Le rapport d’expertise est formel : La nymphe endormie a beau être un superbe tableau, il a été peint avec du sang humain, beaucoup de sang; tellement que le « donneur » n’a sûrement pas survécu! Mais comment l’identifier, puisque la peinture remonte à plus de 70 ans, à l’époque de la Seconde Guerre mondiale? Certes, le peintre est toujours vivant, mais il s’est emmuré dans le silence depuis ce temps… C’est vraiment une affaire pour ce duo improbable que forment l’acariâtre Teresa Battaglia et le jeune Massimo Marini, découverts avec grand intérêt dans le précédent polar de l’Italienne Ilaria Tuti. L’enquête pointera vite vers une vallée isolée du nord de l’Italie, et les circonstances amèneront les deux enquêteurs à affronter leurs propres démons…
Numéro 118
Libraire d'un jour
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Dossier
Entrevues
Articles
Chroniques
Les libraires craquent
L’attaque du Calcutta-Darjeeling
Calcutta, 1919. Ancien de Scotland Yard et rescapé de la Grande Guerre, Sam Wyndham vient d’intégrer la police impériale du Bengale quand un haut fonctionnaire anglais est assassiné dans un quartier mal famé, près d’un bordel. Même si tout suggère l’acte de révolutionnaires indiens, Wyndham a des doutes… Mais une attaque contre le train Calcutta-Darjeeling vient accréditer la thèse d’une recrudescence du terrorisme « indigène ». Le capitaine se débattra alors entre la police secrète, des gens haut placés soucieux d’écarter les curieux, des concitoyens ouvertement racistes… et son instinct qui le trompe rarement. Intrigue policière soutenue et saisissant portrait d’époque se marient avec brio, le tout assaisonné d’une bonne dose d’humour. À découvrir!
Miroir de nos peines
Il existe des œuvres que l’on ose à peine résumer, de peur d’entamer le plaisir qu’y trouveront les futurs lecteurs… C’est le cas du dernier Pierre Lemaitre, avec ses personnages si forts qu’on les croit réels. Printemps 1940 : l’invasion allemande bouleverse le quotidien de Louise, institutrice à la recherche de secrets de famille; de M. Jules, ce bourru au cœur tendre qui l’emploie comme serveuse occasionnelle; de Raoul et Gabriel, ces soldats aux personnalités si opposées; de l’inoubliable Désiré, docteur en supercheries, que l’on adore; et de ces millions de Français sur la route de l’exode pour échapper aux envahisseurs… Un roman d’une puissance incroyable, porté par un souffle romanesque comme on en voit peu. Un plaisir de lecture assuré!
Les petites choses
Je suis une vraie fan d’Ana Roy, l’illustratrice et l’artiste. Son livre, réconfortant, tendre et rigolo, rappelle les petits plaisirs du quotidien. En un clin d’œil, vous voici transportés au bord de la mer ou en train d’écouter de la musique à tue-tête. Des illustrations simples et efficaces sont accompagnées d’une petite phrase faisant sourire à tout coup et apprécier les petites choses qui rendent la vie plus douce. Que le livre soit parcouru du début à la fin ou dans le désordre, il apporte assurément un petit vent de folie. Je vous invite fortement à découvrir cette artiste de grand talent.
Les agents
Grégoire Courtois frappe un grand coup avec un nouveau roman de science-fiction riche en interprétations. Des agents vivent regroupés en factions ennemies. La machine leur dicte leur travail et les informe de l’état du monde extérieur. Car la machine est bonne, la machine est juste. Mais que font les agents, exactement? Pourquoi ces guildes? Et cette guerre qui se fomente, quand éclatera-t-elle enfin? Digne héritier des maîtres du genre, Les agents est un roman dystopique, sans pour autant être apocalyptique. Si les agents isolés se préparent à livrer une lutte sans merci, le soleil brille pourtant toujours, l’économie est en parfaite santé et la vie continue. Bref, un roman-labyrinthe dense et adroitement décalé malgré son degré de fatalisme.
Vol DC-408
Que fait l’écrivain en voyage à Lisbonne, en quête d’inspiration, et dont le visa temporaire arrive bientôt à échéance? Il reste, voyons! Admettons maintenant qu’une cavalcade d’événements drolatiques frisant dangereusement la catastrophe survient constamment autour de lui. Alors il s’en mêle sans hésiter! Déjanté à souhait, Vol DC-408 prend à la fois la forme d’un livre en cours d’écriture, d’une biographie perdue et d’un journal de voyage essoufflant où grouille une multitude de quidams intrigants. Au menu : des révolutionnaires émotifs, un schnauzer hargneux, un colosse odoriférant, des prescriptions périmées, quelques sacrés maux de tête et une ville qui en a assez de subir les caprices du tourisme. Savoureux!
Le cinquième évangile
Réunissant ses connaissances de théologien, d’historien et de spécialiste des langues bibliques, et faisant appel à la découverte de papyrus, à la science archéologique, aux livres apocryphes et surtout à des témoins (mystiques catholiques) qui font retour sur le passé par leurs visions, le frère Bernard-Marie accomplit ici un travail des plus intéressants. Dans certaines des contributions de ces visionnaires chrétiens se sont manifestées des connaissances géographiques et onomastiques dépassant leur contexte culturel. Des références du Nouveau Testament servent parfois de coup d’envoi à des chapitres de ce « cinquième Évangile », qui, dans un avertissement de l’auteur, n’est pas un Évangile de plus. Finalement, le but est aussi d’édifier le lecteur et, parfois, de jeter un éclairage sur la vie et les paroles de Jésus. Mission réussie.
En savoir trop
Belle surprise que ce second livre de David Bélanger! J’y ai mis le nez pour rapidement en venir à joindre mes craintes de jeune parent à l’univers paranoïde façonné tout au long de ces nouvelles marquées par la crainte de l’irruption soudaine et inexpliquée de la catastrophe. Souvent parents de familles en détresse ou universitaires cyniques, les personnages de Bélanger présentent une vision profondément désenchantée du monde qui se voit ici confortée par le surgissement du malheur. Protéiforme, celui-ci prend les formes inquiétantes d’écureuils ayant développé des goûts pour le moins inhabituels, de décalages horaires pathologiques aux conséquences funestes et d’autres calomnies qui tendent légèrement vers l’imaginaire.
La fin du monde en trinquant
Mettant drôlement en scène la capacité d’aveuglement dont sont dotés nos semblables face aux périls mortels qui ne les menacent pas directement, Krassinsky poursuit ici l’illustration grandiose de la bêtise humaine amorcée dans Le crépuscule des idiots. Entraînés sur les routes mal fréquentées de la Sibérie sauvage et brigande des Lumières, un astronome et son bon à rien d’assistant ont dans l’idée d’aller avertir les habitants d’une bourgade de l’arrivée imminente d’une comète. Ils n’en seront pas à une mésaventure près, et la matière au bidonnage jamais ne viendra à manquer tant le génie de l’homme pour la stupidité est intersidéral. Le tout est porté par le dessin virtuose de Krassinsky, fait d’aquarelles splendides rehaussées de crayonnés nerveux.
