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Dossier

Les libraires craquent

Boîtes d’allumettes
Martina Chumova Cheval D'août

L’hiver, l’humidité qui rentre dans les os, dans les appartements. Ce court roman est comme la croûte qui se forme sur la neige et que l’on peut casser, « comme le dessus d’une crème brûlée » ; doux, fragile, mais aussi un peu glacial. On y suit une jeune maman qui, au travers de sa recherche d’appartement à Montréal, se remémore les endroits où elle a vécu, entre la République tchèque, l’Autriche et le Canada. Le jeu des temporalités y est intelligent et berce le lecteur qui accepte de s’y prêter. Les différents univers géographiques sont si bien campés qu’ils nous semblent tous un peu familiers. Le couple imparfait, les propriétaires trop avenants, les lendemains d’insomnie vaseux, le choix du nom de famille de son fils : la protagoniste nous donne à voir une quête de connaissance de soi qui, bien que séparée par boîtes, est complexe et perpétuelle. Ce livre doux, entre fragments, photographies et poésie, a pour le coup une réelle singularité, j’oserais même dire : identité. Un autre petit bijou signé Le Cheval d’août.

Anne-Marie Duquette
17 octobre 2020
Miss Biblio en fait trop
Chantal Brodeur Éditions Québec Amérique

Miss Biblio, c’est Lucie St-Laurent, une véritable passionnée de lecture. Directrice de la bibliothèque de Blanche-La Neuve et présidente du Mouvement des bibliothèques du Québec, elle est totalement dévouée à la mission de ces institutions culturelles, faisant abstraction du reste. Toutefois, malgré sa détermination, Lucie n’est rien de plus qu’une simple humaine. Piégée dans un tourbillon de travail constant, de course effrénée, d’histoires d’amour et de combines politiques, jusqu’où se rendra Miss Biblio avant de s’effondrer ? Chantal Brodeur nous présente une belle bibliothérapie sans lourdeur, en écho à la vie de bien des gens, avec une fin pleine d’espoir.

Le lièvre d’Amérique
Mireille Gagné La Peuplade

Diane court. Elle court en zigzag, veut performer, au bureau comme sur son vélo stationnaire. Son opération, qui lui permet de dormir moins, mais de courir plus, a cependant des effets secondaires : son poil roussit, ses cauchemars sont envahis de courses-poursuites en forêt. Sa transformation est entrecoupée de souvenirs d’enfance, passée sur une île à arpenter ses berges en compagnie d’Eugène, qui court plus longtemps que le vent. Le lièvre d’Amérique, le moins scientifique des romans de science-fiction, est rafraîchissant par son mélange des genres singulier, mais étonnamment équilibré. Dans les allers-retours entre les tours vitrées de Montréal et les collets de l’île, dans la force des amours d’enfance qui bouleversent une vie et la haine compétitive que développent parfois les adultes, ce roman couvre large tout en visant juste. L’autrice renouvelle ni plus ni moins la littérature québécoise dans cette petite plaquette dont on ne fait, avec grand plaisir, qu’une bouchée.

Anne-Marie Duquette
17 octobre 2020
Nos forêts intérieures
Julie Dugal Éditions Marchand De Feuilles

Nathalie est une enfant de la forêt Rouge, où les histoires de sorcières et d’oiseaux-fantômes côtoient les visites au dépanneur du coin et les méchouis en famille. Devenue une femme de la ville, elle est désormais engluée dans un quotidien fade, alcoolisé et dénué de toute magie, de toute liberté. Prisonnière de l’éternel métro, boulot, dodo, elle s’abandonnera peu à peu au maelström de souvenirs aux arômes de guimauves grillées et de bleuets sauvages. Cet appel de la forêt se fera sentir jusque dans ses tripes et marquera un point de non-retour dans son existence… Avec Nos forêts intérieures, Julie Dugal signe un premier roman magistral et envoûtant ! Un récit qui nous invite à sortir des sentiers battus, pour nous reconnecter à l’essentiel.

Burgundy
Mélanie Michaud Éditions La Mèche

Dans les années 80, la frondeuse petite Mélanie grandit dans la Petite-Bourgogne pré-gentrification, entre une mère éteinte et dépressive et un père aspirant motard qui distribue généreusement insultes et claques. La violence et la pauvreté financière et intellectuelle sont omniprésentes, tant à la maison que dans la rue. Heureusement, Mélanie peut trouver refuge chez sa grand-mère adorée qui habite tout près ou dans son imaginaire débordant. Bien qu’elle aspire à mieux et rêve de s’extirper de ce milieu étouffant et machiste, elle découvrira qu’il n’est pas si facile de se détacher de ses origines et de la honte qui y est rattachée. Dans ce premier roman doux-amer très réussi, on découvre une nouvelle voix rafraîchissante et pleine d’humour. L’écriture de Michaud sait créer des images fortes, oscillant d’habile façon entre rire et colère, dureté et tendresse.

