Publié aux éditions Québec Amérique, le prolifique Rodney Saint-Éloi nous offre un voyage émouvant au cœur de ses pensées les plus intimes. Il nous raconte sa jeunesse, l’exil de son pays natal ainsi que toutes les épreuves qu’il a vécues en arrivant sur ce nouveau continent. Cependant, le sujet dominant de cet ouvrage est la perte soudaine de l’être le plus cher à ses yeux, sa mère. C’est à travers un dialogue touchant et poétique avec elle que l’auteur nous peint toute la splendeur de cette femme. Il nous parlera de sa bonté, de sa joie de vivre, mais surtout de cette force de vivre qui émanait d’elle. Ce livre est avant tout un éloge grandiose à cette image maternelle forte où la poésie rencontre le récit. Rodney Saint-Éloi nous fait le cadeau d’une œuvre littéraire tout aussi touchante que vivante!
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Les libraires craquent
Quand il fait triste Bertha chante
Méduse
Ce roman, mettant en scène la narratrice Méduse, nous plonge dans un univers tout à fait surprenant. L’auteure nous transporte dans la tête d’une enfant ayant une particularité, sans que le lecteur sache ce qui la rend repoussante aux yeux de presque tous. Martine Desjardins nous fait vivre une panoplie d’émotions, passant de la tristesse au dégoût. Elle nous amène finalement à un grand désir de comprendre quelle est cette différence qui rend Méduse si spéciale et redoutable. La conclusion nous amène une grande réflexion ainsi qu’une surprise. Un roman incontournable avec une écriture particulièrement efficace pour nous faire ressentir les émotions du personnage et nous bouleverser, et ce, jusqu’à la dernière page. Un roman empreint à la fois de laideur et de beauté.
Mario-Lemieux, bonjour
Mario-Lemieux comme le centre d’art. Pas le hockeyeur. Parce que tout le monde fait le lien même s’il n’y en a pas. Un centre d’art au Nouveau-Brunswick, donc, et une brasserie dans un quartier branché montréalais. Autant de lieux de rencontres, de fous rires, de souvenirs, de ruptures, de deuils. Michèle Nicole Provencher nous livre ici un pan de vie parsemé de détours et de déménagements, tant intimes et professionnels qu’amoureux, où les fibres de l’amitié sont tissées avec du fil de fer, où l’art teint ses humeurs en chacun et où l’on se retrouve attablé avec ceux qu’on aime autour d’un sacré bon pichet de bière. Un roman saisissant parce que profondément authentique, drôle mais touchant, parfois triste mais toujours lumineux.
Furie
C’est avec un énorme plaisir que j’ai dévoré ce premier roman de la jeune Québécoise Myriam Vincent. Ancienne libraire et maintenant éditrice au sein de la maison d’édition Poètes de brousse, l’auteure nous offre un livre qui sait nous surprendre. Elle y raconte l’histoire de Marilyn, jeune universitaire qui deviendra tueuse à gages pour se venger du viol de sa meilleure amie. On pourrait croire qu’il s’agit d’un roman policier rempli d’hémoglobine, mais Myriam nous emporte beaucoup plus loin dans ce thriller qui se veut à la fois captivant et émouvant. Créée à la façon d’un comics américain, cette œuvre littéraire nous tient en haleine du début à la fin. Il s’agit, selon moi, d’un petit bijou de notre littérature et je suis déjà impatiente de lire un prochain ouvrage de cette nouvelle révélation.
Glauque : Là où la terre se termine
L’auteure récite de sa plume au vocabulaire tranchant des légendes de son coin de pays. Elle nous présente des personnages complexes dans une ambiance dégoulinant d’eau de mer et de vents violents peuplant les territoires gaspésiens. Celle-ci nous permet de nous immiscer dans des souvenirs d’enfance qu’elle sait très bien façonner à sa guise. Tantôt pour expliquer la présence d’un fantôme ou l’apparence d’un rocher, tantôt même pour terrifier les enfants, ces légendes nous permettent d’apprendre à connaître cette auteure qui nous en mettra sans doute plein les yeux dans ses prochains écrits. Ce petit recueil de nouvelles est une découverte qui saura intéresser les amateurs d’histoires noires et même ceux qui s’intéressent au territoire québécois.