Paco et le hip-hop
Pour la onzième aventure du copain Paco, les petits mélomanes prêteront l’oreille à une musique qui commence à peine à être prise au sérieux malgré ses près de cinquante ans d’histoire et de créativité indéniablement explosive, j’ai nommé le hip-hop! Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette incroyable série de livres sonores aux enregistrements et à la conception franchement inégalés, pourquoi ne pas débuter par le Bronx avant de vous tourner vers la Vienne du XVIIIe? Grâce aux dessins colorés de Magali Le Huche, un monde de tables tournantes, de beatbox et de breakdance vous attendent, et il y a fort à parier que rares seront les enfants (et les parents) qui ne se laisseront pas imprégner par ces styles imparables et ces rythmes galvanisants! Dès 3 ans.
Paz
Consacré au sordide, aux inégalités sociales et aux crimes qui minent l’Amérique du Sud, le nouveau roman noir de Férey est centré cette fois-ci sur la Colombie. L’intrigue nous entraîne au cœur des séismes politiques qui ont mené au conflit armé. Divisée par des idéologies et des traumatismes, une famille se retrouvera au cœur d’un grand complot visant à torpiller les efforts du fragile camp de la paix. Guérilleros, narcos et sicarios pullulent sur cette terre que le sang irrigue depuis de trop nombreuses années, laissant des épaves d’hommes et de femmes flotter au gré des vagues carminées. Un livre sombre comme l’esprit d’un père à la recherche de sa fille, et mélancolique comme la contemplation d’une beauté s’apprêtant à disparaître.
La redoutable veuve Mozart
Mozart meurt à 35 ans. En pauvre bourlingueur incompris, criblé de dettes et rejeté par la noblesse en place, il est accueilli sans cortège ni trompette dans la fosse commune de Vienne. Que s’est-il passé pour que la postérité retienne son génie musical, rarement égalé et mondialement acclamé? Saluons Constance Mozart, l’ange marital qui a su faire éclater au grand jour la virtuosité de son cher « Wolfi » en étalant sans vergogne, et par des subterfuges parfois effarants, son œuvre. Le chagrin de cette veuve n’aura été qu’un moteur dont les turbines auront propulsé la reconnaissance de Mozart vers de hauts sommets, dépassant largement les montagnes de Salzbourg. Après vingt ans de travail à ravir avec brio les archives du Mozarteum et à s’imprégner de l’aura mozartienne, Isabelle Duquesnoy redresse en vainqueur le statut de cette femme exemplaire, polyglotte et musicienne à ses heures, ce qui ajoute un maillon tout personnel à cette suite d’éloges rendant enfin hommage à certains oubliés de l’Histoire.
Le gant
Juste avant la tempête, une souris, un hérisson, un lapin, une marte et une brebis trouvent refuge dans chacun des doigts d’un joli petit gant rouge perdu au milieu de la forêt. Mais voilà qu’une petite biche frigorifiée désire aussi une place à l’intérieur du gant, qui affiche malheureusement complet. D’abord fermés à l’idée de partager leur abri douillet, les cinq petits animaux astucieux se ravisent et décident d’utiliser chacun leurs talents et leurs ressources afin d’offrir un petit coin chaleureux à leur nouvelle amie. En plus d’admirer ces adorables images, on assiste, grâce à cette histoire, à une magnifique leçon de générosité. Une belle occasion, également, d’apprendre à mémoriser le nom des doigts de la main! Dès 4 ans.
Jouir : En quête de l’orgasme féminin
Si le génome humain a été séquencé en 2003, il a fallu attendre 2009 pour que soit réalisée la première modélisation 3D de l’ensemble du clitoris. Pour Sarah Barmak, cela témoigne de l’occultation dont la jouissance des femmes fait l’objet. Dans cette enquête, qui combine informations scientifiques et témoignages, la journaliste retrace les différentes conceptions du plaisir féminin à travers l’histoire ainsi que les recherches actuelles contribuant à sa démystification. Avec sensibilité et humour, Barmak aborde également les initiatives mises en place par les femmes depuis les années 60 pour se réapproprier leur sexualité. Si le caractère ésotérique de certaines pratiques décrites peut faire sourciller, celles-ci jouent un rôle indéniablement émancipateur.
Un monde de chiens : Cognition, communication et personnalité canines
Domestiqué par les chasseurs-cueilleurs il y a 15 000 ans, le chien reste toutefois mal compris de ses compagnons humains. Si la plupart des recherches menées sur lui au XXe siècle visaient à dégager des mécanismes cognitifs communs aux mammifères, les travaux portant sur ses spécificités ont explosé à partir des années 80. Dans cet ouvrage, François Y. Doré réussit le tour de force d’en résumer les principales découvertes pour un large public. Les capacités visuelles, auditives et olfactives des canidés sont ici exposées en détail, tout comme sont présentées non seulement la perception de l’espace et du temps qu’ils possèdent, mais aussi les ingénieuses expériences qui ont mis en évidence toutes ces aptitudes. Si cette lecture s’avère parfois exigeante, elle transforme en profondeur notre vision du meilleur ami de l’homme.
La Passe-Miroir (t. 4) : La tempête des échos
Ophélie et Thorn sont réunis sur l’arche de Babel, sous de fausses identités. Ensemble, mais sans compromettre leur couverture, ils doivent trouver l’Autre afin d’arrêter les effondrements et ainsi prévenir la fin du monde. Mais comment reconnaître un ennemi qui peut changer de visage à volonté? C’est en explorant Babel de l’intérieur, et en traquant les reflets et les échos, qu’ils y parviendront. Christelle Dabos livre ici une conclusion grandiose à sa saga avec un quatrième tome qui en valait bien l’attente. Elle évite le piège qui consiste à donner une fin parfaite à son histoire en respectant le caractère imprévisible de l’humain et en s’assurant que ses personnages assument pleinement les conséquences de leurs actes. À lire absolument. Dès 13 ans.
Nevermoor (t. 2) : Le Wundereur. La mission de Morrigane Crow
Dans ce second tome, nous retrouvons Morrigane Crow alors qu’elle intègre l’unité 919 de la société Wundrous, après avoir passé les épreuves avec succès. Déterminée à faire sa place et à prouver qu’elle est une bonne personne, la jeune fille ne reculera devant rien. Parviendra-t-elle à faire oublier que son don pourrait être très dangereux, non seulement pour elle, mais aussi pour le monde entier? Tout aussi magique que le premier tome, ce deuxième volet ravira les jeunes par les rebondissements et les nombreuses embûches qu’on y trouve. Il s’agit d’un roman fascinant, très bien ficelé et entraînant. Le lecteur sera complètement happé par cet univers, et tout ce qu’il souhaitera, une fois la dernière page tournée, c’est que le troisième tome paraisse très vite! Dès 10 ans.
