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Dossier

Les libraires craquent

Cartographies (t. 3) : Translations
Mélikah Abdelmoumen Éditions La Mèche

Si les auteurs des deux tomes précédents s’en sont tenus à la région montréalaise, ceux de la nouvelle mouture de « Cartographies », à la portée plus vaste, ont reçu le mandat d’explorer l’outre-mer. On retrouve dans Translations des récits de dépaysement, d’identité culturelle, de découverte, de perte de repères et de déracinement. Défilent sous nos yeux les légendes et les coutumes de Naples, un héritage familial entre l’Égypte et le Québec, Londres et ses nuits pluvieuses effrénées, les rencontres solidaires à Lyon, l’Islande et ses marées grouillantes de poissons ainsi que les hasards communicatifs au sein d’un endroit immatériel. Translations explore notre relation au territoire, la notion d’espace et le mal du pays.

Déments à cheval
Émilie Andrewes Éditions Druide

Une banale (l’est-elle vraiment ?) nouvelle à la télé engendre une série de dégringolades tantôt légères, tantôt irréparables. L’inondation est imminente, branle-bas de combat, c’est maintenant ou jamais ! Voici le point de départ d’un roman déjanté. Au menu : des banquets en pleine Antiquité, quelques conspirations, de mystérieux ponts en Écosse, une poignée de quidams, des châteaux et des paysans, des objets à la dérive et, surtout, des lamproies. Beaucoup de lamproies. Dans les rivières, dans les filets, dans les assiettes et dans les chairs. Déments à cheval est l’histoire de rumeurs, de petites catastrophes et de solitude aux allures de fable coriace et rocambolesque, fruit de l’imaginaire sans borne d’une auteure à la voix forte.

Billydéki
Sonia Perron Éditions Fides

Coup de cœur pour ce roman touchant sur les pensionnats autochtones, écrit avec respect et empathie par Sonia Perron. L’histoire se déroule dans deux époques différentes, avec les voix de plusieurs personnages, dont celle d’un prêtre rongé par la culpabilité de ne pas avoir dénoncé les événements dont il a été témoin à l’époque. Pour sa part, Billydéki, jeune garçon arraché à sa famille et à sa communauté, bien que brisé par cette période de sa vie, incarne l’espoir et la résilience d’un peuple plus grand que nature. L’amitié et l’amour sont au centre de cette histoire empreinte de lumière malgré tout. Un roman essentiel pour que cette parcelle honteuse de notre histoire ne soit pas oubliée et pour qu’elle ne se reproduise jamais.

Distorsion : 13 histoires étranges de l’ère numérique
Émile Gauthier Groupe Homme

Le Web, s’il est considéré comme le lieu par excellence du partage et de la recherche d’information, est aussi le théâtre d’épopées mystérieuses et inquiétantes. Dans Distorsion, Emile Gauthier et Sébastien Lévesque vous proposent de découvrir ce qu’Internet contient de plus étrange. Ces treize histoires — illustrées avec grand style par RUN — vous feront plonger dans les bas-fonds du Web. Vous ressortirez de cette immersion avec la chair de poule, et regarderez désormais l’utilisation que vous faites de vos cellulaires et de vos divers comptes sur les réseaux sociaux d’un œil différent (et peut-être même méfiant). Si vous avez besoin d’une bonne dose de frousse, ce livre est assurément pour vous ! Êtes-vous prêts à devenir distordus, vous aussi ?

Vos voix ne nous atteindront plus
Julien Guy-Béland Héliotrope

Fuir quand l’insensé nous traque, c’est une solution, mais jamais une réponse. Victime d’un malheureux quiproquo, une jeune Montréalaise est forcée de s’exiler en tout point, quitte à mentir sur sa propre identité à mille lieues de chez elle. Dans une écriture crue jouant entre le français et l’anglais, Julien Guy-Béland peint avec délicatesse le portrait d’un monde sans charme, où le tragique n’a d’égal que l’essoufflement de la raison. Qui ? Pourquoi ? Qu’arrive-t-il ? Tant de questions légitimes que tout le monde se pose. Des paroles presque irrationnelles qui n’ont peut-être pas lieu d’être. Vos voix ne nous atteindront plus c’est un livre fou sans limites qui fait froncer les sourcils.

Épiphanie
Myriam Beaudoin Leméac Éditeur

Avec ce nouveau roman, Myriam Beaudoin nous laisse entrer dans une partie très intime de son vécu. Elle nous raconte toutes les épreuves que son conjoint et elle ont dû traverser dans le but de devenir parents. Quand nous sommes jeunes et en bonne santé, l’infertilité n’est pas une réalité envisageable. Pour combler ce besoin de maternité, l’auteure sera prête à tout essayer : le yoga, l’acupuncture, la médecine chinoise… Toutes les méthodes seront permises pour ne pas perdre espoir. Bien sûr, on pourrait croire que ce roman relate uniquement les difficultés à concevoir un enfant, mais Myriam nous emporte beaucoup plus loin. On s’attache rapidement à cette touchante histoire et même si sa détermination peut parfois paraître excessive, son cri du cœur résonne à travers ses mots. Pour moi, ce récit est un hymne à la détermination, mais surtout à l’espoir. Un petit roman qui touchera tout être qui croit encore en ses rêves.

Rang de la Croix
Katia Gagnon Éditions Du Boréal

Katia Gagnon possède une plume intimiste, envoûtante, à laquelle il est difficile de résister. C’est encore plus vrai avec Rang de la Croix, qui met en scène une maison, personnage central de l’histoire, et les quelques générations qui ont gravi son seuil. Inspirée de sa propre histoire familiale, l’auteure brode, à rebours du temps, le quotidien de quatre femmes, que la vie dans cette maison a bouleversé. De 1994 à 1934, de la jeune hippie à la matrone acariâtre, en passant par la religieuse défroquée et la mère infanticide, c’est toute l’histoire du Québec rural qui défile dans ce roman où la condition des femmes est mise en évidence, où la maison, témoin ou instigatrice de leurs drames, hante les esprits et influence les destinées.

Mademoiselle Samedi soir
Heather O'neill Alto

Nicolas et Nouschka Tremblay sont des jumeaux inséparables. Enfant d’une mère trop jeune, présente par son absence, et d’un père emblématique d’un Québec politiquement engagé, Noushcka tente de se construire un futur sain et respectable au travers des années 90 et du début de sa vingtaine. Le roman propose une quête identitaire à la fois pour Nouschka, alors que sa vie se définit par rapport aux relations qu’elle entretient avec les hommes (et les chats !), frère ou amants, que pour le Québec, à l’aube du référendum de 95. Mademoiselle Samedi soir est le conte ludique d’un quotidien extraordinaire qui devient, sous la plume d’Heather O’Neill, un roman qui nous touche profondément.

Être du monde
Maryse Rouy Éditions Druide

C’est une longue traversée que celle du deuil. Celle de l’Atlantique aussi, lorsqu’on y va par la voie des mers. L’auteure s’embarque sur un cargo dont l’équipage ne tolère qu’une poignée de voyageurs. Prenant le large, elle s’autorise à revenir sur ses mois passés auprès de sa mère, après que celle-ci eut reçu le terrible diagnostic de sclérose latérale amyotrophique (SLA). Elle s’ouvre sur ce rôle essentiel, mais difficile, de proche aidant ; des mois d’oubli de soi-même, alors qu’on sait la partie perdue d’avance. Dans ce va-et-vient doux-amer entre la routine au large et celle de l’accompagnement se dessine le portrait d’une femme aimante et admirable, qui chérissait la vie. Quand la nostalgie se mue en un récit d’une grande beauté.