La famille Martin
Dure, dure, la vie d’écrivain aux prises avec le syndrome de la page blanche… Pour David Foenkinos, une seule solution : délaisser la fiction pour plonger dans le réel. Il racontera la vie de la première personne qu’il croisera dans la rue. L’heureuse élue a 80 ans et s’appelle Madeleine Tricot. Sa fille, Valérie, mariée à Patrick Martin, la visite tous les jours. Impossible donc de relater la vie de la mère sans inclure la fille et sa famille. Mais avant de rapporter les hauts et les bas de ses « personnages », le romancier doit les apprivoiser s’il veut « les transformer en chapitres ». On se lance donc avec délectation dans cette démarche étrange, racontée avec humour dans une langue savoureuse. Sourire aux lèvres garanti!
Les impatientes
Dans le nord du Cameroun, trois femmes aux destins entrecroisés voient leur existence chamboulée du jour au lendemain. Ramla et Hindou sont deux sœurs d’à peine 17 ans qui se voient mariées contre leur gré, l’une à un riche commerçant et l’autre à son cousin. Quant à Safira, elle voit d’un bien mauvais œil l’arrivée de Ramla, sa nouvelle co-épouse. Djaïli Amadou Amal s’inspire dans ce roman de sa propre histoire pour nous exposer la dure réalité des femmes musulmanes du Sahel. Elle réussit à donner une voix à celles qui n’en ont pas, celles qui doivent se taire et subir en silence les violences de leurs époux et de leurs familles. Les impatientes est un véritable roman coup-de-poing pour lequel vous aurez sans conteste un immense coup de cœur.
La fille du sculpteur
Après les très beaux Fair-Play et Le livre d’un été, La Peuplade frappe encore là où ça fait du bien! La maison d’édition chicoutimienne nous propose en ce début d’année un nouvel opus de Tove Jansson, autrice incontournable de la littérature scandinave. Parfois grinçante ou acide, souvent surprenante, la petite (et future grande) Tove nous entraîne dans l’appartement-atelier familial où elle grandit entre un père sculpteur et une mère dessinatrice, en étant entourée d’animaux incongrus et d’amis de ses parents. À travers une succession de courts récits, on retrouve ce goût délicat qu’a l’artiste de parler de l’infime, du non-événement, du quotidien. J’y suis encore…
Un bref instant de splendeur
Exorciser son passé, voilà sans doute la raison de cette longue lettre à sa mère que rédige le narrateur de ce premier roman d’Ocean Vuong, jeune poète américain d’origine vietnamienne, lui-même réfugié aux États-Unis comme ses personnages. La douleur du déracinement et la difficile acclimatation au nouveau pays, les séquelles de la guerre chez les siens, l’attachement à sa grand-mère, l’apprentissage de l’anglais, la découverte de son homosexualité, la crise des opioïdes qui emportera son premier amour, le salut par l’écriture, tout cela et bien plus sera exposé par le narrateur, dans une langue riche et puissante, avec force détails et sans retenue, sachant déjà que sa mère, analphabète, ne pourra lire ses écrits… Un roman profond et troublant!
Broadway
Avec Broadway, le bédéiste et romancier Fabcaro nous offre encore un pan de vie drôlement… vrai! Le narrateur est sous le choc lorsqu’il reçoit un avis médical de convocation à un examen colorectal habituellement réservé aux gens d’un âge qu’il n’a pas encore atteint. Complot? Erreur informatique? Providence obscure? Manigance malsaine d’un ami? Puis se greffe au malheur un incident délicat qui s’est déroulé dans la classe de son fils, dont ce dernier serait l’auteur, sujet que notre pauvre narrateur ne réussit jamais à aborder, ni avec le fils ni avec son enseignante, préférant s’en tenir à quelques acquiescements furtifs. Sans oublier le damné voyage de paddle board à Biarritz avec un couple d’amis à qui il est incapable d’avouer que l’idée l’horripile. Bref, un roman marrant, absurde et mordant où toute la couleur du quotidien tire ses pigments dans les tréfonds mornes des détours que l’on emprunte.