Les yeux fermés
Ce livre est un véritable trésor. C’est l’histoire de Lily, une petite fille, qui, en écoutant son ami Moe jouer de la musique dans le jardin, entend les cris d’un lapin perdu. Lily et Moe décident alors de ramener l’animal aux membres de sa famille. Mais comment les retrouver? se demande Moe. C’est alors que Lily lui révèle les secrets des sons de la Nature. À travers cette merveilleuse histoire, l’auteure aborde les sujets délicats du handicap et de la cécité, mais sans aspect moralisateur; tout en subtilité. Ce livre donne envie de ralentir et d’apprécier les choses simples de la vie. Une véritable bouffée d’air frais! Vous aurez autant de plaisir à lire l’histoire qu’à admirer les illustrations de Célina Guiné qui accompagnent parfaitement ce texte doux et poétique. Dès 4 ans.
La fille de l’Espagnole
Dans un portrait au vitriol de la vie sous le régime vénézuélien actuel, la romancière Karina Sainz Borgo raconte le quotidien d’Adelaida, qui vient d’enterrer sa mère dans un Caracas où règne la loi du plus fort. Expulsée de chez elle et violentée par un groupe de matrones qui s’adonnent au marché noir, Adelaida se réfugie dans l’appartement d’une voisine que tout le monde appelle « la fille de l’Espagnole ». Mais c’est le cadavre de cette femme à qui elle s’apprêtait à demander de l’aide qu’elle trouve… Que faire? Ne risque-t-elle pas d’être accusée de l’avoir tuée? En fouillant, elle découvre des documents attestant que la dame en question a entrepris des démarches afin de se procurer un passeport espagnol. Une idée germe alors… Un roman coup de poing!
Le rire de García
Ce roman décrit la Colombie et les perpétuels chamboulements qu’elle a connus par la plupart de ses mines exploitées par des entreprises de partout dans le monde qui appauvrissaient le peuple colombien et contaminaient ses cours d’eau. L’État terrorisait les habitants qui osaient s’indigner, allant dans certains cas jusqu’à commettre des crimes. L’ouvrage compare certaines années de révolution avec ce qui se passait au Québec, dans les profondeurs des mines de l’Abitibi. À travers son séjour, Iris, une étudiante québécoise, nous fait découvrir sa passion pour ce pays en y décrivant la nature époustouflante de même que ses rencontres. La Colombie a une réputation sauvage, mais ce livre nous donne envie de nous poser qu’une seule question : à quand un voyage dans ce magnifique pays?
Serge Savard : Canadien jusqu’au bout
À travers la plume du journaliste Philippe Cantin, Serge Savard nous parle de sa vie et de son parcours. Ce maître du hockey est généreux dans ce livre comme il l’est avec ses amis. Il nous parle entre autres de l’Abitibi; de la politique; de l’entrepreneuriat; de ses amitiés; de sa relation avec les médias, le hockey et le Canadien de Montréal; et de sa deuxième carrière de joueur avec les Jets de Winnipeg. Il y a peu de tabous dans cette biographie. Nous vivons de l’intérieur les conquêtes des deux dernières coupes Stanley du Canadien, à l’époque où Serge Savard était directeur général de l’équipe. Nous découvrons aussi l’ère de l’entraîneur Demers et de son gardien étoile, Patrick Roy. L’évolution du Québec se dessine à travers les yeux de Savard, un homme à la vie des plus actives. Vous comprendrez pourquoi il est surnommé le « Sénateur ».
Cette blessure est un territoire
« Ce à quoi il a répondu : fais attention / je suis encore en train de me remettre des hommes blancs / qui m’ont dit qu’ils m’aimaient / et ma langue crie est brisée comme mon corps / je ne sais pas faire la différence entre amour et / traumatisme ». Billy-Ray Belcourt, jeune écrivain autochtone et two-spirit, noie ses mots dans la tristesse des réalités de l’Autochtonie. C’est également à travers celle-ci qu’il engage le rapport aux corps, l’amour ainsi que le territoire et ses relations. Avec une grande douceur, il pèle les silences du colonialisme pour le révéler sous toutes ses formes. Ce recueil nous laisse ébahis par ses mots humbles qui exposent l’intimité de ses failles de même que la grandeur de cette blessure qui est un territoire.
Pourquoi, moi, j’ai jamais de câlins?
Alors là, ça ne va pas bien pour Picot, le jeune hérisson! En vacances chez ses grands-parents, il explore les alentours. Ça se complique lorsqu’il rencontre maman chatte et ses petits, tous collés et ronronnant de bonheur. Il demande poliment une petite place parmi les chatons, mais on la lui refuse en le traitant de cactus sur pattes! Plus loin, maman cane craint qu’il blesse ses petits et le traite de paillasson. Un couple d’écureuils, quant à lui, s’enfuit en le traitant de brosse à cheveux! Picot en a marre de ses piquants, mais son papi lui révèle un secret et, surtout, comment les hérissons se donnent des câlins, ce qui fera bien des jaloux! Rigolo. Dès 3 ans.
S’envoler, presque
Ce roman nous raconte la passion de Lou pour le ballet. Les exigences, la discipline, les blessures et les heures de travail conduisent la jeune fille de 17 ans vers des auditions pour un grand rôle. Or, lorsque son compagnon de danse lui fait faux bond, elle voit tous ses espoirs anéantis. Refusant d’abandonner son rêve, elle se battra pour obtenir sa place dans ce monde où tout peut chavirer rapidement. Sa passion la mènera en Europe et en Arabie saoudite, l’obligeant par moments à abandonner ou à renouer avec la danse. Avec son parcours personnel de danseuse, l’auteure, Lydia Bouchard, nous transmet des émotions à fleur de peau. Touchant. Dès 15 ans.
Corps étranger
Lauréat du prix Émile-Nelligan en 2008, Corps étranger est à nouveau soufflé dans le monde par une réédition au Quartanier. À travers ce recueil de poésie aussi précis que rugueux, aussi corporel que naturel, aussi fleuve que syncopé, Catherine Lalonde donne à voir la singularité par la relation à autrui, le corps mis dans le monde. Dans une langue populaire et sublime teintée d’emprunts aux poètes de la génération précédente, l’autrice brasse le lieu social et intime du corps, non sans l’écorcher au passage.
