seule voie pour être heureux dans une relation et que l’on ne peut y échapper, alors que c’est faux. De nos jours, une multitude de genres, d’identités et d’orientations sexuelles font surface et prennent leur ampleur. L’asexualité avec un grand A en fait partie. Ce n’est pas une maladie ni un trauma : c’est une orientation sexuelle dite invisible qui existe bel et bien et qui est très peu discutée. Ce recueil permet de découvrir plus en profondeur cette nouvelle voie, aussi valide que les autres. Glissez-vous sur cette couleur de l’arc-en-ciel très mécomprise!

La face cachée du grand monde des microbes
Boucar Diouf Éditions La Presse

Boucar Diouf nous offre une vulgarisation divertissante du monde de la microbiologie. On y explore la relation symbiotique que l’humanité entretient avec ces petits alliés au travers, entre autres, de l’évolution de nos connaissances scientifiques, de notre alimentation et surtout de notre santé. L’enthousiasme que Diouf éprouve pour le sujet est plus qu’évident. Il réussit à réhabiliter efficacement le monde microbien, et ce, malgré la frustration qu’on peut ressentir à l’égard des virus dans le contexte pandémique actuel. De plus, les nombreuses anecdotes et tangentes humoristiques infusent à cet ouvrage (à la base, scientifique) une singularité charmante propre au charisme de son auteur.

Les rêves du ookpik
Étienne Beaulieu Éditions Varia

Dans un récit à la fois personnel et riche en références culturelles, Étienne Beaulieu s’intéresse à l’imaginaire du territoire québécois. Opposant la vision nomade des Premières Nations à la conception sédentaire des colonisateurs, il tente une réconciliation à travers sa propre expérience. Si le propos est écologique, la teneur est littéraire. De la nation wendate à Maria Chapdelaine en passant par les films de Pierre Perrault et les toiles de Suzor-Coté, l’auteur compose une mosaïque inclusive, à l’image du monde qu’il nous faut repenser. Il en résulte un essai intimiste et lumineux qui tente de reboiser en quelque sorte notre imaginaire collectif qui s’appauvrit sous l’effet du « présentisme ». Le ookpik nous invite à rêver mieux.

La vie est un combat. Accepte-le!
Emmanuel Leclercq Alisio

Né le 9 septembre 1982, retrouvé par mère Térésa le 19 septembre dans une poubelle en Inde près d’un bidonville, adopté en France. Voilà l’entrée en matière de ce qui sera le récit étonnant et édifiant de ce miraculé qui nous invite à le suivre dans ses échecs et ses victoires. Il deviendra professeur de philosophie et militera pour la dignité de la personne humaine, particulièrement dans sa fragilité. Ses enseignements vont au-delà de la matière pour toucher le cœur de ses élèves qui n’ont pas qu’une histoire, mais sont une histoire. Leur être présent et être un levier afin de leur transmettre la connaissance du Beau, du Vrai et du Bien. Ce parcours de foi d’une grande humanité est aussi un témoignage de gratitude envers ces quatre femmes qu’il considère comme ses mamans : sa maman biologique, sa maman qui l’a recueillie dans une poubelle, sa maman adoptive et enfin sa maman du ciel, la Vierge Marie.

Denis Dumas (Morency)
13 avril 2022
L’assassinat politique en France
Colette Beaune Passés Composés

Non occides. Tu ne tueras point. Combien de fois outrepassons-nous cette loi divine sous prétexte de purifier le monde! L’historienne Colette Beaune et le député et maire Nicolas Perruchot en livrent d’éclatants exemples, dans ce copieux essai relatant plus d’une quinzaine des assassinats politiques les plus marquants de France, du templier Jacques de Molay à celui, médiatique, de Nicolas Sarkozy, en passant par les « ouragans homicides » du XIXe siècle et l’attentat du Petit-Clamart, décortiquant, en bons enquêteurs, le déroulement du crime, ses mobiles (violence d’État visant à briser les concurrences d’un autre pouvoir, meurtre symbolique d’un monde d’avant, etc.), ses conséquences. Des violences, on le constate, souvent futiles : en voulant protester contre l’ordre du monde, le « tyrannicide » ne fait que renforcer le pouvoir honni prétendument despotique. Captivant, comme un bon suspense, et enrichissant.

