Le plus grand des grands, sur le chemin montant, nous a fait cadeau d’une série de mots. Souvenirs précieux, états d’âme, soupçons de tristesse ou de mélancolie, tout y passe. Parfois accompagné d’une date, comme pour nous situer dans le temps, chaque texte évoque l’amour pour la vie, les gens, les petits détails, les petits bonheurs. Ce nouveau recueil laisse croire que l’alphabet au complet ne cesse jamais de se placer et se replacer dans la tête et le cœur de notre plus grand poète. Monsieur Vigneault nous invite sur « les chemins de l’humain » à travers poèmes et prose. Il nous partage aussi sa sagesse en laissant « la parole aux arbres ».
[publicité]
Dossier
Entrevues
Articles
Chroniques
Les libraires craquent
Françoise en dernier
Françoise, c’est cette jeune fille qui a le vent dans les voiles, qui disparaît comme bon lui semble, au gré de ses humeurs, sans avertir ses parents qui semblent s’accommoder de la situation. Elle vole aussi, pour le plaisir. Fascinée par l’histoire réelle d’Helen Klaben et Ralph Flores qui ont survécu près de cinquante jours au Yukon après que leur avion se fut écrasé, Françoise décide de partir sur leurs traces. Récit intimiste et fort, avec un personnage atypique et attachant, Françoise en dernier est un roman rafraîchissant. Après son fameux L’année la plus longue, Daniel Grenier nous mène encore sur la route, au cœur de l’Amérique ordinaire de la fin des années 90. Une promenade à entreprendre, poussée par la fougue de Françoise.
Un lien familial
Presque dix ans depuis la parution de son dernier recueil de nouvelles, nous attendions le retour de Nadine Bismuth dans le paysage littéraire avec une grande impatience. Et la voilà qui frappe fort une nouvelle fois avec son tout nouveau roman Un lien familial. Nous y retrouvons avec un plaisir renouvelé son style caustique, son humour noir et son sens aiguisé du détail. Ce roman du désastre, du couple qui explose, des lubies et du déni, que j’ai lu d’un seul trait sans trop reprendre mon souffle, m’a littéralement happée ! L’auteure nous livre ici un portrait mordant et sans pitié de notre époque. Un roman de mœurs absolument savoureux qui vient confirmer une fois de plus le talent de cette grande écrivaine.
Harakiri
Vous êtes passionné par les grandes épopées amoureuses où l’histoire se termine par Ils vécurent heureux jusqu’à la fin des jours? Alors, abstenez-vous de lire ce roman ! Tout commence alors que la jeune Billie cogne à la porte de chez sa marraine avec, comme seul compagnon, son ourson en peluche recouvert du sang de ses parents. Qu’a-t-il bien pu se passer pour en arriver à un drame pareil ? Autant de questions sans réponses qui hanteront les pensées d’Elsie, qui tentera alors de s’adapter à la présence de cette enfant dans sa vie. Rapidement, des liens se formeront entre elles et elles apprendront à vivre malgré les épreuves qui les attendent. Maryse Latendresse nous offre un roman marquant où les coins parfois tordus des relations humaines seront visités. Harakiri se veut un récit tranchant qui nous accroche jusqu’au dernier mot.
La stratégie de l’émotion
L’émotion est perçue comme authentique, « elle nous conduirait au plus près de la vérité ». Cet essai nous plonge au cœur d’une critique exhaustive, de l’utilisation des émotions comme arme ultime. Anne-Cécile Robert met à nu les différents usagers de l’émotion, que ce soit les médias, les ONG ou encore les politiciens, pour en déconstruire de manière explicite les multiples stratégies adoptées par ceux-ci. À l’aide d’éléments d’actualité, d’experts de divers domaines et de concepts sociaux et politiques, l’auteure démontre la perte de toute réflexion et rationalité, à travers cette nouvelle stratégie de l’émotion.
Felipe : Une légende dominicaine
Felipe Alou, ancien gérant des défunts Expos de Montréal, est un peu notre « Monsieur Baseball » à nous, au point d’avoir à certains moments été plus populaire que les meilleurs joueurs ! Mais avant d’être le vieux sage qui menait de jeunes espoirs jusqu’au sommet, Felipe a vécu une vie abracadabrante. Véritable parangon de ce que beaucoup appellent « l’orgueil latino », il a joué avec des légendes telles que Willy Mays et Hank Aaron, a rencontré le dictateur de la République dominicaine, son pays d’origine, et a été sélectionné pour les jeux panaméricains au… lancer du javelot. Il a aussi eu dix enfants issus de quatre mariages ; le dernier dure depuis plus de trente ans ! Ce parcours passionné et passionnant est à dévorer pour faire passer l’hiver !