École pour filles
Ariane Lessard Éditions La Mèche

Ariane Lessard montre à nouveau dans École pour filles ses qualités de romancière et la facilité avec laquelle elle réussit à nous plonger dans une ambiance, voire une bulle littéraire. À l’instar de Feue, son précédent roman, École pour filles est construit tout en points de vue et en oscillations de styles. Au gré d’une plume aussi riche que vive, on est emmené dans un pensionnat pour filles au milieu de la forêt pour côtoyer ces adolescentes dans leur intimité et leurs secrets. Cette œuvre chorale aux accents de récit gothique, dont on admire la multiplicité des formes, aborde aussi une grande diversité de thèmes, le tout soutenu par une forte voix féministe. Un inconditionnel de la rentrée littéraire québécoise.

Benoît Vanbeselaere
17 octobre 2020
Le sommeil des loutres
Marie-Christine Chartier Éditions Hurtubise Inc.

Jake est un jeune acteur déchu, torturé par ses abus. Son travail de plongeur le distrait de ses démons, mais il sait qu’il devra les affronter tôt ou tard. Émilie étudie pour être médecin. Elle est motivée, mais son enthousiasme est freiné net quand son copain la laisse. Le courant est loin de passer entre Jake et Émilie alors qu’ils sont obligés de se côtoyer à la pizzéria où ils travaillent tous les deux. Toutefois, au fil de leurs discussions, ils parviendront à se comprendre. Depuis son tout premier roman, Marie-Christine Chartier a su gagner le cœur de nombreux lecteurs par sa sensibilité à décrire les moments difficiles. Dans Le sommeil des loutres, on retrouve sa plume lumineuse et toute la douceur nécessaire à panser n’importe quelle blessure du cœur. Un roman qui fait vraiment du bien !

La route des oiseaux de mer
Hélène Leclerc Éditions David

Fascinée par cette route invisible où voyagent les oiseaux de mer, Hélène Leclerc nous propose cette fois-ci des haïkus inspirés de ses séjours dans le Bas-Saint-Laurent, près du fleuve. Elle évoque quelques-unes de ses rencontres, entre autres celle d’un poème trouvé dans les nuages, ou encore celle d’une rivière qui éparpille des morceaux de lune. Certains passages, plus intimistes, racontent des instants de vie amoureuse et d’amitié. Les arbres aussi semblent avoir pris racine dans l’œuvre de l’autrice, comme ce grand pin chargé de neige qui éclaire la nuit. Avec ce cinquième recueil, la poète de Drummondville démontre une fois de plus que la nature est une source intarissable de lumière.

Jimmy Poirier (L’Option)
17 octobre 2020
Le noir entre les étoiles
Stefan Merrill Block Albin Michel

Il y a eu un avant et il y a un après. Entre les deux, un jour de novembre où un tireur a fait feu dans le lycée texan que fréquentait Oliver. C’était il y a dix ans. Certains sont morts sur le coup, mais Oliver, lui, est depuis plongé dans un coma profond. Entre-temps, son père s’est enfoncé dans l’alcool; sa mère vit avec le seul espoir de retrouver son Oliver d’antan; quant à Charlie, le frère cadet, il s’est enfui à New York, incapable de se réaliser. Mais voilà qu’un nouvel appareil détecte une certaine activité cérébrale chez Oliver, les ramenant tous trois à son chevet, les forçant à affronter les démons qui les rongent depuis le drame. Un roman touchant qui expose les ravages d’un traumatisme et pousse à réfléchir sur la vie elle-même.

André Bernier (L’Option)
17 octobre 2020
Voir la lumière
T. Coraghessan Boyle Grasset

Poursuivant son étude de la chute des idéaux, Boyle s’intéresse à la figure emblématique du mouvement hippie : le professeur en psychologie et gourou du LSD Timothy Leary. Le professeur, accompagné du même étudiant depuis les premières séances, présente l’expérience comme révolutionnaire pour faire tomber les barrières psychologiques, mais constate qu’elle dérapera rapidement. L’enseignant vedette et des disciples sont expulsés de la prestigieuse Harvard. À partir de ce moment, ils seront parias, se réfugiant d’abord au Mexique puis dans un manoir isolé de la Nouvelle-Angleterre. La petite communauté prend de plus en plus des airs de secte et la notion de collectivité se trouve tant poussée à son extrémité qu’elle ne tarde pas à révéler ses travers.

Cette petite lueur
Lori Lansens Alto

C’est avec impatience que j’ai commencé le quatrième roman de la Canadienne Lori Lansens. Alors que son précédent ouvrage Les égarés m’avait complètement coupé le souffle, l’auteure réussit encore à me surprendre avec cette œuvre d’anticipation. On se retrouve en 2024, en Californie, où deux adolescentes et meilleures amies assisteront à leur bal de la pureté. Toutes vêtues de blanc, elles assisteront à l’explosion de leur école ainsi qu’à leur condamnation qui les pousseront à se réfugier dans le cabanon de leur jardinier. Dans cette dystopie, l’auteure remet en question plusieurs enjeux actuels tels que le droit des femmes et l’appropriation de leur corps. Cette œuvre nous transporte dans un futur qui se veut accessible, ce qui nous amène à nous questionner sur les dérives de notre société. Grâce à Lori Lansens, nous avons entre les mains un excellent roman qui se veut à la fois visionnaire et très divertissant.