Le consentement
« Prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre » : c’est ainsi que l’autrice Vanessa Springora présente Le consentement. Or, ce récit est bien plus qu’un collet posé au trappeur qui l’a privée de son adolescence. C’est le récit du vice, et, plus encore, du vice systémique. Dans une prose d’une étonnante lucidité, l’autrice puise dans ses souvenirs de jeune fille de 14 ans pour narrer sa relation avec un écrivain de 36 ans son aîné. Plus encore, elle souligne de façon épistémique chaque silence qui a permis cette relation de pouvoir, tant dans les sphères familiale et sociale que dans le milieu littéraire. Le consentement est une entreprise de réappropriation de son propre récit; une véritable démonstration d’empowerment.
Capitalisme carcéral
La prison est une invention récente. Jackie Wang nous en fait ici un portrait saisissant et défend la thèse que le capitalisme perpétue ses assises en utilisant la prison comme moyen de contrôle des masses. L’exemple américain qui lui sert de modèle, mais que nous pouvons facilement étendre à tout l’Occident, nous montre une explosion de la population carcérale. Avec la privatisation des prisons, tout se passe comme si l’augmentation des délits et des incarcérations fournissait une main-d’œuvre gratuite à cette industrie florissante. Jackie Wang est une militante de l’abolition des prisons, et son essai nous montre que le capitalisme lui-même doit être aboli. Il faut lire la préface de Dalie Giroux : lumineuse.
La loi du rêveur
Ah! Lire un Pennac, c’est comme ressortir mon bon vieux pull d’hiver en laine. Je sais que je le retrouve toujours au fond de mon placard et que, quelle que soit la situation, j’y serai confortable, au chaud et en terrain connu malgré les turbulences de la vie. La loi du rêveur n’a pas fait exception, et j’y ai retrouvé avec plaisir les motifs chers à l’auteur de la saga Malaussène : le Vercors, l’écriture, la création, le théâtre, la relation avec le lecteur, sa famille-tribu… mais avec, cette fois-ci, un petit nouveau, Fellini! Entre rêve et réalité, on se laisse couler avec bonheur dans ce livre joyeux et chaleureux. Un petit bonbon de lecture à laisser fondre sous la lampe (et attention à l’ampoule)…
La Société du feu de l’enfer
1978, Beyrouth, au Liban, en pleine guerre civile. Pavlov reprend le flambeau de son père, entrepreneur de pompes funèbres récemment décédé, et devient membre de la Société du feu de l’enfer. Au cœur d’un pays déchiré, plongé dans le chaos et tentant de se réfugier dans la piété et la morale, il s’occupera des morts dont personne ne veut : les cadavres anonymes, les parias… et ceux qui ont mené une existence libre des diktats et qui entendent bien quitter ce monde comme ils y ont vécu. On sort de cette tragicomédie aux accents surréalistes comme d’un film d’Emir Kusturica : des fanfares funèbres et des rafales de mitraillettes résonnant dans les oreilles, et, au cœur, un vague à l’âme indéfinissable.
Le prince et le chevalier
Difficile de régner seul sur un royaume… Le roi et la reine décident donc de partir en voyage avec leur prince de fils afin de lui trouver une épouse. Mais aucune des jeunes filles qu’il rencontre ne retient son attention. Comme si cela ne suffisait pas, des nouvelles inquiétantes du royaume leur parviennent. Le prince part alors au combat… où il rencontre un (très) beau chevalier. Coup de cœur pour cet album, un vrai conte de fées avec tous les ingrédients requis : dragon, prince, mariage… mais aussi un thème éminemment contemporain, car, vous l’aurez deviné, la scène finale diffère un peu des classiques… J’attends un tome 2 avec impatience : pourquoi pas la princesse et la fée? Dès 4 ans.
Payer la terre
Joe Sacco, figure clé du reportage BD contemporain, continue de s’attaquer au rouleau compresseur capitaliste et à ses conséquences dévastatrices : cette fois, direction les Territoires du Nord-Ouest, au Canada. Les peuples autochtones Dene y (sur)vivent tant bien que mal, dans un monde qui leur échappe. Réalités économiques, répercussions du colonialisme passé et présent, désir de préserver leur culture : autant de facteurs difficiles à concilier. Au fil des témoignages se dessine ainsi un portrait complexe et dur de notre monde. Comme toujours chez Sacco, le récit et les images ne cherchent jamais à simplifier et sont denses, ramifiés, faits de multiples ponts entre grande et petite histoires. Implacable.
Sous les décombres
Elle prend un malin plaisir à remuer le passé des histoires familiales, Mechtild Borrmann. Le destin de deux familles se trouve bouleversé à jamais lorsque, des années plus tard, une jeune femme tente de connaître l’identité réelle d’un garçonnet découvert, près d’un cadavre, dans les décombres du Hambourg en ruines de 1947. Après le succès mérité du Violoniste, en 2014, la romancière – capable aussi bien de nous émouvoir par ses portraits de personnes perturbées que de nous surprendre par ses rebondissements imprévisibles – confirme ses talents de conteuse avec ce rappel implacable de ce qu’était le quotidien précaire des femmes et des enfants démunis de l’Allemagne année zéro de l’après-guerre. « On ne peut pas se contenter d’enfouir le passé sous une couche de crépi. »
L’épidémie de VHS
Avec un côté glauque bien assumé, L’épidémie de VHS surprend par la véracité de son extrémisme. On y suit Häxan, une adolescente qui tente de découvrir qui elle est à travers l’art et l’excès, et sa rencontre fatale avec Léo-Lune, un jeune artiste déchu de la métropole venu se réfugier en région. Porté par une prose teintée de termes propres aux milléniaux, ce court roman se démarque par les réalités hybrides qu’il expose du début à la fin. On alterne entre Montréal et Colombier; entre l’adolescente cherchant à devenir une adulte et l’adulte agissant en adolescent égoïste; entre les expériences psychotropes trash et la tranquillité de la nature. Un récit excessif qui, par son exploration identitaire et culturelle, révèle une beauté brute.
Figurine
Autrice expérimentée, Annie Goulet présente ici une novella sur fond de tempête beige rappelant un paysage désertique. Sous une lourde chaleur, une ancienne amitié refait surface, apportant son lot de troubles et de perturbations. C’est par le retour de ce chat trouvé dans le quartier douze ans plus tôt que Violaine tente de renouer avec Zoé, qui gardait l’animal depuis ce temps. Mais devant l’impossibilité de la joindre, Violaine reste aux prises avec les souvenirs qui refluent : celui des étés passés à plat ventre dans le gazon à lire ensemble; celui d’un séjour au chalet familial; et celui, plus vague, d’un amour de jeunesse tourmenté. Comme elle est submergée par le sable mouvant que forment ses réminiscences, il lui sera impossible de fuir.