Ces femmes qui ont influencé le monde
Cinquante femmes extraordinaires qui ont su marquer l’histoire pour avoir fait leur place dans des domaines qui avaient été réservés aux hommes auparavant. Elles proviennent de tous les continents et ont toutes marqué le dernier siècle en nous faisant profiter des fruits de leur savoir et de leur imagination. Au fil des pages, on découvre des portraits de femmes visionnaires qui ont évolué dans tous les domaines et ont pavé la voie pour des générations de femmes à venir. Ces femmes se sont illustrées par leurs découvertes scientifiques, leurs talents d’écrivaines, l’affirmation de leurs convictions, l’art ou le sport. Un magnifique livre documentaire qui par ses photos et ses portraits, nous pousse à vouloir en savoir plus sur ces femmes au destin remarquable.
Le droit du plus fort
Dix ans après les poursuites intentées contre l’ouvrage Noir Canada par les minières canadiennes Barrick Gold et Banro, Anne-Marie Voisard revient sur les conséquences juridiques, politiques et sociales de cet événement. S’appuyant sur Foucault et Bourdieu, la sociologue analyse le droit comme dispositif de pouvoir au service des puissants. Elle montre comment, en favorisant les ententes à l’amiable de litiges, l’institution judiciaire laisse le citoyen à la merci de ceux qui ont les moyens de mobiliser la procédure à leur avantage. Au-delà de la censure visant à interdire un discours, l’affaire Noir Canada révèle en quoi la privatisation du droit participe à dépolitiser des enjeux qui devraient être discutés publiquement, comme les crimes de sociétés canadiennes à l’étranger.
Une histoire de la guerre : Du XIXe siècle à nos jours
Un événement éditorial, une somme monumentale, la guerre moderne disséquée par cinquante-sept spécialistes aux perspectives des plus diverses, des historiens, des anthropologues, des sociologues, venant d’Amérique du Nord et d’Europe. De l’expérience de la violence inouïe lors des guerres de Vendée de la France révolutionnaire à l’impact des conflits militaires sur l’environnement, en passant par le statut ambigu des enfants-soldats et le « que faire des morts ? », les multiples auteurs nous offrent, loin de l’histoire-bataille, une magistrale exposition de la guerre, ce caméléon en mutation constante, la guerre, fait social, fait culturel, fait éthique, chambardée par les bouleversements idéologiques et technologiques des derniers siècles, où la frontière entre combattants et non-combattants n’est plus que poreuse. Il n’y a pas d’ordinaire dans la guerre.
Le cycle de Syffe (t. 2) : La peste et la vigne
D’un rythme plus lent, le second tome de cette géniale série marche encore un peu plus dans les pas du grand bâtisseur de monde que fut Tolkien. Le ton se fait plus grave et le Syffe que l’enfance n’a pas épargné découvre que l’univers des adultes ne sera pas plus clément avec lui. En trois parties aux ambiances complètement différentes les unes des autres, Dewdney poursuit l’épopée de son jeune héros en nous faisant découvrir trois autres peuples et leur culture. L’intrigue se déploie vastement, jamais où on ne l’attend, toujours surprenante, portée par une constance dans son haut niveau de stylistique. Dewdney confirme ici qu’il est assez solide pour mener à bien cet immense cycle déjà parmi les plus enthousiasmants et ambitieux de la fantasy française.
Évasion
Noël 1968. En plein blizzard, douze détenus s’évadent d’Old Lonesome, principal employeur d’un petit bled du Colorado. Pour le directeur Jugg, qui gère sa prison d’une poigne de fer, c’est un affront personnel. Ses gardiens, souvent vétérans de Corée ou tout juste rentrés du Vietnam, il les veut sans pitié et les a dopés aux amphétamines pour la traque… Ainsi démarre ce polar plus que noir, raconté par courts chapitres, chacun mettant l’accent sur l’un des personnages impliqués. On se prend vite d’affection pour Mopar, l’un des évadés, un gars de l’endroit, malchanceux depuis sa naissance, que sa cousine tente de sauver du massacre qui se prépare. Mais pourrait-il y avoir une fin heureuse au pays du directeur Jugg ? Un récit palpitant !
