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Dossier

Les libraires craquent

Faunes
Christiane Vadnais Alto

Dans les landes brumeuses de Shivering Heights fourmille un troublant écosystème de spécimens carnassiers et de frayeurs abyssales. Faunes est un bestiaire vorace, toutes veines saillantes, les muscles brûlants et la peau tendue. L’écriture de Christiane Vadnais, elle, est planante et sombre, et nous plonge à cheval entre l’hallucination et la réalité, au gré des intempéries. Elle signe ici un recueil de nouvelles humides, nocturnes, déroutantes, tantôt glaciales, tantôt bouillantes, grouillantes de carapaces reluisantes et de pattes aux cliquetis métalliques. Puissante première œuvre sur fond de mutation génétique, de disparition et de cataclysme écologique. Électrisant et intrigant. 

Manuel de la vie sauvage
Jean-Philippe Baril Guérard Éditions De Ta Mère

Autant les fans de la première heure que ceux qui ne sont jamais entrés en contact avec l’écriture de Jean-Philippe Baril Guérard adoreront son nouvel opus. On y retrouve sa plume acérée, son délicieux cynisme, son ironie tranchante et son exploration des mensions les plus détestables de l’être humain. Dans le roman, on suit Kevin Bédard, un jeune dans la vingtaine, fils d’un riche entrepreneur de région qu’il renie, qui veut prouver qu’il peut réussir bien mieux que ce dernier. S’ensuit la création houleuse d’une entreprise qui se spécialise dans les « chatbots » et qui amènera Kevin à faire de douloureux choix entre succès et compassion humaine et, surtout, à justifier ces choix auprès du lecteur.

Le désert
Olivier Sylvestre Hamac

Après l’éblouissant Noms fictifs, Olivier Sylvestre revient en force avec Le désert, un texte à la fois empreint de force et de vulnérabilité. En lisant ce livre, chacun peut y aller de sa propre interprétation. En effet, le narrateur est un homme qui souffre, qui se réveille au milieu de la nuit en ressentant un immense sentiment de vide et de manque. S’agit-il de dépendance, de troubles de santé mentale, de rupture amoureuse ? De tout cela à la fois ? C’est incertain, mais ce qui ne fait aucun doute, c’est le talent de Sylvestre à mettre en scène des personnages écorchés par la vie. À travers ce désert, l’écriture de l’auteur nous tient en haleine, nous plonge dans le désarroi du narrateur, son impuissance face à tout ce qu’il vit. Magnifique et envoûtant !

Les chars meurent aussi
Marie-Renée Lavoie Éditions Xyz

Un roman humain, sensible et authentique qui n’est pas sans rappeler La petite et le vieux. On y fait la rencontre de Laura, étudiante et grande lectrice, avec un cœur grand comme le monde. Son père est mécano et sa mère, surveillante de guérite à l’hôpital. Elle se déplace cet été-là dans sa Pony toute rouillée qu’elle surnomme son « p’tit cheval ». Nous n’assistons en fait qu’à un court chapitre de la vie de cette jeune femme, à son passage à l’âge adulte dans la Basse-Ville de Québec quelque part dans les années 90, une vie sans cliché, faite de joies et de petites misères, de réussites et de deuils. Un roman du quotidien que l’on referme avec la douce impression de faire partie de la famille. Une lecture qui réchauffe et qui fait du bien.

Les couleurs accidentelles
Roseline Lambert Poetes De Brousse

Dans un mélange de poèmes, de récits de voyage, d’extraits de journaux intimes et de réflexions, Roseline Lambert touche aux thèmes de la création littéraire, de l’identité, des relations interpersonnelles et de la féminité. En explorant « la matérialité des couleurs du songe », aussi tangibles peut-être que celles de la réalité, l’auteure présente la matérialité derrière l’écriture et démonte les mécanismes et les procédés qui y mènent avec une sensibilité et une lucidité extraordinaires. En résulte un recueil puissant, multiple et inclassable qui, tel un kaléidoscope, expose toutes les nuances du cœur, de l’esprit et de la création artistique en les agençant de multiples façons.

Ennemi public
Olivier Choinière Leméac

Le travail d’édition de la pièce de théâtre Ennemi public d’Olivier Choinière est particulièrement réussi, car la forme du texte se démarque par son originalité et son efficacité. La pièce, publiée chez Leméac, joue sur l’écoute des personnages, ou plutôt leur manque d’écoute. Ils parlent les uns par-dessus les autres pendant un repas de famille et plusieurs personnages sont éventuellement accusés de certains actes discutables commis par le passé. Mais qui au juste est l’« ennemi public » ? En faut-il un pour guider nos interactions sociales ? Très vite, on passe de sujets banals à d’autres, plus délicats. Comme dans Manifeste de la jeune fille, on aborde donc de très nombreux sujets, mais toujours avec une redoutable profondeur.