Je ne suis pas fou
André Marois Héliotrope

Vous aimez le bizarre ? Une histoire qu’on commence et dans laquelle on se demande où ça s’en va ? Alors Je ne suis pas fou est pour vous. On y découvre le quotidien d’un jeune garçon aux prises avec une inquiétante réalité. Ses parents (biologiques ? adoptifs ?) veulent le rendre fou pour se débarrasser de lui tout en touchant les allocations. Ils l’aiment, mais ils l’affament. Des choses disparaissent, réapparaissent. On le surveille, le pousse à bout. Alors, paranoïa, folie, danger imminent ? Une plongée cauchemardesque dans l’univers décalé d’un enfant qui ne s’en laisse pas conter et qui aura besoin de toutes ses ressources pour s’en sortir indemne… Un livre court et choc qu’on lit d’une traite, une coupe qu’on boit jusqu’à la lie.

Feu le Soleil
Suzanne Jacob Éditions Du Boréal

Une humanité souffrant d’un détachement chronique. C’est ce diagnostic que Suzanne Jacob parvient à nous poser à travers ses neuf nouvelles. Ici, les drames individuels obscurcissent les drames mondiaux, parce que les gens marchent côte à côte pour la paix alors qu’ils sont incapables de se côtoyer, et que les décapitations de prisonniers politiques font lieu de conversations de souper. À la manière de Fugueuses, les personnages sont seuls ensemble, isolés par leurs tourments intimes. Chaque histoire parle en fait de l’extinction du soleil, extérieur comme intérieur, physique et allégorique. À cet emblème s’ajoute celui de la mère, leitmotiv du recueil, qui est un peu à l’image de la mort : acquise, mais inabordable.

La Minotaure
Maël Maréchal Éditions Triptyque

Quelques lignes de la prose poétique de La Minotaure suffisent à nous faire entrer dans son imaginaire mythique de Bonhomme Sept Heures, d’enfance en morceaux à partir desquels la narratrice tente de se reconstruire et de s’émanciper, d’identité de genre insaisissable, de désir et de soumission, mais surtout de liberté. Comme premier roman, Mariève Maréchale nous offre ici un labyrinthe de fragments qu’on revisite à la lecture des suivants, avec toujours plus d’intensité qu’à la première lecture. Ce genre de roman qui nous heurte par sa vérité, sa violence, et duquel on sort chamboulé et un peu plus conscient de soi-même.

Saints-Damnés
Marie-Laurence Trépanier Éditions Du Boréal

Pa trouve un bébé fille au creux d’un arbre et le ramène chez lui. Sa femme Ma, plus jeune que lui, la prend en aversion alors qu’il en devient amoureux. Devenue une adolescente d’une beauté envoûtante, Millie décide de disparaître. Commence alors l’enquête auprès d’une galerie de personnages tous plus différents, étranges et effrayants les uns que les autres. Les différents interrogatoires dévoilent les mille et un malheurs de ce village inconnu atteint d’une malédiction certaine. Saints-Damnés se promène entre le conte par l’époque non définie et l’enquête policière par la disparition de Millie. Ce roman noir et parfois cruel où la beauté n’est pas si inoffensive nous expose les laideurs de la vie adulte dans un style simple et efficace.

Seules : ces femmes que j’aime
Louise Portal Éditions Druide

Louise Portal nous brosse quinze portraits intimes et légèrement romancés, inspirés de femmes qu’elle a côtoyées sans toutefois révéler leur identité. Ces femmes tant aimées sont issues de tous les milieux, mais ont une chose en commun : la solitude. Chacune porte en elle une qualité essentielle pour savourer pleinement la vie. Elles sont généreuses, intenses, résilientes, combattantes ou en mouvance. Dans leur solitude, il y a plein de vie. Louise Portal a retenu de chacune quelque chose la guidant vers la sérénité. C’est avec bonheur que nous ressentons la même sensation juste à écouter ou à lire cette grande comédienne, chanteuse, écrivaine et femme de cœur.

Chauffer le dehors
Marie-Andrée Gill La Peuplade

Chauffer le dehors, c’est un cadre de porte dans lequel se bousculent désir et crainte, désœuvrés et indécis, sans savoir s’ils veulent entrer ou sortir. On s’y retrouve dans la simple ambivalence de l’entropie. C’est l’histoire de la porte du poêle à bois qu’on ouvre quand il reste juste de la braise et de celle du campe, béante, parce que ça devient trop bouillant en dedans. C’est aussi l’ouverture d’un passage vers le sensible qui habite chaque chose autour, parce qu’il vaut mieux prévenir que de ne pas entendre cogner. Chauffer le dehors, c’est le souvenir encore chaud d’une cup de café instant Maxwell House qui a passé la journée dans le thermos. Une poésie douce et cruelle, qui parle d’amour, de temps et de vent.

Failure
Emmanuel Deraps Del Busso Éditeur

Failure, c’est l’art de faire intervenir la poésie quand rien d’autre n’advient et qu’elle-même semble se défenestrer. C’est un recueil dont vous êtes le loser, une invitation à assumer tout ce qui, du même coup, est en train de naître et de mourir avec l’indifférence d’une planète qui implose. On y explore la somme des poètes d’hier, du poème lu et de la poésie toujours à faire. Failure, c’est un constat que rien n’est fini, que ce soit l’être ou le poème. C’est à la fois une cassure et une relance, la limite et l’absolu, le déni de tout ce qui viendra à la suite de ce qui n’a jamais été. C’est d’ouvrir une bière déjà bue et d’y essouffler son dernier poème dans le bruit du gaz qui fuit. Et, enfin, d’en arriver à tout ce qui recommence.

Le soleil et ses fleurs
Rupi Kaur Saint-Jean

Encore une fois, je me suis laissée bercer par les mots de Rupi Kaur ! Avec son deuxième recueil de poèmes, elle traite de plusieurs thèmes comme la croissance et la guérison, l’ascendance et le respect de nos racines, l’expatriation et la recherche d’un havre intérieur ! Les cinq chapitres explorent de grandes émotions humaines à travers différentes étapes de la vie : faner, choir, s’enraciner, croître et s’épanouir. Avec de mélodieuses métaphores ainsi qu’une vérité crue, mais bien réelle, j’ai lu les états d’esprit de cette inconnue qui, lors de certains passages, semblait me lire comme un livre ouvert.

Les cordes de patience
Pierre Peuchmaurd L'oie De Cravan

Après avoir publié les aphorismes du regretté Pierre Peuchmaurd, L’Oie de Cravan fait paraître ce printemps Les cordes de patience, petit recueil d’une trentaine de pages seulement. Mais, plaquette ou pas, lorsque c’est du Peuchmaurd, je me garroche. Tout comme dans Fatigues, le surréaliste érudit tresse de ces tableaux évoquant par moment l’œuvre de Hieronymus Bosch. Par exemple : « Le diable s’est couché dans la truie, l’eau a grondé, rose et jalouse, l’ange a pourri l’auge. Neuf porcelets dansent sur leurs cornes » ; ou encore : « La neige monte un cheval bas, les châteaux flambent dans leurs tiroirs, le grand porc des étoiles passe sa langue sur nos cils, la guerre augmente ses prix, on connaît ses dimanches ». Un hommage au « Printemps carcasse » où je me perdrais des heures durant.

Histoire de la souffrance (t. 1) : Âmes
Tristan Garcia Gallimard

En suivant quatre âmes depuis la naissance de la souffrance (autant dire de la vie) jusqu’à la fin du IXe siècle sur les terres désolées de l’Australie, le prodigieux conteur Garcia médite sur la cruelle transhumance des existences. Les lecteurs craintifs auront tôt fait de qualifier le jeune auteur de mégalomane patenté, les autres, comme moi, applaudiront des mains et peut-être même des pieds en achevant le premier chapitre de cette fresque monumentale. Virtuose dans le style, confondant de maîtrise dans le pastiche, Garcia s’inspire sans vergogne de tous les grands récits (pensons à Gilgamesh, les Quatre livres extraordinaires de la littérature chinoise, le Râmâyana, etc.) pour en tirer ce grand roman philosophique, cette épopée de la douleur, cette aventure narrative enveloppante et enivrante.