Dura Lex
Kwame Diggs a 15 ans lorsqu’il est arrêté pour avoir commis cinq meurtres. Sa culpabilité ne fait aucun doute, mais puisqu’il est mineur, la loi prévoit qu’il sera relâché à l’âge de 21 ans. Pourtant, plus de dix ans plus tard, Diggs est toujours en prison. Un jeune journaliste et son mentor se mettent à enquêter sur les accusations fabriquées de toute pièce qui le maintiennent derrière les barreaux. Mais doivent-ils vraiment dénoncer ces actes illégaux si cela signifie qu’un dangereux meurtrier sera relâché? Bruce DeSilva signe ici un roman intelligent, au suspense enlevant. Il nous invite aussi à réfléchir sur la morale, la justice, la quête de vérité. Un roman policier très réussi et original!
Bienvenue à Mother’s Rest
Ce fut un vrai retour aux sources de lire ce nouveau roman de Lee Child. Jack Reacher est un personnage littéraire qui a continué de m’habiter bien après avoir terminé 61 heures, le premier roman que j’ai lu de cet auteur. J’étais donc très heureuse de retrouver cet antihéros raisonné et imposant en quête de justice. Se trouvant un dossier louche à éplucher en arrivant dans une petite ville nommée Mother’s Rest, Reacher ne sait pas qu’il saute à pieds joints dans les profondeurs du Darknet. En compagnie de l’ex-agente du FBI Michelle Chang, il se lance dans un périple à travers tout le pays. Entre quelques yeux doux et des corps inanimés, ils mènent leur enquête pour éclaircir les mystères et faire cesser les activités louches.
Sur le toit de l’enfer
Teresa Battaglia, commissaire sexagénaire au caractère bien trempé, enquête sur un meurtre sordide, à la mise en scène déconcertante. En plein cœur d’un village italien où les étrangers ne sont pas les bienvenus, elle devra bousculer les uns et les autres pour obtenir des réponses. Polar d’ambiance où les lieux, cette forêt profonde et ces falaises escarpées, contribuent à nourrir la tension autour des cadavres qui s’accumulent, son intrigue évoque quelque chose de primitif, de tribal. Happés dès le début par la plume réfléchie d’Ilaria Tuti, nous savourons la richesse de ses personnages, qu’elle nous livre imparfaits, conscients de leurs limites, et qui nous entraînent avec brio sur une enquête labyrinthique époustouflante. Une auteure à surveiller !
Corruption
L’un des meilleurs romans policiers non seulement de l’année, mais de la décennie qui se termine. Denny Malone, un flic new-yorkais respecté de tous, règne sur Manhattan Nord, réussissant, grâce à son unité d’élite, la Task Force, à faire de son domaine un petit coin paisible, tout en acceptant et distribuant, ici et là, de petites enveloppes brunes. Mais il suffit d’un bref moment de stupidité pour que son monde s’écroule. Jusqu’où le mènera sa chute? Tous les éléments d’un petit chef-d’œuvre du genre sont réunis : une intrigue solide, un environnement crédible, des personnages hors du commun, des dialogues percutants, des dilemmes moraux à profusion. Don Winslow possède ce don si enviable de nous extasier tout en nous révélant des vérités fort déplaisantes.
Oups ! Y a encore un loup !
Impossible de ne pas sourire en lisant cette histoire ! Un loup tout gris, pas très beau, vivant paisiblement dans un zoo éprouve soudain une peur bleue. Cette frousse angoissante lui vient d’une « petite fille à couettes ». C’est que Juliette en a eu assez de ses cauchemars de loup, et d’un pas décidé, elle est venue crier au loup toute sa colère. Le pauvre animal, à moitié fou, en est venu à faire lui-même des cauchemars ! Réalisant l’impact de son geste, Juliette demande pardon et tente ensuite d’apprivoiser la bête. C’est à la bibliothèque, le nez dans les livres, qu’elle trouve la solution et la partage ensuite avec le loup. Que d’émotions ! Dès 4 ans.
Le Petit Prince
Si l’essentiel est invisible pour les yeux, rien dans cet album ne nous échappe. Les illustrations d’une grande beauté complètent à merveille le texte divinement abrégé de cette histoire bien connue. La naïveté et l’intelligence du Petit Prince nous vont droit au cœur et tout lecteur ne peut que tomber amoureux du joli personnage. Nous le suivons, tout menu, habillé de bleu et cheveux couleur du blé, près du pilote, de sa rose, du renard et autres curieux personnages des planètes visitées dans son voyage. Album exceptionnel à partager entre petites et grandes personnes même si parfois, les grandes personnes sont bien étranges. Un coup de cœur. Dès 5 ans.