#monâme
Sébastien Émond Hashtag Press

L’enfance s’est terminée à grands coups de honte et de désespoir. Les contes de fées nous ont menti, nous n’aurons pas droit au happy ending promis. L’adolescence nous arrive comme une matraque alors que nous n’étions pas prêts, et avec elle son lot de questionnements et de drames qui nous colleront pour toujours à la peau. Nous quitterons l’enfance « comme on quitte l’adolescence, pâles, courbaturés, un peu perdus », et nous laisserons derrière nous « un monde de branches emmêlées, et quelques contes de fées » qui ne se seront pas terminés comme prévu. #monâme, c’est la recherche de soi, cet étranger qui s’égare quelque part entre les clubs et le vestiaire des garçons. C’est la revendication du sexe, d’un sexe : celui entre nos cuisses, celui de nos désirs, celui des contes. C’est la mort d’une époque et d’une enfance. C’est ce besoin viscéral de savoir et de se rappeler qui nous sommes, et ce, peu importe comment nous sommes venus au monde.

L’art de la chute
Véronique Côté L'instant Même

L’art de la chute est une pièce de théâtre documentaire à la fois drôle et terriblement captivante. Elle expose plusieurs des problèmes de la marchandisation des œuvres d’art, dont la valeur fluctue en fonction d’impératifs économiques qui ne sont pas toujours des plus reluisants. En fait, certains individus s’allient pour faire monter ou baisser la valeur de collections d’œuvres d’art à des fins purement capitalistes. On en apprend donc beaucoup sur le monde des finances, notamment avec l’exemple des Lehman Brothers, mis en parallèle avec les bulles spéculatives qui affectent le milieu des arts visuels. Le texte est bien vulgarisé, ce qui le rend accessible. Il nous permet ainsi plus facilement de voir autrement le monde de tous les jours, où l’argent occupe une place déterminante.

Les héros de la frontière
Dave Eggers Gallimard

Fuir en Alaska, échapper à « son passé vénéneux », voilà ce que vise Josie, 40 ans, qui a dû céder son cabinet de dentiste pour régler une poursuite intentée par une ex-patiente. Au volant d’une caravane louée, elle souhaite se régénérer au contact d’une nature encore sauvage et élargir l’horizon de ses deux jeunes enfants… Mais l’Alaska qu’ils parcourent, ravagé cet été-là par des incendies de forêt, s’avère bien différent de ce qu’elle a entrevu… Sans compter que les gens qu’elle croise, y compris sa demi-sœur, ne sont pas les êtres purs dont elle a rêvé. Au fil de ses mésaventures, l’héroïne de Dave Eggers réalise qu’elle se cherche elle-même, mais trouver un sens à sa vie n’est guère aisé. C’est cette quête que montre avec brio l’auteur.

Fair-play
Tove Jansson La Peuplade

Fair-play, publié en français à titre posthume, est le journal d’une poignée d’artistes dont le quotidien est rempli de tubes de peinture, de tableaux jamais accrochés, de cahiers de notes, de bobines de films et de tasses de thé pas assez fort. Jonna filme les couleurs et les textures, recherche la lumière. Mari dessine des idées et des univers. Toutes les deux sortent parfois en mer et hissent un vieux filet à bord. Chaque page nous emplit les poumons de l’air salin de la côte finlandaise, nous baigne de la lueur de vieux westerns sur cassette, nous trempe de la pluie fraîche d’un bel orage maritime. Tove Jansson fait dans ce recueil de microfictions l’éloge de la simplicité, de la solitude et de la lenteur. Fair-play est une collection d’instantanés.

Félix et la source invisible
Eric-Emmanuel Schmitt Albin Michel

Encore une fois, Éric-Emmanuel Schmitt nous a offert un petit bijou de roman. Un pur réconfort, un concentré de belles émotions, une palette de personnalités colorées. Fidèle à lui-même, l’auteur nous présente des personnages bien campés, tous plus originaux les uns que les autres. Mais c’est le personnage de Fatou, la mère adorée de Félix, qui est au centre de toute l’histoire, alors qu’elle sombre soudainement dans une profonde dépression. Il faudra qu’elle retourne à la source même de son existence afin de se retrouver. Même si cela signifie un voyage jusqu’à la lointaine Afrique. C’est ainsi à travers les yeux innocents du jeune Félix que l’auteur nous donne à lire une magnifique ode à la mère, véritable réconfort pour l’âme.

Les fureurs invisibles du cœur
John Boyne Lattès

Dès les premières lignes, on est accroché : Cyril Avery nous raconte comment, soixante-dix ans plus tôt, le curé de la paroisse a traité sa mère de putain en pleine chaire. La jeune fille de 16 ans a commis un péché impardonnable dans la très catholique Irlande : elle est enceinte ! Confié dès sa naissance à l’adoption, Cyril grandira dans une famille à l’aise, mais très particulière… Réalisant à l’adolescence qu’il est amoureux de son meilleur ami, Cyril voudra camoufler son homosexualité jusqu’à ce que des événements le poussent à l’exil pendant quelques décennies. Sept ans séparent chaque chapitre de ce roman fascinant, dont le ton souvent désopilant aide à digérer les malheurs qu’engendrent préjugés, hypocrisie et bigoterie. Un grand bonheur de lecture !