Le yiddish à l’usage des pirates
Gary Barwin Éditions Du Boréal

Certains perroquets parlants s’en tiennent à « Coco veut un biscuit ». Ici, il est question d’une aventure de 400 pages racontée par Aaron, perroquet comique qui témoigne de la vie de son maître Moshé. Dans le premier roman traduit en français de Gary Barwin, on suit littéralement à vol d’oiseau le destin d’un garçon né dans une famille juive, qui va vouloir à la fois satisfaire son rêve d’être un marin explorateur et défendre les autres juifs à l’époque des pirates et de l’Inquisition. C’est un roman d’aventures, de cape et d’épée, qui traite avec douceur des conflits religieux entre deux blagues qui « plument » ! Du divertissement pur !

Grace
Paul Lynch Albin Michel

Octobre 1845 en Irlande. Sarah ne réussit plus à nourrir ses enfants. La Grande Famine la force à chasser Grace, son aînée, espérant qu’elle aura ainsi une chance de s’en tirer. Déguisée en garçon, l’adolescente entame un terrifiant périple à travers les campagnes ravagées de l’île, là où règne un dangereux chacun pour soi… Au fil des drames qui abondent (mort de son frère cadet qui l’avait suivie en cachette, emplois dégradants, séquestration…), la jeune fille oublie bientôt la frontière entre le bien et le mal, concentrant le peu de son énergie à tout faire pour survivre. Superbement écrit (et traduit), le roman de Paul Lynch frappe par son pouvoir d’évocation à la fois tragique et magnifique. En résulte une œuvre puissante, difficile à oublier.

La goûteuse d’Hitler
Rosella Postorino Albin Michel

1943. Pendant que son mari combat en Russie, Rosa Sauer emménage à la campagne, chez ses beaux-parents, près du bunker où le Führer s’est installé. La voilà bientôt forcée d’agir comme goûteuse pour un Hitler de plus en plus paranoïaque. Malgré les pénuries généralisées, elle mange à sa faim, comme ses neuf compagnes d’infortune. Mais la peur est omniprésente, chaque bouchée pouvant être la dernière si un plat a été empoisonné… et c’est sans compter la cruauté des S.S. Au fil des mois, dans un climat souvent tendu, chacune tente d’assurer sa survie… S’inspirant de la vie de Margot Wölk qui a vraiment été goûteuse pour Hitler, la romancière italienne dresse un portrait étonnant et touchant de ces femmes jusque-là tombées dans l’oubli. Fascinant !

Sortie côté tour
Patrick Dewitt Alto

Patrick deWitt confirme son talent pour présenter des personnages différents, un peu paumés, mais intègres, qui empruntent les chemins de traverse de l’originalité. Ici, on suit les tribulations de Frances Price et de son fils, Malcolm, lorsqu’il s’avère que leur fortune est dilapidée, faute d’avoir fait preuve de modération. De New York à Paris, seuls ou en bande d’amis improvisés, mère et fils continuent de jouer un jeu auquel personne ne peut prédire l’issue. L’auteur construit un récit déjanté — un chat au caractère bien trempé suit partout les protagonistes —, à l’humour grinçant qui s’apparente davantage à la caricature qu’au simple roman. Cultivant les moments étranges, jouant sur les malaises, deWitt offre une lecture unique, savoureuse.

L’empreinte
Alexandria Marzano-Lesnevich Sonatine Éditions

Le style d’Alexandria Marzano-Lesnevich est surprenant et déroutant ! Dès les premières pages, on est séduit et incapable de lâcher ce livre. Difficile de ne pas penser qu’on est dans un excellent thriller… mais c’est un récit. Étudiante en droit, Alexandria est assurément contre la peine de mort et s’intéresse au cas de Rick Langley, accusé du meurtre d’un très jeune garçon et condamné à la peine capitale. L’histoire familiale d’Alexandria se juxtapose à celle du prisonnier. Le bourreau et la victime ? C’est tellement plus complexe. Ce récit nous amène à réfléchir sur la peine de mort et le pardon. Nos traumatismes laissent en nous une empreinte indélébile tout comme ce récit. Voilà bien longtemps que je n’avais pas été aussi troublée par une lecture.

Né d’aucune femme
Franck Bouysse La Manufacture De Livres

Un prêtre hérite de cahiers sortis en douce d’un ancien couvent hébergeant des malades psychiatriques oubliés du monde. Par ce legs, l’homme d’Église se retrouve détenteur d’une mémoire vive dont il ne sait que faire… Dès la première lecture, le poids du secret pèse sur sa conscience. La vie de Rose a tout d’un conte horrible. Un père qui, par désespoir, vend sa fille. Une enfant de 14 ans se retrouvant prisonnière d’un manoir habité par un duo diabolique qui lui fait vivre les pires horreurs. Pourtant, cette histoire, c’est aussi celle de rencontres porteuses d’espoir et d’actes de courage plus grands que nature. Au-delà du récit dur et poignant, un roman d’exception. Et un auteur dont on retiendra le nom.

Nino dans la nuit
Capucine Johannin Allia

Nino, 19 ans, compte les euros et les trous du plancher dans son appartement chauffé au mini four. Seul point de lumière, son amour pour Lale, et les nuits parisiennes pour échappatoire. Ce portrait générationnel est aussi le récit de la marginalité, de ceux pour qui se prêter au jeu du capitalisme est synonyme de soumission, un manifeste pour l’anticonformisme et un hommage aux acteurs de l’ombre, que le système invisibilise pour sauver nos consciences. Nino c’est votre caissier, votre Uber, votre livreur à vélo. Son amour fulgurant, autant de vies humaines nichées derrière la précarité. Un roman d’une lucidité tranchante, où se côtoient trivialité, lyrisme amoureux et poésie urbaine, dans une langue incisive, outrageusement contemporaine.

La transparence du temps
Leonardo Padura Métailié

Les gens de La Havane font de la pauvreté heureuse leur planche de salut nationale, usant de l’amitié et de la fête pour soigner la mélancolie ambiante dans ce flamboyant récit, enrobant comme une chaude couverture, coloré comme une rue havanaise, de Leonardo Padura. Mais Mario Conde, l’ancien commissaire de police, en a un peu assez des privations. C’est pourquoi il n’hésite pas à aider, contre une somme très substantielle, un ancien ami d’enfance à récupérer des objets d’art volés. Tribulations et surprises vont être au rendez-vous. Tout en constatant qu’en ce temps « d’ouverture économique », le fossé s’aggrave sur l’île cubaine entre perdants et gagnants, Conde va devoir affronter le singulier pouvoir d’envoûtement d’une statue de vierge noire, un pouvoir remontant loin dans le temps, un pouvoir pouvant mener jusqu’au meurtre. Le plus beau coup d’éclat de l’écrivain cubain depuis L’homme qui aimait les chiens.

Au-delà des frontières
Andreï Makine Grasset

Lorsqu’on lui remet entre les mains le livre de Vivien, un jeune auteur désabusé, le narrateur, écrivain lui-même, ne sait que faire devant ces idées monstrueuses. Désirant en parler face à face, il découvre par Gaïa, la mère de Vivien, que son fils s’est suicidé. Toute la suite du roman tient dans le salut de cette femme, dans son chagrin. Les questionnements sont sans fin : est-ce Makine lui-même qui se met en scène à travers ce narrateur-écrivain ? Comment dépasser les jugements, les pensées et les idéologies qui déferlent dans notre monde contemporain ? Il nous montre dans ce roman polyphonique que l’essentiel subsiste dans la lenteur et la simplicité, mais surtout, dans l’idée d’une possible transcendance de la vie.