Nos frères inattendus
Maalouf, perspicace et fin observateur de nos sociétés, présente une fable contemporaine sur les dérives du pouvoir et de l’individualisme. Lorsqu’une panne les prive de toute communication, un homme et une femme, vivant chacun de leur côté sur une île déserte, se parlent pour la première fois. Apparaissent alors quelques hommes issus d’une population cachée. Ces derniers auraient atteint un tel degré de connaissances et de sagesse qu’ils arrivent à faire plier les grandes puissances en leur imposant de calmer les enjeux d’une future guerre. De plus, ils semblent pouvoir soigner les maladies et repousser la mort. Mais l’humanité est-elle prête à changer? Méritons-nous d’être pardonnés? Si les prémices sont simples, elles n’en sont pas moins porteuses de réflexions.
La ville aux acacias
Parmi la bourgeoisie roumaine des années 20, une jeune fille se découvre à travers de nouvelles impressions, celles de la volupté et des affres de l’amour. Quelque part entre Proust et Tourgueniev, Mihail Sebastian nous offre un roman où les intermittences du cœur et les jeux de salon ponctuent la vie mondaine de tout un chacun. Cet écrivain, capable de décortiquer l’inconséquence sentimentale comme une simple crevette, a le pouvoir de nous chatouiller l’intérieur grâce à une plume juste et délicate. Je fais une révérence aux éditions Mercure de France et à Florica Courriol pour la traduction de ce galet parfait qui ricochera dans le fleuve de la littérature mondiale, encore et encore!
Frankissstein
Sans même avoir lu le roman de Mary Shelley, rares sont ceux qui ne connaissent pas le monstre de Frankenstein. Jeanette Winterson nous fait survoler l’instant où s’est amorcée la création de cette œuvre légendaire. En parallèle, dans un futur proche, nous faisons la rencontre d’un jeune chirurgien trans qui croisera sur son chemin le chef de file de l’intelligence artificielle qui flirte avec l’idée de l’éternité et de la liberté d’une âme sans corps. C’est épatant de traverser avec légèreté et humour cet univers riche en questionnements moraux et éthiques. Avec le transhumanisme, la robotisation et l’intelligence artificielle qui nous pendent au bout du nez, Frankissstein est un livre qui donne à réfléchir.
La familia grande
Oser avouer. Admettre qu’elle a su, mais n’a rien fait. Mais comment aurait-elle pu le faire si jeune? C’est dans un récit très intime malgré tous les gens impliqués que Camille Kouchner dénonce l’inceste de son beau-père envers son jumeau. Ce beau-père qu’elle aimait tant. Elle raconte sa propre culpabilité, son silence et ses implications dans sa vie d’adulte. Surtout, elle dépeint son enfance au sein d’une véritable smala où la fête n’était jamais bien loin, où l’autonomie, la culture et la libre pensée étaient un devoir. Elle parle des femmes de sa vie, de sa mère, particulièrement, dont elle a toujours cherché l’amour et l’approbation, alors qu’elle n’a reçu d’elle que du mépris. Un texte courageux qui dénonce la culture du silence au nom des apparences.
J’ai bu
Lorsque deux univers que j’adore se croisent, je suis aux anges! Voilà J’ai bu! Je dirais même plus, j’ai dévoré ce magnifique objet-livre-disque qui inclut le cinquième opus du groupe Québec Redneck Bluegrass Project, un band au passé rocambolesque dont le parcours est pour la première fois couché par écrit dans ce splendide livre matelassé. Les paroles à elles seules prennent presque la moitié du bouquin (si vous n’avez jamais entendu JP chanter, écoutez, vous comprendrez), agrémenté de splendides illustrations (Mathieu Girard) et de photos. C’est riche, c’est drôle, c’est parfait! Les membres y ont mis de l’amour, de la qualité et restent tout aussi irrévérencieux qu’à leur habitude. Alors, servez-vous un bon gros verre de whisky et écoutez donc pour voir!