Capitaine Rosalie
Hiver 1917, Rosalie, 5 ans et demi, se rend à l’école et passe ses journées au fond de la classe à attendre son papa parti à la guerre et sa maman qui travaille à l’usine. Afin que le temps passe plus vite, Rosalie part en mission secrète, espionne l’ennemi et prépare son plan. Elle ne perd rien de ce qui se passe en classe. Les lettres de son papa arrivent et se ressemblent toutes jusqu’au jour où sa mère refuse de lui lire celle reçue dans une enveloppe bleue. C’est suffisant pour que Rosalie mette à exécution son plan. Soutenu par les illustrations aussi douces et sombres d’Isabelle Arsenault, le texte de Timothée de Fombelle est beau, soigné, précis et juste ce qu’il faut dans l’émotion pour nous toucher et nous faire sourire. Dès 7 ans.
I Have a Dream?: 52 icônes noires qui ont marqué l’histoire
Préparez-vous à faire la découverte de cinquante-deux personnalités qui ont changé le cours de notre histoire. À travers les pages de ce documentaire, nous ferons la connaissance d’icônes importantes dans l’avancement des droits des Noirs. L’auteure de cet ouvrage nous offre le parcours exceptionnel de politiciens, d’artistes, de militants, de sportifs, de scientifiques qui ont su, à leur manière, influencer les futures générations. Bien sûr, les grands noms comme Martin Luther King et Nelson Mandela ne feront pas exception, mais nous avons aussi la chance d’en découvrir d’autres qui sont moins connus de notre actualité. Un point fort de ce livre est, selon moi, la richesse chromatique des portraits illustrés par Andrea Pippins. Un merveilleux documentaire qui saura interpeller les plus jeunes autant que les plus curieux des adultes. Dès 8 ans.
Soldat fourmi
La pouponnière de la fourmilière regorge de nouveau-nés, dont un en particulier, nommé Gaston. Le rêve de Gaston est de faire partie de la colonne d’ouvrières qui transportent la nourriture. Le chef fourmi a d’autres visées pour lui. Avec ses dents blanches et sa grosse tête, Gaston sera un soldat hors pair. Heureux de porter l’uniforme et un fusil, Gaston s’engage à défendre la cité alors que la guerre éclate. Par cet album, Tony Ross démontre à nouveau la stupidité de la guerre et l’incohérence de certaines actions humaines. En utilisant l’organisation d’une cité de fourmis, ces petits insectes inoffensifs, l’auteur utilise l’effet miroir afin de montrer au jeune lectorat l’absurdité de ces conflits. Un album choc qui porte à réflexion. Dès 6 ans.
Tao
Parvenir à adapter dans un album jeunesse le Tao Te King, écrit fondateur du taoïsme tour à tour cryptique et limpide, exigeant et accessible, n’est pas évident. Et pourtant?: en raison de son message proprement universel, le texte mythique attribué à Lao-Tseu trouve ici une résonnance toute particulière. Suivant en cela les préceptes énoncés par le matériau originel, les auteurs offrent un ouvrage aussi abordable que riche, texte et illustrations se répondant à merveille pour évoquer le langage universel du Tao, qui, comme l’eau, «?adoucit ce qui est dur?». Les vertus de la patience, de l’humilité et de la simplicité y trouvent un écho d’une actualité déroutante, pour les enfants comme pour leurs parents. Dès 6 ans.
Nos héroïnes
Après l’immense succès de La femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette revient en force avec Nos héroïnes, un documentaire retraçant le parcours de quarante femmes oubliées du Québec, toutes aussi admirables les unes que les autres. Ces femmes deviennent autant de modèles pour les jeunes filles et les jeunes garçons d’aujourd’hui, qui pourront s’inspirer de leurs luttes et s’identifier à elles. Les portraits d’Anaïs Barbeau-Lavalette sont d’une grande finesse et les dessins de Mathilde Cinq-Mars les accompagnent à merveille. De Marie Rollet à Mary Two-Axe Early, les femmes représentées dans ce livre sauront vous éblouir par leurs accomplissements et leur caractère. À lire absolument?! Dès 6 ans.
Fanny Cloutier (t. 2) : L’année où mon père m’a forcée à le suivre au bout du bout du monde
Le deuxième tome de la série « Fanny Cloutier » m’a tout autant plu que le premier. L’adolescente haute en couleur est de retour, mais cette fois-ci au Japon?! J’ai toujours trouvé fascinant de lire les récits qui se déroulent dans ce pays si différent du nôtre. Selon moi, le point central de l’histoire est la panoplie de relations présentes dans nos vies?: familiales, amoureuses et amicales. Entre les difficultés de communication, les appels du cœur et les mensonges regrettés, nous pouvons voir le personnage de Fanny grandir et même s’épanouir. Je peux dire, sans hésitation, que j’aime de plus en plus cette série?! Dès 9 ans.
