Vous avez publié de la poésie (L’horizon des phares), un roman (L’île sans pont) et vous écrivez pour des magazines, des journaux et des revues littéraires. Le poids des mots ne vous est donc pas inconnu. Quels défis y a-t-il dans le fait d’écrire l’acte d’amour, attendu, imaginé, désiré ou consommé, comme vous le faites dans Il fera chaud cette nuit?
La littérature érotique a de nombreux écueils : les stéréotypes, son aspect fleur bleue, ses clichés, ses redites et son penchant pour les fantasmes exagérés. Il m’importait de sortir des sentiers battus de notre littérature — plus conservatrice qu’on le croirait sur le terrain de jeu du désir — en évitant les écueils de la littérature érotique. Je voulais un désir que l’on ressent, des ébats ardents et des invitations au rêve, mais je voulais aussi que ce soit tendre, réaliste et ancré dans le quotidien. Marcher sur le fil de ces frontières était un bon défi, mais le plus important était de susciter le plaisir, histoire après histoire, sans me répéter.
En quoi écrire de la littérature, érotique de surcroît, peut-il selon vous se rapprocher d’un acte politique?
Le contexte y est certainement pour beaucoup. Le mouvement #MeToo a libéré une parole et permis une fondamentale conscientisation. Je réalise que j’écris à partir d’une posture privilégiée, et tout en me gardant de prendre la parole pour d’autres, je cherche à incarner une meilleure version de moi-même, un être qui prend acte des violences qui ont été commises depuis des siècles, d’une inégalité qui perdure et de ces doubles standards intériorisés. Je mets ici le désir, la sexualité et l’intimité en scène, mais avec la volonté que ce soit émancipateur. C’est un peu comme Jean Leloup qui, au lendemain de la guerre d’Algérie, nous invitait à faire la fête, avec sa chanson Alger. Ce n’est pas du déni. C’est une façon de repartir ensemble vers la lumière, en mettant tout notre corps dedans.
Lorsque vous écrivez, que ressentez-vous pour vos personnages?
J’écris d’abord à l’instinct, en installant une ambiance à mes scènes et en y plongeant, les yeux fermés, pour retrouver la voix intérieure de mes personnages. J’apprécie les récits qui sont plus conceptuels, mais je trouve vraiment plus jouissif de ressentir les émotions et les plaques tectoniques qui sous-tendent une narration. Je tiens à vibrer avec mes personnages et, dans le cas de ces histoires, le plaisir était pour moi exponentiel, parce que je me glissais dans un personnage puis dans l’autre, cherchant chaque fois des moyens d’offrir du plaisir à l’autre et, évidemment, la meilleure façon de le recevoir.
Photo : © Alain Lefort
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