Lady Sapiens : Enquête sur la femme au temps de la Préhistoire
Thomas Cirotteau Éditions Multimondes

C’est au XIXe siècle que les scientifiques ont réalisé et détaillé l’existence de nos ancêtres préhistoriques. Mais à l’époque de ces trouvailles, les femmes étaient très désavantagées socialement, ce qui a faussé des centaines d’années d’observations et de recherches menées alors par les hommes et déformé l’image de la femme sapiens dans son environnement initial. Oui, depuis, quelques pendules ont été remises à l’heure, mais cet ouvrage exceptionnel s’y attarde de façon plus précise et exhaustive. On y dépeint une femme polyvalente, active, présente dans toutes les sphères sociales de cette période. Lady Sapiens est un voyage dans le temps passionnant et, on l’espère, plus juste!

La facture amoureuse
Pierre-Yves Mcsween Saint-Jean

Pierre-Yves McSween et Paul-Antoine Jetté abordent objectivement le sujet le plus tabou au sein du couple : l’argent. Pesant les pour et les contre de la réalité financière amoureuse, ils proposent des pistes de réflexion inconfortables, mais fortement utiles. Si l’amour semble être la solution à tout, les comptables nous rappellent qu’il n’y a pas de solution miracle lorsqu’il est question de notre situation financière et surtout celle de notre partenaire. La lecture de cet ouvrage peut être malaisante par moments, mais c’est parce que son sujet est discuté avec l’objectivité qu’il nécessite. Après tout, ne serait-ce pas futile de passer par quatre chemins pour étaler les désavantages financiers de la vie conjugale?

Baldwin, Styron et moi
Mélikah Abdelmoumen Mémoire D'encrier

Certaines rencontres sont nécessaires. James Baldwin et William Styron avaient besoin de se rencontrer pour dépasser leurs propres conceptions du racisme et de l’inclusion sociale, tout comme Mélikah Abdelmoumen avait besoin d’échanger avec eux dans une période charnière de sa vie. Du Saguenay post-référendaire au New York des années 1960, on découvre cette amitié hors norme à laquelle Mélikah ajoute sa voix, tantôt à titre de narratrice, tantôt en tant qu’âme sœur partageant la même indignation, la même soif de dialogue. À partir d’informations fragmentaires, l’autrice reconstitue leur parcours, imagine des saynètes et plante le décor pour raviver cet état d’esprit, à la fois brisé et endurci, qui forge les grandes œuvres littéraires.

L’habitude des ruines
Marie-Hélène Voyer Lux Éditeur

Marie-Hélène Voyer signe ici une réflexion sur l’importance du patrimoine bâti au Québec. Elle brosse le portrait d’un Québec en crise identitaire culturelle : les bâtiments historiques et l’art sont délaissés, détruits et remplacés par de vastes stationnements ou des gratte-ciel, nouveaux astres. L’essai est entrecoupé de moments de jeunesse de l’auteure, qui a vécu en campagne, près de Rimouski, et dont la maison d’enfance fut construite pierre par pierre par le père. La destruction de ce qui n’enrichit pas le capital immédiatement est permise par le laisser-aller des dirigeants. Voyer appelle à une mobilisation pour que les consciences et les cœurs s’ouvrent : « Il faut parler des rivières comme on parle des lieux et des êtres qu’on a aimés, sans les idéaliser, sans les effacer. […] Scander leur nom pour les appeler, pour que leurs histoires sourdent à la surface de nos villes et de nos mémoires. »

L’atelier
Marc Séguin Éditions Fides

J’ai lu le premier roman de Marc Séguin alors que je venais tout juste d’entrer au cégep. Peut-être n’avais-je jamais vraiment connu l’amour avant d’aimer l’écriture comme me l’a fait aimer cet auteur. Depuis La foi du braconnier, ses travaux constituent pour moi une sorte de refuge, me rappelant ce qu’est l’art, et donc, la vie. L’atelier n’y fait pas exception. Dans l’imposant volume, on y découvre, en images, les coulisses des différents ateliers qu’a occupés l’artiste. On peut également y lire de brèves réflexions intimes liées à la création. Ce livre témoigne de toute la place que l’art peut prendre dans une vie, en tant qu’objet et en tant qu’idée. Cette intrusion dans la pratique de Séguin nous est offerte comme un cadeau, nous montrant comment la créativité aide à rendre la vie un peu plus habitable.