Sérotonine
Michel Houellebecq Flammarion

C’est à travers un personnage malade qui reflète toutes les facettes de la dépression que Houellebecq nous refile sa critique sociale du monde moderne. Florent-Claude, bourgeois nouveau genre, amateur d’hôtels et de mets préparés et homme tourmenté par la quête du bonheur, nous raconte sa vie par ses différentes conquêtes amoureuses. Le récit est raconté comme si l’on était assis avec lui, en train de siroter un whisky dans un manoir luxueux, avec l’impression d’être dans l’exacte intimité de sa psyché. Et de ce fait, on a accès à ces noirceurs que, souvent, on ne dévoile pas ; et c’est là que Houellebecq, fidèle à lui-même, nous frappe de plein fouet.

Mon combat (t. 5) : Comme il pleut sur la ville
Karl Ove Knausgaard Denoël

Dans ce cinquième tome de sa série « Mon combat », Karl Ove Knausgaard nous raconte ses années à Bergen. Plus jeune étudiant jamais admis à l’Académie d’écriture, il y arrive en conquérant. Pourtant, il déchante très vite, se sentant incompris auprès de ses camarades. Il va plutôt se rabattre sur des soirées de beuveries où il dérapera trop souvent. Tranquillement, il se cherchera, en travaillant dans un institut psychiatrique, en devenant critique musical et littéraire. Mais toujours, ce besoin vital d’écrire, de trouver la phrase parfaite. Plus on avance dans ce récit, plus on retrouve des éléments évoqués dans les précédents tomes. On lit Knausgaard comme on écoute un ami aviné un soir de beuverie, fasciné par ses anecdotes et avec un minimum de compassion.

Fée
Eisha Marjara Éditions Marchand De Feuilles

Lila se fait hospitaliser à l’hôpital Sainte-Catherine à l’aube de ses 18 ans. Anorexia nervosa, se fait-elle diagnostiquer. Alors qu’elle se détache de cette enveloppe qui se plie à Dame Nature, une véritable course débute contre le temps, son corps et sa sexualité. Au fil des pages, Fée expose une compilation d’événements qui pousse Lila à refuser sa nature, tentée alors de laisser la créature féérique à l’intérieur d’elle prendre le contrôle de sa vie. Tapie dans l’ombre, toujours prête à intervenir au moindre signe de faiblesse, l’anorexie devient dans ce roman une conséquence de la dépression. Eisha Marjara nous fait comprendre ce qui peut se passer dans la tête et le corps d’une jeune fille au cours de son adolescence.

Au bord de la Sandá
Gyrdir Eliasson La Peuplade

Un peintre séjourne dans une caravane, aux abords d’un volcan en Islande. Une forêt étonnamment fournie s’y est développée et a créé, autour des rivières attenantes, un endroit calme, isolé, où il entre en communion avec la nature. Il vit seul, partage ses journées entre les mêmes routines, randonnées contemplatives et toiles inachevées. Le lecteur plonge sans difficulté dans les remises en question et les souvenirs de ce narrateur sensible, qui pose un regard d’artiste sur le monde et s’exprime avec lucidité. D’admirables phrases descriptives où se révèlent des paysages à la fois luxuriants et désertiques côtoient dans cette œuvre de brillantes réflexions sur l’art et la vie. Au bord de la Sandá est un roman dont on se délecte.

Blanc
Deni Ellis Béchard Alto

Après Dans l’œil du soleil, où l’auteur évoquait le quotidien d’expatriés en Afghanistan, on plonge ici dans la quête d’un journaliste au Congo. Recherchant un homme qui se tapit dans les bois, il se retrouve plutôt à enquêter sur Raymond Voos, un riche protecteur des espèces menacées, mais qui cache plusieurs travers. Avec en parallèle sa rencontre avec deux jeunes femmes, l’une qui le met sur la piste d’une fillette au caractère trouble et l’autre, tuée sur la route, apparemment assassinée par les sbires de Voos, Béchard mêle les cartes. D’abord en prêtant son nom au personnage puis en se posant des questions, pertinentes, sur la perception de l’homme blanc qu’il est, face aux événements qui s’enchaînent. Un récit touffu, introspectif, fort.

Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède
Selma Lagerlöf Actes Sud

Il aura fallu attendre presque quatre-vingt-dix ans avant d’avoir accès en français à l’intégralité de ce chef-d’œuvre suédois que l’on avait choisi de publier dans une version largement tronquée, vidée de sa substance afin de devenir le célèbre livre pour enfants qui fait la part belle à l’aventure. C’est un immense travail de retraduction qu’ont donc accompli Gouvenain et Grumbach pour restituer dans toute sa grandeur ce classique humaniste, bildungsroman par excellence, truffé de fables écologiques avant la lettre et d’hommages à la sublime nature suédoise. Richement illustrée de gravures d’époque par Lybeck, cette édition est une splendeur qui doit trouver le chemin des bibliothèques qui sont à la recherche des plus grands crus de la littérature mondiale.

La guerre des pauvres
Eric Vuillard Actes Sud

Thomas Müntzer n’était personne et c’est pourquoi il est passé à l’histoire. Voilà tout. De la Bohême à l’Angleterre, en passant par les contrées allemandes, dans une Europe perturbée par la Réforme, La guerre des pauvres est plus qu’un récit, c’est un souffle qui parle des gens, des délaissés qui, non contents de vivre simplement, ont décidé d’espérer quelque chose : vivre dans un monde où le silence ne régnerait pas comme les princes. Un monde où il n’y aurait personne entre Dieu et les Hommes. C’est avec force qu’Éric Vuillard redonne vie aux oubliés et nous apprend que l’Histoire, bien que grande, est toujours trop petite pour les anonymes.