À la ligne : Feuillets d’usine
Joseph Ponthus La Table Ronde

Le roman « ouvrier » nous permet d’explorer en profondeur la condition matérielle des époques où il est écrit. Pensons un instant à Germinal, et aux conclusions que celui-ci nous permet de tirer sur l’horreur du travail minier de l’époque. À la ligne, le premier roman de Joseph Ponthus, s’inscrit dans ce courant. Il évoque dans ces « feuillets d’usine » versifiés tout un pan de la précarité française contemporaine. On ne peut qu’être harassé, comme lui, lors de la lecture de ces pages et ces pages où il reçoit, dépèce, emballe et expédie diverses bêtes et carcasses aux quatre coins du monde. De cette instabilité, Ponthus fait jaillir une littérature poétique et diablement intéressante.

Buru quartet (t. 4) : La maison de verre
Pramoedya Ananta Toer Zulma

Ici s’achève le « Buru Quartet », cette immense fresque de plus de 2 000 pages enfin intégralement traduite en français. Cela aura été un long et grand voyage d’émancipation, une étude vivante du choc de la culture européenne avec celle de l’Asie, une dénonciation subtile de l’atrocité des mécanismes coloniaux. Dans ce dernier tome, il nous faut laisser Minke, narrateur et héros des trois précédents volumes. S’opère un renversement de perspective habile où l’on se retrouve à voir le monde par les yeux d’un autre indigène talentueux, celui-là moins solide dans sa probité que Minke, cédant rapidement aux privilèges du pouvoir malgré les tourments de la conscience. Héros et lâches finissent indistinctement broyés, les espoirs enfouis sous une tombe barbouillée, sans que l’Histoire n’en fasse trop de cas, hermétique à ce qui se trame sous ces latitudes.

Affamée : Une histoire de mon corps
Roxane Gay Édito

Le mot qui correspond probablement le plus à l’expérience de lecture de la traduction de Hunger : A Memoir of (My) Body est « ouch ». Après le viol collectif dont elle est victime à l’âge de 12 ans, Roxane Gay prend le contrôle de son corps en prenant du poids pour se protéger du désir qu’il engendre chez l’autre. À partir de sa propre expérience, elle retrace le récit de son corps en analysant avec justesse et émotion le rapport médical — rempli de jugement, voire haineux — que la société entretient avec l’obésité, mais aussi comment son corps influence ses rapports à autrui. Avec une conscience éloquente de sa propre existence, Roxane Gay, qu’on connaissait déjà pour Bad féministe, confirme l’excellence de son écriture et la brillance de son esprit.

On peut plus rien dire : Le militantisme à l’ère des réseaux sociaux
Judith Lussier Éditions Cardinal

Des luttes qui persistent aux plus récentes, Judith Lussier retrace divers événements et valide les actions — ou illustre les contradictions — des social justice warriors. Liberté d’expression oblige, les opinions fusent, nourrissant des débats parfois constructifs sinon sourds ou violents. En dépit des frustrations que ces critiques peuvent générer, le droit de réplique se démocratise. Ceux qui avaient l’apanage de la parole publique doivent accepter ce partage de tribune. Chaque voix a sa raison d’être entendue, d’où l’existence de ces guerriers. Lire cet essai aide à passer de l’autre côté du « filtre » d’actualité, quels que soient nos valeurs et principes. On peut plus rien dire ? Si. Mais il vaut mieux se préparer à la réponse qui suivra.

La pomme et l’étoile
Étienne Beaulieu Éditions Varia

Écrit par une plume au sommet de sa maîtrise, cet essai littéraire d’Étienne Beaulieu s’inscrit dans une démarche d’« ego-histoire ». Il s’agit pour le professeur et éditeur de comprendre notre époque ainsi que son propre parcours existentiel, par l’œuvre de ces deux peintres québécois d’exception que sont Ozias Leduc et Paul-Émile Borduas. Ce qui l’intéresse chez eux est donc avant tout leurs représentations dans l’imaginaire social. Si Leduc est le peintre de la transcendance ancrée dans un territoire et les gestes du quotidien, l’œuvre et la vie de Borduas sont marquées par l’affranchissement et la déterritorialisation. À l’instar du Québec contemporain, l’essayiste se trouve tiraillé entre ces deux tendances qu’il cherche à réconcilier par l’écriture.

Une autre fin du monde est possible
Pablo Servigne Seuil

Quatre ans après la parution de Comment tout peut s’effondrer, précédent ouvrage de Servigne et Stevens, l’idée d’effondrement fait plus débat que jamais, portée notamment par une actualité environnementale qui laisse peu de place à l’optimisme. La collapsologie, cette étude des fragilités multiples de notre civilisation industrielle, est ici mise au profit d’un questionnement plus large sur les implications morales, voire spirituelles d’un horizon effondré. Comment vivre ce processus plutôt que d’y survivre ? En mobilisant une « collapsosophie » de la résilience transdisciplinaire, parfois inattendue mais toujours judicieuse. Une réflexion hors des sentiers battus, qui donne matière à réflexion et fera sans doute elle aussi débat.

Adam Lehmann
2 juin 2019
J.R.R. Tolkien à 20 ans : Prélude au Seigneur des anneaux
Alexandre Sargos Au Diable Vauvert

Alexandre Sargos, dans ce prélude au Seigneur des anneaux, nous dresse avec réalisme et imagination le portrait de la jeunesse de Tolkien, méconnue d’une majorité de ses lecteurs. Qu’a-t-il lu ? Sur quels paysages ses yeux se sont-ils arrêtés ? Qu’a vécu cet amoureux de la nature pour souffrir du spectacle de cette terre souillée par la révolution industrielle et saignée par la guerre ? Sargos nous fait découvrir ses sources d’inspiration. La perte d’amis chers et l’amour pour sa femme Édith le motiveront à poursuivre une œuvre poétique qui se transformera, par la verve de ce philologue, en une prose qui donnera vie à un « irréel féérique » et à une « géographie imaginaire ». Enfin, on découvrira chez Tolkien cet héritage de foi catholique légué par sa mère et soutenu par un prêtre devenu son tuteur et ami.

Denis Dumas (Morency)
2 juin 2019
La vie en gros : Regard sur la société et le poids
Mickaël Bergeron Productions Somme Toute

Dans une ère où le sexisme, le racisme et l’homophobie sont des sujets qui font partie intégrante de nos discussions, qu’en est-il de la grossophobie, cette attitude hostile qui contribue à discriminer les personnes grosses ? Abordant le sujet sous plusieurs angles, Mickaël Bergeron partage avec nous son point de vue et des témoignages qu’il a recueillis. Le tout est appuyé par des analyses sociologiques, scientifiques et historiques. Avec sa plume sensible, il nous livre des expériences diverses vécues au quotidien. La lecture de cet ouvrage ne laissera personne indifférent et nous fait réfléchir sur la bienveillance que nous devrions avoir les uns avec les autres. Un premier pas vers la discussion, le débat et l’ouverture d’esprit.