Les aérostats
Amélie Nothomb Albin Michel

Cette auteure tant attendue chaque automne nous présente encore une fois un récit un peu loufoque et dramatique d’un moment de vie qui aurait pu être tout à fait banal. Aussi, il y a beaucoup d’Amélie dans celui-ci. Ange étudie en philologie et accepte d’enseigner la littérature à Pi, un garçon dyslexique. En plus d’exiger qu’il lise L’Iliade et L’Odyssée, elle l’entraîne au musée, à la foire et en promenade au parc. Ces sorties soulèvent la colère du père de Pi qui, avec emprise, surveille tous les gestes de son fils. Une situation incontrôlable se produit lorsque le désir de vivre envahit Pi. Ange l’aurait-elle conduit aux enfers ? Quelle fin encore une fois !

Lise Chiasson (Côte-Nord)
17 octobre 2020
Les secrets de ma mère
Jessie Burton Gallimard

Londres, 2017. Rose Simmons, la trentaine, n’a jamais connu sa mère, qui l’a abandonnée lorsqu’elle était bébé. Son père l’a élevée seul et est toujours resté silencieux à propos de cette femme. Mais voilà qu’il lui révèle un jour qu’elle s’appelait Elise Morceau et était en couple, avant de le rencontrer, avec Constance Holden, une écrivaine célèbre à l’époque. Cette Connie est la dernière personne à l’avoir vue avant sa disparition. Rose imaginera dès lors un stratagème pour retrouver et questionner cette femme. En parallèle, on suit Constance et Elise dans les années 80 et on les voit passer quelques mois à Los Angeles où s’élargira la fissure entre elles. Jessie Burton orchestre un roman prenant sur la quête d’identité qui nous tient en haleine jusqu’à la toute fin.

André Bernier (L’Option)
17 octobre 2020
L’apiculteur d’Alep
Christy Lefteri Seuil

Une vie de famille heureuse à Alep avec Afra, sa femme peintre, et Sami, son fils mordu de jeux vidéo. Une petite entreprise d’apiculture florissante menée avec Mustafa, son cousin adoré. Un quotidien simple, fait de repas entre amis, de petits bonheurs et de grands amours : voilà la vie de Nuri. Voilà ce qui lentement se fissure puis vole en éclats quand son pays bascule peu à peu dans la guerre. À travers le tragique exil de ses personnages vers l’Angleterre, Christy Lefteri tisse une bouleversante fable d’amour, de deuil et de reconstruction directement inspirée de celles et ceux qu’elle a rencontrés dans les parcs, les camps et les refuges grecs où elle a travaillé. Un récit qui me hante encore…

Apeirogon
Colum Mccann Belfond

Qu’ont en commun le Palestinien Bassam Aramin et l’Israélien Rami Elharan ? Tous deux ont perdu leur fille lors d’attentat suicide. Tous deux ont canalisé leur peine en racontant leur histoire partout où on a voulu les écouter, implorant la fin de l’occupation. Colum McCann bâtit un roman aux allures de récit, empreint de sensibilité autant que de lucidité, et livre un portrait sans fard des réalités de chacun des peuples, ne jugeant ni l’un ni l’autre. Magnifique et tragique à la fois, inspiré de faits réels, construit en de courts chapitres qui entremêlent anecdotes et témoignages, Apeirogon expose toutes les facettes d’un même drame, que l’auteur, avec les voix de Bassam et Rami, cherche à rassembler afin d’imaginer un avenir différent.

La bibliothécaire d’Auschwitz
Antonio Iturbe Pygmalion

Lorsque Dita Kraus se retrouve dans un camp de concentration avec toute sa famille, c’est non sans crainte qu’elle accepte la dangereuse responsabilité de cacher et de protéger les huit livres qui composent la minuscule bibliothèque clandestine. Basé sur des faits réels, ce roman retrace l’histoire d’une adolescente de 14 ans qui a su tenir tête aux geôliers nazis, et qui a permis aux enfants prisonniers d’Auschwitz d’avoir accès à une éducation et à un semblant de vie normale. L’auteur espagnol relate également ses rencontres avec cette survivante de l’Holocauste qui est maintenant âgée de 91 ans, et qui a contribué grandement à la réalisation de cette œuvre bouleversante.

Jimmy Poirier (L’Option)
17 octobre 2020
Les roses fauves
Carole Martinez Gallimard

Dans l’armoire de Lola patientent de petits cœurs en tissu, héritage des femmes de sa lignée qui, à l’aube de leur mort, notent leurs secrets sur des bouts de papier qu’elles enfouissent dans le cœur. L’un de ces cœurs est décousu, et poussée par la narratrice, elle accepte de lire ces parcelles de la vie de son aïeule, découvrant une femme fière et indépendante. Peu à peu, Lola, pourtant d’une nature effacée, s’émancipe et se libère de ses chaînes, à l’image de son ancêtre. Grâce à sa plume colorée et vive, se jouant des époques et des rôles, Carole Martinez parvient à créer un univers fantasque et sauvage, à l’image de ces roses fauves qui, surgies du passé, fleurissent après des années de dormance et laissent planer un arôme envoûtant.