Masculin en crise : Devenir un homme selon le cœur de Dieu
Laurent Perru Edb

Peut-on dire que le masculin a bonne presse ces dernières années ? Pas toujours certain… Cependant, peu d’ouvrages relèvent le défi de s’attaquer au sujet de la masculinité. Laurent Perru a le mérite et le courage de nous offrir un condensé de la psychologie masculine. Avec lucidité et sans éviter des sujets parfois délicats, l’auteur nous propose un parcours qui nous mène de l’enfance à la maturité en passant par le milieu familial. En interrogeant la science et la spiritualité, Laurent Perru invite l’homme à une meilleure estime de soi. À une meilleure image de soi, afin « d’être en bonne compagnie avec soi-même », pour que ses relations soient satisfaisantes.

Denis Dumas (Morency)
5 avril 2019
Contre le colonialisme dopé aux stéroïdes : Le combat des Inuits du Québec pour leurs terres ancestrales
Zebedee Nungak Éditions Du Boréal

Chroniques d’un peuple mésestimé, aussi bien par le fédéral que le provincial, ce livre donne la parole à l’un des artisans de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Zebedee Nungak relate, dénonce et critique les politiques indignes qui ont été menées au nord du 55e parallèle, du sort réservé aux terres ancestrales à l’impossibilité d’un compromis satisfaisant pour quiconque. Avec l’aide de photographies, de souvenirs corroborés et d’une ironie douce-amère, l’auteur parcourt les étapes qui ont mené les Inuits à s’organiser dans cette bataille politique et judiciaire. Un témoignage qui permet de revenir sur le noir chapitre « maître chez nous », d’une révolution qui n’a de tranquille que le nom.

Benoît Vanbeselaere
5 avril 2019
Arnhem : La dernière victoire allemande
Antony Beevor Calmann-Lévy

Tout va bien pour les Alliés sur le front ouest, en ce mois de septembre 1944, alors que l’ennemi recule dans le chaos, jusqu’au moment où ce maréchal anglais Montgomery, imbu d’orgueil, concocte un projet pour s’assurer d’être celui qui va mener les troupes, à la victoire, au cœur de l’Allemagne : forcer le passage du Rhin, aux Pays-Bas, en y envoyant des troupes aéroportées. Ce plan pue la désinvolture, ne tenant compte ni des difficultés du terrain ni de la détermination des Allemands. Le bilan : un carnage de soldats, et un désastre humanitaire pour les Néerlandais. Longtemps on ménagea l’Anglais « Monty » en qualifiant l’opération de pari héroïque qui devait précipiter la fin de la guerre ; Antony Beevor, dans son Arnhem, remet les pendules à l’heure en traitant cette désastreuse affaire de mission suicide. Son méthodique et poignant récit en devient insoutenable, sachant que tant de vies humaines, civiles et militaires, vont être sacrifiées pour rien.

L’amour, c’est…
Jack Koch Le Livre De Poche

Ce recueil est un hymne à l’amour sous toutes ses formes. Plus de 200 auteurs partagent avec nous leur vision de l’amour : son essence, sa signification, son expression. Différentes et tellement personnelles à chacun, ces définitions nous plongent dans le monde tourmenté de l’amour avec toute sa douceur, son réalisme et sa beauté. Chacune d’entre elles est accompagnée d’une illustration ton sur ton d’une simplicité qui n’enlève rien à la citation qui se trouve à ses côtés. Cet ouvrage est à lire petit à petit, une page de temps en temps, pour apprécier sa juste valeur.

Montcalm, général américain
Dave Noël Éditions Du Boréal

Dans cet ouvrage fouillé et captivant, Dave Noël dresse un portrait nuancé du célèbre général français. Accusé aujourd’hui de tous les maux (on le tient responsable de la défaite de la bataille des plaines d’Abraham, voire de la Conquête elle-même), Noël montre qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Alors qu’aux XVIIIe et XIXe siècles Montcalm était perçu comme un héros tragique, l’historien Guy Frégault impose vers la moitié du XXe siècle l’image d’un général aristocrate. Contrairement au gouverneur Vaudreuil, né au Canada et maîtrisant l’art de la « petite guerre », le Français issu de la noblesse aurait pour sa part été déconnecté de la réalité militaire canadienne. Dave Noël montre que les faits sont plus complexes et que l’héritage du marquis doit être abordé avec circonspection. Marc-

Plaidoyer pour la vie
Denis Mukwege Archipel

Grand lauréat du prix Nobel pour la paix en 2018, le gynécologue Denis Mukwege nous offre enfin sa biographie. Ce Congolais consacre une grande partie de sa vie à aider les femmes de son pays qui sont victimes de violences sexuelles. Avec le livre Plaidoyer pour la vie, il peut enfin raconter son histoire ainsi que celle de centaines de Congolaises. Malgré plusieurs menaces de mort, il fondera son propre hôpital et ne cessera pas de se battre pour sa cause. Le docteur nous livre un témoignage bouleversant et nous permet de découvrir une réalité souvent dissimulée par son gouvernement. Grâce à ses gestes, Denis Mukwege ne répare pas seulement le corps de ces Africaines, mais aussi leur âme…

