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Dossier

Les libraires craquent

La trajectoire des confettis
Marie-Ève Thuot Les Herbes Rouges

La trajectoire des confettis est le premier roman d’une auteure qu’il faudra absolument suivre, Marie-Ève Thuot. L’une des forces de l’œuvre de plus de 600 pages est de nous tenir en haleine par chaque mot en multipliant les personnages et les points de vue sur l’amour, la sexualité et de très nombreux aspects de notre société. Chaque fois qu’on découvre quelque chose sur le passé mystérieux d’un personnage, on s’aperçoit qu’il en reste toujours plus à découvrir. Le suspense est palpable ! Un peu comme dans le film Pulp Fiction, différentes temporalités se succèdent et on ne peut que s’émerveiller de voir à quel point tout est lié et à quel point on s’attache aux personnages avec efficacité. La trajectoire des confettis est un roman choral plus que captivant !

Chienne

Son père la traitait comme une chienne. En fait, un animal aurait eu de meilleurs soins et reçu plus d’affection. Il lui demandait d’être sa chienne, à quatre pattes, avec une laisse. Ses humiliations ne s’arrêtaient pas là, et toutes les occasions étaient bonnes pour ce bourreau de piétiner l’estime de ses enfants. Pendant ce temps, la mère, témoin silencieux, tolérait, car elle se persuadait que le père ne violait pas ses enfants. Il lui avait promis. Un récit dur, brutal, sur une enfance remplie d’horreur. Marie-Pier Lafontaine a réussi à mettre des mots sur l’indescriptible. Elle fait surtout parler les silences, tout ce qui ne se dit pas, mais se devine. Un texte à lire, car il ne faut pas fermer les yeux sur ces vies saccagées à grands coups de gestes et de paroles blessantes.

Promets-moi un printemps
Mélissa Perron Éditions Hurtubise Inc.

La dépression est trop souvent un sujet tabou. Fabienne le sent bien à travers le regard froid et les mots blessants de certains proches. L’auteure nous amène justement dans ce jugement, dans cette approche néfaste qui mine Fabienne et l’oblige à s’inventer une maladie grave pour obtenir une certaine compassion. Devant le mensonge, l’attitude de certains change et des vérités cachées font surface. Ce roman est porteur d’espoir, car lorsque tout va de travers, il suffit d’une petite étincelle pour rêver au printemps. Fabienne, pourtant perdue, découvrira dans son long hiver un chemin inattendu où l’art et la détresse se rencontrent. Touchant.

Lise Chiasson (Côte-Nord)
18 octobre 2019
Le deuxième mari
Larry Tremblay Alto

Dans une société où les femmes dominent, Samuel attend avec impatience le jour où il fera la rencontre de sa future épouse. Ce jour sera celui de son mariage. Il n’aura d’autres choix que d’épouser cette femme que sa famille a choisie pour sauver des soucis financiers ses membres. En tant que deuxième mari de cette vieille femme, il devra tout faire pour satisfaire ses désirs. Il rêvait de finir ses études et d’exercer un métier, mais dans ce monde, les hommes n’ont droit qu’à un seul rôle : celui d’obéissance. Larry Tremblay, auteur de L’orangeraie, nous offre une incursion dans ce monde où les femmes règnent. Une histoire audacieuse, qui bouleverse les rôles établis et les préjugés. Une œuvre qui laissera sa trace par les discussions qu’elle engendrera.

Rabaskabarnak
Éric St-Pierre Éditions Québec Amérique

Ève Latulippe était partie relever ses collets et en a ramené une pissette. Un homme, aussi loin à l’est ? Une découverte tellement préoccupante que La Corriveau, cheffe de la sœurie du Pied-de-l’Or Fort, ne l’exécutera pas tout de suite. Dans son second roman, Éric St-Pierre se lâche lousse, bardassant allègrement le terreau fertile du folklore québécois. Rabaskabarnak, c’est un peu comme la petite cousine punk de la légende de la Chasse-Galerie. C’est plein de sacres, d’explosions, de savants fous, de gâchettes sensibles, de robots et d’illuminés en tous genres. C’est drôle, rythmé, c’est mené avec une bonne dose d’autodérision et, aussi surprenant que ça puisse paraître, d’intelligence. Et ça vient avec le King en prime.

Habiller le cœur
Michèle Plomer Éditions Marchand De Feuilles

Lorsque Monique annonce à sa fille Michèle qu’à 70 ans, elle part vivre dans le Grand Nord, elle la déstabilise complètement. À Montréal pour se concentrer sur l’écriture, Michèle doit apprendre à accepter que sa mère n’ait pas besoin d’elle et surtout, qu’elle n’en fait qu’à sa tête. De son côté, Moe, très respectueuse de la culture inuite, cherche à s’intégrer. Rapidement, elle voudra tronquer son Canada Goose trop lourd et encombrant pour un parka confectionné par une des femmes de la communauté. Comprenant bien qu’un tel manteau se mérite, la sympathique septuagénaire saura faire sa place auprès d’un peuple qui n’a de leçons à recevoir de personne. Michèle Plomer signe ici un de ses romans les plus aboutis, mettant en scène sa propre mère, une femme qui a su trouver sa voix dans le Nunavik.

Pour cœurs appauvris
Corinne Larochelle Cheval D'août

Pour cœurs appauvris se compose de soixante courts récits qui nous racontent la quête de l’amour. Amour non réciproque, aventure d’un soir, homme marié qui le restera, liaison enseignant-étudiante, absence de désir… tant d’histoires qui nous sont livrées sous le ton de la confidence. En quelques pages ou quelques lignes, Corinne Larochelle partage avec intensité les hauts, mais surtout les bas de la vie de célibataire. La sexualité, le désir, la recherche, les regrets, la solitude sont offerts comme des secrets partagés. Ces échecs auraient pu être répertoriés comme une série de déceptions, mais on y retrouve une belle lumière dans l’écriture. À une époque où l’amour se consomme rapidement, ces textes nous font découvrir que, malgré tout, les cœurs désirent battre à l’unisson.