Le Seigneur
Romano Guardini Salvator

Les ouvrages sur la vie de Jésus ne manquent pas. Ce personnage est fascinant. Que l’on veuille percer en lui le mystère surnaturel ou tout simplement le réduire à une construction historique. Le Seigneur de Romano Guardini n’a rien d’une approche psychologique ni d’un recueil des faits miraculeux qui entourent sa vie. Nous avons entre les mains un livre d’édification et de méditations. C’est un livre où l’on doit s’arrêter pour entendre, se laisser porter et, qui sait, être interpellé. L’auteur n’a qu’un objectif en tête : nous faire rencontrer le Christ présent dans les Écritures et nous aider à mieux voir sa personne, à mieux comprendre ses paroles, à nous assimiler plus purement le sens même de sa vie. Cette approche met l’accent sur la manière dont Jésus a vécu humainement sa divinité. À savourer lentement. On tend l’oreille aussi et on découvre « un Jésus qui n’est pas façonné selon nos propres standards ».

Denis Dumas (Morency)
2 juin 2019
On n’oublie jamais rien : Le génocide comme je l’ai vécu
Marie-Josée Gicali Éditions Hurtubise Inc.

Cela fait déjà vingt-cinq ans que l’une des pires tragédies dans l’histoire de l’humanité a eu lieu. Bien sûr, il y a eu plusieurs récits sur le génocide du Rwanda et ils ont tous su nous bouleverser. Dans ce livre, Marie-Josée Gicali nous présente sa propre histoire avec une résilience qui caractérise bien souvent les victimes de ce drame. J’ai particulièrement apprécié la mise en contexte au début du livre. L’auteure nous présente le Rwanda de son enfance avec toutes ses beautés et ses légendes. Elle nous le présente avec amour et espoirs malgré toutes les violences que son pays vivra par la suite. Bien que nous croyions tout savoir sur cette tragédie, il reste encore trop de silence à faire éclore. La préface est écrite par Alain Stanké qui a aussi réalisé un excellent documentaire sur le génocide rwandais. Il est vrai qu’on n’oublie jamais rien et ce souvenir permettra peut-être de ne pas répéter l’innommable…

Une culture du viol à la française
Valérie Rey-Robert Libertalia

Féministe connue des milieux militants français, Valérie Rey-Robert nous propose dans son premier livre une étude très complète de la culture du viol dans l’Hexagone. De la banalisation des agressions sexuelles à la déresponsabilisation des agresseurs, l’auteure couvre de manière extensive les biais culturels, sociaux ou juridiques encourageant cette culture du viol. Ce pavé dans la mare de 300 pages offre ainsi une analyse pointue de l’acceptation et du traitement des violences sexuelles dans la société, mais également des pistes pour dépasser cette réalité, à travers la déconstruction de la domination masculine, la refonte de l’espace public ou encore le démantèlement des stéréotypes de genres. Une lecture nécessaire pour prendre conscience de tout ce qui est encore à faire.

Benoît Vanbeselaere
2 juin 2019
Au bon vieux temps
Marion Cocquet Editions De L'observatoire

C’est le propre de l’humain de regarder le passé avec nostalgie et lorsqu’on se remémore la Belle Époque parisienne ou le temps des rois, c’est une image de carte postale qui se présente à notre imaginaire. Mais la réalité était tout autre ; odeur d’excréments, gingivite, froid glacial, syphilis, maladies infantiles et violence étaient le quotidien de la plupart des Européens. À travers la thématique éclectique de ce livre, on découvre que, jusqu’à tout récemment, le manque d’hygiène et la pollution étaient généralisés, tout comme les « originaux » étaient automatiquement mis au ban de la société. Une lecture passionnante qui nous fait sourciller à maintes reprises, mais qui prouve hors de tout doute que la société évolue. Le bon vieux temps… un mythe.

Queer city : L’homosexualité à Londres, des Romains à nos jours
Peter Ackroyd P. Rey

La présence reconnue de l’homosexualité dans la capitale de la grande Albion remonte à ses racines romaines et fut, selon l’humeur du temps, l’apanage ou le vice autant des nobles que des simples habitants. Suivant les époques, l’homosexualité sera soit exaltée ou réprimée sévèrement. Cet ouvrage rédigé avec un intérêt certain se révèle comme un passionnant voyage dans le temps qui nous apprend, avec anecdotes et faits historiques surprenants, le long cheminement des gais et des lesbiennes pour être reconnus et considérés comme des êtres à part entière. La plume exemplaire de l’auteur va tout droit dans le mille avec ce livre à la fois amusant, déroutant et aussi coloré que les nombreuses expressions dérivées du mot queer qu’on y trouve au gré des pages.

Les secrets du pensionnat
Joanna Goodman Saint-Jean

Kersti Kuurst a 14 ans lorsqu’elle intègre le pensionnat en Suisse. Elle se lie d’amitié avec la belle Cressida, au tempérament impétueux, et elles deviennent inséparables jusqu’à ce qu’un terrible accident survienne à la fin de leur dernière année scolaire. L’affaire, qui avait été étouffée, refait surface lorsque, vingt ans plus tard, Kersti reçoit une invitation pour le centenaire du pensionnat. Elle décide de mener l’enquête et de lever le voile sur le secret du pensionnat. Cressida s’est-elle suicidée ou a-t-elle été assassinée ? Kersti déterre alors de vieux fantômes, ce qui n’est pas pour plaire à tous… Nous côtoyons en parallèle le récit de leurs années au pensionnat, qui nous met en contact avec les suspects et que nous retrouvons dans l’enquête de Kersti. Une intrigue efficace et sans temps mort, parsemée de rebondissements inattendus.

L’Outsider
Stephen King Albin Michel

Dans ce dernier roman, on retrouve enfin le bon vieux Stephen King des monstres ! Renouons avec la peur et l’horreur à l’état pur, dans la lignée de Ça, Carrie et Sac d’os. Ici, un monstre subtil, insaisissable. Un shérif plein de bonne volonté. Des habitants un peu trop curieux. Un coach un peu trop parfait. Une ville où tout le monde connaît tout le monde. Le terreau parfait pour cette histoire que vous ne pourrez plus lâcher ! Coup de cœur instantané, un incontournable pour les fans et parfait pour ceux qui désirent découvrir l’auteur !

L’arbre aux morts
Greg Iles Actes Sud

À la fin du formidable Brasier noir, le lecteur, haletant, venait de voir le procureur Penn Cage et sa fiancée, la journaliste Caitlin Masters, échapper à la mort atroce que leur réservait l’homme d’affaires corrompu Brody Royal. Dans ce deuxième tome fort attendu, les deux protagonistes poursuivent leur quête de vérité afin d’éviter la prison au père de Penn et d’élucider les meurtres de jeunes Noirs commis cinquante ans plus tôt par des fanatiques du Ku Klux Klan. Pour ce faire, il faudrait localiser l’arbre aux morts, lieu secret où d’horribles sévices ont été infligés… et mater le machiavélique Forrest Knox, chef du Bureau des enquêtes criminelles de Louisiane, âme damnée s’il en est une… On attend déjà le dernier tome de cette trilogie passionnante !

Quelques battements d’ailes avant la nuit
Ariane Gélinas Éditions Alire

Ariane Gélinas nous présente de sa plume saisissante un personnage aux allures uniques, Séverine Proulx. Sa description nous fascine par ce qu’elle nous apprend : elle est atteinte du vitiligo, une maladie qui décolore la peau. Très vite remarquée dans son nouveau chez soi à Fermont, Séverine tente rapidement de créer des liens avec ses concitoyens, non sans grande peine cependant. Le mystère entourant des meurtres commis récemment provoque en elle des pensées difficiles à ignorer. De plus, l’aspect fantastique et le réel sont difficiles à discerner, car nous ignorons s’il s’agit d’un problème psychologique ou d’un élément fantastique de l’histoire. Un livre stimulant pour les mordus de psychés recherchées.