Dorothy Day : La révolution du cœur
Elisabeth Geffroy Tallandier

Qui est Dorothy Day ? C’est la question qui s’est imposée à moi en lisant la vie de cette femme que je ne connaissais que de nom. Ce collectif d’auteurs nous brosse un portrait réaliste de cette combattante pour le droit des femmes, la justice sociale dans le monde ouvrier et la cause des pauvres, allant même parfois jusqu’à se faire emprisonner. Militante communiste, journaliste, elle est sur tous les fronts. Elle se convertit au catholicisme et embrasse la cause de la paix. Femme de vision, elle fonde une revue, ouvre des lieux d’hospitalité en refusant l’aide de l’État. Elle connaîtra des déboires sentimentaux, divorce et avortement, et sera mère d’une fille. Radicale envers elle-même afin de changer la société. Textes à l’appui, les auteurs nous feront découvrir chez Dorothy Day cet alliage entre une révolutionnaire radicale dans ses positions politiques et la femme de foi, d’action et de prière, attachée à l’orthodoxie catholique.

Denis Dumas (Morency)
5 avril 2019
La mort immortelle
Cixin Liu Actes Sud

Voici la conclusion magistrale à ce cycle qui est déjà devenu un immense classique de la hard SF ! Aussi ambitieux que les deux précédents volumes, La mort immortelle plonge encore plus profondément dans les concepts astrophysiques, métaphysiques et sociologiques. Véritables laboratoires à l’échelle de l’humanité, ces livres du chinois Cixin déclenchent de petits big bang aux quatre coins de nos cerveaux et forcent nos univers mentaux à une folle expansion, parfois vertigineuse, toujours passionnante. Jusqu’à la toute fin, on se demande jusqu’où osera aller cet auteur passé maître dans l’art d’être complètement imprévisible. Une fois le dernier tome refermé, on se console en pensant à toutes les œuvres de Cixin qu’il reste à traduire !

Sadie
Courtney Summers Groupe Homme

« Je vais tuer l’homme qui a tué ma sœur. » Ces mots sont presque psalmodiés par Sadie au cours de ce récit percutant. Son monde s’est effondré. L’amour qu’elle lui portait se transforme en croisade qui la poussera sur le chemin du non-retour. L’histoire est guidée par deux points de vue, celui de Sadie en quête de vengeance et celui de West McCray, un animateur radio qui se lance sur les traces de celle-ci alors qu’elle est portée disparue. Sadie nous confronte à des révélations angoissantes alors que McCray tente de recomposer le casse-tête qu’elle laisse derrière elle, espérant ainsi la retrouver avant qu’il ne soit trop tard. Un témoignage de courage dans un monde violent et injuste qui ne vous donnera qu’une envie : vous révolter.

Dans l’ombre du brasier
Hervé Le Corre Rivages

Dans le Paris noir de l’an 1871, alors que ce qui sera nommé la Semaine sanglante s’amorce, les citoyens de la Commune se battent contre les Versaillais qui veulent reprendre la ville. Les hommes sont pleins d’un espoir rageur, celui d’une société où tous auront les mêmes privilèges. Hervé Le Corre raconte comme s’il y était ces hommes vaillants, simples, pris au cœur de l’histoire. Il leur donne une âme et à nous, un portrait réaliste. De cette épopée, l’auteur nous mène à un homme cruel, qui pour son simple plaisir, enlève de jeunes femmes, les enferme et les vend au plus offrant. Malgré les combats qui font rage, un homme enquête sur ces disparitions et avec d’autres, décide d’aller au secours de l’une d’entre elles. C’est magistral !

La fille muette
Michael Hjorth Actes Sud

Michael Hjorth et Hans Rosenfeldt reviennent en force dans ce quatrième opus de la série « Dark Secrets », mettant en scène le profileur Sebastian Bergman et son équipe. Cette fois-ci, une famille complète a été froidement assassinée dans sa maison. Il n’y a qu’une survivante, une jeune fille qui demeure muette depuis le traumatisme qu’elle a subi. Avec le tueur à leurs trousses, les enquêteurs doivent assurer la protection de la fillette et la faire parler afin qu’ils puissent résoudre leur enquête. Encore une fois, le duo suédois ne déçoit pas, grâce à une intrigue très bien ficelée, mais surtout son habileté à développer la psychologie de chacun de ses personnages. Vous resterez sans aucun doute accroché jusqu’au dernier mot de ce roman palpitant !

Promenons-nous dans ce bois
Nele Neuhaus Calmann-Lévy

Un corps est retrouvé dans une camionnette brûlée, au cœur d’une forêt en Allemagne. Le commissaire Oliver von odenstein doit enquêter sur ce meurtre, mais l’affaire se révèle soudain beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît. En effet, deux autres meurtres sont commis successivement dans la ville natale de Bodenstein. Ceux-ci seraient d’ailleurs reliés à la disparition du meilleur ami du commissaire, dont on a perdu mystérieusement la trace en 1972. Nele Neuhaus est une auteure dont le talent n’est souvent pas apprécié à sa juste valeur. Ses personnages sont attachants et c’est toujours un plaisir de les retrouver. Elle réussit encore une fois à nous tenir en haleine jusqu’à la toute fin de son récit, dont la conclusion vous surprendra !