Folles frues fortes
Tête Première

Tête première lance sa nouvelle collection « Tête dure » et frappe fort. Ce recueil assurément féministe et revendicateur regroupe plusieurs auteures québécoises sous la direction de Marie Demers. Plus que des nouvelles, ce livre présente un ensemble de textes percutants, des témoignages poignants et transgressifs, dans un ensemble qui se dévore du début à la fin. De quoi encourager les femmes à assumer le moins beau, le moins calme, le moins « féminin » en elles, mais aussi faire comprendre à tous — tous genres confondus — qu’il faut favoriser le changement vers une société plus égalitaire, plus indulgente, moins humiliante. Attendez-vous à plus d’écrits forts, exploratoires et irrévérencieux sous la bannière de cette collection : le ton est donné.

Carole Besson
18 octobre 2019
Les limbes
Jean-Simon Desrochers Les Herbes Rouges

Michel Best, dit Ti-Best, est né dans les toilettes d’un bordel du Red Light de Montréal. Il a deux mamans, Maman Rita et Maman Janine. Toutes deux, elles tentent de l’éduquer du mieux qu’elles le peuvent, histoire qu’il ait une vie meilleure. La ville change, le quartier se transforme. La société évolue… Devenu grand, l’inspecteur Michel va essayer d’épingler une étrange meurtrière qui semble trop le connaître ! On retrouve ici la plume impeccable de DesRochers, qui délaisse cette fois le roman polyphonique, dans un univers sensible, parfois truculent, mais toujours aussi prenant ! Une autre œuvre marquante dans le sillage quasi parfait de cet écrivain !

Billy Robinson (de Verdun)
18 octobre 2019
Blanc résine
Audrée Wilhelmy Leméac Éditeur

Audrée Wilhelmy revient, avec ce quatrième opus, sur les origines de Daã, la mère de Noé, protagoniste d’Oss et Le corps des bêtes. À travers la singulière et tragique histoire de Daã se dénoue en filigrane une profonde réflexion sur l’amour sous toutes ses formes. S’il apparaît clair que l’œuvre d’Audrée Wilhelmy est profondément féministe, cela n’aura jamais été aussi vrai que dans Blanc Résine. Ce roman, empreint d’un lyrisme incantatoire où les inventaires botaniques rappellent incessamment sortilèges et gris-gris et où le rapport à la Terre-Mère est omniprésent, témoigne d’un féminin sacré tout-puissant qui puise résolument ses sources dans un paganisme assumé. Le lien indéniable entre Daã et cette Terre-Mère propulse aussi le lecteur au cœur du projet littéraire de l’auteure : réfléchir la création. Une œuvre mature à la charge émotive incomparable.

Stalkeuses : 16 nouvelles indiscrètes
Éditions Québec Amérique

Ce recueil, regroupant quinze auteures et un auteur, nous présente des textes créés pour satisfaire cette envie sournoise d’en savoir plus chez nos voisins. Les nouvelles tournent autour du quotidien, mais surtout des obsessions. Du jet d’urine masculin au plaisir du goût, en passant par la hantise de s’apercevoir dans la fenêtre voisine. Les auteurs nous permettent d’entrer dans la tête parfois troublée de leurs personnages harceleurs. En quelques mots, ils arrivent à bâtir un univers captivant et nous dévoilent avec subtilité d’inquiétants mal-être. Une banalité gravitant autour de meurtres, de suicides, d’intimités et d’envies surprenantes dissimilées de tous. Une belle infiltration dans des esprits dérangés.

Katrine Winter (Poirier)
18 octobre 2019
De rivières
Vanessa Bell La Peuplade

Vanessa Bell signe ici un premier recueil qui nous happe de plein fouet. Sur un ton incendiaire, elle nous livre une poésie des noyades et des accidents, des batailles et des rassemblements, une poésie profondément fauve, profondément personnelle. Car il faut foncer, avancer, tenir bon, satisfaire l’instinct de chasse, survivre. Mais ça fera mal. Il y aura au passage des élans de colère et des cris de détresse, il y aura une intimité violente, une âme à vif et un amour immense comme autant d’exutoires. Avec une adroite opposition douceur-douleur et un verbe-fleuve, De rivières porte les rugissements d’une multitude de voix.

Femme-rivière
Katherena Vermette Éditions Prise De Parole

Après avoir gagné le Prix du Gouverneur général pour son premier recueil de poésie, la très talentueuse Katherena Vermette revient en force avec Femme-rivière, une œuvre tout simplement magique. Dans chacune des quatre parties que compose le recueil, l’auteure métisse rend hommage à cette fameuse rivière, la rivière Rouge, avec grâce et douceur. Elle observe la relation qu’elle entretient avec la nature, mais aussi celle avec la culture métisse, notamment avec les traditions et la langue anishinaabemowin. Grâce à sa superbe plume, Vermette aborde non seulement des questions plus personnelles, mais n’hésite pas non plus à aller dans le politique. Espérons que la voix douce et puissante de Katherena Vermette se fasse entendre !

L’origine de mes espèces
Michel Rivard Spectra Musique

Le chanteur et musicien bien connu nous raconte son enfance en y mélangeant de courtes anecdotes poétiques et des textes de chansons. Son histoire et celle de ses parents l’amènent à s’interroger sur ses origines. Ces trente-quatre textes très intimistes deviendront, pour onze d’entre eux, de magnifiques chansons. Le premier texte donne le ton de son interrogation, car avec « ADN », Michel Rivard nous place devant le doute de ses origines. Pourtant persuadé de n’avoir manqué de rien, il regrette, de ses parents, l’absence du « sourire immense des amoureux ». Sa recherche identitaire chemine vers une tendre réflexion. Cœurs conquis. CD en prime.

Lise Chiasson (Côte-Nord)
18 octobre 2019
Souvenirs liquides
François Turcot La Peuplade

Après avoir exploré les liens paternels et autres tissus familiaux dans ses dernières œuvres, François Turcot revient à la charge avec un recueil de poésie sucrée, aérienne, désaltérante, croquante et d’une infinie beauté. Parfums et saveurs sont au détour de chaque page, en heureuse compagnie de souvenirs sépia et d’apartés intimistes. Écrit dans un style ciselé et fort rythmé, Souvenirs liquides nous rafraîchit et nous réchauffe, nous plonge au sein des beaux soirs d’été, nous donne l’impression de croquer à pleines dents dans un agrume et de boire un peu de soleil. Car les mots peuvent après tout être des fruits.