Première neige
Première neige : en voyant le titre de ce livre en librairie, je me suis arrêtée pour le feuilleter?! Cette découverte est tout simplement parfaite pour la saison froide?! En plein dans la thématique de l’hiver et de sa bonne amie, la neige, cette histoire raconte l’aventure d’un jeune raton curieux et quelque peu intrépide qui s’éloigne de sa mère pour explorer la forêt enneigée. En chemin, il trouve quelques friandises qui ne lui appartiennent pas. En croisant les animaux embêtés par le vol de leurs provisions, la maman raton a de la facilité à retrouver son rejeton. Ce récit simple et magnifique est accompagné d’illustrations aux couleurs apaisantes et chaleureuses?! Dès 3 ans.
La fontaine d’Ambre
Cette année, la rentrée littéraire fut foisonnante pour les éditions Soulières. Nous avons eu droit à d’excellents romans qui touchaient à des sujets très diversifiés, abordant des réalités parfois mal comprises. C’est d’ailleurs avec un sujet dérangeant que nous arrive le prolifique Camille Bouchard. Dans le roman La fontaine d’Ambre, nous ferons la connaissance d’une jeune professeure de quatrième secondaire qui développera une idylle avec l’un de ses élèves. Le point de vue des deux personnages se succédera d’un chapitre à l’autre. Avec une grande agilité, Camille Bouchard n’a pas voulu éveiller de jugement ou choquer ses lecteurs. Bien au contraire, dans ce récit, nous serons témoins d’une histoire brillamment racontée, qui nous fera oublier, pour un moment, la différence d’âge qui sépare les personnages. Excellent roman pour ouvrir les barrières de notre jugement. Dès 13 ans.
Question de mémoire
Voilà un documentaire jeunesse comme je les aime! Question de mémoire est un ouvrage fascinant autant qu’instructif. Du fonctionnement de la mémoire à la création de souvenirs, des différentes sortes de mémoires et où elles siègent dans le cerveau, de son rôle dans l’apprentissage jusqu’aux maladies qui l’affecte, tout est expliqué dans un langage simple et fluide. À l’aide d’exemples concrets et avec des expériences réalisées par des scientifiques, ce document explique tous les mécanismes de la mémoire. Grâce à un graphisme léché et des couleurs vives et chatoyantes, tout est mis en œuvre afin que les enfants trouvent les réponses à leurs questions. Et gageons que si vous y jetez un coup d’œil, vous y apprendrez, comme moi, bien des choses! Dès 10 ans.
L’ombre de Petit Guépard
Chaque livre de Marianne Dubuc est un petit trésor de la littérature jeunesse québécoise, et L’ombre de Petit Guépard ne fait pas exception à la règle. Dans cet album, Petit Guépard se rend compte que son ombre l’a quitté. Quand il la retrouve, Petite Ombre lui fait prendre conscience de l’importance de l’empathie, de l’amitié, de la générosité. Ensemble, ils pourront se mettre dans la peau de l’autre et développer une relation d’égal à égal : c’est le début d’une belle amitié. Fidèle à elle-même, Marianne Dubuc signe ici un album d’une grande beauté qui permet d’aborder des thèmes importants avec les enfants. Ses illustrations sont également d’une douceur et d’une finesse inouïes. Chapeau ! Dès 3 ans.
Histoires pour garçons qui veulent changer le monde
Histoires pour garçons qui veulent changer le monde, ce sont cent destins d’hommes, célèbres ou pas, qui sont parvenus à marquer l’histoire « sans tuer de dragons ». Des hommes qui se sont illustrés dans différents domaines, du sport à la littérature, en passant par la politique, l’art et même la gastronomie. Des hommes inspirants qui ont tenté de changer les choses à leur manière, en dépit parfois de leurs différences. Toutes époques confondues, ces hommes ont réalisé des actions extraordinaires. Chaque portrait est présenté en double page avec d’un côté le parcours et de l’autre une illustration originale. Une lecture à partager avec tous les enfants près de nous, qui convient aussi bien aux filles qu’aux garçons. Un indispensable à avoir dans sa bibliothèque. Dès 10 ans.