Un parfum de corruption
Zhenyun Liu Gallimard

Un parfum de corruption met en lumière, comme son titre l’indique, l’engrenage dans lequel l’individu est piégé, celui du matérialisme. Mais ces victimes ne sont pas si innocentes, ce qui donne ainsi beaucoup de réalisme aux personnages. Dans ce roman, trois histoires, distinctes en apparence, vont s’imbriquer les unes aux autres afin de démontrer l’existence d’une certaine hypocrisie?: celle d’une quête individuelle au détriment de la collectivité. Tout le contraire des valeurs traditionnelles chinoises encore véhiculées. Liu Zhenuyn, écrivain célèbre, est connu en Chine pour ses satires sociales et ce dernier livre ne déroge pas à la règle?: il mêle avec art le plaisir du voyage et la critique sociale.

Marie Vayssette (de Verdun)
17 octobre 2020
La mère en moi
Sheila Heti Éditions Xyz

Dans la société dans laquelle nous vivons, certains sujets demeurent encore incompris et certaines questions restent souvent sans réponses. Dans le roman philosophique (et autobiographique??) de Sheila Heti, La mère en moi, on y remet en question le droit de vouloir ou non enfanter. La réflexion de l’auteure autour de ce sujet est parfois provocante, impertinente, mais plus que tout, ses mots nous portent à nous questionner sur nos propres valeurs. Tout au long de ce livre, la narratrice laisse le destin répondre à ses questionnements à l’aide d’un ancien jeu de monnaie chinois. Bien que le sujet soit pris au sérieux, cette confrontation entre la rationalité et le hasard allège le dilemme du texte. Dans le monde actuel, ce questionnement vis-à-vis le désir de donner la vie est souvent incompris par la plupart d’entre nous, mais avec ce roman, la Torontoise Sheila Heti lève le voile sur un préjugé dont bien des femmes sont encore, malheureusement, victimes.

L.A. bibliothèque
Susan Orlean Media-Participations Paris

La journaliste Susan Orlean se penche sur le mystère de l’incendie de la bibliothèque centrale de Los Angeles. Événement historique passé à la trappe puisqu’advenu au même moment que la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, cet incendie possiblement criminel aux proportions gigantesques aura endommagé ou détruit plus d’un million d’ouvrages. Tout en menant son enquête, Orlean rend hommage aux artisans qui font battre le cœur livresque dans l’ombre de ses rouages. Elle relate également la riche histoire de cette bibliothèque patrimoniale et des directeurs et directrices qui l’ont façonnée. Le portrait est extrêmement vif, on sent les visages s’animer, les êtres humains se révéler pour ajouter encore quelques touches à la fresque existentielle.

Les portes de Thèbes : Éclats de l’année deux mille quinze
Mathieu Riboulet Verdier

Livre-testament du regretté Riboulet, Les portes de Thèbes a la poésie triste des jardins qui fleurissent à l’ombre des tombes. Harcelé par la maladie qui rôde autour de lui en un funeste vol fait de lentes circonvolutions concentriques, il refuse de céder au grotesque du dépérissement du corps, faisant de ses derniers instants une délicate intrication de réflexions, de langage densifié et de souvenirs d’amour révolus. Sur sa table de travail, il déplace les fragments, s’échinant à retrouver la source des irruptions de violence qui ont fait voler en éclat l’année 2015. En suivant la piste des détonations intimes et des rafales impudiques, il cartographie avec le secours de l’Histoire la géopolitique de la haine.

Les étés de l’ourse
Muriel Wylie Blanchet Éditions Du Boréal

La première traduction française de ce livre culte du nature writing nous plonge dans l’eau fraîche et profonde des fjords et des détroits de la Colombie-Britannique, dans les années 30. À bord d’un bateau peuplé d’une tribu mère-enfants aux mœurs frugales, on partira en quête du meilleur mouillage, on observera ressac, marées et poissons, on se faufilera entre d’immenses falaises pour atteindre un petit paradis bien gardé. À terre, on ira jaser avec des ermites accueillants, on fera des feux sur la grève et de la cueillette de bleuets sauvages. Fruit de quinze années d’errances estivales, ce récit autobiographique est une brise de mer matinale : vif, joyeux, plein de savoirs et de promesses.

J’enseigne depuis toujours : Dialogues
Eftihia Mihelakis Éditions Nota Bene

Quand commence l’enseignement ? S’arrête-t-il ? Enseigne-t-on pour apprendre ? Qu’est-ce que la réussite ? Faut-il posséder un diplôme en enseignement ? Sur une période de quatre ans, sous forme de correspondances, une professeure en littérature qui a aussi enseigné en génie, un enseignant en philosophie au cégep, une professeure en recherche-création et une chargée de cours en histoire de l’art discutent librement de ce qui est beaucoup plus qu’un emploi. Loin de la vision utilitariste et technique que l’on peut avoir de l’enseignement, ces échanges offrent un regard différent sur la transmission. Pas besoin d’être enseignant pour apprécier cet essai-dialogue. D’ailleurs, peut-être enseignez-vous, sans le savoir, vous aussi, depuis toujours.