Ars Moriendi : La mort en héritage, histoires vraies et insolites de meurtres en famille
Comme le dit si bien le dicton, on ne choisit pas sa famille… Alors que pour certains, la famille est une source d’amour et de réconfort, pour d’autres, elle est source de malheur. Créateur du balado Ars Moriendi, Simon Predj nous offre ici un fascinant ouvrage relatant des histoires de crimes intrafamiliaux. Désespoir, maladie mentale, cupidité, appât du gain se côtoient dans ces récits qui donnent froid dans le dos. Amateurs de true crime, vous serez servis! Si ce genre gagne en popularité depuis quelques années, La mort en héritage se distingue par les qualités de conteur de Simon Predj, qui nous livre chacune de ces histoires tragiques avec sensibilité. Un véritable page turner qui saura vous garder en haleine du début à la fin.
Le mythe Star Wars : VII, VIII et IX. Disney et l’héritage de George Lucas
Avec sa prélogie, Lucas avait ranimé l’univers Star Wars, ravi (ou déçu) moult vieux fans et avait trouvé de nouveaux adeptes de la force. Mais avec le rachat de la franchise par Disney, c’est l’arrivée de la postlogie, de spin-offs, de séries animées, de la première série en prise de vue réelle et la promesse de plein d’autres univers dérivés qui bousculent cette galaxie lointaine. Évidemment, rien ne s’est fait sans heurt : conflits avec la vision des différents réalisateurs, cassures avec la vision Lucas, manque de communication entre les différentes équipes… Mais c’est aussi le retour de personnages que les fans adorent et l’explosion de divers films et séries à venir. Ce livre est une mine d’or pour en savourer toutes les péripéties!
Le luxe de l’indépendance : Réflexions sur le monde du livre
Si le concept d’indépendance est cher aux éditeurs, qui en font souvent un gage du caractère désintéressé de leurs activités, force est toutefois de constater que les lois du marché n’épargnent ni les maisons d’édition ni les librairies. Prenant entre autres appui sur Bourdieu et sa toujours actuelle théorie des champs, l’auteur de cet essai expose les difficultés d’une véritable indépendance au sein de l’ensemble du processus menant à la fabrication d’un livre. Tout en rappelant le caractère politique d’une réelle indépendance de même que l’inévitable précarité inhérente à son maintien, Lefort-Favreau brosse un portrait sombre, mais juste du monde des livres, cet univers paradoxal évoluant symboliquement en marge d’impératifs auxquels il lui est néanmoins impossible de se soustraire.
Balèze
Ce témoignage fort alimente notre compréhension et continue de nous ouvrir les yeux sur ce que peut vivre un Noir aux États-Unis. Kiese Laymon raconte un vécu que beaucoup d’entre nous ne vivront jamais. D’une mère violente et exigeante, il apprend qu’il faut être meilleur que les Blancs pour obtenir la moitié de ce qu’ils ont; d’un ami, de ne rien avoir « à foutre de rien », c’est être Blanc. Parmi ces nombreuses réflexions, il est confronté à la violence physique, verbale ou sexuelle. Si le racisme et l’histoire des Noirs sont le fil rouge, c’est aussi un récit sur la quête d’identité, les relations familiales, l’émancipation… Une lecture marquante qui continuera de vivre au travers des réflexions qui en découlent une fois le livre terminé.