Enfermé.e
Jacques Saussey French Pulp

Virginie, l’enfermée de Jacques Saussey, est prisonnière dans un corps d’homme. Née d’une mère surprotectrice et d’un père violent, elle se retrouve incarcérée à tort dans une prison pour hommes. Commence alors son calvaire, où humiliations, tabassages et viols à répétition meublent ses journées. Après plusieurs demandes, elle partagera sa cellule avec deux personnes transgenres. À sa libération, elle se trouve un travail dans une maison de retraite et entreprend une lente rédemption. Traiter de transidentité dans un roman noir est un pari osé que fait Jacques Saussey, mais il offre un récit habile, sensible, accrocheur, parfois trash, qui plonge le lecteur dans une histoire prenante tout en le faisant réfléchir sur sa perception et sa compréhension des personnes transidentitaires.

Arbres
Wojciech Grajkowski De La Martinière Jeunesse

Ce livre est une mine d’or d’informations, dont les arbres en sont le centre. Vous serez d’abord happés par les illustrations grandioses de Wojciech Grajkowski, dont l’effet est magnifié par les dimensions imposantes de l’ouvrage. Ainsi commence un voyage fascinant : espèces d’arbres, feuillage, racines, faune qui cohabite dans la forêt, arbres préhistoriques, constructions en bois, sculptures, instruments de musique, cabanes, art de la taille et coupe, arbre généalogique, arbres sacrés… Bref, tout y passe ! Arbres est une invitation pour toute la famille : il promet des moments de découverte, d’exploration, de contemplation. Dès 6 ans.

Le chant des ronces : Contes de minuit et autres magies sanglantes
Leigh Bardugo Milan Jeunesse

L’auteure nous présente un livre sublime regorgeant de personnages profonds et de contes aux morales rafraîchissantes. Son apparence magnifique et ses illustrations le distinguent des romans populaires pour la jeunesse. Respectant les caractéristiques typiques du conte, elle maintient une réalité brisée avec l’aide d’animaux parlants et les personnages évoluent selon les actions qu’ils répètent. Bardugo y glorifie des sujets très actuels comme la différence, illustrée par les deux fils du roi, l’un joli et l’autre hideux, et nous permet d’en voir l’importance. L’aspect sanglant rappelé par le titre batifole non seulement par les mots, mais aussi par les actions de certains personnages odieux. Un univers avec des personnages forts et féminins. Dès 13 ans.

Orphelins 88
Sarah Cohen-Scali R. Laffont

Roman jeunesse percutant, tout comme les romans Max et Phobie pour lesquels l’auteure a gagné de prestigieux prix. Nous sommes dans l’après-guerre, entourés d’enfants perdus, dans un orphelinat où l’on se dévoue pour redonner santé et chance à chacun. Josh, l’un d’eux, est un adolescent germanisé qui a oublié tout son passé. Cherchant à rebâtir sa mémoire, il se lie d’amitié à la fois avec une Allemande, une Polonaise et un soldat américain noir. Faisant preuve de résilience, de courage et d’espoir, Josh retourne vers ses racines, en traversant un monde meurtri où la guerre ne semble jamais finie. Grande leçon d’histoire sur le Lebensborn. Dès 14 ans.

Doux comme un lion
Ed Vere Milan

« Je dédie ce livre à ceux qui rêvent, et à ceux qui réfléchissent par eux-mêmes. » L’invitation est lancée sans détour par l’auteur et à la lecture, l’envie nous prend d’ajouter : « mais surtout à tous les autres ! » Ed Vere est un écrivain et illustrateur britannique de livres pour enfants qui n’est apparemment pas du genre à sous-estimer son public. Doux comme un lion est son album le plus récent. On y rencontre Léonard, un fauve dont le tempérament est surprenant en fonction de son espèce. Certains disent pourtant qu’il n’y a qu’une façon d’être un lion… La signature graphique de l’auteur est reconnaissable entre mille, avec ses contours grossiers et ses couleurs vives. Les enfants adorent ! Le texte convie à la réflexion et au développement de la pensée critique. Les mots sont choisis : simples et sans surcharge, ils servent très bien le propos. Une réussite à découvrir ! Dès 4 ans.

Malou
Geneviève Godbout La Pastèque

Un album délicat et tendre aux couleurs douces et chatoyantes qui nous transporte dans l’univers de Malou, un joli kangourou enjoué et énergique qui, du jour au lendemain, perd le goût de bondir. D’un naturel pourtant gai et joyeux, il semble désormais être suivi partout par un nuage gris et soudainement la vie lui semble triste et lourde. Devant son désarroi, ses amis s’unissent et l’entourent d’attention et lui apportent soutien et réconfort pour l’aider à retrouver l’envie de bondir, un saut à la fois. Et hop ! Cet album aborde avec tact et délicatesse le sujet de la dépression tout en mettant l’accent sur l’amitié indéfectible et l’importance de la présence de l’autre dans ces moments de grande vulnérabilité. Un album d’une grande sensibilité. Dès 5 ans.