L’art et l’âme de Dune
Tanya Lapointe Hachette Heroes

J’ai lu Dune lorsque j’étais jeune adulte et, comme pour toute bonne mémoire, les contours de l’œuvre sont devenus flous dans ma tête. Voir le film de Denis Villeneuve était comme enfiler une paire de lunettes pour rendre mes souvenirs beaucoup plus nets! Comme elle l’a fait pour l’ouvrage consacré à Blade Runner, Tanya Lapointe, témoin privilégiée de cette longue gestation, accumule et nous présente aujourd’hui de précieux documents visuels sur les recherches, les observations, les essais qui ont conduit au film que nous avions en salle l’automne dernier. C’est bon, c’est beau, c’est intéressant! Mais je dois avouer que j’ai été étonné de voir des images de Gurney clamant des vers et jouant de la balisette dans le livre, ce qu’on ne voit au final malheureusement pas dans le film!

Les filles qui ne mouraient pas
Kiran Hargrave M. Lafon

Après le ravage de leur petite communauté de voyageurs, Lil et Kizzy sont contraintes à la vie d’esclave chez le Boyar Valcar. Les jumelles, l’une d’une grande beauté, l’autre très discrète, attirent rapidement l’attention, ce qui précipitera leur triste séparation. Lil part alors sauver sa sœur des griffes du Dragon, un seigneur à la réputation sanglante. L’autrice nous propose une nouvelle vision du célèbre vampire Dracula en y intégrant l’origine de certains personnages féminins secondaires du classique. Au lieu de les présenter en second plan, l’autrice en fait le point central de son histoire. Elles sont le symbole d’une persécution perpétuelle face à la couleur de leur peau, leurs mœurs et bien évidemment leur genre.

Katrine Winter (Poirier)
14 avril 2022
Le sniper, son wok et son fusil
Guoli Zhang Gallimard

Ai Li est un espion taïwanais stationné en Europe depuis cinq ans. Quand les services secrets lui demandent d’éliminer un compatriote en visite à Rome, il remplit sa mission mais, sitôt la cible abattue, il réalise qu’un autre tireur d’élite vient de tenter de le tuer. S’ensuit une course effrénée, de planque en planque, au cours de laquelle il réussit à identifier son poursuivant. Pour lui, il n’y a qu’une seule façon de comprendre ce qui se passe : rentrer à Taïwan. En parallèle, à Taipei, l’enquêteur Wu doit éclaircir la mort suspecte de deux officiers de l’armée… et le haut commandement militaire n’est pas très coopératif… Les deux intrigues se rejoignent pour former un polar captivant et plein d’humour. Le premier titre d’une série qui promet!

La nuit du faune
Romain Lucazeau Albin Michel

Ce qui débute comme un gentil conte philosophique aux accents pastoraux ne tarde pas à se révéler sous ses véritables atours : un formidable roman métaphysique chargé comme une étoile à neutron et prêt à nous catapulter jusqu’aux confins de l’univers. Bildungsroman stellaire, dialogue platonicien en compagnie de formes de vie inusitées et laboratoire déjanté d’ontologie, ce deuxième roman de l’astre ascendant Lucazeau ravira les lecteurs adeptes de science-fiction prospective. Les jeux de piste et les références cachées abondent dans cette folle équipée en compagnie d’une fillette millénaire, d’un faune de la jouvence et d’un robot un peu trop téméraire pour l’utilitarisme exacerbé de sa ruche. L’aventure est totale et jouissive!

Inestimable
Zygmunt Miloszewski Fleuve Éditions

Ça va très mal pour Zofia Lorenz! Pour des raisons politiques, elle vient de perdre son emploi de directrice d’un important musée de Varsovie et son mari souffre depuis quelque temps d’une étrange forme d’amnésie qu’on lui propose de traiter dans une clinique privée des Pyrénées, aux tarifs exorbitants… Alors, comment refuser l’offre alléchante d’un éminent compatriote, scientifique reconnu, qui lui propose de l’aider à retrouver un artéfact mystérieux, originaire de l’île de Sakhaline et apparemment rapporté en Europe cent ans plus tôt? Nous voilà partis pour un suspense haletant où les bons ne sont pas toujours ceux qu’on pense, où interviennent des pharmaceutiques sans scrupules et où une galerie de personnages pittoresques pimente le récit.