Voyages spirituels : 50 itinéraires de rêve autour du monde
En plein essor du slow travel, et à une époque où la recherche du bien-être intérieur revêt autant d’importance pour beaucoup de gens, ce livre tombe à point nommé. Si l’histoire et le patrimoine des principales religions se dévoilent au fil des itinéraires proposés, c’est bien sur les chemins d’une spiritualité au sens large que nous emmène cet ouvrage. Nous nous baladons ainsi du mythique sommet du mont Sinaï au pays de Canaan, sans oublier de faire un tour de radeau en bois dans les gorges d’une rivière polonaise. Proposant 50 itinéraires éclectiques et illustrés tout en étant facile à parcourir grâce à son astucieux système de symboles, ce guide se veut un superbe outil pour qui veut choisir sa prochaine destination mystique ou simplement apaisante.
L’horoscope
Un vieil homme très routinier s’occupe tranquillement de son jardin. Il déteste les imprévus et fait tout pour les éviter. Malheureusement pour lui, l’aîné trouve une page de journal près de ses fleurs. Sa curiosité l’emportant, il décide alors de lire son horoscope, qui lui annonce qu’un événement viendra briser sa routine. Le vieil homme se met à paniquer et à imaginer toutes sortes de scénarios aussi loufoques les uns que les autres. Que lui arrivera-t-il? À vous de le découvrir en plongeant dans le troisième album de François Blais et Valérie Boivin. Encore une fois, le talentueux duo nous offre un livre amusant et touchant, avec un personnage attachant en qui chacun pourra se reconnaître. Mention spéciale aux dessins de Valérie Boivin, qui animent magnifiquement l’histoire. Dès 7 ans.
Le monde n’existe pas
Un journaliste retourne dans la petite ville du Colorado où il a passé son adolescence pour tenter de comprendre ce qui aurait pu pousser Ethan Shaw, la vedette sportive de l’école et son seul ami de l’époque, à violer et à tuer une jeune fille de 16 ans. La fascination qu’éprouvait Adam Vollman pour son idole de jeunesse peut-elle à elle seule expliquer ses doutes quant à la culpabilité de l’accusé? Qu’en est-il du traitement donné par les médias à cette affaire? Pourquoi Vollman sent-il que rien de ce qu’il apprend n’est réel? Sa quête de vérité nous amène à détester cette ère moderne dans laquelle nous vivons et où il est si facile de manipuler les faits. Même le récit décousu participe à cette tromperie palpable dans tout le roman.
Greta et les géants
Le sort d’une magnifique forêt est menacé par de sombres géants venus tout détruire afin de construire des maisons, des villes et des industries. Désespérés devant la perte de leur habitat, les animaux de cette forêt demandent l’aide de la petite Greta, grande amie de la nature. La solidarité de Greta et ses amis réussira-t-elle à faire entendre raison aux géants? L’histoire n’est pas sans rappeler la véritable lutte de l’inspirante Greta Thunberg contre les « géants » politiques et économiques du monde réel. Voilà une amorce intéressante à de belles discussions à avoir avec les enfants sur l’importance du respect de notre planète. La morale de l’histoire : parce que l’union fait la force, personne n’est jamais trop petit pour essayer de changer le monde… un petit geste à la fois. Dès 4 ans.
Le meilleur des mondes
Dans sa dernière pièce de théâtre, Guillaume Corbeil s’est attaqué à tout un classique de la littérature : Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley, initialement paru en 1932. L’un des aspects les plus captivants du texte, c’est de voir à quel point sont réactualisés des questionnements sur les dangers d’une société qui exercerait un trop grand contrôle sur sa population (notamment par les technologies), un monde où toute la légitimité de l’art serait d’ailleurs compromise par sa trop grande influence sur notre subjectivité. Qu’est-ce que serait la normalité dans un tel monde? Est-ce que tout deviendrait superficiel? À quel rôle serait relégué l’art, et quelle place occuperait plus spécifiquement le théâtre? Est-ce que ce serait vraiment ça, le meilleur des mondes?
Carnet de bord d’un TDAH
Nous entrons ici dans l’univers de Tommy, reconnu pour ses gaffes et ses oublis. Si ses amis trouvent ses péripéties un peu loufoques, Tommy se sent anormal. Il se fait régulièrement rabrouer par ses professeurs et ses parents, ce qui affecte son estime de lui. Heureusement, à l’aide de sa copine, Jade, et de ses amis, il comprend qu’il souffre d’un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et que des solutions existent. L’auteur, qui s’est inspiré de sa propre histoire, n’entre pas dans la caricature du TDAH, mais insiste sur les forces qui distinguent ces jeunes. L’importance de mettre des mots sur ses comportements permet à Tommy de comprendre pourquoi il agit ainsi et d’amener les autres à le comprendre également. J’invite les parents et les intervenants à lire ce roman : ils pourront savoir ce qui se passe dans un cerveau où les idées foisonnent dans le désordre! Dès 13 ans.
Nagasaki
Fascinant, le manga Nagasaki se lit un peu comme une nouvelle de Maupassant. Nous y suivons les pensées d’un homme qui est témoin d’événements inhabituels dans son logement. Les objets ne sont pas exactement là où ils le devraient; la quantité de nourriture consommée n’est pas exactement celle dont se souvenait le personnage principal… et celui-ci ne se sent bientôt plus chez lui. Est-il fou? Divague-t-il? L’écriture de l’œuvre, prenante, nous tient en haleine du début à la fin, avec des dessins qui attirent le regard pour mieux nous surprendre. Et, vraiment, une surprise n’attend pas l’autre!
Le labyrinthe de Pan
Sorti en 2006, Le labyrinthe de Pan est un film réalisé et produit par l’oscarisé Guillermo del Toro. Étant moi-même une admiratrice de cette œuvre cinématographique, j’étais perplexe à l’idée de découvrir tout ce monde fantastique cette fois sur papier. Avec la collaboration de la prolifique auteure Cornelia Funke, Guillermo a relevé le défi de façon remarquable. Ensemble, ils ont réussi à recréer cette ambiance à la fois féérique et ténébreuse que l’on trouvait à l’écran. L’histoire se déroule peu après la guerre d’Espagne, au moment où la jeune Ofelia doit réussir trois épreuves pour reconquérir son titre de princesse des mondes souterrains. En parallèle, on suit sa mère enceinte et malade ainsi que son beau-père, un cruel Capitaine qui traque les opposants franquistes. Ce livre est une preuve tangible que l’être humain peut parfois devenir encore plus monstrueux que les créatures de contes de fées les plus effrayantes qui soient. Dès 13 ans.
L’allume-cigarette de la Chrysler noire
Homme de culture et de savoirs, Serge Bouchard nous fait part, dans son dernier livre – L’allume-cigarette de la Chrysler noire –, de sa conscience en tissant des liens entre la vie de ses ancêtres, la sienne et la nôtre. Ses talents de conteur sont irrévocables; ses histoires, touchantes et libres de pensée, nous sont narrées comme si nous étions un proche, un confident. Du respect qui va de droit aux Premières Nations à la nature, en passant par l’amitié dans l’adversité, l’enfance sans artifice (mais ô combien heureuse) de l’auteur et l’ensemble des femmes (notamment celles de sa vie), les thèmes trouvent leur point rassembleur dans leur qualité sociétale, dans ce qui nous rend humains. Après chaque petit bout de lecture, nous croyons pouvoir saisir un peu plus le sens de la vie et, malgré nous, un sourire franc se dessine aux coins de nos lèvres.