Ce que je ne veux pas savoir
Ce que je ne veux pas savoir, premier volet d’une trilogie autobiographique, est porté par la voix ironique et imagée de Deborah Levy. Elle use de références à Marguerite Duras, Virginia Woolf, Nietzsche, boussoles guidant sa posture d’écrivaine et de femme. Ses origines sud-africaines y sont relatées : enfance vécue naïvement, mais imprégnée du poids du racisme. Un bonhomme de neige façonné avec son père, militant contre l’apartheid, reste le dernier souvenir qu’elle a de lui avant son emprisonnement. La découverte des mœurs libres se fait auprès de sa cousine, puis viennent l’exil vers l’Angleterre et les doutes sur son identité ethnique. Cette lecture ne laisse pas indemne : Levy éclaire avec esprit et humour les maux qu’on tente d’éviter. Ce que je ne veux pas savoir devient un livre de chevet dans lequel nous replongeons dans nos moments de réflexion, d’angoisse, de calme.
Le coût de la vie
Le coût de la vie et Ce que je ne veux pas savoir ont deux choses en commun : leur capacité à ravir et le graphisme rétro de leur couverture, toutes deux ornées d’une photo différente en noir et blanc tirée d’un film de Jean-Luc Godard. La même verve explore les pensées féministes, langue salvatrice des préceptes masculins établis. C’est le récit d’une femme qui tente de vivre sans retenue, sans les inhibitions sociétales. Elle troque sa grande maison pour un appartement avec ses filles et malgré ses ennuis financiers, son besoin d’écrire et d’avoir une place à elle persiste. Elle trouvera sa chambre à soi au fond du jardin d’une amie. Les moments vivaces, comme lorsqu’un poulet rôti ramené du supermarché s’échappe de son sac pour s’étaler en pleine rue, bordent les moments sombres comme les dernières visites données à sa mère. Levy excelle dans l’art d’explorer cette part de malheur que nous avons ancrée en nous avec cette touche sensible, humaine, méditative.
Metropolis
Les fans de Bernie Gunther le savent, Philip Kerr a raconté la carrière de son populaire enquêteur en faisant fi de l’ordre chronologique. Cette dernière enquête, publiée après la mort de l’auteur, retrace les débuts de Bernie à la police criminelle de Berlin en 1928, alors que la ville est synonyme d’excès de toute sorte et que l’ombre des nazis plane partout. Bernie doit attraper un meurtrier qui tue et scalpe des prostituées, crimes qui deviennent vite secondaires aux yeux de ses supérieurs quand des vétérans handicapés de la Grande Guerre, réduits à mendier dans les rues, sont à leur tour éliminés. On retrouve avec plaisir la gouaille frondeuse de Gunther face à ces affaires tordues en se disant qu’on aurait aimé le suivre encore longtemps…
La face nord du cœur
Quel plaisir que de découvrir une nouvelle voix dans le polar! Dolores Redondo n’en est pourtant pas à ses premières armes puisqu’elle reprend le personnage d’Amaia Salazar, apparu dans la trilogie du Baztan, disponible en Folio, que je n’ai pas encore lue d’ailleurs, sans que cela dérange la lecture de celui-ci. Salazar, donc, une enquêtrice d’un village d’Espagne, connue pour sa sagacité et ses intuitions, suit une formation au FBI lorsque son prof, l’agent Dupree l’engage à rejoindre son équipe afin d’épingler un tueur en série qui profite des catastrophes naturelles pour décimer des familles. Avec l’ouragan Katrina en toile de fond, l’auteure nous mène par le bout du nez à travers les méandres d’une enquête aux ramifications étonnantes.
Incendie nocturne
Un Connelly, les amateurs de suspense l’estiment chaque année, c’est du pur plaisir, une mécanique impeccable, et cet Incendie nocturne s’avère un cru de la même qualité. Harry Bosch, le vétéran enquêteur de Los Angeles, plus que jamais allumé par les affaires de meurtres non résolus, va demander l’aide de la policière Renée Ballard, déjà fort absorbée par une affreuse histoire de jeune sans-abri mort brûlé vif dans sa tente, pour essayer de résoudre un vieux dossier d’assassinat délaissé inexplicablement par son mentor John Jack Thompson, récemment décédé. Bien des surprises vont surgir en cours de route. L’écrivain californien nous livre un autre chapitre, finement observé, de la tragi-comédie humaine policière.