N’avoue jamais
Lisa Gardner Albin Michel

Encore une fois, Lisa Gardner ne m’a pas déçue! Evie découvre son mari mort par balle. Tous les soupçons sont évidemment tournés vers elle. Des rebondissements, des relations complexes entre les personnages, un avocat au-dessus de tout soupçon, un jeune pyromane engagé par un commanditaire qui veut cacher des preuves : tout y est pour apprécier un bon polar. Entrent en scène l’inspectrice D. D. Warren et son indicatrice Flora Dane. Au-delà de l’intrigue principale, j’ai aimé suivre la relation entre les deux femmes, qui se solidifie malgré leur manière complètement différente d’enquêter. Flora peut se permettre de s’immiscer dans les milieux underground pour dénicher de précieuses informations. Et si D. D. est souvent en désaccord avec elle, les méthodes efficaces de Flora la convainquent finalement qu’elle peut lui faire confiance. Le passé de Flora (qui est présenté dans les tomes précédents) se démystifie de plus en plus dans cet opus. Notez que vous n’avez pas besoin de lire les tomes précédents pour comprendre : tout est expliqué pour que le lecteur se situe facilement dans leur parcours.

900
Maëlle Poe Hachette

Cinq cents jeunes filles et cinq cents jeunes hommes ont été élevés dans des orphelinats séparés où aucun n’a connaissance de l’autre. Une éducation diamétralement opposée pour chaque orphelinat, où les prénoms ont été remplacés par des chiffres. Ces jeunes apprendront qu’ils seront soudainement catapultés dans une société qui rassemble les deux communautés. Quelle n’est pas leur surprise quand ils se rendent compte que d’autres groupes sont également présents! 900 et ses compatriotes devront composer avec ces individus dont ils ne connaissent rien et qui ont eux aussi reçu une éducation spécifique qui confrontent les valeurs des protagonistes. Peu à peu, ils comprendront qu’un plan machiavélique a été dessiné… Une dystopie divertissante et enlevante qui plaira à tous les groupes d’âge! Dès 13 ans

Un ami tombé du ciel
Orianne Lallemand Auzou

Ce sont d’abord les illustrations magnifiques d’Hervé Le Goff qui attirent l’attention. Elles rendent à merveille le récit de cet album dans lequel Ours-Blanc rencontre Aaron, un petit kangourou tombé du ciel. Certes, il y a là un beau clin d’œil au Petit Prince de Saint-Exupéry, mais que faire d’un petit animal si énergique quand on aime le calme et le silence du Grand Nord? Ours-Blanc se désespère! Mais petit à petit, ils s’apprivoisent et deviennent de bons amis jusqu’au jour où Aaron pense suivre sa bonne étoile pour retourner en Australie. Ours-Blanc perdra-t-il son nouvel ami? À moins que… Belle leçon de tolérance et jolie histoire d’amitié. Dès 3 ans

La boîte aux lettres
Pierrette Dubé La Courte Échelle

Quelle joie quand on est petit de recevoir une lettre juste pour soi! Mais il faut d’abord avoir une boîte aux lettres. À la quincaillerie, Octave en trouve une fort jolie, en forme de bateau. Même les passants l’admirent, mais hélas, le facteur passe toujours tout droit. Ayant obtenu l’adresse d’une demoiselle Pointvirgule, il ose lui écrire une courte lettre, espérant ainsi une réponse. Commence alors un échange de lettres farfelues entre Octave Accentgrave et cette inconnue. Quel plaisir de retrouver dans l’album certaines lettres et leur enveloppe bien adressée. Idée originale pour initier l’enfant à la correspondance et créer ainsi de belles amitiés. Dès 4 ans

La malédiction de Highmoor
Erin A. Craig Casterman

Les filles du duc Thaumas portent, depuis des années, le deuil de leur mère et de leurs quatre sœurs, décédées dans des circonstances tragiques. Les rumeurs de malédiction sont déjà bien implantées, mais Annaleigh se questionne sur la mort de sa sœur. Elle tente de découvrir des indices sur cette dernière, mais tombe plutôt sur une porte magique lui permettant à ses sœurs et elle de se transporter dans de somptueux bals. L’autrice revisite les éléments typiques du conte de fées autrefois écrit par les frères Grimm pour les situer dans un univers marin, froid et hanté. Les cauchemars sinistres obscurcissent les pensées de la jeune protagoniste et la plongent dans un océan de doutes. Excellente histoire flirtant entre la romance et l’horreur. Dès 13 ans