Le gros chat bleu (t. 1) : L’aventurier de la boîte en carton
Une magnifique surprise que ce très beau livre qui a la particularité d’avoir été écrit par un garçon de 7 ans éprouvant certaines difficultés d’apprentissage. Avec le soutien d’un père au talent exceptionnel d’illustrateur, le jeune Gaël a donc écrit des histoires mettant en scène un adorable chat bleu très expressif. Dans celle-ci, la découverte d’une simple boîte de carton ouvrira toutes grandes les portes de son imagination afin de lui faire vivre mille péripéties. À la manière d’Alice au pays des merveilles, on y découvre des mondes à la fois fantastiques et ludiques. Le petit chien accompagnant le chat dans ses aventures est adorable. Chapeau à ce duo père-fils pour une réalisation hors du commun, charmante et proche de la perfection. Dès 4 ans.
L’enquête secrète du fantôme de l’école
Nos époustouflants enquêteurs de la ruelle sont de retour dans cette troisième aventure des créateurs Jules la Mouche. Cette fois-ci, Lili, Zac, Charlot et Filou nous présentent leur école et remarquent que de nombreux objets disparaissent des casiers des élèves. Ils se demandent si le fantôme de l’école n’aurait pas frappé de nouveau. Arriveront-ils à découvrir le mystère avant les enquêteurs du journal de l’école ? Un univers intrépide et astucieux à découvrir absolument, sans compter que le processus créatif de Jules la Mouche, qui rallie photographie, arts de la scène, bon voisinage et écriture, vous inspirera à coup sûr. Dès 8 ans.
Les amours d’un fantôme en temps de guerre
Le roman relate l’histoire d’un jeune fantôme dont la naïveté est vite ébranlée par une réalité difficile. Alors qu’il est abandonné par ses parents, son oncle le recueille et lui apprend que le monde des fantômes est à l’aube d’une grande guerre. Les victimes sont nombreuses et nul n’est épargné. On reconnaît à travers ce récit fantaisiste le contexte qui a mené au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Le livre se termine sur une fin ouverte qui laisse envisager le pire… Des illustrations majestueuses, parfois inquiétantes, contribuent à nous plonger dans l’atmosphère unique de ce roman, qui a remporté le prestigieux prix Vendredi, surnommé le « Goncourt de la littérature jeunesse ». Que vous soyez adolescent ou adulte, je vous convie à vivre l’expérience que vous offre Les amours d’un fantôme en temps de guerre. Dès 12 ans.
Les ananas de la colère
Marie-Pomme refuse de croire les hypothèses de la police lorsque sa voisine Bonnie Lavallée, championne de limbo, est retrouvée sans vie dans son logement du quartier hawaïen de Trois-Rivières. Impossible qu’une banale intoxication au piña colada ait eu raison de Bonnie, grande amatrice de cocktails tropicaux ! Elle décide donc de mener l’enquête accompagnée simplement de sa détective de fiction préférée, Shirley McSnuffles ! Fidèle à elle-même, Cathon signe une bande dessinée absolument déjantée, qui respecte à merveille les codes des romans policiers classiques dans une ambiance tiki des plus kitsch ! Peut-être que Marie-Pomme aura sa propre série… Une chose est certaine : ce livre est encore meilleur accompagné d’un Mai Tai et d’un œuf dans le vinaigre !
Les croques (t. 1) : Tuer le temps
Les Croques, ce sont des jumeaux, Céline et Colin, dont les parents — devinez ? — sont croque-morts. Le salon funéraire, à même la maison familiale, perche sur le cimetière qu’ils entretiennent. Il n’en faut pas moins pour que les jumeaux soient victimes des moqueries de la part des autres élèves. Punis pour avoir répondu aux provocations, frère et sœur sont confinés au cimetière afin de le nettoyer. Avec Ludo, l’homme à tout faire qui leur raconte des histoires sur les morts, ils découvrent d’étranges symboles sur certaines tombes. Céline et Colin décident de mener leur petite enquête… Qui sait ce qu’ils découvriront ? Un texte fort, des couleurs chaudes et des silences éloquents, Léa Mazé met tout en place pour commencer une chouette aventure ! Dès 10 ans.
L’âge d’or (t. 1)
Cette épopée débute avec la mort d’un roi et l’ascension de sa fille, Tilda, sur le trône. Cependant, les choses ne seront pas aussi simples pour la princesse qui se verra trahie par son jeune frère et qui devra s’exiler hors de son royaume. Ainsi commence une aventure onirique digne des plus grands récits médiévaux. Dans cette bande dessinée, qui a déjà conquis le cœur de plusieurs critiques, nous retrouvons tous les ingrédients pour créer un chef-d’œuvre. Tout d’abord, nous avons un récit qui captive son lecteur sur 220 pages, le laissant impatient pour le deuxième tome. Puis, dans ce conte moderne et épique, nous avons des illustrations magistrales et très colorées que Pedrosa a su créer avec le souci de chaque détail. Cette première partie est une œuvre en soi qui saura éblouir l’imaginaire des grands romantiques.