Zoo
Daniel Leblanc-Poirier Les Éditions De L'écrou

Quelques mois à peine après nous avoir éblouis du feu dru de son Fuck you, Leblanc-Poirier sonne à nouveau la charge, cette fois-ci à L’Écrou, avec ce bestiaire de poqués où nous retrouvons avec joie ce formidable instinct pour la dissonance, le détail écarlate et la métaphore dichotomique. Cette audace dans la construction d’images, se rapprochant parfois dangereusement d’une certaine gratuité rappelant l’écriture automatique, n’en est pas moins hautement probante et délicieusement subversive tout en étant aussi recherchée que fascinante. Avec ce recueil, Leblanc-Poirier prouve hors de tout doute qu’il est en pleine maîtrise de ses moyens. Il ne reste qu’à s’incliner devant pareille explosion de grâce. À lire absolument !

La femme électrique
Tessa Fontaine Media-Participations Paris

Championne incontestée de la littérature du réel, la maison d’édition Du sous-sol a encore été dénicher une perle cachée. Tessa Fontaine arrive avec ce premier livre personnel, mais aussi universel par la force de sa poésie et qui évoque l’atmosphère des livres de Catherine Poulain. Elle intègre un milieu profondément éloigné d’elle (celui des sideshows, cirques itinérants décalés faisant l’apologie de l’étrange) avec un entêtement lumineux qui aplanit tous les obstacles qui se dressent sur son chemin. Comme chez Poulain, c’est une façon de se réinventer pour ne pas couler, de se mettre en danger pour ne pas s’encroûter. En parallèle de la découverte de ce monde déroutant et dur, plein de sabres à avaler, de serpents à câliner et de feu à cracher, on comprend peu à peu le drame qui l’a incitée à se lancer dans cette entreprise.

Lovecraft Country
Matt Ruff Presses De La Cité

Explorateur inusité de l’étrange, Matt Ruff aborde l’épineuse question raciale qui marque la société américaine. Ce qui rend son sujet intrigant, c’est d’y accoler l’imaginaire d’un auteur, H. P. Lovecraft, surtout connu pour ses positions racistes. Vétéran de la guerre de Corée d’origine afro-américaine, Atticus parcourt la Nouvelle-Angleterre à la recherche de son père porté disparu. Il met ainsi le pied dans un univers à la fois réel (la ségrégation) et fantastique. Servi par une belle écriture dans laquelle nous percevons la beauté des paysages américains et en ressentons cruellement davantage les tensions, ce roman est aussi un hommage à la littérature des pulp magazines.

Au nom du bien
Jake Hinkson Gallmeister

Une petite ville de l’Arkansas comme tant d’autres aux États-Unis. Le pasteur baptiste Richard Weatherford y est tenu en haute estime par les centaines de fidèles de sa paroisse. Avec son épouse et ses cinq enfants, c’est un modèle de respectabilité. Mais voici qu’un tsunami risque de le frapper parce qu’un jeune homme avec qui il a « fauté » l’appelle en pleine nuit pour lui réclamer 30 000 $, faute de quoi il étalera la vérité au grand jour. Pour éviter que son monde ne s’effondre, le pasteur sera prêt à tout, même aux actes les plus abjects… Jake Hinkson n’en est pas à sa première dénonciation de cette Amérique ultraconservatrice et hypocrite, mais il n’avait sans doute jamais atteint un tel degré de cynisme. On en ressort bouche bée !

André Bernier (L’Option)
18 octobre 2019
Le cœur de l’Angleterre
Jonathan Coe Gallimard

Jonathan Coe n’est plus à présenter. L’auteur anglais au regard lucide et critique continue de disséquer son pays et son époque avec ses mots bien choisis, souvent drôles. Après Bienvenue au Club et Cercle fermé, il est agréable de côtoyer de nouveau ses fascinants personnages au cours d’un voyage au cœur de l’Angleterre. Benjamin se frotte maintenant aux joies et défis de la cinquantaine, Sophie entame sa vie d’adulte et perçoit les limites de l’épanouissement affectif dans le milieu universitaire tandis que les autres membres de la famille Potter et leurs proches poursuivent leur chemin dans ce monde en proie à des déchirements avivés par les enjeux et les tensions politiques. Loin de se confiner à l’actualité, l’affaire du Brexit bouleverse les êtres et les couples, menace parfois même leur équilibre. L’occasion de revenir sur dix années houleuses, de nous les faire voir de l’intérieur.

Le bal des folles
Victoria Mas Albin Michel

Paris, 1885. À la Salpêtrière, les « folles » exultent à l’approche du bal de Mi-Carême, activité créée par le neurologue en chef, qui croit aux effets bénéfiques de la présence des notables qu’il invite pour l’occasion… C’est dans ce contexte qu’Eugénie, 19 ans, est internée de force par son père après avoir avoué que son grand-père, mort il y a longtemps, lui parle parfois… Elle a beau clamer qu’elle n’est pas folle, rien n’y fait. Au dortoir, elle côtoie des éclopées de la vie dont plusieurs ne devraient pas croupir entre ces murs, des femmes que le bal transformera en bêtes de cirque l’espace d’une soirée. Son seul espoir : convaincre l’intendante de l’aider. Victoria Mas livre un récit percutant, bouleversant, qui vous hantera longtemps…

André Bernier (L’Option)
18 octobre 2019
Superhéroïnes
Barbi Markovi? Éditions Triptyque

Dans une ambiance plutôt glauque et très « bloc de l’Est », trois femmes se réunissent dans un café de Vienne pour discuter des prochains escients, bons ou mauvais, auxquels consacrer leurs pouvoirs, soit la foudre et l’extermination. Magie vengeresse, amitiés calculées, survivance malaisée… le cadre dans lequel évoluent Direktorka, Mascha et la narratrice est aussi morose que toxique. Mystérieusement intrigant, bizarrement excitant et joyeusement nihiliste, ce roman très particulier laisse un goût acidulé au fond de la tête. Une pépite de strass plongée dans l’acide chlorhydrique, dans une traduction formidable de Catherine Lemieux, à qui nous devons déjà Une affection rare. Étonnant.

Le vieux jardin
Sok-Yong Hwang Zulma

En lisant ce roman magnifique, il est difficile de ne pas penser que Hwang Sok-yong ne s’est pas inspiré de son histoire. Cet auteur est un incontournable de la littérature coréenne contemporaine. Dans ce livre, il relate l’histoire d’un prisonnier politique, comme il l’a lui-même été, sortant de prison après dix-huit ans. Ce dernier est confronté à une nouvelle Corée et il découvre que la femme qu’il aime est morte depuis trois ans. Au travers des lettres qu’elle a laissées, il se replonge dans son histoire d’amour et découvre le militantisme de cette femme, son parcours. Ce livre conte une romance, mais aussi l’Histoire de la Corée, que l’on connaît souvent trop peu. Prenez le temps de découvrir cet auteur marqué par les guerres de son pays.