Le verdict
Nick Stone Gallimard

Terry Flint, greffier dans un bureau d’avocats renommé, travaille sur le dossier de Vernon James accusé du meurtre d’Evelyn Bates. Hésitant à accepter le défi d’accompagner les avocats, Terry y voit une occasion en or de prendre sa revanche face à des accusations portées contre lui par Vernon, du temps de l’université. Considéré comme un thriller, Le verdict nous tient en haleine du début à la fin. On assiste aux préparatifs du procès qui nous laisse croire à la condamnation de l’accusé. Plus on approche de la date fatidique, plus l’évidence ne semble plus aussi claire. Le lecteur est happé par le rythme dynamique et les rebondissements de nombreuses filatures. Un roman intelligent, bien ficelé qui se lit aisément malgré le nombre de pages volumineux.

Le Saint Patron des plans foireux
Éric Gauthier Éditions Alire

Sigouin a décidé de mieux gagner sa vie… mais quand sa partenaire d’affaires lui propose une dernière combine — trafiquer le squelette d’un saint —, les rouages se remettent à tourner dans sa tête. Toutefois, son plan ingénieux sera mis sens dessus dessous quand le squelette reprendra vie ! Une histoire pleine de tournures catastrophiques et « eucatastrophiques », pour reprendre un néologisme tolkien, peuplée de personnages qui ne sont ni saints ni escrocs, mais un peu les deux, dans un monde qui a besoin de petits et grands miracles. Quel délice de retrouver la prose descriptive de cet auteur qui mélange avec brio le quotidien et le merveilleux (avec une touche philosophique et une bonne dose d’humour). Un peu de réalisme magique pour les habitués du fantastique comme les nouveaux venus.

Neiges rouges
François Lévesque Éditions Alire

Une dénonciation anonyme amène deux agents de la SQ au domicile d’Anna Wabanonik, soupçonnée de trafic de stupéfiants. On est au nord du Québec et les relations entre Autochtones et Blancs sont souvent tendues… Malgré le casier judiciaire vierge d’Anna, à l’arrivée des policiers, elle s’enfuit avec sa fille. Parent et Lemay se lancent à leur poursuite jusqu’à ce que Lemay, sans raison, dégaine son arme et abatte la mère pendant que la fille s’enfonce dans la forêt enneigée. Parent, abasourdi, interpelle son partenaire qui lance qu’une guidoune ne détruira pas sa vie avant de pointer son arme vers son collègue… Quand Parent se réveille à l’hôpital quelque temps après, les questions abondent et les réponses ne manqueront pas de rougir la neige ! Captivant !

À même la peau
Lisa Gardner Albin Michel

Ce thriller psychologique nous happe dès le deuxième chapitre. L’inspectrice D.D. Warren souffre atrocement d’une blessure à l’épaule et d’une perte de mémoire, ce qui ne l’empêche pas de pousser son enquête afin d’élucider des meurtres macabres. L’assassin semble suivre le modèle d’un tueur oublié depuis quarante ans ! Une des filles de ce tueur est déjà en prison pour meurtres. L’autre n’est rien de moins que la psy qui aide Warren à surmonter sa douleur alors qu’elle-même souffre de n’en ressentir aucune ! Gardner place son enquêtrice devant des face-à-face contradictoires pour aboutir vers une conclusion haletante. À ne pas lire la nuit !

Exhumation
Jonathan Kellerman Seuil

Les auteurs Kellerman nous amènent dans une enquête remplie de questions. La victime est-elle morte accidentellement ou a-t-elle été tuée ? La première hypothèse, trop facile, est retenue par le patron, mais l’enquêteur persiste à chercher sans relâche. Le meurtre antérieur d’un collègue de la victime est-il relié ? L’accusé de ce crime est toujours recherché, mais est-il le vrai coupable ? Qui a raison ? J’ai aimé la démarche de l’enquêteur faisant fi des opinions de son entourage. Toutes ces réponses se trouvent dans ce livre dont le rythme est lent, mais avec une conclusion qui ébranle nos sentiments.

Aussi loin que possible
Eric Pessan Ecole Des Loisirs

Dans Aussi loin que possible, Éric Pessan nous entraîne dans une lecture non pas haletante, mais au contraire posée, ancrée dans l’instant présent des pas de course de Tony et d’Antoine. La course qu’ils entreprennent un matin comme les autres pour fuir leur quotidien se transforme en voyage identitaire à deux sur les routes de France. Si Tony craint que sa famille aimante soit menacée d’expulsion vers l’Ukraine, Antoine subit la violence quotidienne de son père. Ensemble, dans le silence ponctué des respirations asthmatiques d’Antoine, ils font face aux intempéries et à leurs propres peurs en courant toujours de plus en plus loin, en puisant toujours plus profondément en eux pour trouver la force de continuer. Dès 13 ans.

À qui la frite ?
Chloé Varin Fonfon

S’il se fie à la page Facebec de sa cousine Mariette la mouette, elle profite de sa liberté pour filer sur l’océan à la recherche de poisson frais. Quant à Gontran, lui, il est maître du stationnement et se goinfre de frites bien grasses. Mais qui peut prétendre à la vérité ? Chacun enviant le sort de l’autre, chacun part rejoindre l’autre en même temps, mais sans se croiser. Dans cette fable hilarante sur l’envie et l’image qu’on projette, Chloé Varin s’amuse à lancer son message aux enfants sans qu’il n’y paraisse grâce à une verve colorée et dynamique. Les illustrations de France Cormier, mordantes, ajoutent du caractère aux deux protagonistes et complètent à merveille l’histoire. Un album fabuleux pour rigoler, enrichi d’une subtile leçon de vie ! Dès 4 ans.

Du haut de mon cerisier
Paola Peretti Gallimard-Jeunesse

Du haut de ses 9 ans, Mafalda doit affronter le brouillard qui gagne sa vision. Atteinte d’une maladie rare, elle perd un peu plus chaque jour la vue et c’est donc en mètres, puis en pas, qu’elle mesure la distance à laquelle elle peut distinguer le cerisier de son école. Entre ses parents qu’elle voudrait rassurer, attentionnés, mais parfois maladroits, et ses camarades de classe qui oublient son handicap, elle peine à trouver ses repères dans la vie qui l’attend. Heureusement, elle n’est pas seule ! Avec des personnages crédibles et une plume vive, l’auteure offre un premier roman hyper touchant, inspiré de sa vie, empli de ces réflexions enfantines candides et sages à la fois, où la résilience se bâtit à force d’amitié et de confiance. Dès 10 ans.

Démoniaque
Camille Bouchard Éditions Hurtubise Inc.

Adam ne risque pas d’oublier sa rencontre avec Léonard. C’était le jour du décès tragique de son grand-père, juste avant que celui-ci ne revienne à la vie ! D’autres événements inexpliqués se produisent dans les mois qui suivent. Curieusement, Léonard n’est jamais loin. Impossible de le questionner à ce sujet, car sa mère lui impose le silence et ses six frères aînés veillent à faire appliquer le règlement. Plus tard, à l’école secondaire, Léonard souffre de maux étranges. Cette fois, il veut se confier à Adam. L’auteur nous entraîne dans une de ces histoires sombres dont il a le secret. Superstitions, magie noire, phénomènes paranormaux sont entremêlés avec doigté pour faire trembler les lecteurs sans jamais réfréner leur plaisir. Dès 12 ans.

Mon père : Le plus grand des agents bricoleurs
Barroux Barroux Little Urban

Si vous connaissez un père qui a l’âme d’un grand bricoleur, le nouvel album de Barroux chez Little Urban est pour vous ! Dans cet album, on ressent toute l’admiration d’une petite fille pour son papa, son héros prêt à tout bricoler pour colorer ses journées. Et il n’y a pas que le père qui sait colorer des journées puisque les illustrations de Barroux sont splendides ! Elles renferment avec minutie une panoplie de détails (et d’outils !) dont les teintes s’agencent à merveille. On passe des couleurs sobres aux couleurs vives, ce qui permet au lecteur de déployer toute la force de son imagination. Dès 5 ans.