Cadavres exquis : Au cœur du cannibalisme
Ian Gonzalez Alana Fage & Compagnie

Manger de la chair humaine : pratique abominable, pratique monstrueuse. Et si cette coutume, dite extrême, était ancrée dans notre passé ? Et si le cannibale, horrible hurluberlu, n’était pas l’étranger, mais nous, notre ancêtre ? Réhabiliter la pratique anthropocannibale, telle est l’ambition, perturbante, scandaleuse, « difficile à avaler », de ce bref essai (96 pages) du spécialiste de l’archéologie funéraire et philosophe Ian Gonzalez Alaña. Avec preuves matérielles à l’appui (os bouillis, équarrissage, coupes crâniennes pour accéder au cerveau — incluant des menus cannibales : préparation au chili, soupe à la banane), il valide scientifiquement une dégustation de l’humain par l’humain plus commune qu’on ne le pense. Le cannibale n’est absolument pas l’Autre, le cannibale fait partie d’une histoire culturelle pas si lointaine. Réjouissant !

Le bois dont je me chauffe
François Landry Éditions Du Boréal

Parmi les premiers titres issus de la nouvelle collection « L’œil américain » de Boréal, Le bois dont je me chauffe emprunte autant au registre du nature writing qu’à celui de l’essai engagé. Exilé volontaire dans l’arrière-pays laurentien, François Landry y fait l’expérience du contact intime avec un territoire rude et grandiose souvent délaissé, à l’image de ses habitants, humains ou non. Derrière un quotidien fruste se dessinent les contours d’une certaine simplicité volontaire, empreinte d’enracinement et d’autonomie, aux antipodes d’un intellectualisme de salon qui est au passage étrillé. Une réflexion plus que pertinente sur notre rapport à notre environnement et ses fragiles équilibres.

Adam Lehmann
17 octobre 2020
Faire la morale aux robots : Une introduction à l’éthique des algorithmes
Martin Gibert Atelier 10

Dans ce passionnant opuscule, Martin Gibert montre que contrairement à la croyance commune, la philosophie peut avoir des applications parfaitement concrètes. Ici, il s’agit de répondre à cet enjeu crucial pour l’avenir, celui de programmer des robots pour qu’ils agissent de façon morale. Examinant les deux grands courants de pensée en éthique que sont l’utilitarisme (qui met l’accent sur les conséquences d’une action) et le déontologisme (qui s’appuie sur des normes et des devoirs), Gibert montre leurs limites respectives à servir de fondement à la programmation d’une IA morale. Selon lui, c’est plutôt dans la tradition aristotélicienne de l’éthique de la vertu qu’il faudrait puiser. Une approche visant à entraîner les robots pour qu’ils se comportent comme le ferait une personne vertueuse aurait pour lui le mérite d’être plus flexible et de mieux correspondre à la complexité de notre époque.

La belle au bois dort-elle vraiment ? Neurophysiologie des contes de fées
Laurent Vercueil Humensciences

Les contes de fées ont été étudiés par de nombreuses disciplines, notamment l’ethnologie et la psychanalyse. L’originalité de cet ouvrage du neurologue Laurent Vercueil repose sur l’hypothèse que ces derniers auraient pu avoir pour rôle d’expliquer par le merveilleux des compor­tements et des affections qui restaient sans réponse avant l’apparition de la science moderne. Se revendiquant du docteur Joseph Bel (à l’origine du personnage de Sherlock Holmes) et de son pouvoir de déduction, Vercueil mène l’enquête. Et si derrière la belle au bois dormant se cachait une narcoleptique ? Frérot et sœurette des frères Grimm aborderait-il la mauvaise perception du risque par les adolescents ? La figure de l’elfe découlerait-elle du syndrome de William ? Collection de cas insolites davantage qu’une introduction générale aux neurosciences, ce livre captivant plaira aux amateurs d’Oliver Sacks.

Le syndrome de la dictature
Alaa El- Aswany Actes Sud

Lorsque nous vivons dans un pays libre et en paix, il est difficile de nous imaginer qu’un État démocratique puisse être un jour dirigé par un dictateur. Alaa El Aswany nous démontre que cette éventualité est plus que possible. Il explique comment un despote peut tranquillement prendre le contrôle du peuple, des journalistes et même des intellectuels. Il nous invite à reconnaître cette prise de pouvoir lorsqu’elle survient et à tendre l’oreille devant ceux qui critiquent le système politique mis en place. Dans cet essai éclairant, il force les lecteurs à réfléchir et à se forger une opinion par eux-mêmes, ce qui est la première et la meilleure arme pour contrer le totalitarisme.

La charge sexuelle : Désir, plaisir, contraception, IST… encore l’affaire des femmes
Clémentine Gallot First Editions

On parle depuis quelques années du travail invisible et de la charge mentale des femmes. Partant de ce principe de sociologie, les auteures de cet essai amènent l’idée que la sexualité est une charge invisible de plus au quotidien. Elles mettent de l’avant que les femmes doivent avoir de l’expérience en matière de sexualité, mais pas trop (parce que sinon, elles sont dévergondées) ; qu’elles doivent penser seules aux conséquences possibles de leurs relations sexuelles (grossesse, ITS) et qu’elles sont aussi responsables de trouver des solutions lorsque les problèmes surviennent ou que la routine s’installe dans le couple. Un livre pour nous ouvrir davantage les yeux sur le poids des diverses charges qui pèsent encore sur les femmes d’aujourd’hui.