Marie Vayssette (de Verdun)
18 octobre 2019
Une joie féroce
Sorj Chalandon Grasset

Sorj Chalandon est de tous les combats. Après nous avoir raconté le Liban, la trahison, un père menteur, il s’attaque cette fois-ci au cancer, un mal qui frappe beaucoup de monde. Jeanne a chopé le cancer du sein, et comme ce n’est pas suffisant, son mari ne peut supporter la perte des cheveux, les sueurs corporelles et tous les autres désagréments. Elle trouve donc refuge chez Brigitte, une Bretonne combattant également un crabe. Celle-ci vit avec son amoureuse Assia et Melody, une jeune fille rock’n’roll ayant également la maladie. Ensemble, elles vont se soutenir et s’engueuler. Elles lutteront contre les injustices, en particulier celles envers les malades. Un roman avec des femmes fortes qui vont apprendre à s’affirmer et à s’affranchir de leurs chaînes, malgré, et un peu grâce à, l’épée de Damoclès qui pend juste au-dessus de leur tête.

Cette maison
David Mitchell Alto

Pastiche talentueux de roman d’épouvante, ce livre s’amuse de ses codes, les détourne à sa convenance et prend rapidement le lecteur au jeu un tantinet cruel dans lequel il a placé ses proies-personnages. En cinq temps et en cinq voix, on découvre peu à peu les mécanismes qui permettent à deux habiles sangsues de prolonger leur vie au détriment de celle des autres. Comme toujours chez Mitchell, les personnages sont mémorables, l’humour brillant et la trame imprévisible. La dernière partie fait le pont avec les autres livres du maître britannique qui parlent tous indirectement de cette grande guerre éternelle qui se joue bien souvent à l’insu des petites gens, pâté pour prédateurs impitoyables. Les inconditionnels de Mitchell y trouveront leur compte et les nouveaux qui arrivent dans cet univers y trouveront une excellente porte d’entrée.

Agathe
Anne Cathrine Bomann La Peuplade

Le tact, la modestie, la délicatesse, la candeur et la beauté sont des concepts qui, souvent, s’évanouissent dès lors que ceux qui en étaient dotés en prennent conscience. Un vieux psychanalyste en fin de carrière est contraint, à son corps défendant, de prendre en charge une dernière nouvelle patiente. Des prémices toutes simples qui donnent lieu à une suite de rencontres déterminantes qui changeront admirablement la donne. Ce roman, confortablement doux quoique splendidement confrontant, réussit le pari de conjuguer l’intranquillité et la placidité, la fureur de vivre et l’envie d’en finir, le recueillement et l’admonestation. L’intelligence d’une grande œuvre rencontre ici l’accessibilité, ce qui est plutôt rare.

La dernière déclaration d’amour
Dagur Hjartarson La Peuplade

Que pouvait-il arriver de plus beau et tragique à un poète islandais en pleine crise écologique sur cette île isolée que de tomber amoureux ? De se retrouver coincé entre son meilleur ami Trausti, artiste anticapitaliste obsédé par sa sculpture du président de la Banque centrale, à qui il voue une haine bien assumée, et sa copine Kristin qui, au contraire, admire ce dernier et ses convictions politiques. Dans un style magnifiquement ficelé et non dénué d’humour, Hjartason nous offre un premier roman qui met en lumière les douceurs des premiers éclats amoureux et l’étiolement de la communication entre les amants. Émouvant, parfois ironique, toujours pertinent… sans aucun doute un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire !

Catherine Bond (Fleury)
18 octobre 2019
Liminal
Jordan Tannahill La Peuplade

Jordan emménage avec sa mère, Monica, après qu’elle eut un accident cérébral. Un matin, elle ne se lève pas. À 11 h 04, il entrouvre la porte de sa chambre et voit son corps étendu dans le lit. Est-elle morte ou vivante ? La totalité du roman se déroule dans ce moment d’incertitude, où il observe le corps de sa mère, et repense à tous les moments qui ont déterminé sa conception du corps et de ses limites. À quel point peut-il être si différent de sa mère, celle qui l’a porté pendant neuf mois ; lui, jeune comédien queer et athée, elle, scientifique et chrétienne ? Julia Kristeva, saint Thomas d’Aquin, des androïdes et des artistes queer de performance n’auront jamais fait si bon ménage que dans ce roman d’une force spectaculaire.

Catherine Bond (Fleury)
18 octobre 2019
Croc fendu
Tanya Tagaq Alto

Empreint d’une prose sauvage et enracinée, le premier roman de l’artiste Tanya Tagaq est une véritable plongée en apnée dans le quotidien d’une enfant, puis ado, puis mère, au Nunavut. Dans un univers où l’alcool, la drogue et les agressions sexuelles sont banalisés, l’enfance se conjugue avec survie et résilience, acceptation et rébellion. C’est au cœur de son intimité que l’on s’insère, dans cette turbulence émotionnelle qui se mêle d’un réalisme cru à une mythologie profondément intrinsèque ; et cette voix, qui s’autorise et revendique la liberté, si puissante et colorée, est envoûtante. L’auteure offre un récit farouche et authentique qui alterne avec la poésie, nous dévoilant la richesse du monde des esprits autant que la difficile condition féminine.

La balançoire de Jasmin
Ahmad Danny Ramadan Mémoire D'encrier

Deux amants face à la mort. Deux hommes que la guerre et les lois religieuses et politiques ont bien failli briser à tout jamais ! De la Syrie au Canada, un homme tente de reconstruire les souvenirs de son amoureux, mourant. Roman d’une grande beauté, oscillant entre l’ombre et la lumière, mais empreint d’une belle poésie et d’une grande tendresse. Ça m’a rappelé la première fois que j’ai lu Abdellah Taïa. Un roman qui traite de sujets aussi importants que nécessaires, un voyage dans les contes des Mille et une nuits où on se laisse bercer par les mots justes et sincères d’un auteur à suivre absolument. Assurément, l’un des plus beaux romans sur cette thématique que j’ai lus depuis longtemps !