Justice indienne
David Heska Wanbli Weiden est membre de la nation lakota sicangu aux États-Unis. Dans ce premier roman puissant, nous suivons l’histoire de Virgil Wounded Horse, qui se perçoit comme un justicier au sein de la réserve de Rosebud. Quand le trafic de drogues dures fait son chemin dans celle-ci et son foyer, Virgil se voit contraint de faire tout en son pouvoir pour y mettre un terme. L’auteur, qui a aussi été avocat, propose un récit passionnant aux personnages particulièrement attachants. Il brosse un portrait de la vie en réserve sans clichés, une vie dans laquelle les autochtones se voient constamment tiraillés entre tradition et modernité. Weiden donne une voix à ceux qui trop longtemps ont été réduits au silence.
Les princes de Sambalpur
Calcutta, 1920. Que faire quand un prince héritier se fait assassiner devant vous alors qu’il vient de vous révéler faire l’objet de menaces? Pour ajouter au sentiment d’échec du capitaine Wyndham et du sergent Banerjee, de la police impériale des Indes, le meurtrier, bientôt coincé, se suicide. Il faudra donc accompagner la dépouille jusqu’à la principauté de Sambalpur afin de découvrir à qui profite cette disparition. Nous voilà plongés dans une intrigue pleine de rebondissements, qui semble conduire au harem du maharajah, à moins que le frère du prince n’ait voulu s’assurer de succéder à son père… Abir Mukherjee tisse à nouveau un roman brillant qui dépayse totalement le lecteur. Vivement le troisième tome de cette captivante série!
L’après…
Dans un Montréal où les adultes ont disparu en raison d’un mystérieux virus, les adolescents et les enfants s’organisent tant bien que mal pour se nourrir et survivre. On suit deux familles qui ont uni leurs forces ainsi que le clan rival, mené par un chef colérique et impulsif. Les hostilités éclatent lorsque Stella, une adolescente intrépide, est accusée d’avoir tué le chien du jeune caïd. Il élabore alors des plans de vengeance macabres. Où peut-on se cacher lorsqu’il n’y a plus d’autorité en place? L’intrigue nous happe dès la première page. On peine à déposer le roman alors que tous les personnages essaient d’améliorer leur sort, chacun à sa façon. C’est un récit efficace, concis et dangereusement proche de la réalité… Dès 12 ans
Né coupable
Parce que le racisme ne date pas d’hier et qu’il hante le quotidien de beaucoup trop de personnes, nos jeunes doivent s’informer et s’outiller afin de mieux appréhender l’actualité. Il est donc primordial de les bousculer un peu, de les confronter au passé, pour espérer un avenir plus sain. Ici, dans cette lecture coup-de-poing, on raconte l’histoire vraie de George Stinney, ce jeune Afro-Américain de 14 ans arrêté pour le meurtre de deux fillettes, tout simplement parce qu’il a admis leur avoir parlé dans la même journée. L’autrice nous livre un récit difficile, sans complaisance, et si le propos est dur, elle évite les pièges de la mièvrerie. C’est une lecture ô combien nécessaire pour ne jamais oublier à quel point la justice est fragile. Dès 12 ans
La nuit de la fête foraine
Quel bijou que cet album-là! Depuis qu’il est sur nos tablettes, je ne me lasse pas de le lire et de le relire. L’idée est simple : une nuit, la fête foraine du coin est envahie par une faune bien différente de celle qui y passe la journée. Cerfs, ourses, furets, renardes, hérissons, truies et autres bestioles à poils et à plumes débarquent en gang pour y passer du bon temps… Servi par un dessin somptueux, cet album muet est un vrai bonheur, rempli de détails cocasses et poétiques. Chaque page fourmille de vie, et toute la famille se régalera à les parcourir à la recherche, par exemple, des trois petites belettes malicieuses… À découvrir absolument! Dès 3 ans
King Kong