Le plaisir des images
La dernière parution de l’historien de l’art et sociologue Maxime Coulombe, Le plaisir des images, concerne la réception de l’image. Comment vivons-nous l’expérience de l’image? Réveille-t-elle en nous des souvenirs nous happant d’une telle force affective, et comment est-il possible de décrire celle-ci? Par une approche neuroscientifique, artistique et philosophique, le concept nous incite, devant l’image, à mettre de côté les acquis contextuels, théoriques et stylistiques, et à valoriser ce qui résonne en nous. Ainsi, l’auteur met à nu le mur des codes et du poids non seulement de la société, mais aussi des institutions (manque de bagage lors d’une visite au musée, peur du jugement d’autrui…), le tout dans le dessein de légitimer l’effet de jouissance que l’image joue dans notre fibre mémorielle, émotionnelle, de désir et de nouveauté.
Manifeste pour l’invention d’une nouvelle condition paysanne
Ouvrage collectif richement illustré, ce manifeste ambitieux entremêle adroitement le récit de notre civilisation industrielle désormais aux prises avec de multiples impasses, écologiques comme politiques, et le témoignage d’individus et de collectifs engagés qui ne se satisfont pas de ce statu quo mortifère. Dans un fil narratif où l’image répond habilement au texte, les auteurs s’attellent à dessiner les contours d’une paysannerie et, plus largement, d’une société du XXIe siècle, dépassant la séparation fatale que la modernité et la course sans fin au progrès technique ont immiscée dans toutes les strates de nos existences. Séparation des hommes entre eux, avec nos moyens d’existence, nos lieux de vie et, in fine, avec le vivant. Voilà une réflexion d’une importance capitale pour tous ceux et celles qui, au-delà du seul monde paysan, cherchent à penser l’émancipation dans un monde fragile.
À go, on ralentit : 12 mois pour se reconnecter à l’essentiel
La vie va si vite; tout le monde court après le temps, une course folle que ce volume tente de nous aider à modérer. Le slow living est un mode de vie qui nous invite à changer de rythme pour réussir à prendre le temps de savourer chaque instant. Cet ouvrage devient un coffre à outils qui nous aide à prendre les moyens pour retrouver l’équilibre, établir nos priorités, désencombrer notre espace de vie, éliminer le stress, retrouver un sommeil réparateur, consommer moins… et plus encore. Comme un programme d’entraînement pour retrouver une forme de vie plus simple, plus vraie; un retour sur soi qui s’étale sur douze mois; un moment pour apprendre à ralentir.
Faire son gros possible
La parentalité : tel est le sujet que les sœurs Stratis abordent dans cet ouvrage. Avoir des enfants est loin d’être simple, mais tellement merveilleux et gratifiant; voici donc un recueil de témoignages de parents qui racontent les vraies affaires avec franchise, sans tabous. Rupture, dépression, maladies, deuils, joies et peines : au fil des pages, de réelles tranches de vie sont racontées. Ces histoires, ces morceaux de vérité aident à faire réaliser au lecteur que tous les parents ressentent un jour ces émotions. Parfois drôles, parfois tristes, ces mots inspirent et leur permettent de se comparer ou de se consoler. Parce que faire son gros possible, c’est ça : faire de son mieux dans le chaos que peut parfois représenter la vie de famille.
Minimal
Les ouvrages sur le mouvement « zéro déchet » abondent présentement en librairie. Minimal en est un qui se démarque parce qu’il nous aide à diminuer le poids de notre mode de vie sur la nature. C’est une amorce, une magnifique façon de nous initier à la simplicité volontaire, et cela nous amène à prendre conscience de notre propre consommation. Superbe, le livre donne plusieurs conseils pratiques sur l’alimentation, les produits de nettoyage et les cosmétiques. En plus d’informations sur ces sujets, des recettes de produits à faire nous-mêmes à la maison, des trucs d’organisation et des détails sur les avantages d’acheter usagé nous sont donnés pour nous convaincre de faire un premier pas dans la bonne direction. Cet ouvrage pratique se caractérise par un esthétisme léché et des photos magnifiques qui nous donnent envie de le consulter souvent.
Colibri
Le viol se raconte difficilement. Ce qui reste après la violence, la narratrice de ce bref roman n’a pas les mots pour l’exprimer. Elle se sent vide. C’est probablement pourquoi, au lendemain de son agression, un oiseau naît de son corps : un colibri qui la suit partout, et dont les incessants battements d’ailes deviennent l’expression de sa propre agitation. Il se fait le constant rappel de ce qui lui est arrivé et, fort heureusement, la protège des affronts de l’après : l’incompréhension des autres, leurs remarques inconsidérées, leur pitié… On découvre ainsi, au détour de fragments fins et sobres, le cheminement et la résilience de la victime. Et c’est beau : « Parce que la souffrance n’est belle que lorsqu’elle ne nous appartient pas. »
In waves
La bande dessinée In Waves est avant tout un vibrant hommage : celui d’un homme envers celle qu’il aime. L’auteur nous raconte son idylle avec une jeune femme atteinte du cancer des os qui était aussi une grande passionnée du surf. Tout au long de ce roman graphique, nous sommes témoins de l’évolution de leur amour ainsi que de leur combat contre la maladie. Également, l’originalité de cette œuvre se trouve dans la présence d’une deuxième histoire qui s’alterne avec celle d’AJ Dungo. Ainsi, l’auteur nous transporte jusqu’aux origines mêmes du surf, où nous pourrons faire la connaissance de ceux qui ont popularisé ce sport. Ce changement de narration est caractérisé par l’aspect chromatique des dessins, lesquels passent alors du bleu au sépia. Cette bande dessinée a été une belle découverte pour moi, et elle saura toucher autant les grands émotifs que les passionnés d’histoire.
Les sœurs de Blackwater
Une femme vivant seule offre ses talents de scribe à ceux qui ont un document à écrire, une faute à expier. Le pouvoir conféré à l’écriture est tel qu’une aura de sorcellerie nimbe la demeure qu’elle partageait avec sa défunte sœur, guérisseuse improvisée considérée comme sainte. Les gens, venus installer leurs campements auprès d’elles, s’accrochent au plus infime espoir dans cette Amérique dystopique, détruite à la suite d’une guerre sans nom et une épidémie tout aussi mortelle. Dans ce sinistre climat, à qui faire confiance? Un étranger venu demander une simple lettre pourrait-il détruire un équilibre chèrement acquis? Le roman, flou et mystérieux, a le charme d’une légende racontée près du feu; avis à ceux qui aiment être dépaysés.