Spirou : l’espoir malgré tout
Retrouver Spirou, c’est super. Retrouver Spirou et Émile Bravo, c’est tout simplement génial ! Quelque dix ans après Le journal d’un ingénu, on retrouve le sympathique groom en 1940, au début de l’occupation allemande de la Belgique. Tandis que Fantasio, piètre soldat, est prêt à bien des bassesses pour revenir au journalisme, Spirou déploie de grands efforts pour faire le bien en ces temps troubles et pour démêler les intrications de la guerre. On ne saurait trop célébrer le talent de Bravo qui arrive ici à circonscrire les implications morales de la guerre, quelle qu’elle soit. Les illustrations et le découpage de ce digne héritier de la « ligne claire » se révèlent riches même pour l’œil le plus exercé. Et son scénario, prônant l’empathie, l’acceptation et la pensée critique, offre des valeurs bien utiles à notre temps. Une BD à mettre dans toutes les mains !
Les rigoles
Livre-convoitise, splendeur des mille et une nuits où il fait bon aller se perdre encore une fois avant la sagesse dernière et les couchers de bonne heure, ce chef-d’œuvre de Brecht Evens est si dense que les lectures multiples sont à suggérer pour en profiter pleinement. Récit éclaté d’une dernière nuit de folie pour une poignée d’accros de la défonce, Les rigoles est aussi un exercice de style éblouissant, celui d’un prestidigitateur qui sait tout faire, jouant avec tous les codes, explorant un dessin pour pirouetter vers un autre, désinvolte avant de saluer, tout sourire. Chaque page est ici pensée comme une œuvre autant que comme une partie du rouleau narratif qui se débobine follement jusqu’à une fin grandiose.
Le chemisier
Bastien Vivès est l’auteur d’Une sœur, un roman graphique sur la découverte de la sexualité à l’adolescence où est dépeinte une frontière parfois fragile entre l’amour et l’amitié. C’est ce roman graphique qui a remporté le Prix des libraires pour la catégorie bande dessinée hors Québec en 2018, notamment grâce à sa beauté et à son originalité. Avec Le chemisier, l’auteur fait un retour en force en interrogeant la sexualité de nouveaux personnages. Une femme y découvre son énorme pouvoir d’attraction grâce à un morceau de vêtement qu’elle revêt. La tension est palpable à la lecture et le lecteur doit se demander quelle est son implication émotive dans l’histoire. Lorsqu’il est question de fantasmes, la ligne est mince entre ce qui est moral et ce qui ne l’est pas.
Peleliu : Guernica of Paradise (t. 1)
1944, en plein Pacifique Sud, un bataillon de l’armée japonaise se prépare à résister à l’ennemi. L’aéroport de Peleliu fait de l’île un objectif de choix pour l’armée américaine. Tamaru, soldat, écrit des lettres et surtout, dessine ce havre de paix et de beauté, bientôt dévasté. La peur, l’envie de vivre malgré l’horreur des bombardements, la détermination, mais aussi la stupidité de la mort, la futilité. Peleliu nous confronte à ce que la guerre a d’universel. Au-delà de l’image du soldat japonais prêt à se sacrifier pour son pays, on découvre des hommes malmenés par l’incertitude. L’aspect enfantin des personnages renforce le contraste avec l’âpreté des combats. Takeda nous offre ici un début très prometteur, sans concession et touchant.
La zone de l’amitié
Vous connaissez le Symposium de Platon, le dialogue classique à propos des vertus et de la nature de l’amour ? Eh bien, voici la réponse de Val-Bleu : un dialogue pour les lecteurs modernes à propos des vertus et de la nature de l’amitié entre adultes du sexe opposé. Tout aussi édifiant et pratique, mais beaucoup plus drôle, bien sûr ! La discussion est animée et les personnages sont illustrés de façon amusante et absurde (je crois même qu’il y a un écureuil qui passe). Après tout le grommellement sur le Web concernant l’horrible « friend zone », l’auteure nous rappelle ce qui nous manque quand on ignore les bienfaits de l’amitié, et nous fait reconsidérer la façon dont nous entretenons nos relations (qu’elles soient amicales ou romantiques).
Pénis de table
Cette bande dessinée était une surprise rafraîchissante : une série de discussions sur des sujets variés en lien avec la sexualité masculine, chaque thématique illustrée dans un contexte loufoque différent et des couleurs vives. Eh oui, mesdames : tout ce que vous n’avez jamais pensé demander ! Eh oui, messieurs : tout ce que vous n’osez pas trop discuter en public (de l’orgasme aux fantasmes), expliqué de points de vue variés, avec humour et honnêteté. J’ai ri et appris beaucoup. Je trouve que cette bande dessinée pourrait servir de bon point de départ pour nos propres réflexions (mais c’est aussi très amusant).