Katrine Winter (Poirier)
14 avril 2022
Pareils… ou presque
Marie-Claude Audet Éditions Québec Amérique

Album magnifique, à glisser dans toutes les petites mains! Julien et Olivier ont 6 ans tous les deux et sont semblables en tous points… ou presque! Marie-Claude Audet, joyeuse maman d’un enfant aux prises avec une maladie orpheline, raconte les similitudes entre les deux cousins plutôt que de se centrer sur leurs différences, laissant aux jeunes lecteurs saisir eux-mêmes les nuances grâce aux éloquentes illustrations, vives et colorées, de Maïlys Garcia. Et c’est ici toute la force de cet album que d’honorer la curiosité naturelle des enfants et de saluer leur facilité à aller vers les autres sans a priori. Une histoire qui rassemble, teintée de délicatesse, qui met en lumière les multiples réalités des enfants, quelles qu’elles soient. Dès 4 ans

Mauvaise réputation : La véritable histoire d’Emmett Dalton (t. 1)
Antoine Ozanam Glénat

Oklahoma, 1908. Approché par un scénariste de Hollywood, l’unique survivant des Dalton accepte de raconter l’existence tragique de sa tristement célèbre fratrie, dont on apprend qu’elle était du bon côté de la loi avant de sombrer dans le grand banditisme. Cet antiwestern introspectif et mélancolique nous livre un portrait humain tout en nuances de la descente aux enfers de ces marshals devenus hors-la-loi, loin de ceux caricaturés par Morris dans Lucky Luke. Le dessin sublime au lavis d’Emmanuel Bazin, qui évoque dans une gamme chromatique froide à la fois Edward Hopper et Enrico Marini, est servi par un scénario habile et implacable. On a terriblement hâte de découvrir la suite de ce somptueux diptyque!

Anthony Ozorai (Poirier)
15 avril 2022
De polyamour et d’eau fraîche
Elsa Hebert Steinkis Éditions

Le polyamour est un grand tabou depuis toujours. On nous impose le singulier, dans toutes les sphères de notre vie, sans nous dire la réponse du grand pourquoi. Un seul meilleur ami, une seule couleur préférée, un seul repas de prédilection, bref, on doit se limiter au singulier. Pourquoi ne choisir qu’un seul favori alors que, même à un jeune âge, on souhaitait en avoir plusieurs? Qu’en est-il des règles et de la vie de couple au pluriel? Comment amorcer cette route de l’inconnu, cette croisière d’expériences? Cette bande dessinée offre des réponses aux grands questionnements de manière légère et accueillante! Vous retrouverez également un lexique qui vous permettra de mieux comprendre le vocabulaire polyamoureux éthique!

Le chat qui rendait l’homme heureux : et inversement (t. 1)
Umi Sakurai Soleil

Depuis le décès de sa femme, Fuyuki Kanda vit seul chez lui. Grandement apprécié de ses collègues et de son meilleur ami, il laisse paraître une personnalité très professionnelle. Cependant, la solitude l’amène à adopter un chat pas comme les autres : Fukumaru. Tous les deux seuls depuis un long moment, ils apprennent à vivre ensemble de manière maladroite. Le vide finit rapidement par se combler d’amour et de petites anecdotes comiques entre les deux. Au fil du temps, la façade de M. Kanda s’effondre pour laisser place à une joie de vivre chaleureuse. Cela faisait un long moment que son meilleur ami ne l’avait pas vu si heureux. Un incroyable manga qui fera fondre votre cœur comme un chocolat chaud en hiver! Vous en aurez la larme à l’œil!

René Lévesque : Quelque chose comme un grand homme
Marc Tessier Moelle Graphik

Cette biographie, sous forme de bande dessinée, raconte la vie de ce célèbre premier ministre québécois en treize chapitres illustrés par treize artistes aux styles distincts. Le vécu extraordinaire de Lévesque prend vie à travers ce récit biographique qui met en scène, entre autres, ses débuts journalistiques sur les champs de bataille étrangers, ses efforts de nationalisation de l’électricité, la nuit des longs couteaux et plus encore. Les différents styles visuels des artistes procurent avec justesse un ton à chaque chapitre et l’ensemble brosse magnifiquement un portrait complet de la vie de Lévesque. Bref, c’est un hommage qui rend brillamment justice à ce grand homme.