Billy Robinson (de Verdun)
18 octobre 2019
Journal d’un amour perdu
Eric-Emmanuel Schmitt Albin Michel

Avec ce nouvel opus, l’auteur nous ouvre la porte sur ce qui semble être le récit le plus intime qu’il ait publié. Il nous présente, avec sa sensibilité et sa profondeur habituelles, le deuil qu’il a dû entreprendre malgré lui de la personne la plus importante de sa vie : sa mère. Celle à qui il était lié par un lien puissant et unique, celle qui l’a mis au monde et qui lui a enseigné la vie, celle pour qui il vivait et pour qui il décrivait chaque instant de sa vie qui méritait d’être raconté, en prenant soin d’enjoliver et de travailler ce récit de tous les jours. Il devra désormais apprendre à vivre pour lui seul, et c’est sans doute le travail le plus difficile qu’il n’entreprendra jamais.

Judith Ethier (Poirier)
18 octobre 2019
Virginia
Emmanuelle Favier Albin Michel

Dans cette biographie romancée, l’enfance et l’adolescence de Virginia Woolf nous sont racontées comme si nous les observions, elle et sa famille, à travers la fenêtre, levant un léger voile. Sa mère Julia dont la beauté est sublime, Stephen, le père intellectuel, les frères qui font de grandes études, les sœurs qui peignent, photographient, lisent, écrivent. Leurs aspirations, leurs désirs dont elles sont souvent privées. Leurs étés à St. Ives, leur attachement pour la mer. Virginia, en qui naît un sentiment d’injustice, mais qui observe et qui attend patiemment son heure. Pas encore adulte, mais chez qui on devine une soif de vivre comme elle l’entend, qui déjouera, le temps venu, l’époque victorienne qui l’a vue naître. Virginia, qui deviendra l’auteure des grandes œuvres que sont Mrs Dalloway, Promenade au phare et Une chambre à soi.

Les retranchées : échecs et ravissement de la famille, en milieu de course
Fanny Britt Atelier 10

Faisant suite aux Tranchées paru en 2013, cet essai prolonge la réflexion déjà établie sur la maternité en y ajoutant une visée beaucoup plus intimiste. On sent bien que l’auteure, d’abord soucieuse de mettre l’accent sur la multiplicité des parcours possibles dans l’expérience de la maternité, désire maintenant présenter ses questionnements, ses failles et ses peurs qui, qu’on le veuille ou non, font partie de la vie de famille. Ces épisodes, souvent habilement retranchés de ce qui est projeté, doivent au contraire être exposés, voire célébrés, pour rendre une vision plus réaliste de la parentalité. Avec sa franchise et son intégrité, Les retranchées est une lecture émouvante qui porte tant à l’introspection qu’à la prise de conscience.

À contre-courant : Récits et recettes d’une aventurière des mers
Valentine Thomas Éditions Cardinal

J’ai découvert Valentine Thomas à la télé, accompagnant Pierre-Yves Lord à l’émission Les flots diffusée à TV5. Je n’avais jamais entendu parler de Valentine et je me demandais qui était cette sirène. J’ai donc pu découvrir à travers ce magnifique ouvrage le parcours d’une fille de la haute finance à Londres qui a tout quitté après un voyage de plongée en Égypte, pour se consacrer à la pêche au harpon à travers le monde. Visitant les plus belles mers du globe, Valentine nous fait rêver avec ses photos sublimes de plongée et de pêche, mais surtout ses recettes de poissons, passant du ceviche au ti-punch et au barbecue improvisé sur la plage. Un livre qui donne le goût d’essayer la plongée !

Annie Proulx (A à Z)
18 octobre 2019
Scènes de crime : 200 ans d’histoires et de sciences criminelles
Val Mcdermid Les Arènes

Amateurs de polars, tenez-vous bien ! Val McDermid démystifie les sciences criminelles qui, ici, ne sont pas romancées. Du début de l’étude des empreintes digitales à l’entomologie, en passant par la reconstitution faciale ou sur ce qui se passe réellement lorsque les intervenants arrivent sur la scène de crime et prélèvent les indices, l’auteure aborde ces sujets avec à l’appui de véritables enquêtes qui ont mené à l’avancement des sciences criminelles. Cet ouvrage nous fait prendre conscience du côté lucide et complexe d’une enquête, ainsi que du long processus pour analyser les preuves et arriver à un verdict. Un récit fascinant dans lequel vous ne soupçonnerez aucun meurtrier… mais qui vous aidera à le trouver dans vos prochaines lectures !

Shuni
Naomi Fontaine Mémoire D'encrier

À la fois doux, fort et incommensurablement humain, Shuni révèle, comme un papier calque, l’humanité présente derrière les statistiques qui meublent les journaux du Québec. C’est avec la voix du cœur, la littérature, qu’elle écrit cette longue lettre à son amie Julie, Shuni, Québécoise venue dans sa communauté en tant que missionnaire. Elle y rassemble autant d’anecdotes qui, ensemble, esquissent le portrait d’une culture vivante. Elle y parle de son rapport à la tradition, à la modernité ; les souvenirs de son père absent, de sa mère qui a soulevé des montagnes côtoient les anecdotes de sa communauté et les fragments de l’histoire de son propre fils. Un livre d’une grande philanthropie.

Les libraires
18 octobre 2019
La mesure de mes forces
Jackie Kai Ellis Éditions Québec Amérique

Jackie Kai Ellis nous offre un éventail de récits parfois piquants, parfois acides, parfois sucrés, qu’elle emballe avec soin, tels de petits paquets précieux. La fondatrice de la très populaire boulangerie Beaucoup nous livre ses pensées intimes, professionnelles et culturelles… mais aussi ses fameuses recettes, de dumplings comme de granolas (et même ses astuces de pâtissière-boulangère pour réussir les croissants parfaits). C’est avec une générosité totale que cette entrepreneure de Vancouver partage avec nous les vagues de son mariage houleux, les rudes moqueries de sa famille aux traditions chinoises intransigeantes et le prix à payer pour « ouvrir une boulangerie prospère ». Un livre « feel-good » à lire avec un latté et un croissant chaud.