Randonnées à vélo : 50 itinéraires de rêve autour du monde
Collectif Ulysse Ulysse

Ces derniers mois, on a tous eu, à un moment ou à un autre, des fourmis dans les jambes. Ce nouveau titre de la collection « 50 itinéraires de rêve » tombe à pic avec des propositions de circuits sur la planète entière, à découvrir en pédalant. Point fort de l’ouvrage, en plus des superbes illustrations : sa capacité à s’adresser à tout le monde. Novice du cyclotourisme ou bourlingueur à vélo chevronné, chacun trouvera son inspiration, grâce aux informations complètes sur la difficulté des parcours et aux conseils avisés des quatre auteurs. Les itinéraires, comportant entre 3 et 30 jours d’excursion, sont tous agrémentés d’une carte très lisible et d’indices sur les moments inoubliables qu’ils vous feront vivre.

Sébastien Hervier (Ulysse)
17 octobre 2020
La deuxième femme
Louise Mey Ed. Du Masque

Une femme a disparu et Sandrine, d’ordinaire si timide, décide de participer à une marche pour la retrouver après avoir vu le mari en pleurs à la télé. Ainsi démarre le beau roman d’amour de Sandrine… Elle vit maintenant chez cet « homme qui pleure » et, un soir, la télé montre une inconnue qui vient d’être ramenée à Paris après être restée muette de longs mois dans un hôpital italien. Pas de doute, c’est elle, c’est la première femme ! Sandrine panique, pas question de lui laisser la place ! Mais voilà que des flics se présentent et, à partir de là, on se dit qu’il y a forcément des fissures dans le beau roman d’amour… et on se trouve bientôt face à un récit coup-de-poing sur la violence conjugale, un récit si proche de la réalité… Inoubliable !

André Bernier (L’Option)
17 octobre 2020
La mariée de corail : La deuxième enquête de Joaquin Moralès
Roxanne Bouchard Libre Expression

Angel Roberts, l’une des rares femmes capitaines de homardier dans la région de Gaspé, a disparu avec son bateau. Pour mener l’enquête, la SQ délègue l’inspecteur Joaquin Moralès, rattaché depuis peu au poste de Bonaventure, mais qui aurait préféré s’occuper de son fils en crise, tout juste arrivé de Montréal. L’embarcation à la dérive est vite repérée, mais il n’y a personne à bord. Il faudra plus de temps pour trouver le cadavre d’Angel, « ancré » au large, dans la baie de Gaspé. Suicide ? Meurtre ? La tâche de Moralès ne sera pas facile, d’autant que de vieilles inimitiés entre pêcheurs ont laissé des cicatrices profondes. Roxanne Bouchard signe un polar à l’écriture magique, où l’intrigue sert d’ode à la Gaspésie. Un vrai plaisir de lecture !

André Bernier (L’Option)
17 octobre 2020
Nuit sombre et sacrée
Michael Connelly Calmann-Lévy

Très difficile de séparer Connelly de son inspecteur Harry Bosch ! Nous ayant fait connaître Ballard, une nouvelle enquêtrice, dans En attendant le jour, voilà que l’auteur permet la rencontre de ces deux personnages. Bosch reprend du service pour élucider des cold cases. Dans le thriller précédent, Une vérité à deux visages, il a sauvé Elisabeth des enfers de la drogue. Cette fois, il cherche le responsable de la mort de Daisy, la fille d’Elisabeth. Ballard est affectée au travail de nuit et les incidents ne manquent pas. Elle unit quand même son flair à celui de Bosch pour notre plus grand plaisir et remporte le respect du grand loup. Captivant.

Lise Chiasson (Côte-Nord)
17 octobre 2020
La vénus de Botticelli Creek
Keith Mccafferty Gallmeister

Si je n’ai que des souvenirs confus de mes expériences de pêche, les livres de Keith McCafferty parviennent à me titiller l’envie de recommencer. En plein cœur du Montana, dans la vallée de la Madison, Sean Stranahan, peintre, pêcheur et ancien détective privé, donne occasionnellement un coup de main à la shérif Martha Ettinger. Dans cette troisième enquête indépendante, une jeune femme, guide prodige dans le milieu de la pêche, disparaît en forêt sans laisser de traces, si ce n’est le cadavre d’un homme empalé. Avec des personnages sympathiques, plantés dans une nature sauvage et indomptée, l’auteur combine humour et tension, beauté et bestialité à l’aide d’une plume fluide autant que vive. C’est léger, différent, et invitant.

Aurora Squad (t. 1)
Amie Kaufman Casterman

Nous sommes en 2830 : l’être humain est parti à la conquête de l’espace depuis un bout de temps et a rencontré une ou deux races extraterrestres. Au fil des années, la légion Aurora a été fondée. Sa mission : sillonner la galaxie et protéger ses habitants. C’est à ça que se sont engagés Tyler, Scarlet, Kat, Zila, Finnian et Kal, jusqu’à ce que débarque Aurora, ou Auri pour les intimes, tout juste réveillée d’un sommeil cryogénique de 200 ans. Voilà que le sort du monde repose sur les épaules de ces six adolescents… qui ont leur façon bien à eux de gérer la situation. Aurora Squad est un excellent roman de science-fiction avec ses personnages hauts en couleur, un humour au quart de tour et un dénouement exaltant. Dès 12 ans.