Wendy : Maître ès art
Walter Scott La Pastèque

Ce second tome de Walter Scott nous ramène à une Wendy toujours aussi sensible et bouillonnante. Alors qu’elle s’apprête à continuer ses études à la maîtrise, la jeune artiste gagne en maturité : on prend plaisir à la voir devenir plus sage… mais pas trop. Beuveries excessives, artistes excentriques, l’Ontario peint dans Wendy : Maître ès art fait écho au Montréal speedé du premier volume. Mais, cette fois-ci, toutes ces extravagances périphériques poussent notre héroïne dans les limites de sa pratique artistique. Comment se servir des émotions coincées et cachées, quelles formes doivent-elles prendre dans sa relation à l’art et, surtout, aux autres? Une bande dessinée vive, aux personnages colorés (même si en noir et blanc), qui expose avec sarcasme la vie d’une jeune créatrice qui se cherche à travers les arts.

La trilogie berlinoise (t. 1) : L’été de cristal
Pierre Boisserie Les Arènes

Bernie Gunther en BD! Quelle belle occasion de retrouver ou de découvrir le célèbre enquêteur créé par le regretté Philip Kerr dans cette adaptation correspondant au premier roman de La trilogie berlinoise! À Berlin, à l’aube des JO de 1936, la noirceur nazie étend déjà son ombre tentaculaire sur toute la ville, ce qui a incité Bernie à quitter la police criminelle pour devenir détective privé. Un riche industriel l’embauche pour retrouver des bijoux qui ont disparu lors d’un incendie au cours duquel sa fille et son gendre ont péri. Bernie mène l’enquête avec le bagou et le sans-gêne qu’on lui connaît. Un scénario qui cerne bien l’essentiel du roman, un dessin précis, qui recrée l’époque dans des teintes glauques à souhait. Vivement la suite!

Retour à Liverpool
Hervé Bourhis Futuropolis

Au cours d’un voyage aux Bermudes, John Lennon est avec quelques camarades sur son yacht. L’équipage rencontre une tempête violente et prolongée. Un des équipements du bateau se décroche et Lennon reçoit un coup sur la tête. C’est alors que nous atterrissons au beau milieu d’une hallucination. Une folle histoire qui se déroule au début des années 1980 avec les quatre membres du défunt groupe des Beatles : ces derniers seront enlevés par des groupies et barricadés dans les toilettes d’un célèbre studio pour y enregistrer une chanson. Ce roman graphique relate plusieurs faits réels que les membres auront vécus au cours des années 1980. Les illustrations sont réussies et les anecdotes bien expliquées pour les novices.

Alexandre Gauthier
15 avril 2022
Fangs
Sarah Andersen Andrews Mcmeel Publishing

C’est l’histoire de la rencontre entre Elsie et Jimmy, qui commence au Barbizarre sous les rayons d’une lune gibbeuse. La chimie est immédiate et les deux êtres se comprennent parfaitement. Qui voudrait bien sortir avec une vampire gothique née au XVIIIe siècle, si ce n’est un loup-garou bohème et spirituel? Cette jolie petite bande dessinée parue aux éditions 404 est un véritable plaisir de lecture. La relation improbable et pourtant adorable entre Elsie et Jimmy est ponctuée de moments cocasses qui font chaud (ou froid!) au cœur. Les fans de légendes occultes apprécieront les nombreux clins d’œil au vampirisme et à la lycanthropie qui sont ici adaptés aux goûts de l’ère moderne.

La société des dragons-thé
K. O'neill Bayard Canada Livres

Évoluant dans les pas de sa mère, Greta aspire à devenir une grande forgeronne. Elle chérit ce rêve jusqu’au jour où elle sauve Jasmin, un adorable petit dragon-thé de couleur verte. Désormais fascinée par ces petites créatures, Greta accepte de travailler pour Hesekiel, propriétaire d’une boutique de thé. Elle apprend alors comment prendre soin des dragons-thé tout en se liant d’amitié avec la timide Charlotte et Érik, le partenaire de Hesekiel. Cette charmante bande dessinée très inclusive, qui n’est pas sans rappeler l’esthétique des mangas japonais, nous plonge dans un univers fantastique où la réalité queer rencontre la magie du merveilleux. On y retrouve des personnages émouvants faisant preuve de persévérance et d’une tolérance admirable, de même qu’un extrait du guide des dragons-thé! Dès 10 ans