Les libraires
18 octobre 2019
Je ne reverrai plus le monde : Textes de prison
Ahmet Altan Actes Sud

Ahmet Altan, romancier et journaliste, est en prison depuis 2016 et condamné à perpétuité pour des actes qu’il n’a pas commis. Ses textes font état de son quotidien, de ses réflexions, de sa réalité. Avec un aplomb plein de verve, il évoque la littérature et la philosophie, tout en méditant sur sa condition. Il demeure digne dans sa cage, impassible devant les juges, vite combatif après un moment de désespoir. Conscient de ses stratégies de défenses pour survivre, lucide quant à son avenir, Altan, par sa voix et sa résistance, nous invite à une solide introspection et nous fait grandir par sa plume si décloisonnée. Paraphrasant Zénon d’Élée, il écrit : « Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas ». Lisons ses mots, honorons sa liberté d’esprit.

Dans son silence
Alex Michaelides Calmann-Lévy

Du grand art, réellement. Un pur cocktail d’angoisses comme on les aime. Alice Berenson, artiste peintre, est retrouvée chez elle, muette, devant le corps de son mari défiguré. Jugée mentalement irresponsable, elle est envoyée en clinique psychiatrique. Elle n’a pas dit un mot depuis. Que cache son silence ? Est-elle un monstre ? Une folle ? Une victime innocente ? Theo, le psychothérapeute, va surgir pour la « réparer », la refaire parler. En de multiples séances, le silence d’Alice va agir comme un miroir sur son thérapeute, renvoyant des images pas belles à voir. Un absorbant suspense psychologique au dénouement totalement imprévisible qui va vous rendre, c’est garanti, baba. « Ne vous fiez jamais aux apparences », pouvons-nous conclure.

De bonnes raisons de mourir
Morgan Audic Albin Michel

Tchernobyl. Le nom seul fait toujours trembler. Pourtant, de petits groupes de touristes se rendent maintenant dans la zone irradiée par l’explosion. C’est justement l’un d’eux qui repère, tout en haut d’un immeuble désaffecté, un cadavre suspendu tel un oiseau prenant son envol. On apprendra vite qu’il s’agit du fils d’un richissime oligarque russe et que sa mère a été assassinée ici trente ans plus tôt, la nuit même de la catastrophe. Bien vite apparaîtront d’autres corps, tous signés d’une hirondelle empaillée. Morgan Audic propose un formidable thriller qui promène le lecteur de l’époque actuelle, avec le conflit dans l’est de l’Ukraine en arrière-plan, à la terrible nuit d’avril 1986 où le monde aurait pu disparaître. Un énorme coup de cœur !

André Bernier (L’Option)
18 octobre 2019
Dis-moi qui doit mourir…
Marc-André Chabot Libre Expression

La vie a été dure pour Antoine. Son bébé est mort, son couple n’a pas survécu… Depuis, toute injustice l’horripile. Le voilà dans un bar avec son meilleur copain, à ruminer ses malheurs. Arrivent soudain un chef mafieux et ses gorilles, ils s’installent à l’écart. Bientôt, un type se lève, tue les deux gardes et vise le caïd. Sans réfléchir, Antoine s’interpose, sauvant ainsi la vie de Sir Chuck… qui l’informera peu après qu’il a désormais une dette d’honneur envers Antoine et que, dans son monde, une dette, ça se paye ! Il doit lui fournir les noms de cinq individus à tuer, il n’a pas le choix, c’est une offre qu’il ne peut pas refuser… Ainsi démarre ce premier polar palpitant de Marc-André Chabot, un livre qu’on ne peut pas lâcher.

André Bernier (L’Option)
18 octobre 2019
Les meurtres de Molly Southbourne
Tade Thompson Le Bélial

L’histoire se déroule dans un monde comme nous le connaissons. Toutefois, l’apparition inévitable de clones nous transporte dans une réalité différente. Le jeune personnage de Molly Southbourne est constamment confronté à des copies d’elle-même. Isolée par ses parents dans une maison de campagne, elle tire de ceux-ci un comportement des plus particuliers : « Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bats-toi. Ne saigne pas. Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent. Si tu trouves un trou, va chercher tes parents. » Ce livre nous conquiert par son approche surprenante de l’horreur et son intrigue bien construite. Un petit livre dont le suspense est maîtrisé par des phrases courtes et l’accumulation d’actions.

Katrine Winter (Poirier)
18 octobre 2019
Le chant de l’assassin
Roger Jon Ellory Sonatine Éditions

Un des auteurs de romans policiers les plus captivants, R. J. Ellory, ne déçoit pas avec son nouveau roman Le chant de l’assassin. En 1972, le jeune Henry Quinn sort de prison avec entre les mains une lettre qu’il a promis de livrer à la fille de son compagnon de cellule, Evan Riggs. Or, en arrivant dans la ville de Calvary au Texas, rien ne se déroule comme prévu. Le frère de Riggs, shérif de la petite bourgade, est prêt à tout pour que Henry ne parvienne pas à tenir sa promesse. Dans ce roman alternant entre la quête du jeune homme et l’histoire d’Evan Riggs, Ellory arrive encore une fois à créer un suspense haletant. Nous gardant constamment sur le qui-vive, l’auteur parvient à dépeindre une fresque familiale empreinte de drame et de suspense dont personne ne sortira indemne.

Amour entre adultes
Anna Ekberg Cherche Midi

Après vingt ans de mariage, Christian décide de tuer sa femme. Léonora est une grande joggeuse et emprunte toujours le même parcours. C’est donc bien caché au volant de sa camionnette qu’il la guette. Il lui roule dessus plusieurs fois afin d’être bien certain qu’elle n’y survivra pas. Un inspecteur à la retraite n’a jamais pu prouver sa culpabilité et raconte l’histoire de ce couple à sa fille. On entre dans cette histoire d’amour à la fin si tragique avec un vif intérêt, et pourtant nous avons le coupable et la victime. Quelles sont les raisons qui poussent cet homme à tuer Léonora ? Avant, pendant et après le meurtre : chaque étape est racontée avec beaucoup de finesse. Excellent thriller psychologique qui va vous surprendre par ses rebondissements.

Les étoiles
Jacques Goldstyn La Pastèque

Un petit garçon juif et une petite fille musulmane se rencontrent dans un parc de Montréal. Leur amitié se tisse autour d’une passion commune pour l’Univers. Ils se partagent leurs connaissances, leurs rêves et nourrissent ainsi ce qu’ils ont de meilleur en eux. Ils sont magnifiques. Jacques Goldstyn nous offre un album fort et lumineux, un hymne à l’amitié d’une beauté unique. On reconnaît aisément le style de l’auteur-illustrateur, mais, cette fois-ci, on croit y voir encore plus de détails et de couleurs dans les dessins, un petit quelque chose en plus, difficile à décrire. Ce livre reste en nous, comme ces personnages si attachants, et montre à quel point l’amitié et les passions peuvent être plus féroces que n’importe quelle religion. Dès 6 ans.