King Kong : icône du cinéma et phénomène de la culture populaire depuis les années 30. Le monstre de fiction ne cesse de cumuler les apparitions dans des films, des dessins animés, des bandes dessinées, des romans, des jeux vidéo, etc. Et aujourd’hui, alors que le gorille géant s’apprête à retourner au grand écran aux côtés de son rival, Godzilla, Bernard et Roca nous en proposent une tout autre version sous forme d’album jeunesse. Bien qu’ils y reprennent à peu près l’histoire et les personnages du film culte de 1933, où tout a commencé, ils se sont aussi amusés à jouer avec le point de vue du narrateur afin de donner une nouvelle dimension au récit. Accompagnez ainsi la huitième merveille du monde de l’île au Crâne jusqu’aux rues de New York. Dès 6 ans
L’année de grâce
Les hommes qui incarnent l’autorité obligent de jeunes filles de leur communauté à s’isoler durant une année complète pour qu’elles se purifient de leur magie. On dit d’elles qu’elles sont toutes porteuses de cette magie, mais est-ce vraiment le cas ou est-ce plutôt une façon pour les hommes d’affaiblir les femmes? Le secret reste total sur ce qui se déroule durant cette année, alors que les femmes sont tenues à l’écart dans un campement situé en forêt et protégé par des remparts. Ce silence maintenu par les femmes ayant survécu à cette épreuve, même avec leur propre fille, nous expose le thème de la soumission féminine, très souvent exploité dans les dystopies. L’importance des fleurs et de leur symbolique, qu’on retrouve tout au long de la lecture, transmet la fragilité et la féminité à merveille. Un très bon roman qui mise sur les femmes et leur pouvoir. Dès 13 ans
Le château des animaux (t. 2) : Les marguerites de l’hiver
C’est la rébellion au château. La chatte Miss B et le lapin César, encouragés par les leçons du rat Azélar, travaillent fort pour motiver les troupes afin de renverser le gouvernement tyrannique du président Silvio. L’audace et l’affront sont revisités par les animaux pour déstabiliser leur tortionnaire et ses disciples canins. Ils font le vœu d’être plus forts que leurs dirigeants malhonnêtes, mais sans avoir recours à la violence. Le froid et la faim auront-ils raison de tous leurs efforts? Combien de victimes y aura-t-il avant qu’ils parviennent à leur fin? Plus dur que le précédent, ce deuxième tome illustre brillamment le prix de la subversion. De case en case, on se laisse attendrir par le sort des bêtes tout en ressentant la force qui jaillit de leur solidarité. Captivant.
De l’importance du poil de nez
Quel coup de cœur! Noémie, jeune Libanaise de 19 ans, a une vie active. Elle reçoit un diagnostic de cancer. Sa vie va basculer. Noémie raconte avec des images riches et vibrantes l’épopée de sa maladie. Sa famille quelque peu excentrique et très présente forme un joyeux groupe où nous sentons l’attachement les uns envers les autres. Le sujet du cancer peut sembler lourd. J’ai cru que ce livre allait me faire pleurer, mais la joie de vivre et les savoureuses anecdotes qu’il contient ont vite fait de me faire changer d’idée! Les détails sont exceptionnels dans ce roman graphique entièrement dessiné au crayon de bois. Quant au titre… eh bien, il faut lire le livre pour savoir de quoi il en retourne!
L’eau vive
Damien Roudeau, dessinateur engagé, et Alain Bujak, qui signe photos et récit, nous plongent ici dans un combat citoyen français méconnu des années 80-90. Une poignée de soi-disant pelleteurs de nuages y triomphent d’une méchante gang de promoteurs et de politiciens corrompus, en empêchant la construction d’un barrage dans les gorges de la Loire, dernière rivière sauvage française et zone de biodiversité exceptionnelle. Récit dessiné et portraits photo s’entremêlent pour nous laisser voir la beauté et la puissance de l’engagement pris par ces citoyens et citoyennes, et celle du territoire qui a été sauvé de la destruction après plusieurs années de combat. Un récit inspirant en ces temps de luttes nécessaires.