Le grand livre des superpouvoirs
Susanna Isern Editions Père Fouettard

Après La montagne de livres et Mon ami extraterrestre, Rocio Bonilla me charme une fois de plus avec la qualité deses illustrations dans Le grand livre des superpouvoirs ! Ces dernières accompagnent le discours poétique de Susanna Isern qui souligne les superpouvoirs de plusieurs enfants différents. Toutefois, ces pouvoirs sont une simple caractéristique qui forme la personnalité de la future génération, que ce soit leur créativité, leur optimiste ou bien leur passe-temps comme la lecture ou la danse. Un album pertinent à découvrir avec les jeunes, qui non seulement sont passionnés par tout ce qui est surnaturel, mais cherchent également à trouver leurs talents, à saisir leurs goûts et même à affirmer ce qui les rend uniques ! Dès 5 ans.

Rivière-au-Cerf-Blanc
Véronique Drouin Éditions Québec Amérique

Ce nouveau roman de Véronique Drouin est sans aucun doute, pour moi, un très grand coup de cœur de la rentrée littéraire du printemps. Dans ce récit d’horreur, qui est son deuxième chez Québec Amérique, l’auteure nous offre un éventail d’émotions sur un plateau d’argent. C’est l’histoire d’Estelle, étudiante en histoire de l’art, qui part camper en forêt avec son copain. Alors que la jeune femme voulait mettre un peu d’ordre dans ses pensées, voilà qu’apparaissent d’étranges sculptures ainsi que des cailloux blancs qui viendront mettre une ombre à son tableau. Je vous laisse le plaisir d’en découvrir davantage sur cette intrigue, mais préparez-vous bien à lire un roman d’horreur intelligemment composé où les frissons se mélangent souvent à la peur. Dès 14 ans.

Félix, chasseur de dinosaures
Alain M. Bergeron Éditions Québec Amérique

C’est au tour de Félix d’être l’élève du jour ! Madame Isabelle l’attend en classe pour réaliser son rêve. Grâce au pouvoir secret de l’enseignante, Félix est propulsé, avec tous ses amis, au pays… des dinosaures ! Commence alors la chasse aux images exceptionnelles, ainsi qu’aux émotions fortes, car le périple n’est pas sans danger. Garçons et filles vivent un fabuleux voyage dans le temps grâce à l’écriture accessible, drôle et rythmée d’Alain M. Bergeron et aux illustrations vivantes et colorées de Mika. Une façon ludique d’en apprendre un peu plus sur ces créatures disparues qui fascinent les enfants, et de stimuler leur plaisir de lire. Une collection spécialement conçue pour premiers lecteurs, et qui a tout pour leur plaire ! Dès 7 ans.

Raymond le bison
Lou Beauchesne La Courte Échelle

Le livre Raymond le bison, c’est le protagoniste de l’histoire que l’on a entre les mains. Lorsque le livre est rapporté par erreur à la bibliothèque, Raymond découvre qu’il a la capacité d’en sortir. En attendant que « son » Gilles vienne le récupérer, il se lie d’amitié avec la bibliothécaire et l’aide dans ses tâches. Cela jusqu’à la retraite de celle-ci… Raymond, c’est le bison le plus attachant qu’il nous a été donné de voir. Son histoire est charmante, drôle et touchante, et se lit aussi bien comme un album jeunesse que comme un petit roman. Un vrai coup de cœur, bien illustré, qui donne envie de manger des cornichons au citron, l’en-cas préféré du petit Raymond et de son amie la bibliothécaire. Dès 7 ans.

Ils ne veulent pas jouer avec moi !!!
Andrée Poulin Dominique Et Compagnie

Fanfan, jeune flamant rose, veut jouer avec Zac et Paco. Le zèbre et le panda ne veulent pas partager leur jeu avec lui. « Tu es trop rose et en plus, c’est la couleur des princesses et des bébés braillards », lui reprochent-ils. Triste, il va consulter les membres de sa famille. Chacun lui montre les avantages d’être rose, mais Zac et Paco les démolissent avec facilité. Après plusieurs tentatives, Fanfan rencontre un lémur qui lui redonne le sourire. La force de cet album demeure dans l’utilisation des animaux et l’humour pour traiter de sujets plutôt sérieux : l’exclusion, la différence, le racisme et le vivre-ensemble. Une histoire simple et amusante aux illustrations en noir, blanc et rose porteuse d’espoir face à l’adversité. Un indispensable. Dès 3 ans.

Clovis est toujours tout nu
Guylaine Guay De La Bagnole

La maman de Clovis ne sait plus quoi faire, peu importe la situation ou les endroits visités, dès qu’elle a le dos tourné, il se retrouve toujours tout nu ! Clovis ne peut pas faire autrement, il n’aime pas les vêtements. L’hiver arrive bientôt et il est grand temps de trouver des habits qu’il acceptera de garder sur lui. Guylaine Guay, dans cet album, nous raconte son fils autiste Clovis, avec toute la tendresse et l’humour qu’on lui connaît. Les illustrations d’Orbie sont dynamiques, énergiques et nous donnent envie d’embarquer dans les péripéties de Clovis. Cette histoire permet avec humour d’ouvrir une discussion avec les enfants sur la différence et la tolérance. Fous rires garantis ! Dès 4 ans.

Avez-vous vu ma girafe ?
Michelle Robinson Éditions Les Malins

Gagner une girafe, ça semble bien plus rigolo que de gagner un poisson rouge. Par contre, un problème et quelques petits autres peuvent survenir lorsqu’il faut convaincre les parents de lui faire une place à la maison. On a beau tout essayer, pas moyen d’y arriver parce qu’une girafe, c’est ÉNORME et maladroit ! Du moins, c’est ce qu’en disent les parents. Alors, si on essayait de la camoufler ? De la déguiser ? Il faut avouer que rien n’y fait. Faudra se résigner à la retourner en forêt. Mais si la solution s’y trouvait ? Suffisait d’y penser ! Et voilà enfin des idées pour s’amuser tous ensemble. Après tout, une girafe c’est mignon ! Dès 3 ans.

L’escapade de Paolo
Lucie Papineau De La Bagnole

Paolo, petit perroquet bavard, et Camille sont des amis inséparables. Un matin, alors que la porte de sa cage est entrouverte, Paolo s’échappe de celle-ci. Il part découvrir les environs en suivant un oiseau qui lui ressemble. Alors que la tempête se lève, il veut vite retrouver la protection et les bisous de son amie Camille. Ce magnifique album aux douces couleurs pastel nous entraîne dans une belle aventure d’amitié. Les oiseaux décrits et illustrés au début du livre se retrouvent tout au long de l’escapade de Paolo ! Une belle invitation à la découverte des oiseaux près de chez vous, pour les petits comme les grands ! Dès 5 ans.

Nous sommes tous différents et nous sommes tous beaux
Misuzu Kaneko Éditions Québec Amérique

Misuzu Kaneko est une poète japonaise décédée en 1930. Au Japon, ses poèmes sont étudiés par les élèves du primaire. Elle écrivait les petites beautés du monde, sans tomber dans la mièvrerie. Elle illuminait le monde par touches délicates. Valérie Harvey a décidé de traduire quelques-uns de ses poèmes pour les jeunes lecteurs québécois. Elle a su rendre toute la sensibilité de l’écrivaine tout en respectant le lectorat visé. Chaque poème est illustré par Rieko Koresawa, une artiste d’origine japonaise vivant aujourd’hui au Québec. Ses peintures enjolivent les mots de la poète, donnant une dimension nouvelle à ces poèmes célébrant la vie. Cet album est un émerveillement pour les yeux et le cœur, car l’âme de Misuzu Kaneko s’adresse à tous. Dès 5 ans.