Traverser l’autoroute
Les Éditions de La Pastèque commencent l’année 2020 en grand en nous offrant la bande dessinée Traverser l’autoroute. Tout d’abord parce qu’il s’agit d’une œuvre illustrée par la talentueuse Julie Rocheleau, mais aussi parce qu’elle est écrite par e autre que l’auteure Sophie Bienvenu. L’ouvrage nous transporte dans le quotidien d’une famille tout à fait ordinaire, dont les trois membres sont submergés par leurs tracas personnels. C’est en traversant les pensées du père et de son fils que nous serons témoins de leurs aspirations ainsi que de leurs mécontentements. Alors que tout semble les séparer, un événement inattendu viendra chambouler la dynamique familiale. Cette bande dessinée nous interpelle principalement par la confrontation de deux générations et ouvrira la porte à plusieurs dialogues!
Menthol
Les premiers extraits de ce court roman mettent en scène une jeune femme alitée, paralysée par des douleurs chroniques mystérieuses. Auprès d’elle, sa copine se fait rassurante et cherche à comprendre l’origine de ce mal apparu « du jour au lendemain ». Ainsi s’amorce un enchaînement de fragments où la narratrice revisite la maladie de sa mère de même que leur relation orageuse depuis l’enfance. Une fumée mentholée, odeur entêtante, joue insidieusement au fil conducteur pour éveiller le souvenir de scènes frappantes, mémorables pour le lecteur-témoin. La construction de ce premier roman, tout en subtilité et en nuances, en fait la force : elle reconstruit, grâce à plusieurs moments formateurs, toute la complexité d’une existence touchée par le drame.
Un espace entre les mains
Il s’agit d’un premier roman pour Émilie Choquet et, déjà, celle-ci frappe fort en nous offrant un texte intimement bouleversant. Alors que la maternité est souvent perçue comme l’apogée des valeurs pour une majorité de femmes, l’auteure lève ici le voile sur une réalité encore méconnue. Elle démasque tous les préjugés voulant que donner la vie soit le plus bel événement qui se produise et qu’il existe souvent un espace entre la réalité et notre perception. En racontant cette histoire, Émilie Choquet nous transporte directement dans la complexité de la psychose post-partum. À travers ses mots, nous sommes témoins du désespoir et du sentiment d’impuissance ressentis face à cette maladie. Nous suivons le parcours de la narratrice de sa grossesse à son accouchement, ainsi que de son internement à son retour à la réalité. Un espace entre les mains est un roman poignant, brillamment écrit, qui laisse présager un bel avenir littéraire à cette nouvelle auteure.
24 heures dans l’Égypte ancienne
Le pouvoir d’un livre, c’est de faire voyager le lecteur dans le confort de sa maison. Un exercice que j’aime bien, c’est de vivre une journée à une époque définie, appuyée par des faits historiques. Ici, vous passerez une journée dans l’une de mes destinations préférées : l’Égypte. Tout commence à minuit, avec une sage-femme qui met au monde un bébé. Vous passerez ensuite par le briquetier, l’embaumeur et le roi lui-même! L’ensemble des personnages a bel et bien existé, et même si ce tableau est livré à la pièce, vous arriverez à y lire l’entremêlement de plusieurs histoires et de liens entre elles. Par exemple, pourquoi Ipi était-il si détesté? Je vous invite à prendre place dans un fauteuil et à vivre ce voyage pour trouver la réponse à cette question.
Les cachettes
C’était fête en début d’année : enfin, un nouveau Guy Lalancette! L’auteur arrive cette fois-ci avec Les cachettes, un roman troublant tournant autour de la disparition d’une jeune fille de 11 ans. Il s’agit d’un livre magnifique jouant avec les perceptions des différents personnages qui l’habitent. C’est une réelle courtepointe psychologique, montée pièce par pièce, qui nous laisse imaginer nos propres conclusions, quitte à tout remettre en question quelques pages plus loin et à nous surprendre avec un résultat final étonnant. Bref, au bout du compte, nous avons ici un récit complexe qui pourrait avoir eu lieu près de chez nous, sous notre nez. Un mélange de thriller psychologique, de roman policier et de drame familial. Un roman qui mérite de sortir de sa cachette!
Le grand méchant loup dans ma maison
Valérie Fontaine aborde ici un sujet difficile, mais toujours actuel : celui de la violence en milieu familial. Elle le fait avec peu de mots, délicatement, intelligemment, afin que les enfants saisissent à leur façon le drame qui se joue. Le méchant loup étant le nouveau conjoint de sa mère, la fillette se cache dans sa chambre, se barricade le cœur jusqu’à ce que sa mère et elle rejoignent un refuge pour femmes. Les illustrations de Nathalie Dion sont grandioses par leur simplicité, ajoutant au texte ce qu’il faut de nuances afin que l’histoire se raconte sans nommer l’indicible. Un album juste, qui bouleverse autant qu’il remue, à glisser partout où il y a des enfants pour prévenir, expliquer, épauler et – qui sait? – les délivrer, s’ils en sont victimes. Dès 7 ans.
Qui est le Chevalier noir? Batman à travers les âges
Ah, Batman… Il faut dire qu’en 80 ans, il y en a eu, des aventures, des personnages et des refontes en tous genres! On peut même séparer le tout en âges (d’or, d’argent, sombre, etc.), en lien avec les différents changements apportés, qui, on le devine, s’ajustent aux ventes et aux succès des multiples créations autour du célèbre détective. Bien sûr, il y a les comics, et les bandes dessinées, mais n’oublions pas non plus les différentes séries télé, les films, les jeux vidéo, etc. On l’a vu en collants, en Kevlar, en latex; noir, gris, bleu et même… arc-en-ciel! On ne trouvera aucune image dans ce livre; pourtant, à la fermeture de celui-ci, l’« univers Batman » n’aura plus aucun secret pour le lecteur! Alors, qui est donc le Chevalier noir?
Les falaises
V., une jeune femme, revient dans sa Gaspésie natale à la suite d’un appel l’avisant que sa mère a été retrouvée morte. La cause : un suicide. Avec sa sœur et sa tante, elle entreprend de vider la maison, mais V. décide d’y rester afin de s’immerger dans les souvenirs. Par le truchement du journal de sa grand-mère, tout comme par les réminiscences de son enfance et du comportement erratique de sa mère, V. renoue peu à peu avec ses origines, complétant son errance en partant quelques mois en Islande. Virginie DeChamplain possède une plume poétique, tempétueuse et authentique, qu’elle déploie telle l’onde puissante. Elle exprime l’héritage de femmes qui ont eu soif de l’ailleurs et qui ne se rejoignent que dans la mémoire, laissant à celle qui reste la force de s’émanciper.