Maddie Maud
Camille Bouchard Éditions Québec Amérique

Maddie Maud, c’est le nom qu’elle s’est donné lorsqu’elle a quitté le confort de la vie bourgeoise et s’est tournée vers la prostitution. À 14 ans et demi, Maddie Maud est partie vers l’Ouest, cette terre si mystérieuse, qui a fait d’elle une femme puissante et prospère. À l’aube de la cinquantaine, alors que le révolutionnaire mexicain Pancho Villa s’apprête à envahir la ville de Columbus, elle raconte son histoire, celle d’une femme fascinante et attachante. À travers les pages de ce roman, c’est tout un pan de l’histoire étasunienne que Camille Bouchard nous fait découvrir. Grâce à son grand talent, Bouchard nous fait passer par toute la gamme des émotions. Un autre succès pour le prolifique auteur jeunesse ! Dès 14 ans.

Pierre qui roule
Corinne Boutry Éditions D'eux

Écureuil est ravi ! Il a trouvé une grosse pomme, mais fripouille comme il est, et quelque peu égoïste, il décide de ne pas la partager. Pour s’assurer un moment de tranquillité, il lance du haut de la montagne une pierre ronde tout en s’écriant : « Oh non, ma belle pomme ! » L’ours, le lapin et le renard accourent et dévalent la pente pour tenter de récupérer la pierre-pomme qui fuit. Ils joueront à leur tour une bonne blague au filou qui l’aura bien mérité. Corinne Boutry a concocté une histoire parfaite et savoureuse à raconter. On sent aussi tout le plaisir qu’a eu Anne Villeneuve à illustrer ce très bel album. Le trait noir plus appuyé et vibrant que d’habitude accentue l’expression des personnages et bouge au rythme de la forêt et de la course-poursuite. C’est beau, c’est drôle et cela fera même réfléchir ! Dès 6 ans.

Le matin de Neverworld
Marisha Pessl Gallimard-Jeunesse

Après la mort de Jim, Bee a perdu contact avec sa bande de l’époque. Un an plus tard, elle décide de revoir ses amis malgré ses doutes sur le rôle de chacun à propos du décès de leur ami. Mais cette rencontre tourne au cauchemar, un cauchemar où tous les personnages sont coincés dans une seule journée jusqu’à ce qu’ils parviennent à voter unanimement pour celui ou celle qui survivra. Le groupe se scinde, chacun se méfie et l’amitié est mise à mal, d’autant plus que se devine peu à peu la vérité sur les circonstances de la mort de Jim. Oppressant, labyrinthique et imprévisible, le premier roman pour ados de Marisha Pessl confirme son talent pour des histoires complexes et atypiques, teintées de fantastique, où rien n’est si simple qu’il n’y paraît. Dès 13 ans.

Demain, peut-être…
Charlotte Agell Éditions Scholastic

Certains albums jeunesse ont la capacité de nous émouvoir dès que nos yeux se posent sur eux. C’est le cas de Demain, peut-être… de l’auteure Charlotte Agell, qui réussit à merveille à aborder un sujet assez délicat, qui nous touche pourtant tous : le deuil. À travers les illustrations à la fois colorées et douces d’Ana Ramírez González, nous suivons l’hippopotame Elba, qui traîne avec elle un gros bloc noir dont elle n’arrive pas à se détacher. Sur son chemin, elle croise cependant Norris, un crocodile généreux et sympathique, qui tente de l’aider à faire son deuil du mieux qu’il peut. Et ce chemin sera peut-être laborieux, mais le pouvoir puissant de l’amitié et de l’empathie arrivera à soulager la peine de l’attachante Elba. Dès 3 ans.

La malédiction des sœurs Swan
Shea Ernshaw Éditions Hurtubise Inc.

La malédiction des sœurs Swan, le premier roman de Shea Ernshaw, nous transporte dans un village américain situé sur le bord de la mer. Chaque année, les citoyens traversent une saison de malédiction provoquée par le retour temporaire des sœurs Swan. Elles prennent possession des corps de trois jeunes femmes dans un but de vengeance et parviennent à satisfaire ce désir avec leur charme envoûtant. L’auteure joue avec l’envie de vengeance et les liens familiaux. Elle y ajoute de la romance entre le personnage principal et un étrange inconnu. L’intrigue de l’histoire est merveilleusement présentée par de petits indices laissés aux moments propices. Une parfaite histoire d’amour sortant des clichés habituels et mêlant sorcellerie et injustice. Dès 14 ans.

Katrine Winter (Poirier)
18 octobre 2019
La petite dragouille (t. 1) : Des mots partout
Karine Gottot Éditions Michel Quintin

Les auteurs Karine Gottot et Maxim Cyr de l’excellente série jeunesse « Les dragouilles » nous présentent une nouvelle collection pour les plus petits : « La petite dragouille ». Dans le premier tome Des mots partout, nous accompagnons le personnage principal qui fait ses premiers pas dans l’extraordinaire monde de la lecture. Cette dragouille découvre que les mots ne se retrouvent pas seulement dans ses merveilleux livres de contes, mais partout dans son quotidien et lui apportent de précieuses informations. Une belle proposition décrite avec humour pour nos apprentis lecteurs. Dès 3 ans.

Renée Richard (A à Z)
18 octobre 2019
Tu n’aurais jamais dû me dire… : Les derniers messages que vous avez reçus
Zoe Ingram Bayard Jeunesse

Avec une approche moderne et directe, ce livre rassemble une foule de derniers messages reçus lors d’une rupture amoureuse, d’une amitié brisée ou même avant une mort inattendue. Bien que plusieurs personnes pourraient trouver cela déprimant de prendre part à ces derniers instants, ce n’est pas mon cas. Je trouve que cette œuvre est bourrée de nostalgie et qu’il y a une certaine beauté dans l’action de parler de ces moments marquants. Ces confessions ont un impact sur la vision de notre existence et nous permettent de réfléchir à l’essentiel. Un hymne à la vie qui s’avère court, mais grandement puissant. Dès 14 ans.