La corde à linge
Orbie Orbie Éditions Les 400 Coups

Lorsque Réal reçoit trois dix sous en récompense, il n’a qu’une idée en tête : s’acheter des bonbons. Pratique ! Il habite juste au-dessus du dépanneur. Cinq ans, c’est bien assez grand pour descendre seul l’escalier à toute vitesse. Encore plus amusant si on tire en courant sur le nœud de la corde à linge juste pour entendre celle-ci grincer. Mais cette fois, la situation se complique. Voilà Réal suspendu d’une seule main au milieu de la corde à linge. Personne pour venir à son secours ! Et maman qui n’entend pas ses appels à l’aide ! Il devra trouver une solution et en tirer une bonne leçon. Dès 3 ans.

Anne… La maison aux pignons verts
Brenna Thummler Éditions Scholastic

Matthew et Marilla Cuthbert souhaitent adopter un jeune garçon pour les aider aux travaux de la ferme. Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir une jeune fille rousse les attendant sur le quai de la gare ! Expansive et avec une imagination sans limites, Anne ne cesse de parler et de se créer un monde enchanteur avec ce qu’elle voit autour d’elle. Du lac au Miroir à la forêt hantée, de son amitié indéfectible avec Diana Barry et de Gilbert Blythe qu’elle déteste, nous retrouvons dans les illustrations colorées et vivantes de Brenna Thummler le monde d’Anne avec une tendresse et une simplicité désarmante. L’adaptation de Mariah Marsden ne néglige aucun événement marquant des romans de Lucy Maud Montgomery. Une bande dessinée à la hauteur de la saga romanesque. À regarder avec notre cœur d’enfant ! Dès 7 ans.

La fille dans l’écran
Lou Lubie Station T

Cette bande dessinée épistolaire raconte la vie de deux jeunes femmes, deux artistes que la vie dissuadait de suivre leurs passions, qui trouveront inspiration et support mutuel dans leurs conversations à distance par courriel et texto. Les pages alternent entre le monde monochrome de Coline, aspirante illustratrice souffrant d’anxiété et de la pression familiale, en banlieue de France, et celui en couleur de Marley, jeune photographe qui a dû mettre de côté son appareil pour travailler dans un café, à Montréal. Les lecteurs pourront facilement s’identifier à elles, à leurs problèmes et à leurs désirs. Leur amour, qui se développe lentement et si naturellement, sans que ni l’une ni l’autre ne s’y attende, vous enchantera.

Un billet pour e part
Nunumi Front Froid

Une jeune fille et son esprit de compagnie attendent un autobus. Toutefois, ils apprendront bientôt que le voyage est aussi important que la destination et que certains autobus rendent le voyage plus… bizarre que d’autres. C’est une histoire courte, par moment drôle, par moment touchante, qui convient aux jeunes lecteurs, mais les lecteurs adultes l’apprécieront également pour ses subtilités. Le dessin est simple, mais expressif et très mignon, évoquant autant le manga que la bande dessinée jeunesse d’ici. Ayant travaillé dans le monde de l’animation, Nunumi sait en dire beaucoup avec quelques images et y met plein de mouvement. Faites-vous plaisir et tombez amoureux de cette BD, la première publication de Nunumi chez Front froid.

Speak
Emily Carroll Rue De Sèvres

Mélinda, une jeune adolescente victime d’un viol lors d’un party, se fait rejeter par les élèves, car on la croit responsable de l’arrivée de la police et de l’arrêt brusque de la fête. Elle s’est enfermée dans le mutisme, ne révélant rien, ni à ses parents ni à ses amis. Tranquillement, grâce à l’art et à certaines personnes prêtes à écouter son silence, Mélinda saura faire la paix avec elle-même, se pardonner. Surtout, elle retrouvera la parole. Une bande dessinée bouleversante adaptée d’un roman de Laurie Halse Anderson publié en 1999. Les dessins d’Emily Carroll ajoutent une compréhension supplémentaire à cette histoire malheureusement toujours d’actualité. L’artiste a su illustrer l’indicible avec beaucoup de respect et d’émotion.

Crimes à la ferme ! L’affaire de l’œuf disparu
Sandra Dumais La Courte Échelle

Vous aimez les intrigues, les bandes dessinées et l’absurdité ? Alors, ce livre est fait pour vous ! Tout commence un tranquille matin à la ferme quand, soudain, la mère Poule hurle que son œuf a été enlevé. Tandis que tous les animaux se mettent à s’accuser entre eux, cette disparition sera mise entre les mains du détective Biquette. Malgré plusieurs maladresses de la part de ce vieux bouc, lui et ses confrères de la ferme tenteront de résoudre cette enquête. Mais qui a donc pu voler l’œuf de la maman Poule ? Ce sera à vous de le découvrir… Grâce au talent de Sandra Dumais, nous avons une irrésistible bande dessinée qui captivera les enfants et fera rire les plus grands ! Dès 4 ans.

Le dieu vagabond
Fabrizio Dori Sarbacane

Quelle absolue merveille que Le dieu vagabond ! Le tout débute avec Eustis, satyre du dieu Pan, qui a été condamné pour des fautes par-devers la déesse Artémis à errer dans le monde des humains, sa magie étiolée. En aidant un des disciples d’Hécate, celle-ci lui propose une mission. S’il la réussit, il pourra retourner dans la cour de Dyonisos. On suit donc Eustis, accompagné d’un vieux et d’un guerrier déchu, dans leur quête qui les mène d’un monde à l’autre, à travers dieux et humains. On trouve par ailleurs dans leurs errements de magnifiques clins d’œil à Van Gogh qui, à eux seuls, valent entièrement la lecture de cette bande dessinée. Un véritable objet de beauté, rien de moins. À lire !

Beastars (t. 1)
Paru Itagaki Ki-Oon

Il est fascinant de voir à quel point un univers créé de toutes pièces peut vous sembler si familier. Beastars, c’est l’histoire d’une école, l’Institut Cherryton, et de ses pensionnaires. Tous des animaux bien élevés, ou du moins en apparence… Car voilà, c’est justement avec les codes et les a priori que joue habilement Paru Itagaki dans ce manga très inspiré. Le meurtre d’un herbivore ravive les tensions avec les carnivores et les esprits s’échauffent. Peut-on éternellement réprimer ses instincts ? A-t-on vraiment l’air de ce qu’on est au fond ? Beaststars nous dévoile des personnalités fouillées, des expressions du visage bluffantes et des situations inattendues. Une très belle découverte !

Révolution (t. 1) : Liberté
Florent Grouazel Actes Sud

Vous serez estomaqués par l’ambition de ce projet, reconnaissant peu à peu les influences de Hugo, parfois de Sfar et de Place (pour le trait), dans les sublimes pleines pages, les ombres des grands maîtres (Delacroix pour la composition, Bruegel dans les foules). Les pages défilent et dans une narration captivante, on se passionne pour la petite et la grande histoire de la Révolution française. Déshérités, bourgeois et aristocrates s’échinent à faire valoir leurs intérêts divergents, s’entrechoquant avec fracas à l’assemblée en mal de constitution comme dans la rue aux allures de poudrière. Dans ces quelque 320 pages, tout est extraordinaire, démesuré, collant aux faits tout en restituant la vie derrière ceux-ci par l’entremise de la fiction. Chacun trouvera son compte dans ce premier tome d’une trilogie qui à terme fera plus de 1 000 pages de cases virtuoses !