1, 2, 3 à l’école
Marianne Dubuc Casterman

Quel plaisir de feuilleter ce grand livre ! Les petits en auront plein la vue ! Pour Pom, la maternelle ce sera juste l’an prochain. Il a très hâte, car ses amis s’y amusent beaucoup. Lui vient l’idée d’aller visiter leur école. Chez les souris, monsieur Tournesol place les élèves en rang. À l’école Petitbond, les lapins tracent des chiffres. Chez les grenouilles, on dessine. Il y a du sport à l’école Foxtrott, les renards s’agitent ! C’est plus calme chez les paresseux, et Arthur, chez les écureuils, semble avoir disparu ! Où est-il ? Devinez ce qu’on fait à l’école Iletaitunefois ? Voici un livre-bonheur pour la rentrée, à découvrir avec son enfant en suivant Pom. Dès 4 ans.

Lise Chiasson (Côte-Nord)
17 octobre 2020
C’est une histoire, Édouard !
Frances Watts Éditions Broquet

Ce n’est pas évident d’écrire une histoire ! Ça commence toujours par une page blanche. La poulette Émilie et Édouard le renard seront nos personnages. L’auteure nous explique qu’il faut aussi faire des choix pour les rôles. La poulette devient messire Pattes de Poulet et le renard devient Edouarda, sa brave nièce sans peur… ou presque. Un curieux message urgent les entraîne dans une forêt vraiment sinistre ! Inquiets, nos deux héros se demandent ce que leur réserve l’auteure ! Se retrouveront-ils dans une histoire d’amour, de fantaisie ou d’horreur ? Ne vaudrait-il pas mieux retourner au château ? Mais voyons, Édouard, c’est juste une histoire ! Des 4 ans.

Lise Chiasson (Côte-Nord)
17 octobre 2020
Pas moi
Élise Gravel Éditions Scholastic

« Qui a laissé traîner toutes ces chaussettes ? » « C’est pas moi ! » Quel parent d’un jeune enfant n’a jamais entendu cette réplique plus que célèbre ? Dans son dernier album, Elise Gravel donne vie à trois rigolos personnages : Pas Moi, Pas Vrai et… Pas Juste ! Tous les trois jettent le blâme du désordre sur l’autre. Mais qui est responsable de toute cette pagaille ? Une fois de plus, l’autrice et illustratrice réussit avec brio à nous concocter une histoire tout en simplicité et sans omettre d’y ajouter son humour unique qu’on lui connaît si bien. Sans surprise, la recette est toujours aussi efficace ! De quoi faire sourire assurément parents et enfants dans les petits moments de la vie quotidienne lorsqu’un petit s’écrira : « Mais c’est pas moi ! » Dès 3 ans.

Ariane Huet (Côte-Nord)
17 octobre 2020
Ma maison-tête
Vigg Fonfon

Jusqu’à tout récemment, je n’arrivais pas à bien mesurer les défis d’une personne vivant avec un trouble du déficit de l’attention. C’était jusqu’à ce que je découvre le nouvel album de Vigg, qui m’a éclairée sur les difficultés quotidiennes liées au TDA. À l’aide d’images fortes, toutes simples, mais combien saisissantes, et d’un texte à hauteur d’enfant, sincère et touchant, Vigg cible l’essentiel avec sensibilité et intelligence. Il nous raconte la vie en classe de Vincent qui, pour se protéger de ses mésaventures et de ses différences, se réfugie dans sa maison-tête, pleine de compartiments comme autant d’issues de secours. Un album fabuleux, au ton juste, à partager avec petits et grands pour mieux s’apprivoiser et bien vivre ensemble. Dès 6 ans.

Alice au pays des merveilles
Lewis Carroll Bragelonne

« Tout le monde connaît Alice! », vous me direz. Bien sûr, mais tout le monde n’a certainement pas lu Lewis Carroll. Peut-être serait-il temps de vous y mettre? Merveilleusement illustré par l’artiste Daniel Cacouault et bénéficiant d’une toute nouvelle traduction par Maxime Le Dain, cet album grand format est l’occasion de vous y plonger enfin! S’éloignant du style graphique et des designs des personnages de John Tenniel qui marqua l’imaginaire collectif presque autant que le texte lui-même, Cacouault y va avec d’impressionnantes peintures plutôt réalistes (si l’adjectif « réaliste » peut s’appliquer à une œuvre aussi déjantée). D’ailleurs, quelques-unes de ses sublimes illustrations accompagnent le livre en tirés à part (affiches). Dès 12 ans.

