Un même esprit
Ma relation avec le livre est d’emblée physique. Je me souviens comment j’avais acheté le roman d’André Langevin, Une chaîne dans le parc. Le seul fait de tourner les pages du livre m’avait procuré une sensation de douceur au toucher du grain. J’aimais la souplesse du papier, la mobilité des pages. Ce fut ma première raison d’acheter le livre. Pour m’apercevoir, ensuite, que l’histoire parlait d’un orphelin qui quittait une institution pour une autre. Je m’y suis reconnu. Est-ce son odeur de livre neuf qui m’avait envoûté? Avais-je, sans le savoir, traversé le miroir pour me projeter dans ce personnage imaginaire? Ce livre me faisait toucher à une émotion, à un esprit d’ouverture au monde. Je croisais une histoire dans laquelle j’allais être le sujet de ma lecture.
Il se passe la même chose quand je vais chez Françoise Careil, ma libraire indépendante du Carré St-Louis. J’entre dans ce lieu comme dans un livre. Même petit, le monde entier s’y trouve. Je n’ai pas besoin d’une grande surface pour me sentir grand. L’accueil y est sincère. Quant au magazine le libraire, lorsque je le reçois, je le touche d’abord, puis le caresse. C’est un objet soyeux autant que riche. Comme pour Une chaîne dans le parc, je reconnais un même esprit d’ouverture au monde. J’aime tourner ses grandes pages où les écrivains du monde se trouvent et où je me reconnais dans cet accueil des autres littératures sans que la mienne, nationale, soit niée.