Vingt-cinq moins un
Geneviève Piché Éditions Québec Amérique

C’est le retour à l’école et Ève espère secrètement que Thomas sera dans sa classe. Mais il n’est e part. Lorsque Mme Audrey annonce au groupe que Thomas est malade et qu’il doit subir des traitements, Ève et ses camarades sont dévastés. Quand la mort s’invite parmi eux, c’est tout le microcosme de la classe qui est bouleversé. L’auteure parvient à honorer le deuil de chacun, des élèves jusqu’à l’enseignante, et accompagne le lecteur avec douceur. De la tristesse à la culpabilité, de la colère à l’incompréhension, le récit est cependant lumineux, axé sur la résilience et l’espoir et ne s’enroule pas, je vous l’assure, dans le drame. Voilà un petit roman bouleversant, superbe, qui aborde un sujet certes difficile, mais combien pertinent. Dès 10 ans.

L’apprenti fantôme
Cale Atkinson Kimane Éditions

J’ai eu un véritable coup de cœur pour cet album jeunesse ! Rien ne semble laissé au hasard : chaque couleur s’agence à la perfection et la disposition des textes sort de l’ordinaire, ce qui donne beaucoup de vie à la lecture. Ce même sentiment se produit lorsqu’on découvre l’histoire au cœur des illustrations qui est imprégnée d’humour et qui porte sur la différence et l’entraide. Évidemment, je ne peux ignorer le fait que Simon, le petit fantôme, est adorablement mignon. Ses expressions, de la colère à la joie, sont magnifiquement bien illustrées et tellement charmantes. Un petit bijou que tous les enfants (et adultes !) adoreront ! Dès 3 ans.

Le garçon invisible
Trudy Ludwig Éditions D'eux

Le garçon invisible est un album qui est loin de passer pour invisible, puisqu’il met en lumière l’importance pour les enfants de se montrer accueillants et avenants les uns envers les autres. Le livre joue merveilleusement bien avec les couleurs pour atteindre plus facilement l’imaginaire des lecteurs. Arthur, au début de l’histoire, est dessiné tout en gris, car il est trop souvent délaissé par ses camarades de classe. Mais au fil des pages, en entrant en contact avec un nouvel élève et d’éventuels nouveaux amis, Arthur prendra de la couleur pour s’épanouir pleinement et laisser libre cours à sa grande créativité. Il faut parfois aller vers les autres pour pouvoir comprendre leurs différences, s’en inspirer et mieux grandir. Dès 4 ans.

La princesse endormie
Marie-Josée Gauvin Éditions Les Malins

Plusieurs réalités de la vie peuvent parfois être complexes à expliquer à de jeunes enfants. Grâce à l’album La princesse endormie, le deuil nous sera présenté à travers un conte rempli de couleurs et d’espoir. L’animatrice de radio Marie-Josée Gauvin s’inspire de son vécu pour nous présenter sa petite princesse. Après avoir été touchée par une malédiction, la petite fille tombera continuellement endormie, et ce, malgré toutes les festivités que ses parents lui auront organisées. Marie-Josée a su explorer le thème du deuil sous un nouvel angle où, malgré la tristesse qui nous attend, il est important de profiter de chaque moment auprès de ceux qu’on aime. Ce grand message d’espoir est brillamment illustré par la talentueuse Cara Carmina. Ses images joyeusement colorées démontrent bien le désir de Marie-Josée de mettre un peu de lumière dans cette sombre réalité. Félicitations à ce duo pour nous avoir offert un album aussi riche en beauté qu’en émotions. Dès 3 ans.

Avez-vous lu les classiques de la littérature ?
Soledad Bravi Rue De Sèvres

Une baguette magique ! C’est un peu ce que manipulent Soledad Bravi et Pascale Frey dans ce recueil consacré avec beaucoup d’humour à vingt « classiques de la littérature » qu’on a lus il y a longtemps, qu’on n’a jamais terminés ou auxquels on s’est toujours refusé à toucher. Voyez leur tour de force : résumer en seize phrases et autant de dessins chaque tome d’À la recherche du temps perdu ! Ou bien La métamorphose de Kafka ! On est loin de la lecture fastidieuse imposée par un prof de littérature tortionnaire… Au plaisir de la découverte s’ajoutent tous les petits sourires que provoquent les commentaires souvent coquins accompagnant chaque dessin. Qui a dit que les classiques, c’était ennuyeux ? Sûrement pas quiconque referme ce bouquin jouissif !

Joe Shuster : Un rêve américain
Julian Voloj Urban Comics

Avant d’être submergés de séries répétitives et de films disposant de budgets correspondant à de petits PIB, il a fallu, avant que Marvel et DC deviennent des empires, que des scénaristes et des illustrateurs comme Jerry Siegel et Joe Shuster créent de toutes pièces le genre du comic, inventant les superhéros, ces nouveaux mythes de la modernité. Or, l’histoire est encore scandaleusement inconnue, tout cet empire culturel et commercial s’est bâti sur l’arnaque crasse de ces créateurs visionnaires. À un tel point qu’un jour un policier en vint à trouver le dessinateur de Superman en haillons, somnolant avec peine sur un banc de parc. C’est de cette histoire que s’emparent avec brio Julian Voloj et Thomas Campi.