Kaiju n° 8 (t. 1)
Naoya Matsumoto Viz Media Llc

Les kaijus sont des monstres qui apparaissent pour terrasser les humains. Kafka Hibino, jeune trentenaire, rêvait de faire partie de la troupe militaire qui les détruit. Mais, au lieu de défendre les citoyens, il se voit reléguer au nettoyage des dégâts, à la fin des combats. Un jour, alors qu’il forme un nouveau collègue, un kaiju apparaît devant eux et les blesse. Rendu à l’hôpital, un petit kaiju s’introduit dans le corps de Kafka, lui donnant ainsi les capacités physiques extraordinaires de ces monstres. Le fait que Kafka soit dans la trentaine est intéressant parce que le public visé par ce manga peut partager cette tranche d’âges, mais c’est tout aussi captivant pour les adolescents. Ce manga dégage un magnétisme surprenant qui ne peut nous empêcher d’aller vers lui!

Un petit ami trop parfait? (t. 8)
Mizuki Hoshino Kana

Kusakabe et Iroha filent le parfait amour. Cependant, une nouvelle année commence et ils se retrouvent tous les deux dans des classes différentes et très éloignées l’une de l’autre. Malgré ce changement, leurs liens se renforcent encore plus. Mais alors qu’ils pensaient avoir surmonté tous les obstacles, un autre se met en travers de leur chemin, l’ex-petite amie de Kusakabe. Iroha sait qu’il ne veut plus rien savoir de son ex, mais c’est plus fort qu’elle, la jalousie prend le dessus… Cette histoire me fait fondre chaque fois avec ses petits moments cocasses. C’est léger et il y a des scènes assez drôles avec Kusakabe et sa possessivité envers sa petite amie. Si vous aimez la romance, ce manga est parfait pour vous — peut-être même trop parfait?

Léviathan (t. 1)
Shiro Kuroi Ki-Oon

Je ne lis pas suffisamment de mangas, et lire Léviathan m’a fait réaliser que je dois régulièrement passer à côté de perles comme celle-ci. Léviathan est une histoire qui se déroule dans l’espace, alors que des pilleurs d’épaves tombent sur un énorme vaisseau, à la dérive. Un journal tenu par l’un des passagers, un étudiant, leur révélera des détails sur le drame qui s’y est produit en plein voyage scolaire. Je vous laisse découvrir la suite! Pour ma part, j’adore cette maîtrise de la hachure qui installe une ambiance exceptionnelle et permet des jeux de lumière à couper le souffle. Et quelle histoire enlevante! Le type de scénario sombre et psychologique dont je raffole. J’ai vraiment hâte de lire la suite.

Lumière noire
Claire Fauvel Rue De Sèvres

La couverture de Lumière noire frappe. Dans un avenir rapproché, à Paris, Ava est une célèbre chorégraphe de danse en panne d’inspiration. Son amie l’amène voir un spectacle de fin d’études de jeunes danseurs. Elle s’éprend de l’un d’eux, Ian. Leur relation professionnelle devient rapidement amoureuse. Toutefois, ils seront poussés dans leurs retranchements : les tensions sociales, qui mènent vers un futur État policier, font ressortir leurs aspirations différentes. Lui est passionné de la cause environnementale et elle, viscéralement, de l’art. Le dessin vivant, sensuel et coloré de Claire Fauvel illustre magnifiquement la thématique de la danse. Cette bande dessinée plaira à ceux désirant plonger dans une histoire qui recèle plusieurs couches de sens. Elle vaut la peine d’être lue et relue (et surtout rerevue!).

Football-Fantaisie
Zviane Éditions Pow Pow

Zviane accomplit tout un exploit avec ce pavé, une bande dessinée des plus originales alternant le noir et blanc et les couleurs vives. Le scénario, habilement ficelé, est rocambolesque. Deux jeunes filles prêtes à tout pour survivre s’enfuient du repaire d’un savant fou et atterrissent à Football-Fantaisie, dans l’archipel de Banane-Banane, où la langue parlée leur est incompréhensible. Expériences scientifiques douteuses, bouleversements politiques, poursuites policières épiques et un brin de folie : tous les ingrédients sont réunis pour nous tenir en haleine jusqu’à la fin. Les clins d’œil à l’histoire du Québec et cette langue saugrenue qu’est le banane-bananien sont désopilants. Une œuvre unique à lire et à relire!