Cercle
Mac Barnett Éditions Scholastic

Lors d’une partie de cachette, Cercle doit aller chercher Triangle qui, évidemment, est allé au seul endroit défini comme interdit : la grotte sous la chute ! Elle le suivra dans le noir où ils feront une mystérieuse découverte… Après Triangle et Carré, Cercle clôt à merveille la trilogie du formidable et toujours surprenant duo Mac Barnett et Jon Klassen ! Si leurs collaborations sont si appréciées, c’est notamment parce qu’ils offrent plusieurs discussions autour d’un même récit, sans proposer de morale trop sérieuse à la fin, ce qui lasse les enfants (et également souvent les adultes !). Cercle aborde non seulement la peur de l’inconnu, mais également l’empathie et la bravoure, le tout avec l’humour que l’on connaît bien des auteurs. Dès 3 ans.

Catherine Bond (Fleury)
18 octobre 2019
La promesse du fleuve
Annie Bacon Castelmore

Les attaques des hommes-oiseaux ne cessant pas, Babette se voit contrainte de quitter avec Odilon, son petit frère, la terre qui les a vus grandir. Ayant été bercé dans l’espoir d’un monde meilleur, Odilon croit fermement que leur route les mènera à la Terre promise, ce que sa sœur n’ose démentir. Bien vite, leur chemin croisera celui de Dammal, un poète sur son radeau qui prendra sous son aile les deux orphelins. Ils choisiront de poursuivre leur quête ensemble et s’ajoutera peu à peu tout un lot d’exclus et de marginaux. Leur épopée sera empreinte de générosité, de péripéties et de remises en question. Annie Bacon raconte une fabuleuse et palpitante histoire d’amitié et de liberté où le bonheur pointe son nez là où personne ne s’y attendait. Dès 9 ans.

Aujourd’hui est un beau jour pour mourir
Colo Long Bec (Editions Du)

Difficile de résumer ce roman graphique choral tant il est dense et touffu. Les multiples voix, aux destins parallèles et dont les histoires convergent souvent, sont autant une plongée dans le quotidien des classes sociales de cette dystopie qu’un fil d’Ariane pour les diverses réflexions que soulève l’auteur. À la fois thriller scientifique, épopée politique et étude psychologique, ce récit, parfois étouffant, mais toujours palpitant, invite à une lecture à divers degrés. L’histoire de l’humanité s’écrit ici dans les drames et les crises, mais la finale, mi-figue mi-raisin, est poétique et teintée d’espoir pour l’avenir. Tout simplement remarquable et puissant.

L’odyssée d’Hakim (t. 2) : De la Turquie à la Grèce
Fabien Toulmé Delcourt

Si vous aimez des romans graphiques comme Persepolis de Marjane Satrapi et des séries comme L’Arabe du futur de Riad Sattouf, vous devez absolument mettre la main sur la série L’odyssée d’Hakim de Fabien Toulmé dont le tome 2 est des plus émouvants. On suit les aventures d’un Syrien forcé de s’exiler à cause des conflits politiques et de la guerre qui accablent son pays natal. Le personnage principal ne se sent cependant jamais véritablement chez lui en exil. Il a de la difficulté à trouver une terre d’accueil où il peut s’installer avec sa famille pour y être en sécurité et y vivre convenablement. Un troisième tome qui devrait clore la série sortira également, et on l’attend de pied ferme !

Dans les yeux de Lya (t. 1) : En quête de vérité
Carbone Dupuis

Le personnage de Lya occupe toute la couverture de cette bande dessinée. On aime aussitôt cette frimousse qui se rapproche de celles des mangas. À 17 ans, Lya est renversée par une voiture et perd l’usage de ses jambes. Heureusement, sa famille et son ami Antoine lui apportent le soutien nécessaire pour devenir autonome… ou presque ! Ses parents lui ont caché le nom du chauffard, mais Lya entend bien le découvrir et entraîne Antoine dans sa quête. Devenue stagiaire chez l’avocat qui a traité son dossier, elle élabore un plan audacieux. Ce ne sera pas sans risque ! Avec impatience, nous attendrons les tomes 2 et 3 ! Dès 10 ans.

Lise Chiasson (Côte-Nord)
18 octobre 2019
Le petit monde de Liz T.3 : 365 ours de bonheur
Liz Climo Delcourt

Cet album est une petite dose de bonheur qui plaira aux petits comme aux grands ! Le visuel est très épuré grâce aux espaces blancs laissés volontairement dans les planches. Liz Climo a également une approche simple dans la création de ses personnages : quelques traits, deux yeux, une bouche. Selon moi, c’est cela qui les rend aussi mignons, que ce soit l’ours, le cochon ou bien le serpent. De plus, l’humour présent dans les courtes histoires est à la fois sobre et adorable ! Le fait que le sujet des planches suive les différentes saisons m’a fait bien sourire.

Si on était… (t. 1)
Axelle Lenoir Front Froid

Si on était des Vikings, des agentes doubles, des robots géants du futur… Marie et Nathalie, les deux héroïnes de cette bande dessinée colorée, sont deux adolescentes super créatives et drôles. Ensemble, elles ont perfectionné un jeu pour passer le temps, nourries par leur imagination et leur humour. Leur touchante amitié leur permet de passer au travers de leur routine et des désagréments que peuvent rencontrer les filles de leur âge. Encore une fois, l’humour si particulier et le dessin expressif d’Axelle Lenoir nous permettent de passer un excellent moment, de nous attacher à des personnages charismatiques que nous regrettons de quitter en fermant le livre.

Carole Besson
18 octobre 2019
Salon Dolorès et Gérard
Sylvain Cabot Steinkis

Michel a 19 ans lorsqu’il débute son stage auprès de Carole, de huit ans son aîné, au salon Dolorès et Gérard. Grâce à ses collègues et à son nouvel environnement de travail, il se retrouve confronté à sa propre perception des femmes, en particulier ce qu’il en a appris de la bouche de ses voisins et amis, qui aiment bien se vanter de leurs conquêtes. Ses remises en question lui permettront, entre autres, de mieux accepter qui il est et ce qu’il a à offrir à l’univers. Une bande dessinée rafraîchissante et aussi douce que sa palette de couleurs, et qui ne se complaît pas dans les stéréotypes de la masculinité toxique ! À dévorer sans plus tarder, avant votre prochain rendez-vous au salon !

Catherine Bond (Fleury)
18 octobre 2019