La ligue des super féministes
Mirion Malle La Ville Brûle

Comme son titre l’indique, voilà une bande dessinée qui explique le féminisme aux jeunes. Intention louable bien sûr, mais la beauté de l’ouvrage réside particulièrement dans toutes les explications claires et précises sur la représentation, le genre, la beauté, les relations amoureuses ou l’intersectionnalité, entre autres. Avec des exemples concrets, Mirion Malle interpelle et remet en question avec intelligence et tact nos rapports avec l’autre, quel qu’il ou quelle qu’elle soit, et ce, peu importe l’âge de la personne qui découvre son livre. Elle offre ainsi un solide outil pédagogique et ludique hyper pertinent pour tous ceux et celles qui ont à cœur de bien s’informer sur cet enjeu de société. Leçon de féminisme, certes, mais surtout leçon d’humanité ! Dès 12 ans.

Appelez-moi Nathan
Catherine Castro Payot

Appelez-moi Nathan est un roman graphique très touchant autour de la transsexualité et d’une quête identitaire profonde. Le personnage de Lila découvre qu’il n’est pas une fille, mais un garçon dans le mauvais corps. Il faudra dorénavant l’appeler Nathan. La transition ne sera pas facile, puisque les parents et l’entourage du personnage lui imposent un peu sans le vouloir une image qui le conditionne socialement. Nathan est prisonnier d’une réalité qui le brime et l’empêche de s’émanciper. Heureusement, il peut compter sur l’aide de quelques individus qui le comprennent vraiment. Les dessins du roman graphique donnent au récit quelque chose de doux qui conquiert plus facilement le lecteur. Nathan peut donc compter le lecteur parmi ses alliés pour défaire des préjugés qui n’ont pas lieu d’être.

Salinger : Avant L’attrape-cœurs
Valentina Grande Steinkis Éditions

Nous ne savions que peu de choses sur Jérome David Salinger avant sa publication de L’attrape-cœurs. De nature réservée, l’auteur n’a jamais parlé de sa vie personnelle ni de son passé. C’est ce qui intéresse l’auteure Valentina Grande dans cette bande dessinée magnifiquement illustrée par Eva Rossetti. L’histoire se déroule dans un court laps de temps, alors que la Deuxième Guerre mondiale se termine. Nous suivons la rencontre de Salinger, soldat américain juif, et Sylvia Welter, jeune Allemande au passé nébuleux. Au fil des pages, nous accompagnons les deux protagonistes dans leurs difficultés amoureuses, principalement causées par la discrimination religieuse et raciale. C’est une bande dessinée intéressante pour tous ceux qui ont lu l’auteur et apprécié L’attrape-cœurs.

Solitude d’un autre genre
Kabi Nagata Pika

Cette bande dessinée autobiographique décrit le parcours d’une jeune Japonaise lesbienne vers l’acceptation de soi. L’auteure, avec son style simple et expressif, parle des difficultés avec lesquelles elle a vécu : la dépression, l’anxiété et les troubles alimentaires qui font de la vie quotidienne un défi d’envergure, la pression sociale et familiale intériorisée et le besoin d’intimité refoulé. Ce sont deux décisions, celle de poursuivre son rêve de devenir mangaka et celle d’avoir sa première expérience sexuelle, qui lui fourniront enfin la motivation de prendre sa vie en main ! C’est un témoignage touchant, comique par moments, où la sexualité y est illustrée du point de vue de l’auteure sans le but de sexualiser ou de titiller le lecteur.

Souvenirs de la mer assoupie
Shin'ya Komatsu Ed. Imho

Lisa vit dans une bucolique petite cité portuaire gorgée de soleil. Là-bas, les vagues charrient des objets aux origines merveilleuses, la lune transforme la ville en dédale aquatique et une ligne de tram fait escale dans une île peuplée de songes tandis qu’un phare distrait décide d’emmener ses visiteurs voir du pays. Le dessin coloré et chaleureux de Shin’ya Komatsu, habitué des revues graphiques indépendantes, donne à ses histoires courtes une tonalité réconfortante qui évoque l’imaginaire de l’enfance, propice à la flânerie et aux errances poétiques.

Adam Lehmann
5 avril 2019
Jack et le temps perdu
Stéphanie Lapointe Éditions Xyz

Une fable formidablement belle et bouleversante sur le temps qui passe et celui que l’on perd à poursuivre des chimères. Stéphanie Lapointe nous raconte avec une infinie douceur et une poésie délicate l’histoire de Jack qui voit son fils disparaître dans la gueule d’une baleine grise. Comme il ne peut se résoudre à abandonner son fils à la mer, il va tout sacrifier — vie, amour, famille et jusqu’à son âme — dans l’espoir de retrouver son fils. Et nous assistons en étant impuissants, le cœur chaviré, à sa perte. Un texte puissant appuyé par les illustrations somptueuses et sombres de Delphie Côté-Lacroix qui traduisent parfaitement la douleur immense de Jack. D’une page à l’autre, les émotions sont palpables. Un texte qui va droit au cœur et qui arrache quelques larmes au passage.