Thiery Parrot
17 octobre 2020
La star du rock et ses camarades de classe
Ryan T. Higgins Albin Michel

Le talentueux Ryan T. Higgins nous revient une deuxième fois avec son personnage préhistorique pour une nouvelle aventure. Nous avons eu la chance de découvrir l’attachante Pénélope Rex avec l’album On ne mange pas ses camarades de classe, où la jeune tyrannosaure a dû apprendre, de peine et de misère, à ne pas dévorer les élèves de sa nouvelle classe. Nous la retrouvons, avec tous ses camarades, dans cette nouvelle histoire où ils auront la chance de révéler leurs talents lors d’un concours organisé par leur enseignante. Intimidée, notre chère Pénélope souhaite faire découvrir sa passion pour le rock’n’roll, mais saura-t-elle surmonter sa nervosité ? Grâce aux encouragements de son père, la jeune dinosaure prendra son courage à deux pattes et montera sur la scène pour jouer sa musique avec l’aide de ses amis. L’auteur trouve le moyen d’accrocher l’attention des enfants et aussi de faire rire leurs parents dans cet album tout aussi divertissant que le précédent. Dès 3 ans.

La colère de Fabien
Martine Latulippe Mammouth Rose

Ah ! la gestion des émotions ! Pas toujours évidente à comprendre pour les enfants… et les parents. Ici, nous suivons Fabien, un petit garçon qui vit une journée plutôt difficile au service de garde. Après quelques déceptions et frustrations pendant la journée, il sent une espèce de grosse bête gronder dans son ventre. Mais que se passe-t-il ? Pourquoi se sent-il ainsi ? Tout au long de l’histoire, l’auteure nous propose, d’une façon très interactive, des questions et des réflexions qui s’adressent directement à l’enfant lecteur. Le livre contient également un guide pédagogique bien étoffé qui s’adresse aux parents. En plus de nous soumettre différentes idées pour animer l’histoire, ce dernier nous offre de nombreuses pistes de compréhension et de solution afin de mieux nous outiller face à la colère de notre enfant. Mention spéciale au grand format cartonné ! Dès 3 ans.

Ariane Huet (Côte-Nord)
17 octobre 2020
Wolcano : La sorcière du cul
Shyle Zalewski Delcourt

Lors d’une soirée festive, un démon apprend à Wolcano qu’on lui retirera son titre de sorcière, les autorités de la magie trouvant qu’elle accumule un nombre trop inconvenant de partenaires sexuels. Refusant de se laisser slut-shamer, Wolcano part donc dans une quête épique contenant monstres, dragons et charmants charpentiers, dans le but de faire la preuve que son mode de vie n’est qu’amour des gens et de la magie, et que si cela déplaît aux rigidités de la bien-pensance, elle s’en tamponne bien tout ce qu’il est possible de se tamponner. Zalewski nous propose un récit délicieusement irrévérencieux, une ode à la queerness et à la sexualité positive, qui détruit les idées conservatrices à grands coups de bassin jouissifs et débonnaires.

L’odyssée d’Hakim (t. 3) : De la Macédoine à la France
Fabien Toulmé Delcourt

Pour la clôture de cette puissante trilogie, on retrouve Hakim et son fils Hadi en Macédoine pour la dernière partie de l’exil qui les mènera jusqu’en France. On pensait le plus dur passé depuis leur départ de Syrie, mais l’Europe contemporaine est impitoyable envers qui y cherche asile. Racisme — voire fascisme —, business des migrants et des migrantes, violences policières : Hakim nous montre un continent éclaté, dépassé par la situation, et qui se réfugie dans l’ultra-sécurité. Seuls quelques individus éclaireront sa route, prenant le relais d’États défaillants. Si Hakim finit enfin par retrouver les siens, la postface nous rappelle aussi que la route de l’exil ne prend malheureusement pas fin à l’arrivée… Un indispensable.

La saveur du printemps
Kevin Panetta Jungle

Dès que sa sœur quitte la maison, Ari commence à subir une pression énorme. La boulangerie familiale survit à peine et tous exigent de lui qu’il travaille d’arrache-pied pour que le rêve de son père reste vivant. Mais Ari a d’autres plans : il veut emménager en ville avec les membres de son groupe de musique et percer le milieu du spectacle. Il se met donc en quête d’un remplaçant pour prendre sa place à la boulangerie. C’est ainsi qu’il fait la rencontre d’Hector, un jeune homme passionné de cuisine, qui lui fait redécouvrir le plaisir de la nourriture et lui permet de voir sa vie d’un tout autre œil. Une bande dessinée tout en teintes de bleu turquoise qui porte une histoire douce de doutes et d’apprentissages sur fond de bord de mer.

Le temps des mitaines (t. 1) : La peau de l’ours
Loïc Clément Dargaud

Anne Montel, de son dessin à l’aquarelle féerique, et Loïc Clément, de son écriture ficelée, nous ébahissent à nouveau ! On les connaît grâce, entre autres, à leur adaptation enchanteresse de Miss Charity. Ici, Arthur est un ourson soucieux qui arrive à une nouvelle école et dont le superpouvoir ne s’est pas encore révélé. Chaque enfant possède une habileté surnaturelle unique. Entouré de sa bande d’amis, il tentera d’élucider une disparition qui secoue le village des Mitaines. Ce polar à l’univers merveilleux explore les thèmes difficiles du passage de l’enfance à l’adolescence, la découverte de soi et l’amitié. Le groupe passe au travers de tous les pépins dans une atmosphère positive permettant à chacun de se démarquer. Le tome 2 étant paru récemment, il n’y aura pas d’attente pour savourer la suite des aventures de cette bande attachante ! Dès 8 ans.