Nick Cave : Mercy on me
Déjà auteur d’une « bio graphique » remarquée de Johnny Cash, Reinhard Kleist remet ici le couvert avec une autre icône, d’ailleurs non sans parenté artistique avec « l’homme en noir ». C’est en effet dans un éclectique éventail de blues, de country, d’americana, de gothique et de punk que Nick Cave a puisé la matière de son œuvre, comme l’illustre ce roman graphique inspiré. On est ici loin d’une biographie orthodoxe, mais plutôt dans une plongée syncopée et parfois onirique dans le parcours de l’artiste, de la scène post-punk berlinoise avec le groupe des débuts The Birthday Party aux succès de Nick Cave and the Bad Seeds en passant par la création littéraire. Le portrait d’un personnage hors norme et romanesque, sombre et toujours inspiré.
L’odyssée d’Hakim (t. 1) : De la Syrie à la Turquie
Hakim était heureux en Syrie. Horticulteur, il avait sa serre et il faisait pousser des fleurs. Mais la guerre a tout fait basculer. Il s’est retrouvé en prison, a été torturé, son frère a disparu. Pour sa propre sécurité, il a dû fuir son pays. Il s’est tout d’abord installé au Liban, puis en Jordanie et en Turquie. Aujourd’hui, il vit en France et il a raconté son histoire à Fabien Toulmé. C’est avec beaucoup d’empathie que le bédéiste raconte le destin de Hakim, se concentrant sur les faits pour rester le plus fidèle possible au récit de cet homme. La sobriété choisie renforce cette impression de vie ordinaire qui éclate. Hakim n’est pas un héros de guerre, il est simplement un citoyen qui a fui un pays qu’il aimait et qui doit maintenant vivre loin de sa famille.
J’ai mal et pourtant, ça ne se voit pas…
Le talent et la pertinence de ces deux créatrices n’est plus à démontrer : Pourquoi les filles ont mal au ventre a conquis les cœurs des libraires (entre autres !) depuis sa parution. Cette fois-ci, elles abordent, toujours dans une esthétique réaliste bicolore, et avec autant de lucidité et de sensibilité que dans leur album précédent, différents enjeux de santé mentale. Impossible de rester insensible aux situations fictives, certes, mais fortement inspirées de gens bien réels qui souffrent réellement. Cet album est un premier pas pour être plus à l’écoute et arrêter de remettre en question les souffrances qui ne se voient pas. Dès 11 ans.
La singularité est proche
On ne retrouve pas très souvent de science-fiction au théâtre, mais Jean-Philippe Baril Guérard s’approprie ce genre de façon remarquable. Dans La singularité est proche, les souvenirs de la protagoniste, Anne, sont transférés dans un nouveau corps, dans une nouvelle Anne. Ces souvenirs sont choisis et magnifiés, ce qui fait qu’ils ne sont pas fidèles à ce qui s’est réellement passé. Appartiennent-ils vraiment à la vraie Anne? Y a-t-il encore véritablement une vraie Anne? Sur le plan philosophique, qu’est-ce que cela signifie? L’homme peut-il réellement vaincre la mort? Avec les technologies de plus en plus avancées, il y a vraiment lieu de se questionner sur ces différents enjeux.
Vers la beauté
Antoine Duris quitte soudainement appartement, emploi et ville alors qu’il occupe un poste prestigieux de professeur aux Beaux-Arts de Lyon. Qu’est-ce qui le pousse à solliciter un emploi de gardien de salle au Musée d’Orsay? Ce besoin de silence et de beauté cache un drame qui ne s’adoucit que par la contemplation. Un portrait de la muse de Modigliani, Jeanne Hébuterne, l’apaise et lui donne la force de revenir sur ses pas et d’affronter ce qui l’a fait fuir. Viennent alors des réponses et surtout l’occasion de montrer la beauté de ce qui pourtant était là, juste avant le drame. D’une grande sensibilité.
- Print (Opens in new window) Print
- Email a link to a friend (Opens in new window) Email
- Share on LinkedIn (Opens in new window) LinkedIn
- Share on Reddit (Opens in new window) Reddit
- Share on Pinterest (Opens in new window) Pinterest
- Share on Telegram (Opens in new window) Telegram
- Share on WhatsApp (Opens in new window) WhatsApp