La ballade du soldat Odawaa
Lors de la Première Guerre mondiale, l’Angleterre et ses alliés ont engagé des contingents d’Autochtones en tant qu’éclaireurs et snipers. De ces prémices est issu ce sombre récit, scénarisé par Cédric Apikian et brillamment illustré par Christian Rossi. Hommage aux westerns spaghettis, cette histoire de chasse au trésor et de course-poursuite à la lisière des tranchées baigne dans le nihilisme. Les personnages ne perçoivent plus d’horizon au-delà de la sauvagerie ambiante et du champ de ruines qui les entourent. Avec verve, Apikian et Rossi illustrent l’ultime folie qui s’empare des hommes dans un contexte où plus rien n’est sacré, surtout plus la vie. La coda finale enfonce le clou : l’Histoire est condamnée à se répéter.
Le Royaume de Blanche-Fleur
Feroumont en aura mis, du temps, avant de nous donner une suite aux aventures d’Anne, mais l’attente en aura valu la peine. Ce Royaume est toujours aussi jouissif avec sa galerie de personnages savoureux, même ceux au machiavélisme rampant! Non seulement l’auteur nous présente-t-il l’origine de plusieurs personnages – dont le roi Serge, qui devient un véritable héros digne des chansons médiévales –, mais il nous donne un album aux proportions épiques : près de 110 planches! L’auteur tisse, en entrecroisant avec brio aventure chevaleresque et jeux de pouvoir, un récit sans temps morts. Autour d’Anne, magnifique héroïne, il nous raconte une histoire tout simplement addictive non seulement par son ampleur et son humour, mais aussi par son séduisant romantisme.
On tue…
L’inspecteur Dufaux est de retour dans ce roman au parfum d’actualité. Cette fois, son équipe et lui doivent résoudre une série de meurtres étranges, dans lesquels le tueur semble vouloir faire la leçon. Pelletier explore les aspects les plus troublants de la société, et c’est ce qui rend cette lecture aussi compulsive. Ici, il remet en question la moralité des moyens dans un combat dont la vertu n’est pourtant pas à démontrer. Le lecteur est alors tiraillé en tant que témoin extérieur. Comme toujours, Pelletier réussit à mettre en scène, en filigrane, le discours des médias. Le génie de l’auteur est de ne jamais perdre le fil de son récit tout en nous donnant matière à réflexion. Sordide, peut-être, mais aussi remarquable.
Nous sommes tous des féministes
Nous sommes tous des féministes, le texte du discours de Chimamanda Ngozi Adichie, a enfin été adapté pour les enfants et enrichi d’illustrations aux couleurs vives. L’auteure explique aux jeunes le féminisme, bien sûr, mais surtout les gestes du quotidien qui font en sorte que les femmes sont moins considérées que les hommes. À l’aide d’anecdotes et d’exemples tirés de sa propre vie, elle témoigne du cheminement de sa pensée et des constats qu’elle a émis face aux comportements acquis, et elle invite les gens à modifier ceux-ci grâce, entre autres, à l’éducation. Avec intelligence et sans complaisance, l’auteure s’adresse aux filles et aux garçons pour qu’ils soient les moteurs du changement; pour qu’ils bousculent la culture dominante afin de bâtir un monde plus égalitaire. Dès 10 ans
Et arrivées au bout nous prendrons racine
Dans ce recueil aux effluves de vent, de bleuets et d’aspic, nous sommes entraînés dans un village au loin, au Nord, qui recèle autant de vastes espaces que d’expériences précises, intimes. Moments familiaux, moments dans la maisonnée, moments au grand air : « tu me berces toujours salée / avec tes chansons bleues de mer ». Intelligente, douce et chaleureuse, la poésie de Gauthier-Landry nous pousse à regarder les racines sur lesquelles nous marchons.
Sugar run
Après dix-huit ans derrière les barreaux, Jodi est remise en liberté. Enfermée à 17 ans, elle se découvre étourdie par sa liberté nouvelle. Alternant entre le passé et le présent, on saisit bien vite que peu importe le moment, Jodi se laisse entraîner par l’enivrante illusion amoureuse et la nonchalance provoquée par les drogues qu’elle se procure. Enchaînée par la culpabilité et par une promesse, elle veut vivre dans la maison de son enfance, à l’abri de ce monde sans compassion. Mesha Maren évoque une Amérique paumée, peu à l’écoute de ceux et celles qui veulent une deuxième chance. La plume incisive et juste, la construction soignée et précise du texte ainsi que cette atmosphère un peu sauvage qui plane font ce de roman une ode à la rédemption.
Apprivoiser la mort
Que l’on soit en quête de réponses concernant la vie après la mort ou tout simplement adepte de médiumnité, le dernier livre de Marylène Coulombe se présente comme un véritable guide, basé sur l’information qu’elle a obtenue à travers ses nombreuses consultations. L’auteure nous expose les étapes suivant le décès d’une personne, qui se traduisent en fait comme les différents plans spirituels où l’âme peut évoluer après son trépas. L’ouvrage aborde aussi des questions délicates telles que les morts subites, le suicide assisté et le coma, éclairant alors le lecteur sur les conséquences éventuelles que ces situations peuvent entraîner dans l’au-delà. Une lecture pleine de bons conseils pour ceux qui accompagnent un proche en fin de vie.
Vorrh
Il est dit que le soleil ne se couche jamais sur l’Empire britannique. Si étendue soit l’emprise de l’Empire, toutefois, le monde reste parsemé d’enclaves obscures, qui, bien qu’elles lui appartiennent en théorie, ne se laisseront jamais posséder. La Vorrh est l’une de ces zones insaisissables. On n’entre pas impunément dans cette forêt primitive et légendaire, payant son passage en y sacrifiant son esprit ou sa vie. Sculpteur d’appareils et de corps étranges, Brian Catling tisse la trame d’une trilogie de fantasy chimérique, confrontant les anciennes mythologies à l’aune des nouvelles. Un nouveau classique au souffle puissant, qui décoiffe et dépoussière le genre. Vous qui pénétrez la Vorrh, abandonnez tout espoir…
Les sept maris d’Evelyn Hugo
Quand j’ai ouvert Les sept maris d’Evelyn Hugo, je ne m’attendais pas à sortir de cette lecture aussi… émue. J’ai été touchée par le développement de l’histoire ainsi que par ses dévoilements toujours bien placés, sans sensationnalisme. Le personnage d’Evelyn est haut en couleur, pertinent et avant-gardiste. Je l’ai adoptée dès les premières pages et, plus le récit avançait, plus j’apprenais à l’aimer, avec toutes ses facettes. Elle nous raconte son histoire avec tellement de réalisme que je me suis quasiment convaincue que je lisais les vraies confessions d’une ancienne actrice réputée. De plus, j’aime l’importance des sujets amenés dans ce roman tout autant que la magnifique histoire d’amour qui a su ressortir de ces sept mariages.
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