La bombe
Quel tour de force, ce roman graphique qui relate les événements entourant la création de la bombe atomique alors que plusieurs pays sont dans la course! Narré par la bombe elle-même, le récit nous entraîne à travers le monde et nous révèle ses secrets les plus sombres. Le scénario bien ficelé alterne entre la grande et la petite histoire, tandis que le narrateur vante les mérites de ses créateurs, non sans une touche d’ironie, comme cette scène où les généraux discutent des cibles potentielles avec un détachement certain. Et que dire du visuel! Les planches du Québécois Denis Rodier sont tantôt épurées, tantôt complexes, souvent percutantes. On aimerait croire que c’est du passé, mais on referme le livre avec un étrange pressentiment. Un incontournable.
Femmes : Et nos pensées au fil du temps
Je comparerais ce roman graphique à une mélodie pour les yeux et l’esprit. Une musique à regarder. Paulina Silva nous transporte dans un univers onirique, enchanteur et poétique. Un livre à contempler lentement et avec douceur. Nous accompagnons l’autrice au cœur de ses pensées intimes depuis l’enfance. Des constats, des observations. Comme un recueil de poésie, le lecteur peut lire de façon chronologique ou ouvrir une page au hasard et se laisser emporter par l’image et les courts textes. Laissez-vous bercer et emporter par les pensées de Paulina, entrez dans son monde, vous ne voudrez plus en sortir!
Vernon Subutex (t. 1)
Quelle adaptation de feu! Fan de Virginie Despentes, j’étais pourtant assez partagée à l’arrivée de cette BD. Luz (Charlie Hebdo) allait-il être à la hauteur? La réponse est un grand oui! Sexe, drogue, rock’n’roll et névroses contemporaines explosent visuellement et textuellement à chaque page, sublimant le récit original sur un fond de guitares saturées. Luz est comme un poisson dans l’eau chez Despentes, croquant et développant les personnages hallucinés de Vernon Subutex et de sa clique avec brio. Suivez Vernon dans son errance, embarquez sur la grosse cylindrée de la Hyène, hurlez sur du Alex Bleach… Et surtout, pensez à une bonne bière et à du rock’n’roll à écouter très fort pour prolonger votre lecture!
Tanz!
Récompensé du prix Révélation 2021 au Festival d’Angoulême, Tanz! est un roman graphique coloré qui nous plonge dans l’univers de la danse, et où les images dansent sous nos yeux. On y suit un jeune personnage homosexuel qui veut vivre pleinement ses passions les plus fortes pour aller au bout de ses rêves. Il désire séduire le Broadway de la fin des années 50, mais aussi de beaux garçons qui ne le laissent pas indifférent. Et dans ce jeu de séduction, il ne se doute pas qu’il aura aussi séduit le lecteur, notamment par son énergie débordante, sa personnalité charmante et par son grand répertoire d’émotions hautes en couleur!
Chroniques de jeunesse
Ici, j’espère ne pas froisser l’un ou l’autre de ces incroyables artistes que j’adore, mais j’ai vraiment eu l’impression de retomber dans un Guy Delisle comme je l’aime, mais à la sauce Rabagliati. Dans ses œuvres précédentes, Delisle nous présentait une histoire plus actuelle agrémentée d’informations historiques et assaisonnée d’anecdotes personnelles. Mais ici, on tombe dans la nostalgie d’un premier travail d’été en parallèle avec sa découverte des principaux créateurs de bandes dessinées et le chemin vers ce qui le mènera à ce qu’il fait aujourd’hui. Évidemment, on en apprend sur l’usine où il travaille et la fabrication du papier. J’en aurais pris plus encore, mais bon… il me faudra attendre le prochain livre. Du bonbon!
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